MILON
Milon, ou Miles , appelé de Brai , successeur de Gui, sou pere, dans la seigneurie de Monllhe'ri (1) , fut surnommé aussi le Grand , beaucoup plus pour sa puissance et sa valeur, que pour l’usage qu’il fit de l’une et de l’autre. Il avait épousé, Pau 1070, Lithuise , vicomtesse héréditaire de Troyes. üuger le représenté comme un séditieux et un perturbateur du repos de l’état. Son château de Montlhéri, suivant le même auteur, était le berceau de toutes les cabales qui se formaient contre le roi Philippe Ier, et l’asile de tous les rebelles que ce monarque poursuivait. La publication de la première croisade fit changer d’objet à l’humeur inquiète et turbulente du sire de Montlhéri. Il partit, l’an 1096, pour cette expédition. De retour en France, il n’y fil pas un long séjour. L’an 1 101 ,il retourna en Palestine sous les enseignes de Hugues le Grand, frère du roi Philippe Ier Mais le succès de ce second voyage ne répondit pas à son attente. S’c'tant trouvé au combat de Rama , livré par Baudouin ,
(i) M. Groslei ( Mim. sur l'Uist. de Troyes , p. 43o ) le dit comte do Corbcil, et se trompe.
roi de Je'rusalem , aux infidèles , le 27 mai 1102, il y fut pris , et conduit, avec les autres prisonniers, à Ascalon. Depuis ce terns , on n’apprit plus rien de certain ni de lui ni de ses autres compagnons d’infortune. ( Ordêric Vital , 1. ix , p. 723 , et 1. x, p. 795. ) Milon laissa de. $on mariage quatre fils : Gui, qui suit; Thibaut , dit la Rofe ; Renaud, vicomte de Troyes , puis évêque de cette ville ; et Milon II de Brai, vicomte de Troyes après son frère. Le comte Milon le Grand eut aussi cinq filles : Marguerite, femme de Manassès , vicomte de Sens ; Emmeline , mariée à Hugues, seigneur de Broyés; N., alliée à N., seigneur de Planci en Champagne ; N. , qui épousa le seigneur d’Erici; et Isabeau , femme de Thibaut , . seigneur de Dampierre en Champagne, duquel descendent par les femmes , si l’on en croit du Bouchet , presque tous les souverains qui sont aujourd’hui en Europe. L’église de Troyes , dans son ne'crologe , fait mention du comte Milon. comme d’un bienfaiteur, et tous les dimanches on le recommande dans cette même église en ces termes : Pour lame du vicomte Milon et du comte Huon , qui les maisons et franchises donnèrent à cette église. ( Groslei , Mêm. pour V histoire, de Troyes , p. 4^0. )
G CJI II.
Gui II, dit Troussel ,£Is aine de Milon le Grand, lui succéda dans la seigneurie de Montlhéri, ainsi que dans ses autres domaines , excepté la vicomté de Troyes. Comme il était d’un caractère assez ressemblant à celui de son père , le roi Philippe Ier, pour se l’attacher, l’honoradela charge de sénéchal de France. 11 accompagna son père à la première croisade , et eut part avec lui à tous les exploits des croisés en Asie jusqu’à la prise d’Antioche. Mais Corboran étant venu assiéger à son tour les vainqueurs dans cette place, Gui Troussel eut la lâcheté , dit Suger , de se faire descendre la nuit par dessus les murs , et alla se rembarquer pour la France au premier port. Il paraît qu’à son retour il fut mat accueilli du roi Philippe et du prince Louis le Gros , son fils y du moins 011 voit que la charge de sénéchal lui fut ôtée quelque tems après pour être rendue à Gui le Rouge, sire de Rochefort en Yveline, sou oncle paternel, qui l’avait exercée avant lui , et s’en était démis en partant pour la Terre-Sainte. Philippe voulut aussi lui eftlever Montlhéri , et mit en œuvre toutes sortes de moyens pour s’en rendre maître , sans pouvoir néanmoins y parvenir. Mais lorsqu’il y pensait le moins , une occasion favorable lui mit cette place entrç les mains. Gui Troussel n’avait de sa femme, Adélaïde (i), qu’une fille, nommée Elisa-
(1) Une charte du prieuré de Long-Pont nomme sa femme Mabilic. Peutèire est- ce la même qu’ Adélaïde , peut-être est-ce une deuxième femme.
