PIERRE GRADENIGO
1289. Pierre Gradénigo, podestat de Capot d'Istria, charge dans l'exercice de laquelle il avait montré beaucoup de valeur et de capacité , parvient au dogat , le 25 novembre , à l'âge de trente-huit ans. Ayant appris, Tannée suivante, que la ville d'Acre était assiégée par Kalil — Ascraf, sultan d'Egypte, il envoie vingt galères au secours de la place ; ce qui ne l empêcha pas d'être emportée d assaut , le 18 mars 1291. L'an 1293, la trêve établie, trois ans auparavant, entre Venise et Gênes, est rompue à l'occasion de quatre galéaces vénitiennes, dont sept galères de marchands génois s étaient emparées , au mois de juillet, dans la merde Chypre. Nicolas Spinota, chef de la flotte génoise , bat , Tannée suivante , la flotte vénitienne à la hauteur d'Ajaccio , lui enlève vingt-cinq galères avec les marchands et leurs effets, et ne laisse échapper que trois bâtiments, qui vont porftr la nouvelle de ce désastre à Venise. La seigneurie, sans se déconcerter, fait équiper une nouvelle flotte de soixante galères, dont elle donne le commandement à Nicolas Quérini , avec ordre d'aller chercher la flotte ennemie idans la mer de Grèce. Mais les Génois ayant su l'esquiver, vont tomber sur la Cariée, dans l'île de Candie , la prennent, la pillent et l'abandonnent après y avoir mis le feu. L'an 12c, 7 ( Sanuto ) ♦ le doge Gradénigo vient à bout d'ôter au peuple le droit d'élire les membres du grand conseil , en rendant héréditaire l'entrée dans cette compagnie , pour les familles qui, depuis quatre ans , y étaient admises. Ce fut alors qu'on forma le Livre d'or , qui est le registre de la noblesse vénitienne, et que l'aristocratie commença de s'établir à Venise : mais les citadins, sans avoir part au gouvernement, firent une classe dist inguée du peuple. Les ecclésiastiques furent exclus de toutes les charges ainsi que de l'entrée aux conseils publics , où l'évêque et les curés de la ville avaient été admis jusqu'alors. On a même, dans la suite, donné l'exclusion de toutes les délibérations concernant les ecclésiastiques aux nobles qui ont an frère, un oncle ou un neveu cardinal ; ce qui faisait dire an cardinal Zapata, que la condition du clergé, à Venise, est pir* que celle des Israélites sous Pharaon.
DES DOGES DE VENISE. ffi
L'an 1298, LambaDoria, amiral des Génois, étant parti de Gênes avec une flotte de quatre-vingt-six galères, entre dans le golfe Adriatique, et livre bataille , le H septembre , à quatrevingt-dix-sept galères vénitiennes, commandées par André Dandolo. Après un long et furieux combat , la victoire se déclare pour les Génois , qui prennent aux Vénitiens quatre vingtcinq galères, dont ils brûlent soixante-sept, et emmènent les dix-nuit autres en triomphe à Gênes. La chronique d'Est et celle de Césène comptent près de neuf mille quatre cents vénitiens qui périrent dans le choc, et sept mille quatre cents qui furent faits prisonniers avec l'amiral Dandolo , que le chagrin emporta de ce monde quelques jours après. On ne fut pas plutôt informé de ce revers à Venise, que la seigneurie ordonna de construire et d'équiper en diligence cent nouvelles galères; mais ou cet armement n'eut pas lieu , dit Mu raton , ou il ne servit de rien. La paix est conclue, l'an i2û,<j , entre "Venise et Gênes, par la médiation de Mathieu Visronti , seigneurde Milan. Les prisonniers furent rendus de part et d'autre; mais les Vénitiens s obligèrent à ne point voyager de treize ans , avec des galères armées en guerre , dans la mer Noire ni dans celle de Syrie.
L'an i3o7 , conjuration de Marin Bocconio, et d'un gran.l nombre de plébéiens , dont la plupart étaient de la lie du peuple, pour rétablir le gouvernement démocratique. Elle est découverte par l'habileté du doge ; Bocconio et les principaux de ses complices sont arrêtés, condamnés à mort le même jour sur leur propre confession, et le lendemain exécutés. L'an i'6oS7 les Vénitiens s'emparent de Ferrare , sur les princes légitimes de la maison d'Est. Le pape Clément V met à cette occasion, la seigneurie en interdit. Les Vénitiens ne tiennent pas compte de cet anathème. Le pape fait prêcher contre eux la croisade , et envoie en Italie Le cardinal de Pelignio , son parent, pom* commander l'armée , en qualité de légat. Il le fit avec succès , gagna une sanglante bataille à Francolin, près du Pô , et reprît Ferrare , le atf août. ( Voy. Foulques , seigneur de Ferrare. ) L'an i3io, on vit éclater à Venise > le tS juin, une nouvelle conjuration , à la tête de laquelle était Baiamont Tiépolo, chef de la faction Guelfe , contre le doge Gradénigo. Après un gran l combat, où plusieurs, de part et d'autre, restèrent sur lx place , le parti du doge resta vainqueur, et Baiamont fut contraint de prendre la fuite. Gradénigo fit nommer des inquisiteurs d'état pour informer contre tous les complices de laconjuration. Cette commission , qui ne devait être que passagère, devint ordinaireet perpétuelle pour tous les crimes d'état. Telle est l'origine du conseil des dix , à l'inspection duquelle doge,
lui-même , fut soumis; ce qui mit le dernier sceau âVaristcn cratieou gouvernement des nobles. L'an i3i i , Pierre Gradénigo meurt , le i3 août, à l'âge d'environ soixante ans. .