‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 56 sur 437 · III. AIMERI · texte numérisé non relu

III. AIMERI

1142. AiMERi , gentilhomme limosin , homme sans lettres et d'une vie peu régulière, fut donné pour successeur dans îs mois d'avril 1142 au patriarche Raoul. Ce fut Armoin, soii oncle , capitaine du château d'Antiochc , qui procura celte élection par les sommes immenses qu'il distribua aux évêques du patriarcat. Lan 1102, Aimeri s'etant vainement opposé au mariage de Constance , veuve du prince Raimond , avec Renaud de Châlillon , encourut l'inimitié de ce dernier. La rupture alla si loin que Renaud , ayant fait arrêter le prélat en 31 54, l'enferma dans une étroite prison où il fut inhumainement traité. Cinnannis (1. IV^) dit que c'était pour avoir ses trésors. Baudouin 111, roi de Jérusalem , étant informé de ce traitement, dépécha larchevèque d'Acre, avec son chancelier, vers Renaud pour lui en laire des reproches et l'obliger de remettre le.pi'élat en liberté : ce qui fut exécuté. Aimeri suivit ces députes à Jérusalem , où il demeura quelques années. Il est probable que le motif de cette retraite fut l'engagement que Renaud avait pris avec Manuel, suivant le même auteur, de recevoir "un patriarche grec de sa main pour le substituer au patriarche latin. Mais ce traité n'eut pas plus d'effet que celui qui avait été conclu l'an 1107 pour le même objet entre l'empereur Alexis et le prince Boémond I'^^ suivant la princesse Anne Comnène (L. XIII, p. ^l'S. ) Aimeri résidait encore à Jérusalem en iiSy ; et ce fut lui qui , cette année, fit la cérémonie des épousailles du roi Baudouin III avec Marie Comnène ; Amauri , nouveau patriarche de Jérusalem, n'étartt pas encore sacré. L'an 1180, Aimeri eut un autre différent aussi sérieux que le précédent avec le prince Boemond 111 , au sujet de son mariage avec Théodore Comnène, qu'il contracta, sa première iemme étant encore vivante. Le prélat ayant employé les censures contre Boémond , ce prince ne garda plus de mesures; et lui ayant déclaré la guerre, il vint l'assiéger dans un château appartenant à son église. Aimeri se défondit avec valeur et succès. Les hostilités durèrent l'espace de trois ans avec tant de lureur , que le royaume de Jérusalem était menacé d'une ruine totale , attaqué comme il était d'ailleurs par le redoutable Saladin. Ja'S grands maîtres de l'Hôpital et du Temple, s'étant porte*

DES PATRIARCHES D'aNTIOCHE. 2<)

pour médiateurs, vinrent enfin à bout de réconcilier le patriarche avec le prince. L'an ii83, Aimer! eut le bonheur de réunir à l'église catholique le patriarche des Maronites, avec une partie de ses ouailles. M. Assemani prétend que ce fut moins un retour à l'église catholique, dont ils ne furent jamais, selon lui , séparés par l'hérésie des Monothélites , qu'on leur impute communément, qu'un renouvellement d'union. Cependant Eutjchius , patriarche d'Alexandrie , Guillaume , archevêque de ïyr, auteur contemporain , et Jacques de Vitri , assurent le contraire. Quoiqu'il en soit, les Maronites ont persévéré depuis ce tems dans leur attachement à l'église romaine. L'an 1187 , après la funeste bataille de Tibériade , et pendant le siège de Jérusalem qui la suivit, le patriarche Almeri envoya deux évèques en Occident , avec des lettres aux princes chrétiens , pour les conjurer de venir au secours de la Terre-Sainte. Benoît de Péterborough nous a conservé celle qu'il écrivit au roi d'Angleterre. Ce monarque, dans sa réponse adressée aux patriarches de Jérusalem et d'Antioche , et au prince de cette dernière ville , les exhorte à prendre courage , et leur promet que , dans peu de tenls , il leur arrivera des renforts si considérables , qu'ils passeront tout ce qu'ils pourraient imaginer. 11 s'engage même à venir en personne en Palestine. Toutes ces belles promesses furent sans effet. Aimeri mourut dans le mois de septembre de la même année 1 187. Guillaume de Tyr le représente comme un prélat adroit, fourbe, qui sacrifiait sans remords l'intérêt public à son ambition. C'est à lui qu'Hugues Ethérien dédia son livre de la procession du Saint-Esprit contre les Grecs. Aimeri , par reconnaissance, lui envoya une coupe d'argent avec une lettre de remercîments. ( Martenne , Anecd.^ tomel, col. 4^0. )

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