‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 118 sur 277 · JEAN II , PALÉOLOGUE · texte numérisé non relu

JEAN II , PALÉOLOGUE

x338. Jeàïc, fils du marquis Théodore et son successeur, homme de cœur et prudent , comme le qualifie Benvenuto, ne négligea rien pour recouvrer les terres que ses voisins avaient usurpées sur le Montferrat pendant la vacance qui suivit la mort du marquis Guillaume Y. S' étant allié, dans ce dessein, à la faction des Gibelins, il enleva, l'an i33g , aux princes de Piémont et d'Achaïe ^ la terre de Calusco , et les autres , qu'ils s'étaient appropriées aux dépens de son marquisat. Les divisions qui régnaient dans la ville a Asti lui servirent aussi de prétexte pour en disputer la seigneurie à Robert , roi de Sicile , qui en était revêtu. S'étant présenté devant cette place à la tête de ses

Mâ MARQUIS DE MONTFBRRAT. a33

troupes, le 26 septembre de la même année , il y entra sans résistance, parce que la garnison, faute de paie, avait mis en gage ses armes et ses chevaux. Les Gottuari , les Rotari , et les autres Gibelins qui avaient été chassés , furent aussitôt rappelés, et prirent la place des Solari' et de toute la faction guelfe , qui furent obligés de déguerpir à leur tour. Le marquis tira de l'oppression les Gibelins en d'autres villes , et rendit celte faction supérieure dans toute la Lombardie. Les Guelfes, pour reprendre le dessus, eurent recours, l'an i345 , à Jeanne , reine de Naples, qui leur envoya un corps de troupes commandé par Renfbrzo Dago , soir sénéchal. Le siège d'Albe sur le Tanaro fat sa première expédition en Lombardie. S'étant rendu maître de la place , il alla se présenter devant le château de Garaeiiaro, occupé par les gens du marquis. Il poussa si vivement le siège , que la garnison promit de se rendre si, dans la Saint- Georges prochaine elle ne recevait point de secours. Le marquis arrive dans ce terme avec une armée composée de ses su jets. et de ses alliés. H envoyé porter le gage de bataille au sénéchal qui l'accepte. On en vint aux mains ; et après un sanglant combat où trois mille hommes, du nombre desquels fut le sénéchal, restèrent sur la place, le marquis, victorieux, délivra son château et s'en retourna dans le Montferrat. L'an i347, le iq juin , la ville de Valeftce, pour mettre fin aux divisions qui la déchiraient, reconnut, par un acte authentique, le marquis Jean pour son seigneur. Le mois suivant , ligué avec Lnchin Visconti, duc de Milan, il combattit pour lui à la sanglante bataille que lui livrèrent le comte de Savoie, celui de Genevois et le prince de Morée, fortifiés des secours que le duc de Bourgogne leur avait fait passer. La victoire, après un grand carnage , se déclara pour ces derniers. Mais la perte que nrent , en cette occasion , le duc de Milan et le marquis , ne les empêcha pas de faire de nouveaux progrès. Le marquis acheva derecouvrer les places que la négligence de son père avait laissé démembrer du Montferrat, et rendit son allié maître d'Albe , de Novarre , et d'autres lieux. Luehin reconnut mal ces services ; l'agrandissement du marquis lui donna de la jalousie, et le rendit ingrat. Celui-ci se trouvant, en i34#, à Milan, fut sur le point d'y être arrêté par ses ordres ; mais s'étant aperçu de son dessein à l'air froid et dissimulé qu'il lui montrait, il prit secrètement la fuite, et ne reparut plus dans cette ville. Le marquis n'eut plus dès-lors commerce avec le duc, 11 n'en eut pas davantage avec ses successeurs , et ne travailla que pour son compte dans l'usage qu'il fit de ses armes. Par un stratagème ingénieux, il leur enleva, l'an i356 , la ville d'Asti, xoalgréles efforts qu ils firent pour la secourir. Il fut également XVil. 3o

Digitiz

heureux à Fat laque de la ville d'Albe , et vint à bout de faire révolter toutes les autres places du Piémont qui leur obéissaient. Pour se maintenir contre les Visconti , il fit alliance avec le comte de Savoie et avec la ville de Pavie , qu'ils tenaient bloquée pour lors. Après avoir délivré Tes Pavesans, il prit a son service un corps des grandes compagnies de France, commandé par le comte de Lando , dont le secours lui servit à s'emparer de Novarre. Mais , l'an i358, il fut obligé de rendre et cette place et celle d'Albe dans une assemblée qui se tint , le S juin , a Milan, pour la pacification de la Lombardie, en présence des ambassadeurs de l'empereur Charles IV. La guerre se ralluma, N l'an i36o,, entre Galéas Visconti et le marquis de Montferrat, à l'occasion suivante : Galéas , en mariant sa fille à Lionel , fils du roi d'Angleterre , lui avait donné en dot la ville d'Albe et d'autres places en Piémont. Lionel étant mort, Edouard Spenser, qu'il avait établi gouverneur de ces places, refusa de les rendre, et défit même une armée que duc de Milan avait envoyée contre lui. Mais comme Spenser manquait d'argent , le marquis étant venu le trouver avec une bourse de vingt-six mille florins d'or, obtint, en lui prêtant cette somme, qu'il lui engageât les planes qu'il retenait. Le duc de Milan , instruit de ce traité, conclu le 27 octobre i36g, fait aussitôt passer des troupes dans le Montferrat pour le ravager. Le marquis, de son éôlé, ayant pris à sa solde vSpenser et ses Anglais, va faire le dégât dans Je Novarrais. Mais se trouvant, malgré ce renfort, intérieur au duc , il augmenta de nouveau ses forces d'un corps de brigands -commandé par le comte Lucio, qu'il prit encore a ses gages. Les hostilités entre ces deux princes ne cessèrent qu'à la mort du marquis, arrivée, comme le prouve Muratori, entre le 14 et le 20 mars i3j2. Il avait épousé , 1". Ceci le, veuve, suivant Oienhart , dAmanieu, comte d'Astarac, et fille de Bernard VII 9 comte de Comminges, dont il n'eut point d'enfants; 20. Esclahmonde, ou Elisabeth, fille de Jacques H , roi de Majorque , qui le fit père d'Otton , de Jean , de Théodore , qui se succédèrent dans le marquisat ; de Guillaume , mort au mois de juillet 1400, et de Marguerite , femme de Pierre , comte d'Urgel. Par son testament , le marquis Jean , attendu que tous ses enfants étaient mineurs , leur donna pour tuteurs Araédée , comte de Savoie, et Otton de Brunswick, son parent, qui avait toujours été son principal con* seiller , et qui possédait plusieurs châteaux dans te Montferrat, où il avait établi son domicile avant son mariage avec Jeanne, reine de Naples. Elisabeth survécut plusieurs années au marquis Jean II, son époux. Ce fut elle à <jui Jacques III, fils de Jacques 11 , roi de Majorque et son héritier dépouillé, tria*

des mabquis m MOÏCTrBR& AT. $35

porta, pardon testament, Tan i375, ses droits sur le royaume de Majorque. Llisabeth , se trouvant hors il 'étal de les faire; valoir par elle-mlme, les transmit à Louis II , duc d'Anjou , frère de Charles V , roi de France , entre les mains duquel ils s'évanouirent ainsi que ses autres prétentions. ( Voy. Jeanne première , reine de Naples. )

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