PUIS MARQUIS, ET ENSUITE DUCS DE MANTOUE
Mantoûe, dont la fondation précède dé près de trois siècles celles de Rome , est la capitale d'un état qui s'étend sur une longueur d'environ soixante-dix milles d'Italie, depuis les frontières du Crémonais jusqu'à Stellata, terre du pape, et sur une largeur d'environ quarante milles » mais quelquefois moindre , depuis Vidiano , jusqu'à la frontière du Véronats. Tout le circuit du Mantouan peut être évalué à deux cents milles. Sous le règne de ses souverains, Mantoue renfermait cinquante mille âmes, et quarante monastères* dont les églises étaient ornées des tableaux des plus grands maîtres. Le palais du prince renfermait cinq cents chambres où l'on voyait briller la magnificence et la richesse; Les principales rivières qui arrosent le Mantouan , sont le Pô, emi le traverse presque d'un bout à l'autre, le Mincio, FOglio et la Secchia , qui vont toutes se perdre dans ce roi des fleuves de l'Italie.
Depuis environ un siècle, Mantoùe se gouvernait en forme de république, sous la protection des empereurs, lorsque Otton II la donna au marquis Thédalde , aïeul de la comtesse Mathilde, qui s'en mit en possession Tan m4- Après la mort de cette princesse , H paraît que Mantoue fût du nombre des villes qui profitèrent des divisions du sacerdoce et de l'empire pour se mettre en liberté; mais elle ne fit que changer de maîtres. Les querelles que fit naître l'ambition entre les principales familles de Mantoue , donnèrent occasion aux plus forts de la subjuguer. Le fameux Sordello Vis-
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conti , troubadour, chevalier errant , grand capitaine et grand politique, en fut podestat vers 1220 (1). (^oy. Maria £quicola, storîa di Mantua, 1. 1 , pag. 80.) Mantoue jouit <h» quelque tranquillité sous sa magistrature ; il défendit cette ville contre Eccellin , et y fit la fortification qui porte encore aujourd'hui le nom de Sémglio. Ludovic , fus de Richard y comte de Sari - Bonifacio , domina à son tour, à Mantoue , pendant plusieurs années ; mais Pirmamonte Bonacolsi et Otlonello Zenecalli ,v se firent élire capitaines en 1274. Un mois après , Pinnamonte fait tuer, par trahison, pendant la nuit, Ottoneîlo, et convient avec les familles de Kiva , Mercaria et Casaioldi, de chasser tous les autres nobles; Sordello Visconti fut compris dans ce bannissement ; Pinnamonte vint à bout dé chasser ensuite ces mêmes familles, les unes par les autres , et resta seul maître de Mantoue. La mort fe surprit en septembre 1289. Pinnamonte ayant , par testament , nommé Caipio , son fils , pour lui succéder, Bardelon , son autre fils, jaloux de cette préférence, te chassa en 1291, et s'empara du gouvernement. Il réunissait
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(1) Sordello, natif de Mantoue, descendait des Visconti, seigneurs de Goito. Etant allé dans sa jeunesse à la cour du marquis Richard de San-Bonifacio, seigneur de Vérone, il séduisit sa femme Cunizza, nue du fameux Eccellin, dit le Morne. Elle quitta, dit-on , son mari pour le suivre, et depuis se remaria quatre fois. Les historiens du teins représentent Sordello comme le plus bel homme , le plus adroit, le plus valeureux, le plus savant et le meilleur poète de son teins. Outre tes poésies dont on trouve quelques-unes avec celle des auteurs troubadours, il composa un livre intitulé : Trésor des Trésors^ où il traitait des hommes célèbres dans le gouvernement et des principes de la politique. Il voyagea dans presque toute l'Europe , et fit tant de choses mémorables , que l'historien des Troubadours (tome II, paçe 80) a cru devoir les attribuer à deux personnages. Sordello vivait encore en *38a, et mourut vers la fin du treizième siècle. Le Dante l'a célébré; (Voyez son Purgatoire s lib. 1 , ch. 6 et 7, el de Vulgari eh(saio> \\b. 1 , cap. i5 ; Donesmondi ,,part. 1 , lib. 4» P- & cardinml Bemjba nelle prose, liv. 1; Giust Fontanini, dclL cfay. Italiana > lib. .1, $ .13 et 20, et liv. a, $• 4°î l'abbè Quadrio , s /or. et rag. d'ogni pocsia , tome JÎ , page 1 3d ; S/or/a de/ Eccellini de Verci , tome I , lib: 5 , page 1 1 9 ; ), le docte abbé Tirabosrhi ; S ton a délia letteratura itaUana. Enfin , fa dissertation intéressante sur Sordello, qu'a donnée, en 17S3, M. le comte Jean-Baptiste d'Arco, intendant politique du Mantouan , si, connu par services rendus aux arts , et son gout pour les sciences. Nous avons cru devoir sortir de notre règle ondinaire, ennodiquafit ici les sources où Ton peut puiser des détails sur Sordello, vfi fin célébrité en Italie, et le peu de lumières que nous avons sur. lui en fiance.