DES SIRE S, OU CHATELAINS DE MONTLHERI. ÎJT
bcth. Craignant qn’après sa mort on ne la privât de son héritage, il fit offrir au roi de la donner en mariage au prince Philippe de Mantes, fils de ce monarque, et de Bertrade de Montfort. Le roi, pour consentir à cette offre, obligea Gui Troussel de lui ce'der à lui-même Montlbéri j en échange de quoi il lui donna ]Ylehun-sur- Loire , qu’il avait acquis par confiscation. Ceci est , suivant le père Anselme, de Pan 1104. Ravi, de cette acquisition, le roi Philippe dit â Louis , son fils : Biau fias Loeis , garde bien cele tpr qui tantes fois m a travaliê , et en cui escombatre et asalir geme suis presque toz envcsliz ( envieilli ), et par cui desloiaulè ge ne poi ainques avoir bonne pais ne bonne seurtè y la cui des loiauté fais oit des prodonies et des loyaux traîtres et desloiaux ; et laienz s alropelloient , et de près et de loin , luit li traitor et li deloial ; ne en tôt le roiaunie nestoient mauz faiz ne traisons sanz lor asent ( consentement ) , et sanz lor aide : si que douchastel de Corbuel ( Corbeil ), qui est mi-voie de Monllheri , à destre jusques à Chastiaufort , estoit la terre si accinte , et si grant confusion entre cex de Paris et cex d1 0 rlienS , que li un ne pooient aler en la terre de C autre por marchandise ne por autre chose sens la volanté à ces traitors , si ce n estoit de grant force de gent. ( Chron. de Saint-Denis. ) Miles , ou Milon II de lirai , vicomte de Troues, frère de Gui Troussel, vil d’un œil bien différent l’aliénation que celui-ci venait de faire. Il se plaignait depuis long-tems de n’avoir point eu de part dans l’Hénlagc paternel, et n’était reteuu dans son ressentiment que par l’espérance de succéder à son frère. La voyant frustrée, il ne garda plus de ménagement , et prit les armes pour se faire justice. Les Garlande , pour lors bannis de la cour, embrassèrent scs intérêts , et l’aidèrent à corrompre la fidélité des habitants de Montlbéri , qui se laissèrent engager à lui ouvrir les porles du château. Mais la garnison que le roi y avait mise s’étant retirée dans la grosse tour , il fallut eu faire le siège. Elle était déjà percée en plusieurs endroits , lorsque Gui le Rouge, pour lors beau-père du prince Louis le Gros par Lucienne, sa fille , étant survenu au secours des assiégés , demanda à s’aboucher avec les Garlaude. Sur la promesse qu’il leur fit de les réconcilier avec le roi, et d’obtenir le pardon des traitres , il vint à bout de détacher les uns et les autres du parti de son neveu. Par là , Milon de Brai se vit obligé de se retirer. Le prince Louis accourait cependant avec un corps de troupes à Montlbéri , ne respirant que la vengeance. Mais ayant trouvé à son arrivée le traité conclu, il ne put se dispenser de le ratifier. Toutefois , pour mettre fin aux inquiétudes que cette place lui avait causées , ainsi qu’à ses ancêtres, il prit le parti de la faire raser, â l’exception de la grosse tour. Suger rapporte cet événement au tems où Boémond , prince d’ Antioche ,
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arriva en France , c’est-à-dire environ l’an 1 106. Le roi Philippe1 donna quelque tems après , du consentement du prince Louis r la terre de Monllhe'ri à Philippe de Mantes. Celui-ci ve'cut paisiblement jusqu’à la mort du roi , son père ; mais voyant Louis le Gros ensuite e'Ieve' sur le trône , la jalousie que Bertrâde , sa mère , et son frère utérin. Foulques le Jeune, comte d’Anjou, allumèrent dans son cœur, le porta à se re'vollcr. Gui le Rouge entra dans ses vues avec ses deux fils , Gui III de Rochefort et Hugues de Cre'ci. Il e'tait personnellement irrite contre le nouveau monarque à cause du divorce qu’il avait fait avec Lucicmie , sa fille, par ordre du concile deT royes. Bertrâde ayant attire' dans la même faction Amauri de Montfort , son frère , et d’autres me'contents , rassemblait sur la tête de Louis un orage qui paraissait devoir l’e'craser ; mais ce prince, intrc'pidc et plein de ressources, trouva moyen de le dissiper. Après %voir inutilement averti Philippe , son frère , de cesser ses de'prédations , il saisit le moment qu’il e'tait absent de Mantes, pour venir mettre le sie'ge devant cette place. Il la battit si vivement avec toutes les machines de guerre quie'taicnt en usage alors , qu’en peu de jours il la contraignit de se rendre. Une chronique manuscrite ( Bibl. Saint- Victor , n° 419 ) , ajoute que Louis enleva aussi à Gui le Rouge la Ferté- Baudouin ( aujourd’hui , à ce qu’on croit , la Ferté-Alais) , qu’il garda. Bertrâde et Amauri , craignant le même sort pour Montlhe'ri , s’avisèrent d’un expe’dient : ce fut de ce'der cette terre à Hugues de Cre'ci , fils de Gui le Rouge , en le mariant avec Lucienne , fille du même Amauri ; et par ce, disent les grandes chroniques de Saint-Denis, cuiderent faire un tel encombrement au roy , que la voie de Normandie li fut tolue par ta force celi Iluon , et par la force Guiom de Rochefort , son frère , et par la force le comte Amauri de Montfort , sanz autre prié et domaches que il