‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 4)Chapitre 31 sur 161 · GUILLAUME LE BATARD · texte numérisé non relu

GUILLAUME LE BATARD

xo63. Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, après s^être rendu maître du Mans , ne le fut pas aussitôt de tout le Maine. 11 trouva dans Geoffroi, seigneur de Mayenne, un rival qui lui fit acheter un peu chèrement la conquête de ce pays. A la fin, il réduisit' Geoffroi à lui demander la paix ; et dèslors les Manseaux , abandonnés de leur chef, se soumirent au duc. Mais bientôt la noblesse du Maine, à la tête de laquelle était le vicomte Herbert , lasse de la domination normande, fit alliance avec Geoffroi le Barbu , comte d'Anjou , pour se-» couer un joug qu'elle trouvait insupportable. Guillaume, pour prévenir les effets de cette ligue, céda au comte d'Anjou h supériorité territoriale du Maine , s'en réservant l'utile et le réel. De cette sorte les Manseaux. eurent deux maîtres au lieu d'un. Guillaume , afin de tenir en respect la ville du Mans , y fit construire, par la veuve d'un ingénieur anglais , un fort

3u'on appelait encore du nom de cette femme, la tour de Ribanelle ou Orbandelle , dans les derniers actes de féodalité , pour en désigner la mouvance, quoique ce tort n'existât plus. Cette précaution ne réprima pas les dispositions des Manseaux à la révolte. L'an 1069, ou environ, tandis que Guillaume est occupé à réduire les Anglais rebelles, ils font venir d'Italie, Atton ou Azzon, marquis de Ligurie, avec sa femme Gersende, fille d'Herbert Eveille-Chien, et son fils Hugues, le reconnaissent pour leur comte ; et ayant fait main basse sur les Normands /ils en délivrent le pays. Mais Atton, après avoir épuisé en largesses indiscrètes, l'argent qu'il avait apporté, s'apercevant qu'il était méprisé des Manseaux , prend le parti retourner en Italie, laissant sa femme et son fils sous U

DES COMTES DU MAINE. * p,3

garde de Geoffroi, seigneur de Mayenne. Les Manseaux, reconnaissant dans le jeune Hugues l'héritier du Maine , obéissent d abord assez docilement au tuteur du jeune prince, et à sa mère mais, le seigneur de Mayenne les ayant irrités par de nouvelles fiactions , ils le chassent de leur ville, persécutent à outrance ses partisans , et ne connaissent plus ni lois , ni maître , ni subordination. Geoffroi orend alors le parti d'envoyer en Italie son pupille, après quoi il se retire dans son château de la Chartre - sur - Boir. Gersende reste au Mans ; et ne pouvant si passer de ce seigneur, elle le rappelle et l'introduit secrètement dans la citadelle. Les Manseaux , pour le déloger , appellent a leur secours Foulques le Rechin , comte d'Anjou , qui , n'ayant pas approuvé l'accommodement fait entre Geoffroi le Barbu , son frère, et Guillaume le Bâtard, prétendait toujours que le Maine lui appartenait. La ville du Mans est assiégée, et Geoffroi de Mayenne obligé de l'abandonner. Le roi d'Angleterre étant arrivé dans le Maine peu de tems après sa retraite , fait rentrer sans beaucoup d'efforts ce pays sous sa domination. ( G esta Cenoman. Episcop.) Mais Foulques le Rechin ne laissa pas longtems Guillaume paisible possesseur de ce pays, dont il s'était retiré à son approche. Par ses pratiques secrètes , il se fit une révolution générale dans le Maine en sa faveur, après le départ du roi d'Angleterre. Jean, seigneur de la Flèche, vassal du comte d'Anjou, fut presque le seul qui demeura fidèle aux Normands. Foulques, l'an 1078, marche contre lui avec le duc de Bretagne, son allié, et vient l'assiéger dans sa ville. Guillaume vole à son secours. Foulques , instniit de la marche du roi d'Angleterre , lève le siège pour aller au-devant de \uu Les deux armées se rencontrent dans la lande de la Brière f