3o4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
tous les vices ; sa tyrannie le rendit odieux. Botticella-Bonacolsi, son petit-fils, l'expulsa à son tour, en 1299. Bardellont retiré à Padôue, y mourut malheureusement après trois ans d'exil. Boticella secourut François d'Est, contre le marquis Azzon, son frère, et fit la guerre aux Cremonais. Pendant ce tems, Azzon , pour se venger, lui enleva le château de Saravalle, où était la plus grande partie de ses richesses. Boticella mourut presque en même tems que son rival. (Equicola, ibil, 1. t, p. 48» et seqq.) À Boticella succédèrent, l'an i3o^ , dans la seigneurie de Mantoue, ses deux fils, Passerin et Butiron BoN a co lsi. Le deuxième est peu connu ; mais Passerin se rendit célèbre par diverses actions d'éclat. L'an i3i2, ayant marché au secours des Modénais attaqués par les Bolonais , il engagea les premiers à rélire pour leur seigneur. Franceschin , ou François 1 de la Mirandole , lui enleva la ville de Modène, à la faveur d'une sédition qu'il excita le 18 janvier i3i8 , et s'en fit proclamer seigneur : mais, pressé par divers ennemis auxquels se joignit Passerin , il la lai rendit, par traité du 3o novembre 1^19. S'étant ligué , Pan 1025 , avec divers seigneurs contre les Bolonais , Passerin remporta sur eux une grande victoire, le i5 novembre. Ce seigneur était un des grands partisans de l'empereur Louis de Bavière; et parla, if se rendit odieux au pape Jean XXII, qui le comprit parmi ceux contre lesquels il fit publier la croisade. Les efforts de ce pontife, pour lui nuire, furent vains, et ne l'empêchèrent pas de gouverner tranquillement son état; mais il eut le malheur d'avoir un fils imprudent dans la personne de Francesco , qui , à la suite d'un commerce suspect avec la femme de Philippin de Gonzague , offensa grièvement l'époux. Les Gonzagues jurèrent de s'en venger : assurés du secours de Cane de l'Escale et de Guillaume de Castelbarco, le 16 août, Philippin de Gonzague, Guido et Feltrino , se» frères , et Albert Savioli, soulèvent le peuple. Passerin Bonacolsi accourt au bruit pour apaiser 1 émeute; étant blessé violemment à la tête , son cheval l'emporte , et le peuple le massacre. L'imprudent François , fils de Passerin , et cause de ces malheurs, fut arrêté sortant de son lit, et conduit avec ses cousins, les fils de Butiron, à Castellaro, où Nicolas de la Mirandole les fit périr au milieu des tourments les plus cruels, pour se venger de la perte de François de la Mirandole, son père , que Passerin avait fait mettre à mort sans motif Ainsi finit la puissance des Bonacolsi , après avoir duré un demi' siècle. Ce fut alors que la seigneurie de Mantoue passa dans la maison de Gonzague , où elle s'est conservée l'espace de quarrs cents ans.
