‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 32 sur 277 · DES DUCS D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

DES DUCS D'AUTRICHE

bords de l'Inn, pour la dot de Catherine, sa femme, sœur d'Albert d'Autriche. Mais l'empereur Rodolphe, pour punir le duc de Saxe d'avoir eu part aux troubles excités parOttocare, l'avait condamné à rendre les terres de son engagement , avec perte de la somme qui en était le prix; et Catherine étant , morte, l'an 1285 ou 1286 (n. st.), sans enfants, sa dot, suivant son contrat de mariage , devait retourner à sa maison. Le duc d'Autriche somme vainement le père et le fils de lui faire droit sur ces deux objets. La guerre , en conséquence , leur fut déclarée. L'archevêque de Salzbourg et le duc d'Autriche s'étant confédérés , rassemblèrent leurs troupes auprès de Wels en haute Autriche. Le duc de Saxe, de son côté, divisa les siennes en deux corps, dont il donna l'un à son fils Otton, pour entrer dans l'Autriche, et conduisit l'autre à la rencontre cle l'ennemi. Mais ce grand appareil du saxon ne fut qu'une bravade, que la vue du danger auquel il s'exposait ne tarda pas à réprimer. Ce fut Mainart, comte de Tyrol, qui le lui fit apercevoir , et par sa médiation , Albert ae Saxe consentit à rendre la dot de sa bru avec cent marcs d'argent pour les frais de la guerre, en attendant que l'électeur palatin , choisi pour arbitre de la question de droit sur la restitution de la haute Autriche , eût rendu son jugement. L'électeur prononça en faveur d'Albert d'Autriche , qui par là devint pleinement possesseur de son duché. L'an 1289, ^ entra dans la Hongrie , à main armée , pour se venger des incursions qu'un comte , nommé Ivan , avait faites dans l'Autriche. Il y prit quelques places, et échoua devant d'autres qu'il assiégea. De retour de cette expédition la même année, il fut attaqué par Rodolphe , archevêque de Salzbourg, qui revendiquait, comme appartenantes à son église, quelques terres de l'Autriche, qu Albert s'était appropriées à titre de fiefs vacants. La mort du prélat , arrivée l'année suivante , mit fin aux hostilités. (Fast. Campilienses , pag. 1180-1182.)

L'an 1291 , après la mort de l'empereur Rodolphe , la ville de Vienne se révolle contre Albert et lui ferme ses portes. Le duc la réduit , au bout de quelques mois , en lui coupant les vivres. Albert , l'an 1 292 , concourt , avec Adolphe de Nassau , pour l'empire , et n'épargne ni sollicitations ni argent pour acquérir les suffrages des électeurs. Mais sa hauteur, sa puissance qui donnait de l'ombrage aux électeurs , et son empressement , trop marqué, de monter sur le trône, l'en firent exclure. Peu de tems après, il reçoit d'Adolphe, àOppenheim, une nouvelle investiture de l'Autriche, avec la confirmation de tous les privilèges que les empereurs précédents avaient accumulés sur ce duché. Albert , la même année , conduit une