5rès de la Flèche. Mais, sur le point de combattre, un carinal et quelques moines, auxquels se joignirent les comtes d'Evreux et de Belléme, ayant fait leur remontrance aux chefs des deux armées , les engagèrent à faire un traité qui confirma v au comte d'Anjou la suzeraineté du Maine, dont Robert, fils aîné de Guillaume, lui fit hommage. en même tems. (Ordér. t. 4, p. 533.) Les historiens modernes se trompent d'après Duchêne , en rapportant cette expédition à l'an 1073. ( Voyez Bouquet, t. XII , p. 5cja, n. ) La réconciliation de Foulques avec le seigneur de la Flèche, ne fut pas sincère, ou du moins ne fut pas durable ; car nous voyons qu'en 1081 il vint assiéger cette place, la prit et la brûla. ( Bouquet, îbid. pp. 47^-479- ) Gersende était morte alors , et même dès l'an 1072 au plus tard, selon Muratori. L'an io83 , Hubert , vicomte du Mans , fit gendre de Guillaume I, comte de Nevers , s'étant brouillé Wec le roi Guillaume, se met en garde contre son ressenti-

ment. Ne pouvant défendre ses châteaux de Beaumont et de Frénai sur la Sarte, il les abandonne, va se cantonner danf celui de Sainte-Suzanne , sur les confins de PAnjou et du. Maine, et de là fait des courses sur les Normands, chargés de garder la dernière de ces deux provinces. C'était , dit Ordéric Vital, un seigneur d'une haute extraction, d'un grand cou-* rage, d'une valeur à toute épreuve , et d'une hardiesse que rien n'étonnait. Guillaume étant venu pour l'assiéger dans Sainte- Susanne, ne put y réussir: des rochers escarpés, qui environnaient la place , en défendaient l'approche. Le monarque se contenta de faire construire un fort dans le Val-Beugi pour la tenir en bride, et partit ensuite pour la Normandie , où; l'appelait une nouvelle révolte de Robert son fils. En quittant le Maine, il y laissa Guillaume et Henri, ses d<*ux autres fils, pour continuer la guerre sous la conduite du duc de Bretagne. Elle dura l'espace de trois ans, pendant lesquels Hubert soutint si vaillamment les efforts de ses ennejnis , et leur fit essuyer de si grandes pertes avec les secours qui lui étaient venus d À7 quitaine, de Bourgogne et d'autres provinces, que désespé-i rant de pouvoir le réduire, le roi Guillaume, malgré toute s^ fierté, prit le parti de lui offrir la paix. Elle se fit en réta-j blissant le vicomte dans tous les biens et honneurs dont i\ avait été privé. (Ordéric, 1. VII.) Le roi Guillaume ne survécut guère plus cfqne année à cet événement, étant mort le 8 ou le 9 septembre 1087 ( Voy. les ducs de Normandie. ) Le vicomte Hubert parait l'avoir suivi de près au tombeau. Il avait épousé, l'an 1067, Ermengarde, fille de Guillaume I, comte de Nevers, "après la mort de laquelle il se remaria, vers l'ar| 1086, à Godechilde. Du premier lit il eut Raoul III, son successeur ; Godechilde , abbesse d'Estival ; et d'autres enfants. (Martenne, Ampliss. Colf., t. I, c. 5i8.)

ROBERT COURTE-HEUSE et HUGUES D'EST.

1087. Robert, dit Courte- heuse, fils aîné de Guillaume Je Bâtard, et son successeur au duché de Normandie , le fut de même au comté du Maine, dont il avait dès Tan 1078 , comme pn Ta dit, fait hommage à Foulques le Rechin , comte d'Anjou. J)el ivres du joug de la domination du roi Guillaume, les Maoseaux étaient disposés, pour la plupart, à se soustraire entière«r ment à l'obéissance des Normands. La nonchalance de Robert , qui demeurait oisif en Normandie, fortifiait ces dispositions. Mais, excité par Odon , son oncle, évêque de Bayeux, il lève une armée dont il donna le commandement , sous ses ordres , i çe m$me Odan, à Guillaume, comte d'Evreux , à Raoul de