DES CAPITAINES Î>E MANTOtJË. 3o5
LOUIS I DE GONZAGUE , capitaine de Mantoue , GUI, FELTRINO, et PHILIPPIN , ses enfants.
L'an 1.328, Louis de Gûnzaguë , d'une maison trèsancienne , Fut reconnu seigneur de Mantoue , sous le titre de capitaine, après la mort de Passerîn Bonacolsi. Son premier soin fut de rétablir l'ordre dans la ville , dVfïermir sa puissance au-dehors par des alliances et des traités avec ses voisins, et de la cimenter au-dedans par sa douceur et sa libéralité. Il avait alors de Ricuilde Raimberti , sa femme, trois fils déjà majeurs, Gui, Philippin, et Feltrin , auteurs de la révolution , qu'il associa au gouvernement. S'étant alliés aux Scaligers , ou délia Scala , seigneurs de Vérone, iis obtinrent d'eux, le n juillet i335, la ville de Reggio , que ceux-ci s'étaient fait céder par les Fogliani , le 3 du même mois , et: dont Philippin prit possession. La raison d'état fit, dans la suite, oublier ce bienfait aux Gonzagues. L'an i34H, ils se liguèrent avec les Vénitiens, pour abaisser la puissance des Scaligers , qui semblait menacer la liberté de l'Italie. Ceuxci, de leur côté, s'étant unis avec Luchin Visconti , seigneur de Milan , et Obizon , marquis de Ferrare, contre les Gonzagues, entrèrent dans le Mantouan , où ils firent le dégât; niais Philippin deGonzague, de retour de Naples, où il était allé venger la mort du roi André, que Jeanne lr8., sa femme, avait fait étrangler, vint se joindre à Guido I Torelli , et, le 3o septembre i348, ils tombèrent si vigoureusement sur les troupes milanaises campées sous Borgoforte , qu'ils les mirent en déroute, et dissipèrent la ligue. (Murât., Rer. liai, script, tom. XVIII.) L'an i354, Louis de Gonzaguc reçoit à Mantoue, l'empereur Charles IV, qui lui confirme, pour lui et ses descendants, la souveraineté de Mantoue, avec celle de fteggio et des antres acquisitions qu'il avait faites.
Ën i356, Philippin meurt avec une grande réputation de valeur, laissant d'ANNA Dovara , sa seconde femme, trois filles, Egidiola, mariée a Mathieu II Visconti; Eléonorey alliée à Guido l Torelli , et Isabelle , femme de Rodolfe d'Habsbourg.
Eernabo Visconti, seigneur de Milan , déclara la guerre, en 135^, ^ ''Ouïs de Gonzague , qui soutenait Olegio Visconti dans Bologne, et vint mettre le siège devant Mantoue. Il sé rendit maître de quelques places aux environs , en quoi il fut secondé par Guido Torelli , qui venait de se brouiller avec les Gonzagues, pour une légère offense. (Voyez Platina , Hist. àlantuana, lib. à; et Muratori , Rcn Italie, tom. XX.) XYH. 3y
3o6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Mats Hugolin de Gonzague, petit— fils de Louis, pour éloigner le théâtre de la guerre, alla prendre Novarre, assiéger Verceil , et mettre le Milanez à feu et à sang. Cette diversion fut utile , et la paix se fit entre les Gonzagues et les Visconti, par la médiation d'Aldovrandin d'Est. L'an i3tio, Louis meurt le 18 janvier, dans sa quatre-vingt-treizième année. 11 avait épousé, i°. N. de Kaimberti; 20. N. Malatesta; 3°. N. MalesPINA. De la première, il laissa deux fils , dont l'aîné , qui suit ; Feltrin , souche de la branche des Gronzagues de Novellare, éteinte; et une fille 9 Thomasine , mariée à Guillaume , comte de Castelbarco.