armée contre l'évêque de Constance, qui avait fait , de concert àvec les Zuricois, des usurpations dans les terres d'Alsace et de Suabe. lies premières hostilités furent suivies d'un traité de paix, qui fit rentrer dans la main d'Albert ce qui lui avait été enlevé. L'an 1294 » des salines qu'il avait établies dans la vallée de Kucheln , près de celles de l'archevêque de Salzbourg , occasionent des plaintes et des menaces de la part de ce prélat. Albert n'en tient compte. L'empereur Adolphe, prenant le parti de l'archevêque , ordonne au duc de détruire ses salines , et n'est pas plus écouté. Albert , pour se maintenir dans son refus , iait alliance avec Philippe le Bel 9 roi de France , ennemi déclaré d'Adolphe. L'archevêque , de son coté, travaille à soulever les Autrichiens et les Styriens contre leur duc. En 1295, au commencement de novembre, Albert, au retour des noces d'Anne , sa fille, avec Herman le Long, marquis de Brandebourg , est empoisonné dans un repas à Tienne. 11 s'en tire avec la perte d'un œil. Cependant, au bruit qui se répandit de sa mort, l'archevêque de Salzbourg, ayant assemblé des troupes , détruit les salines d'Albert avec la petite ville de Tronau, qui rendait à ce duc trois mille marcs par an. Albert, après le rétablissement de sa santé, ne tarda pas à se venger de cette levée de bouclier. La paix se fit enfin , l'an 1297, entre lui et le prélat. Albert revenait alors de Prague, où il avait assisté le jour de la Pentecôte, avec les électeurs de Saxe et de Brandebourg, au couronnement de Gutte , ou Judith, aa sœur, et de Wenceslas IV, roi de Bohême, son époux. Ce fut, comme on l'a déjà dit ailleurs, aux fêtes qui suivirent cette cérémonie f dont Gérard d'Eppenstein , archevêque de Mayence, avait été le ministre, que fut concertée la déposition de l'empereur Adolphe entre ces princes et le prélat. Le roi de Bohême se déclara chef de ce noir complot , et l'on y mit la dernière main dans une assemblée secrète des ligués , qui se tint à Chadam- L'an 1298, nouvelle assemblée à Vienne des électeurs et des princes ligués contre Adolphe. Us arrêtent définitivement le projet de déposer ce prince et de porter le duc d'Autriche sur le trône. Ce dernier leur assure d'avance le prix de la lâche complaisance qu'il attendait d'eux. La révolte éclate. Les électeurs de Mayence, de Saxe et de Brandebourg, £vec les ambassadeurs du roi de Bohême et de l'électeur de Cologne , s'assemblent à Mayence. Adolphe y est solennellement déposé le a3 juin, et le duc d'Autriche élu en sa place. Bataille entre ces deux rivaux, donnée, le 2 juillet suivant , à Gelheim, près de Worms. Adolphe y perd la vie , et laisse Albert en pleine jouissance du trône impérial. Albert , durant son règne , ne fut occupé que de projets d'agrandissement pour

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sa maison. U voulut, mais ea vain, réunir la Hollande, Tan 1299 * à ses t-',als patrimoniaux , après la mort du comte Jean I , décédé sans laisser de lignée. L an i3o8, il échoua pareillement dans le dessein qu'il avait d'envahir la Thuringe et la Misnie. Le projet qu'il se mit en tête d'asservir une partie des Helvétièns lui fut encore plus funeste. Il trouva la mort dans cette expédition, ayant été assassiné le Ier. mai i3o8, à l'âge de soixante ans, en passant la Reuss dans un bateau près de Windiscb, par Jean d'Autriche, son neveu, fils de Rodolphe # son frère, landgrave d'Alsace, et quelques gentilshommes qui s'étaient joints à lui. Ce fut l'avarice d'Albert qui occasiona cet attentat. Jean , son neveu , dont il était devenu tuteur après la mort de Rodolphe, son frère , arrivée le 27 avril 1290, étant parvenu à l'âge de majorité, ne cessait de lui redemander son patrimoine. Ne pouvant obtenir cette justice , le désespoir où le jeta ce refus persévérant , en fit un parricide. Jean d'Autriche et ses complices (à l'exception d'un seul qui lut roué vif) échappèrent, par la fuite, à la vengeance d'Agnès, fille d'Albert et reine de Hongrie , qui se dédommagea cruellement sur les familles innocentes de ces assassins. (Jean d'Autriche finit ses jours à Pise , le i3 avril i3i3 , dans un monastère où, l'empereur Henri Vil l'avait Tait enfermer ; et Walter d'Eschenbach , l'un de ses complices , passa trente-cinq ans à garder les bœufs pour n'être point reconnu. ) Albert avait épousé , l'an 1283, Elisabeth, fille de Mainart , duc de Carinthie et comte de Tyrol , décédée le 28 octobre i3i3, dont il eut vingt et un enfants , parmi lesquels on distingue six fils et cinq filles. Ceux-* là sont , i°. Rodolfe, né l'an 1284, roi de Bohême en i3o6, mort de la dysenterie le 4 juillet 1307 , sans laisser de postérité de ses deux femmes , Blanche , fille de Philippe le Hârdi , roi de France, mariée l'an i3oo, morte en i3ofc> , et Elisabeth <\à Pologne, veuve dê Wenceslas IV, roi de Bohême ; 20. Frédéric I ♦ qui suit ; 3*. Léopold , dit le Glorieux , mort à Strasbourg le 28 février 13*6, à trente-neuf ans, laissant de sa femme Catherine, fille d'Amédée V , comte de Savoie , au'il avait épousée en i3o5. deux filles , Catherine , femme d'fenguerrand de Couci , puis de Conrad de Magdebourg, en Autriche, et Agnès, mariée, en i338 , à Boleslas IV, duc de Schweidnitz, en Silésie , morte le ier. février i %2 ; 4°. Albert ^ qui viendra ci-après; 5°. Henri, dit le Paisible , mort, le 3 février i3a7 , sans liguée de sa femme Elisabeth , fille de Rupert, comte de Wurtzbourgt morte en i343; 6°. Otton, dit le Hardi, ou le Joyeux, mort le 17 février i33o,, ayaut épousé, i°.ran i3i2, Elisabeth, fille d'Etienne duc de la basse Bavière, morte le 3i mars i33i ; 20. en i335 , Anne , fille de Jean, roi