DES COMTES DU MAtNÊ. 9$

Conchés, à Gmllaume de Breteuil , neveu de ce dernier , et à <Tautres braves seigneurs. Arrivé au Mans avec cet appareil forinidable , il y est reçu avec de grandes démonstrations de joie , frlus apparentes que sincères. Geoffroi de Mayenne , Robert le Bourguignon, Hélie, fils de Jean de la Flèche, et grand * nombre d'autres seigneurs, vienneht, sur sa citation , lui rendre hommage. Cependant iule partie des rebelles, à la tote desquels était Payen de Montdoubleau , se tenait retranchée dans le château de Bâlon. Robèrt va faire le siège de cette place , qui fit une vigoureuse résistance, et ne se rendit qu'à des conditions avantageuses. De là il marcha contre le château de Saint-Céleriri, où était renfermée toute la famille de Robert de Belleme, ioùs la protection de Rôbcrt Quarrel, chevalier plein de valeur, {{iri ne se démentit point à la défense dé cette place : mais la famine triompha de son héroïsme. Forcé par là d'ouvrir 1rs portes aù* assiégeants, il fut pris et amené au duc, qui lui fit crever les yeux. Plusieurs autres des assiégés furent, par sentence du conseil de guerre, condamnés à perdre une partie de leurs membres; après quoi le duc, sur les remontrances de Geoffroi de Mayenne, donna le château dé Saint-Célerin a. Robert Giroie, qui était venu le réclamer comme lui appartenant par droit d'héritage. ( Ordèric Vlt^ l. 8 , p. 6j3. ) La terreur s1ëtànt dissipée après le départ du duc, les Manseaux revinrent à leur ancienne aversion cohtrè les Normands , et la firent éclater éh ioo\) pat un soulèvement presque universel. Le duc Robert, qu'une maladie retenait pour lors , engagea Foulques le ftechih à donner ses soins pour calmer la sédition, foulqties y réussit pour le moment, et Robert en reconnaissance lui fit avoir en mafïage fiértrade de Montfort, nièce de Simon, comte d'Evreux. Mais les troubles recommencèrent bientôt dans le Maine. Hélie ^ seigneur dé la Flèche , dont nous marquerons plus bas* l'origine, les entretenait sous prétexte de défendre les intérêts du duc Robert , mais dans le vrai pour se rendre maître du comté. S'étant emparé du château de Bâlon f l'an 1081), il ravage le pays, s'introduit par surprise dans le Mans, dont il maltraite les citoyens qui lui étaient le plus opposés; et s'étant saisi de la personne de l'évêque Hoël , il l'envoie prisonnier au château de la Flèche. ( Gesta Cenoman. Episc. àpud \ Bouq. , tome XII , page 5fo. ) Irrités de cette persécution, plusieurs barons, à la persuasion de Geoffroi de Mayenne, rappellent, par une députation, Hugues, fils du marquis Atton. qui d'Italie était venu s'établir à Langres , suivant roman de Rou, et le proclament comte du Maine, à la Chartre sur-Loir. Hélie, apprenant l'arrivée de Hugues, remet tb liberté l'év&jue Hbè'l après lui avoir fait satisfaction. (Actà

Cenoman* Ëpiscop. , ibid. ) Le prélat se rend peu de iems après en Normandie pour faire part au duc de ce qui se passe au Maine. Robert lui conseille de laisser faire les Manseaux, pourvu qu'ils ne le contraignent pas lui-même de (aire hommage au nouveau comte. (S. Marc, Abr, de l'Hist. et liai. , tome IV.) Pendant l'absence du prélat, Hugues fait son entrée au Mans, et s'empare de la maison épiscopale 9 dont il s'approprie tous les effets. L'évêque, à son retour-, n'osant rentrer dans la ville i s'arrête à l'abbaye de Saint-Vincent f dans le faubourg , d'où il envoie des députés pour traiter avec Hugues. Celui-ci exige, pour le recevoir, qu'il reconnaisse tenir de lui son évêché. l*e prélat ne pouvant s'y résoudre , va trouver en Angleterre le roi Guillaume II , pour l'engager à venir faire la conquête du Maine. De retour au bout de quatre mois, sans avoir rien obtenu , il se retire au monastère de Soléûie , près de Sablé. (Bouquet, ibid.) Hugues, cependant, se comportait en tyian dans la ville du Mans , pillant les biens de l'évëque et de tous ceux qui lui étaient attachés. Quelques chanoines , craignant qu'il ne fît main-basse sur le trésor et les vases sacrés de la cathédrale, les transportent dans l'asile de leur évêque. A la fin, le peuple du Mans, ennuyé de l'exil de son pasteur, et de l'interdit qu'il avait jeté sur la ville, en vint des murmures à la sédition. Hugues, pour apaiser le tumulte, se hâta de faire sa paix avec le prélat. Hoël rentra dans le Mans, comme en triomphe, le 28 juin, veille des Saints Apôtres, l'an 1090. {Ibid.) Le mépris que les Manseaux témoignèrent dès-lors

