OCTAVE FARNÈSE
1547. Octave Farnèse, après l'assassinat de son père, ne put lui succéder , même avec grand'peine , qu'au Juché de Parme. Le marquis Ferrante de Gonzague, gouverneur du
DES DUCS DE PARME ET DE PLAISANCF» sKj
Milanez , continuait de garder Plaisance, au nom de l'empereur Charles-Quint , depuis le jour même que le duc Pierre - Louis avait été mis à mort. Le pape Paul, son aïeul, révoqua, Tan 1 549 9 la cession qu'il avait faite à Pierre-Louis de Parme et de Plaisance , et dédommagea Octave par un nouvel établisse-* ment dans l'état ecclésiastique. C'était un trait de politique * afin d'empêcher l'empereur de se rendre maître de Parme, comme il avait fait de Plaisance , et de pouvoir même revenu diquer cette dernière ville, au nom de l'église, avec plus de droit et d'autorité qu'il n'avait pu le faire au nom de sa famille. Ociave, toutefois, ne goûta point cette finesse. Peu satisfait de son dédommagement, il s'échappe de Rome, et tente de s'emparer, par surprise, de Parme. Mais cette entreprise ayant échouée par la fidélité de Camille Orsini, gouverneur, que le pape avait mis dans la place. Octave fait des ouvertures à l'empereur, offrant de renoncer à toute liaison avec le pontife, et de n'attendre nue de lui son avancement et sa fortune. Paul , à la nouvelle de la défection inattendue de son petit -fils, et de sa liaison avec un prince qu'il déleste, entre dans une colère affreuse. {Voy. Paul 111, pape.) H meurt peu de tems après , et Octave reste possesseur de Parme. L'an i55o, Alexandre , frère d'Octave , fit hommage pour lui au saint siège , et paya le cens porté à l'investiture. Cependant , l'empereur ne perdait pas de vue le recouvrement de Parme ; et le gouverneur du Milanez , Ferrante de Gonzague , ennemi particulier d'Octave, faisait les dispositions pour le déposséder. C'était au pape, comme suzerain, à le défendre. Mais Jules III, qui tenait alors le saint siège, n'était pas d'humeur à se brouiller. avec l'empereur. Octave, après lui avoir fait d'inutiles remontrances à ce sujet , se détermina , par le conseil , à ce qu'on croit, des deux cardinaux, Alexandre et Rainuce , ses frères, à poursuivre un traité déjà entamé par Horace, duc, soi-disant, de Castro , son autre frère, avec le roi de France 9 Henri H , pour l'engager à venir à son secours. Henri, jaloux comme il était de la puissance autrichienne, saisit avidement l'occasion qu'on lui présentait de la traverser; et par un traité s,gné le 27 mai 1 55 1 , il prit sous sa protection la maison Fay-» nese , s'obligeant a entretenir au duc Octave, deux mille nommes de pied avec deux cents chevau - légers pour la défense de Parme , et à lui payer annuellement douze mille écus. d'or, avec promesse d'un plus grand secours, s'il en avait, ksoin. ( Du Mont. ) Le pape , informé de cette négociation par le cardinal Farnèse , se donna de grands mouvements à la) de l'empereur et auprès du duc de Parme , pour la faire manquer. Mais il s'y prit trop tard. Le traité étant consomme.