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de Bohême , morte le 3 septembre t 'ôàii. 11 eut deux fils de s* première femme (i) : Léopold , mort en i344 » et Frédéric i mort la même année. Les filles d'Albert sont, i°. Agnès, mariée , en 1296 , avec André III , roi de Hongrie ; 20. Elisabeth i femme de Ferri IV, duc de Lorraine; 3°. Anne, mariée, ï°. à Herman , margrave de Brandebourg , mort en x3o8 , st°. en i3i8, a Henri IV, duc deBreslaw, mort en i335 $ 4°. Gutta , ou Judith, mariée, en i3i5, à Louis, comte ' d'Oettineen, morte le 10 mars i32p,ï 5°. Catherine, laauelle épousa, l'an i3i3, Charles, duc de Calabre, fils de Robert, roi de Naples, décédée le i5 janvier i323. (Voy. l'empereur Albert I. )

FREDERIC I , dit LE BEAU.

i3o8. Frédéric, second fils d'Albert I, né Tan 1230, lui succéda au duché d'Autriche, ainsi qu'au comté de Habsbourg et au duché de Styrie. Il se mit aussi sur les rangs pour lui succéder à l'empire; mais le souvenir des mauvaises qualités du père , et le ressentiment des maux que son avarice avait causés à l'Allemagne, l'emportèrent, dans l'esprit des électeurs, sur les espérances que donnait le caractère aimable et généreux du fils, et Henri de Luxembourg lui fut préféré. Ce même Henri , ayant investi, l'an i3io , Jean , son fils, du royaume de Bohême, fait sommer le duc d'Autriche de restituer son duché à ce nouveau roi , qui le réclamait en vertu de l'investiture que le roi Richard en avait donnée au roi Ottocare , aïeul de sa femme. Mais Frédéric répond fièrement que le duché d'Autriche avait coûté, depuis cinquante ans, la vie à cinq princes souverains qui l'a— vaient attaqué, et que Henri pourrait bien être le sixième, s'il osait l'inquiéter. Une transaction termina ce différent. Frédéric et ses frères promirent au roi des Romains , de l'assister dans ses entreprises, contre le duc de Carinthieet contre le margrave de Misnie, comme aussi de le suivre dans l'expédition d'Italie * qu'il méditait. A ces conditions, Frédéric et ses frères reçurent , du consentement de la diète , où cet acte fut passé , l'investiture de leurs biens patrimoniaux. (PfefTel.) L'an i3i3, après la mort de l'empereur Henri , Frédéric brigua de nouveau l'empire , et eut pour concurrent Louis , duc de Bavière. Rodolfe, électeur palatin , frère de Louis , et son ennemi déclaré , se mit

(1) L'ancienne édition porte qu'il ne laissa point d'enfants. Mais on peut voir, pour cette erreur, l'Histoire de la maison d'Autriche, par William Coxe , tome I. pp. 20 1 , 207, et Hubner, tome I, tab. ia5. {Hotidtr Editeur.)