Sour leur comte , lui fit prendre le parti d'abdiquer. Dans cette isposition il vendit son comté pour la somme de dix mille sous d'or à Hélie de la Flèche , son cousin , et abandonna le pays pour retourner en Italie. Voici la suite de son histoire.

M. Muratori (Antich. Est. , c. 27 ) rapporte une convention qu'il y fit, le 6 avril 1095, avec Foulques, son frère, par laquelle il lui vend ses prétentions sur divers états que le marquis Azzon , leur père, avait cédés au même Foulques. L'an 1097, Foulques et Hugues, suivant Berthold de Constance, curent la guerre avec Welphe, duc de Bavière, leur frère consanguin , touchant la succession de leur père. M. Muratori dit que depuis ce tems on ne voit point ce que Hugues devint; mais il est probable qu'il quitta de nouveau l'Italie pour revenir en France, et qu'il est le même que cet Hugues le Manseau, qui, s'étant fixé dans l'Auxerrois, y acquit plusieurs terres, nommément celle de Saint- Vrain , en épousant la fille du seigneur, nommée Béatrix, et travailla a en envahir d'autres. L'histoire contemporaine des évêques d'Auxerre rapporte plusieurs entreprises que Hugues le Manseau fit sur celte église. Il

1)ES tOMTES DtJ MAÎNfc.

ktehtevales dîmes d'Oisi, qu'il faisait valoir comme son proprô bien; et ce ne fut pas sans de grandes peines que lévéqué Hurahaud vint à bout de l'engager à s'en dessaisir. A Cône, il avait un domaine , il usurpa la seigneurie qui appartenait à la même église, et s'y maintint avec le secours des comtes de Blois et d'Anjou contre les armées du roi de France ( Louis le Gros ), du comte de Nevers et de l'évêque d'Autun , qui étaient venus l'y assiéger. L'abbaye de Saint -Germain d'Auxerré eut aussi à se plaindre d'un château qu'il avait bâti sur la terré d'Annai , à une lieue de la Loire, dont elle était propriétaire. (Le Beuf, Mém, sur l'Histoire d^Âux, , tome 11 , nage 71. ) Nous parlons , à l'article de Guillaume II, comte cfe Nevers, qe la querelle que Hugues eut avec, lui pour une terre qui rele* Tait du comte de Blois. Hugues le Manseau vivait encore l'an ii3t, comme le prouve s- »n seing , appose à la charte d'une donation faite cett,e année à l'abbaye de Villegondon. (D. Viole, Mém. mss. sur VAuxer rois.) H avait épousé (en premières noces), Suivant le P. Sébastiano-Paoli {Cod. Diplom. di M ai ta, t. I, P. 38a), HÉRl.v, fille de Robert Gurscard, duc de Pouille et de Calabre. Ordéric -Vital (1. 8, p. 684) dit que layant répudiée, il fut pour ce sujet excommunié par le pape Urbain IL