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Octave , en homme d'honneur , ne voulut point reculér ; malgré les sollicitations d'Ht rcule II, duc de Ferra re , effrayé d'un incendie qui allait s'aîiumer si près de ses états. Jules y alors, ne gardant plus de mesures, somma, par des lettres monitoriales, Octave, de consigner, entre les mains de ses ministres, la ville de Panne. N'étant point obéi, il en vint aux censures, et à déclarer Octave déchu de tout droit sur ce duché, ainsi que du grade de gonialonier de l'église romaine. Les deux cardinaux , Alexandre et Kainuce Farnèse, reçurent ordre de sortir de Home ; et dans le même tems, l'empereur dépouilla du riche archevêché de. Montréal, le cardinal Alexandre, et Octave, de la ville de iNovarre et du duché de Citta di Penna, qui faisaient la dot de Marguerite, sa femme. Les parents du pape profitèrent d'une partie des dépouilles de la maison de Farnèse. Cependant, le seigneur de Thermes était déjà dans Parme avec une garnison française ; ce qui n'empêcha pas le pape de traiter avec l'empereur et le roi de France , pour prévenir la guerre. Mais la précipitation de Ferrante de Gonzague, gouverneur de Milan , rompit les mesures pacifiques du saint père. S'imaginant qu'Octave ne cherchait qu'à gagner du tems pour se fortifier, il entra, vers la mi-juin , dans le parmesan, avec sept mille hommes de troupes réglées et six mille fourrageurs, qui firent le dégât dans le pays. Le roi de France , qui était alors en trêve avec l'empereur, ne tarda pas à lui déclarer la guerre. Pierre Strozzi, exilé de Florence, et Corneille Bentivoglio, marquis de Gualtieri, étant venus de sa part à -la Mirandole pour y faire recrue, envoyèrent de là cinq cents cavaliers à Parme, qui, par de fréquentes sorties, forcèrent les Impériaux , qui bloquaient la ville , à laisser un libre passage aux vivres. D'un autre côté , le seigneur de Brissac, envoyé de France avec une armée dans le Piémont , faisait une diversion en faveur du duc de Parme. Le pape, dans ces entrefaites , eut l'imprudence de conclure une ligue avec l'empereur. Ayant levé, en conséquence, une armée d'environ dix mille hommes, il la fit partir sous les ordres de Jean-Baptiste del Monte, son neveu, guidé par Alexandre Vitelli , général expérimenté , pour aller faire le siège de la Mirandole. Vaine tentative, (jui n'aboutit qu'à construire deux forts vis-à-vis de la place, afin de la tenir en échec. Les frais de cette guerre cuient bientôt épuisé le trésor du saint siège. Mais ce qui fut encore plus terrible , c'est que la source , qui pouvait le remplir, fut coupée par la défense que fit le roi de France, de porter de l'argent à Rome. Ce prince rappela de plus les prélats de son royaume qui étaient au concile de Trente , et défendit aux autres d'y aller ; enfin , il menaçait d'assembler en France un
Concile national. Les plus sages du sacré collège firent sentir alors au pane la nécessité où il se trouvait de renoncer à la guerre , et de prendre des pensées de paix. Les Vénitiens s'étant rendus médiateurs, le cardinal de Tournon fut envoyé de France pour traiter d'accommodement avec le saint siège. Le 29 avril i552, on conclut entre le pape , le roi de France et le duc Octave, une trêve de deux ans , dont les principaux articles portaient que le pape retirerait ses troupes des territoires de Parme et de la Mirandole, qui rentreraient sous l'obéissance du duc Octave ; et que les cardinaux Famèse seraient rétablis dans les biens dont ils avaient été dépouillés , ainsi qu'Horace Famèse dans le duché de Castro. L'empereur , quelque tems après, fut contraint, par le mauvais succès de ses armes, d'accéder à cette trêve; ce qui assura au duc Octave la possession tranquille du Parmesan. L'an i556, Philippe II, roi d'Espagne, pour détacher Octave du parti de la France, lui rondit la ville de Plaisance, mais en gardant le château, où il mit une garnison , qu'Octave devait payer. L'acte de celte restitution e£t du i5 septembre i556. (Muratori.) M. Robertson se trompe en la rapportant à l'an 1È57. L'an 1 5 74 (et non i55o, comme le marque Quadrio, suivi de quelques autres), Octave, à la demande du docteur Eugène Visdomini , fonde à Parme l'académie des Innominal i. ( Iren. Affo. )
Le château de Plaisance restait toujours entre les mains des Espagnols. Octave , pour le recouvrer , chargea son fils Alexandre, à qui Philippe II devait beaucoup, de faire les premières démarches en son nom, et lui envoya le comte Pomponio Torelli : c'était l'homme de ses états le plus capable , par sa considération personnelle et ses talents, de faire réussir cette affaire (1). Torelli partit au mois d'octobre i584, pour se rendre en Flandre , où il trouva Alexandre Farncse, sous les murs d'Anvers; et le 18 novembre, muni de ses instructions, il se mit en route pour Barcclonne, où, à travers mille dangers, il joignit Philippe II. Il plaida si bien auprès de lui la cause d'Alexandre et d'Octave , que ce monarque , après avoir hésité long-tems, restitua la place à ce dernier, vers la fin de i5o*5. ( Voy. Pomponio Torelli aux comtes de Guastalle. ) Octave
(1) Le comte Pomponio Torelli était un des meilleurs et des plus féconds poètes de son tems. On a de lui un recueil de poésies latines , tin autre d'italiennes, un volume de tragédies, qu'il faisait représenter dans son château de Monte-Chiarugolo , et l'excellent Trattato del débita dcl cavalière. It est surprenant que cet auteur ne soit pas plu* connu en France.