DES DUCS D'AUTRICHE. . £i

à la têle Je la faction autrichienne ; et , ayant assemblé ? Sachsenhausen , près de Francfort, l'électeur de wSaxe, Henri , duc de Carinthie , ancien roi de Bohême , et Henri , margrave de Brandebourg, frère Je l'électeur, il fait élire le duc d' Autriche roi des Romains, le 19 octobre. Mais le lendemain, Louis de Bavière est élevé, dans Francfort* à la mémp dignité,, par les autres princes qui avaient droit de suffrage. (Voyez les empe~ reurs.) L'an iSiS, Frédéric est mis au ban Je. i'eiupire,.av<>: se,s frères, dans la diète de Nuremberg. La guerre commence alors entre les deux rivaux. Frédéric et ses frères ayant mis le siège devant la ville, impériale dFsJingeu en Suabe, pour s assurer d'un poste sur le Nècre , Louis de Bavière vole au secours de la place , et les force, après' les avoir battus', de lever le siège. L'an i322, les m^mea compétiteurs se livrent , le : »S septembre, une nouvelle bataille en Bavière, près d'Àmpfingen f à quelques lieues de Muldorfïsur l'Inn. Frédéric, l'ayant per-1 duc , y est fait prisonnier avec Henri , son frère. Le piemier est conduit au château de TrausnitZj, dans le haut Palaiiuat , et lç second remis entre les mains de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, qui avait combattu pour Louis à cette journée Fré-r déric , Tan i3i5, est rérnis en liberté à deux conditions . signées de sa main : i°. qu'il renoncera à la dignité de roi des Romains* 20. que lui et ses frères restitueront à 'l'empire tous les pays, villes et territoires immédiats qu'ils possédaient sans en être formellement investis. Léopold et les autiës frères de Frédéric s'opposent à l'article de cette convention, qui les concerne et obtiennent du pape Jean XXII la cassation du' traité de Frédéric avec Louis, comme ayant été extorqué parla crainte et la force. Frédéric, ne pouvant s'acquitter de sa parole, se constitue lui-même de nouveau prisonnier de son rival. Louis désarmé par cette générosité, fait à Munich , le 5 septembre avec le duc d'Autriche, un autre traité moins onéreux que le premier. Par celui-ci , ils conviennent de gouverner ensemble l'empire ; mais les électeurs et les états trouvèrent tant de difficultés dans l'exécution de cet accommodement , qui leur donnait deux chefs , qu'on fut obligé de l'abandonner. Frédéric les ayant senties lui-même, se contenta, pour le bien de la paix , du titre de roi des Romains , dont il ne fit usage qu'en Quelques occasions rares et de peu d'importance , et de quelques droits honorifiques} desquels il jouit jusqu'à sa mort, arrivée le i3 janvier i33o, au cnâteau de Gutlenslein, dan« le territoire de Vienne. Quelques écrivains prétendent qu'il mourut £ie poison. Quoi qu'il en soit, la chartreuse de Maurbach donl il était le fondateur, fut le lieu de sa sépulture. Il avait épousé^

Tan i3i5, Isabelle , fille de Jacques, roi d'Aragon, morte le *o juillet i33o. Cette princesse , vrai modèle d'amour conjugal , vécut dans le plus grand deuil pendant la prison de son époux, et , après sa mort, elle le pleura tant qu'elle en perdit là vue. De leur mariage, ils eurent deux fils morts en bas âge, et deux filles, Anne, mariée à Louis, dit le Romain t électeur de Bran-1* •debourg, fils de l'empereur Louis de Bavière, et Elisabeth, Inorte le ai octobre i3'36. (Voy. l'article de l'empereur Frédéric II l.)

ALBÊRT II , dit LE SAGE et LE CONTRACT , et OTTON, duc d'Autriche, de Cajeunthie, etc.

i33o. Albert II , quatrième fils d'Albert I, et d'Elisabeth •de Tyrol, né au château de Habsbourg, destiné à l'état ecclésiastique par son père , fut d abord pourvu d'un canonicat à Pas- »aw, et ensuite ordonné sous-diacre. Mais ses frères aînés étant morts sans postérité mate , il leur succéda avec OttoN , son frère , dit le Joyeux et le Hardi, Tan i33o , au duché d'Au» Ifiche et de Styne , et obtint , peu de tems après, dispense pour se marier (i). Albert était contrefait et avait tous les membres rétrécis, ce qu'on attribuait à du poison qu'on prétendait lui avoir été donné au sortir de l'enfance ; mais cet accident n'altéra point les facultés de son âme. Malgré ses infirmités , it montra tant d'habileté, de prudence et d^quité dans toute sâ conduite , qu'il en mérita le surnom de Sage. L'attachement cl'Albert èt d'Otton , son frère , pour l'empereur Louis de Bavière, les avait rendus ennemis de Jean de Luxembourg, roi de Bohême. Ce prince , après avoir battu Frédéric , duc de Thuringe et marquis de Misnie, tourna ses armes, l'an i33i , contre les ducs d Autriche. Otton , le seul capable d'agir en campagne , était préparé à le recevoir. Il avait reçu de l'empereur un corps de troupes hongroises èt polonaises qu'il envoya dans la Bohême pour faire diversion. Mais l'irruption du roi Jean dans l'Autriche , l'obligea bientôt de les rappeler. Il n'en tira aucun avantage, parce que, s'étant soulevées, elles reprirent la route de leur pays. Otton , forcé par cette retraite d'aller se retrancher sous Vienne , sa capitale , laissa au roi de Bohêma

(1) C'est à tort que les Bénédictins , d'après le P. Barre et plusieurs autres historiens, placent le mariage d'Albert II après la mort de seâ frères aines. La date de ce mariage! rapportée plus bat, rectifie cettfc erreur. ( Note de l Editeur. )

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