HÉLIE 1, dit DE LA FLÈCHE,

1090. Relie , fils de Jean de Baugenci , seigneur de la Flèche, et arrière-petit fils d'Herbert Kveille-Chicn par Paule, son aïeule paternelle , femme de Lancelin I , sire de Baugenci, rend possession du Maine après le départ de Hugues, et comme Payant acquis de lui , et comme descendant des anciens propriétaires de ce comté. Robert , duc de Normandie , se mit d'abord en devoir de le déposséder. Mais, soit indolence, soit amour de l'équité, bientôt il consentit à lui accorder la paix. Leur réconciliation fut si sincère de part et d'autre, que Kobert étant sur le point de partir, l'an ioq/», pour la croisade, Héliç s'offrit de l'accompagner. Mais comme lé premier avait engagé son duché au roi d'Angleterre, Guillaume le Roux, son frère, pour avoir de quoi subvenir aux frais de son expédition , Hélie crut devoir préalablement aller trouver le monarque pour savoir s'il laisserait Le Maine en repos durant son absence. Guillaume répond qu'il peut aller où il voudra , mais que pour lui il est aeti-rminé à reprendre une province dont son père était en jouissance à sa mort. Sur cette réponse , Hélie change d'avis , renonce à la croisade, et tourne toute son application à mettre son pays en état de défense. Guillaume , dit Ordéric , que noui

abrégeons , occupé à faire la guerre aux Bretons et aux Flamands,* différa pendant deux ans l'effet de ses menaces. Mais, au commencement de 1098, pressé par les sollicitations de Robert $ seigneur de Bellême , qui lui représentait comme très-facile la conquête du Maine, if se met en marche pour entrer dans ce pays. Le seigneur de Bellême était depuis plusieurs années en état de guerre avec Hélie, qui l'avait provoque par divers actes d'hostilités qui ne furent point sans retour. (Voyez les seigneurs de Bellême. ) Hélie avait si bien muni ses frontières , qu'il fut impossible aux Normands de les franchir. En vain attaquèrentils le château de Dangueul, qu'il venait de bâtir. Guillaume, obligé de s'en retourner, laisse des troupes au comte de Bellême pour continuer la guerre. Celui-ci, substituant la ruse à la force» attire Hélie dans une embuscade, où il est pris, le 28 avril 1098, après s'être vigoureusement défendu. Robert le mène aussitôt à Rouen, où était le roi d'Angleterre. Ravi de cette capture , Guillaume le fait enfermer dans la grosse tour de Rouen , et part au mois de juin pour aller se rendre maître du Mans. Mais Foulques, comte d'Anjou, à la sollicitation des Manseaux, l'avait prévenu et était entré le Ier. mai dans la ville avec ses troupes. Guillaume arrive à la tête de cinquante mille hommes devant la place , dont il forme aussitôt le siège. Mais après avoir ravagé la campagne , et brûlé le village de Coulaines, voyant le tems de la moisson approcher, il licencie une partie de son armée pour aller faire la récolte, laisse trois cents chevaliers à Robert de Bellême, avec ordre de reprendre le siège après la moisson , et s'en retourne en Normandie. Pendant son absence , le comte d'Anjou va faire le siège de Bâlon , que Payen de Montdoubleau , qui en était seigneur, avait livré au roi d'Angleterre. Mais Foulques est surpris dans une sortie des assiégés qui le mettent en fuite , et lui font beaucoup de prisonniers. De ce nombre les plus distingués furent Gauthier de Montsoreau, Geoffroi de Bnolai, Jean de Blazon et Berlai de Montreuil. Le roi d'Angleterre ayant levé une nouvelle armée en Normandie, arrive à Bâlon dans la troisième semaine du mois de juillet , et de là va recommencer le siège du Mans. Effrayé à la vue de la multitude et de la belle ordonnance de ses troupes , Foulques et ses principaux officiers délibèrent, dans un conseil avec Pévêque Hildebert, de lui abandonner la place , à condition de remettre Hélie et les autres prisonniers en liberté. Le roi d'Angleterre accepte la proposition qui lui fut portée par le prélat. Hélie , amené au monarque, de Baveux , où il avait été transféré , à Rouen , noir et couvert de crasse, dit Ordéric Vital, lui fait le sacrifice de son héritage, #t demande pour toute grâce d'être admis au nombre de ses

Courtisans. Guillaume était prêt à y consentir; mais il en fut détourné par le comte de Meulent, qui craignait d'être sup-

Ï>Janté par Hélie dans la faveur du prince , en la partageant avec ui. Sensiblement affecté de ce refus, Hélie déclare au roi que , ne pouvant acquérir ses bonnes grâces , il fera ses efforts pour recouvrer son patrimoine. « Faites ce que vous pourrez , » lui répond généreusement Guillaume; et sur cela il lui fait expédier un sauf-conduit pour aller où il voudra. A son retour dans le Maine , vers le commencement du mois d'août , Hélie est reçu avec joie au château du Loir, et dans cinq ou six autres petites villes , où il fait réparer , ainsi que dans les villages d'alentour , les dommages que les Normands y avaient causés. Il gagna parlà les cœurs des Manseanx, et se fit sourdement une armée considérable de volontaires , avec laquelle il se mit en campagne après Pâques de Tan 1099. S'étant avancé jusqu'aux portes du Mans dans le mois de juin, la garnison de la place, commandée par le comte d'Evreux , fait sur lui une sortie où elle est repoussée. Les vainqueurs poursuivent les fuyards , entrent pêlemêle avec eux dans la ville ; et, favorisés des bourgeois , ils les contraignent de se retirer dans la citadelle. Hélie les y ayant assiégés , ils se vengent sur la ville en lançant avec leurs engins i des Feux oui en réduisirent la plus grande partie en cenares.i Hélie emploie sans succès toutes ses machines pour les forcer à se rendre : leur résistance opiniâtre surmonte tous ses efforts et le fait penser à la retraite. Guillaume était pourtant en Angleterre. Instruit de ce qui se passait au Mans par un messager que Robert de Belléme lui avait dépêché , il pique aussitôt son cheval vers la mer ( c'était à la cnasse qu'il avait reçu cette nouvelle) , et s'embarque sur un mauvais navire qu'il rencontre. En vain on lui représente le danger auquel il s'expose. « Je n'ai * jamais ouï dire ni lu , répondit-il froidement , qu'un roi se » soit noyé. » {Willem. Gemmet. , 1. 8, c. 8. ) Ayant heureusement abordé au. port de Touques, il rassemble en diligence un corps de troupes, a la tête duquel il vole dans le Maine, et arrive dans la capitale, où il ne trouve que des ruines et point d'ennemis. Ils n'avaient pas attendu son arrivée pour déloger. S'étant rendu maître de diverses places , non sans beaucoup de peines, il va chercher Hélie dans le château du Loirr où il estait retranché après avoir abandonné le Mans. Mais il échoua devant cette place , et rappelé en Angleterre par des affaires, pressantes, il laissa à ses lieutenans le soin de s'opposer aux

Srogrès de l'ennemi. (Ordéric Vital, 1. 10. ) Eu partant du laine, il emmena avec lui Tévêque Hildebert , successeur d'Hoël, sur le rems que lui fit ce prélat d'abattre les tours rie iqq église, qui avaient servi. aux Manswux dans leur cévûlle^

et pouvaient encore leur servir dans un nou veaur soulèvement pour se défendre contre lui. Guillaume avaitfce point, fort à cœur, et ne cessait , lorsqu'il fut en Angleterre, de presser tiildebert , par promesses et par menaces, d'y consentir, l e prélat ne pouvant se résoudre à faire ce tort à son église, demandait toujours du tems pour délibérer. ( Acta Cenom. Ep.) Cependant les troupes que Guillaume avait laissées dans le Maine tenaient en échec Ilélie, et les Manseaux en respect. Mais sa mort, arrivée le a aoiit de Tan 1100, changea la face des affaires. A la nouvelle de cet événement, les Manseaux ouvrent leurs portes à Hélie. La forteresse , après quelque résistance, et toutes les autres places du Maine occupées par les Normands, furent évacuées du consentement de Henri, frère et successeur de Guillaume le Houx Depuis ce tems, Hélie ne fut plus inquiété dans la possession, de sxm comté.

L an i 106, Hélie accompagna Geo M roi Martel, ûls de Foulques le Rechin , an siège 9e Candé, où ce jeune prince fui blessé mortellement , le 19 mai , dans le tems qu'il capitulait avec les assiégés. 11 combattit la même année pour le roi Henri, avec ses Manseaux , contre le du£ Robert , son frère , à la ba<n taille de Tinchebrai, donnée le 27 septembre ,. et tua pour sa part vingt-cinq fantassins des ennemis. U mourut, Tan 11 10(1), entre les mains d'Hildebert , son évoque, le 1 1 juillet, universellement regretté de ses sujets, et tut inhumé à l'abbaye de la Couture du Mans , où Ton voit son tombeau , sur lequel il est représenté en habit de guerre, maillé jusqu'à la plante des pieds , le casque ou pot de fer en tète , avec son écu de forme triangulaire , chargé d'une croix ancrée , la hache d'armes pendante à la ceinture dans un large fourreau. D. Mont faucon veut

3 ne le blason ait été ajouté à l'écu long-tems après la mort 'Hélie. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce monument fut rétabli , l'an 164* , par les soins de don Michel PAigneau , prieur de la Couture , comme porte l'épitaphe de ce comte , qu'il fit graver en lettres d'or capitales sur une table de marbre noir, enchâssée dans un cadre d'architecture de pierre, orné, de deux colonnes de marbre jaspé. Mais Rapin de Thoyras se trompe lourdement en disant que le roi d'Angleterre (it mourir Hélie. Ce comte avait épousé, i°. vers Tan 101^0 , Matbilde, fille et héritière de Gervais, seigneur de Château-Ju- Loir, du Mayet , Lucé et d'Oisé , dont il eut Eremburge , ou Ermentrude , dite aussi Guiburge, et Sibylle, femme de Foulques V,

{i) La, date que nous assignons à la mort d' Hélie est fondée surk* 4eux chjoai^iies 4« Sajnt-Aubin d'Angers, »

. Î>ES COMTES DU MA1HE. IOf

comte d'Anjou , puis roi de Jérusalem ; a°. l'an 1 109 , Agnès, fille de Gui Geoffroi , comte de Poitiers , répudiée par Alfonse, roi de Castille et de Léon. Ordéric Vital fait un beau portrait du comte Hélie. « C'était , dit-il , un seigneur brave , rempli » d'honneur, et aimable par ses vertus sociales. 11 était d'une » haute taille , d'une force extraordinaire , nerveux sans em- » bonpoint. 11 avait le visage basané , la barbe hérissée , et Us , » cheveux tondus comme un prêtre. Il parlait avec agrément 9 et facilité. Les personnes tranquilles et soumises n'avaient » qu'à se louer de sa douceur ; mais il traitait rudement les » brouillons et les rebelles. 11 observait et faisait observer rigou- » reuseraent les lois de la justice. Pénétré de la crainte de Dieu,

* il pratiquait avec ferveur tous les exercices de la religion. Sa

* piété tendre et affective lui faisait souvent verser des larmes » dans la prière. Il jeûnait fréquemment , et passait régulière- » ment tous les vendredis sans manger. Les églises trouvèrent

* en lui un zélé défenseur , et les pauvres un père charitable. » Le comte Hélie avait un frère nommé Henoch, qui se fit moine à la Couture du Mans sous l'abbé Juhel , et en faveur duquel il fit donation a ce monastère , vers l'an 1092 , de la terre de Limnaire ( de Liminario ) et de la moitié du domaine de Boi^ ' fart ( Spic. tom. Vil j p. 190. )

FOULQUES, dit LE JEUNE.

uio. Foulques, dit i*e Jeuhe, comte d'Anjou , fils de Foulques le Rechin -, succède au comte du Maine après la mort d'Hélie de la Flèche, son beau- père. L'an 11 29 , il part pour la Terre-Sainte , faisant cession de ses comtés d'Atijou et du Maine à Geoffroi , son fils aîné , qui suit. Il fut couronné roi de Jérusalem , le 14 septembre n3i, et mourut le i3 novembre 11 4a. ( Voy. Foulques V ', comte d'Anjou, )

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