li porroient faire chascun jor , jusques enz en Paris , sa cité, si que nais ( pas même), ne p'srroit-il nier en nule manière jusques Droues ( Dreux. ) Hugues de Créci n’eut pas plustôtaccompli son mariage, qu’il s’achemina pour allerprendre possession de Montlheri. Mais le roi, l’ayant suivi de près , passa devant Montlhe’ri ; et , ayant pe'ne'tre' jusqu’à Châtres , qui en dépendait , il s’en rendit maître sans coup fe'rir , par la bonne disposition des habitants qui se soumirent •Volontairement à lui. Hugues de Cre'ci l’attendait cependant de pied ferme à Monllhe'ri. 11 avait si bien pourvu à la de'fense de cette place, que, toute démantele'e qu’elle e'tait , elle re'sista aux efforts du roi. Il y eut entre les deux partis plusieurs escarmouches qui n’eurent aucun succès de'cisif. Mais , dit Suger, une ruse en attirant une autre, le roi se servit de celle-ci pour jouer son ennemi. Milon deBrai était venu à sou camp pour lui demander , en termes soumis , la terre d*
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Montlhéri , comme le patrimoine de ses pères dont il avait été injustement frustré. Louis fit alors par politique ce qu’il aurait peut-être dû faire par justice. Ayant maudé les principaux habitants de Montlhéri , il leur présenta Milon comme leur seigneur. Les bourgeois , réjouis à cette nouvelle , comme si le roi , dit Suger, eût fait descendre chez eux le soleil et les étoiles , se tournent à l’instant contre Hugues de Créci , le somment de sortir au plus tôt de leur ville, déclarant que nul serment ne peut les lier au préjudice de la fidélité qu’ils doivent à leur seigneur naturel , et sur le retardement qu’il met à partir , ils le poussent dehors avec perte d’une grande partie de ses équipages. C’est ainsique Milon de Brai recouvra la terre de Montlhéri. Sa reconnaissance ne répondit pas à la grandeur du bienfait qu’il avait reçu de Louis. Thibaut, comte de Blois , son parent, étant entré en guerre , l’an mi, avec le roi, Milon se laissa entraîner, avec un grand nombre de barons, dans le parti de ce rebelle, à l’appàt du mariage incestueux , dit Suger , qu’il lui offrit avec sa sœur, quoiqu’il eût déjà une femme vivaute. Mais il ne remporta que de la honte de cette confédération , par la défaite de Thibaut , et parla nécessité où il se trouva lui-même de rompre le mariage illégal qu’il avait contracté. (i). Ces disgrâces l’ayant fait rentrer en luimême, il fit sa paix avec le monarque, qu’il servit dans la suite avec une fidélité constante. Il n’eu fut pas de même de Hugues de Créci. Toujours acharné contre son souverain, il porta le fer et le feu partout avec une extrême fureur, et se rendit si redoutable , qu’il e"branla , pour ainsi dire ,' le trône , suivant la chronique de Morigni, par les divers mouvements qu’il causa dans l’état. 11 n’était pas moins auimé contre Milon de Brai , son cousin , qui lui avait enlevé Moullhéri ; mais il dissimula long-tems sa haine eu attendant l’occasion de la faire éclater. Enfin, l’an 1118 ou environ , l’ayant surpris à Rocliefort , il le fit prisonnier ; puis , «près l’avoir promené en divers châteaux , toujours lié comme un malfaiteur , ne sachant où le garder sûrement , et n’osaut le mettre en liberté de peur qu’il ne se vengeât, il le fit étrangler à Gommets. Quelques - uns disent qu’il avait eu la cruauté de le faire mourir de ses propres mains. Quoi qu’il eu soit , il fit jeter ‘on corps par une fenêtre pour faire croire qu’il s’était tué luimême en voulant se sauver; mais le crime fut découvert. Le roi
(l) Ives de Chartres, grand canoniste el fort zélé pour l’observation dés règles , s’éleva fortement contre ce second mariage de Milon. Il écrivic au pape Pour le prévenir sur celte affaire. Si causa Milonis , lui dit-il, et Jiiice tomitis Slephani ad aurcs vestras permettait , sciât P. V. quia Milo priment tarent canonicè nondimisit etjiliam comilis Stephani canonicè nonacccptt. (tp. a/ji. ) l»es fut écouté, et ce mariage fut déclaré nul.
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lui-rnême viuten grand cortège àGommels, et condamna Hugues à se justifier, suivant l’usage du tems , parle duel. On lui assigna pour le champ clos la cour d’Amauri de Montfbrt, dont il avait fiance la fille, qui n’était pas encore nubile. Mais Hugues n’eut pas le courage de s’exposer à ce risque; et, se voyant convaincu, il vint se jeter aux pieds du roi pour lui demander pardon, lui remit sa terre , et entra dans l’ordre de Cluni pour y faire pénitence. A l’égard du cadavre de Milon deBrai, il fut inhumé dans le prieuré de Long-Pont ; et comme il ne laissait point d’enfants , la terre de Montlhéri fut réunie au domaine de la couronne. Cette réunion fit peu à peu devenir considérable .la terre de Montlhéri , et donna lieu d’y établir des prévôts et gardes du château. Un nommé Durand en était prévôt l’an 1140. Nos rois vinrent aussi quelquefois y faire leur résidence. Louis le Jeune y donna, l’au 1144 » une charte en faveur de l’abbaye de Saint-Denis. Philippe Auguste, son fils, y était si souvent, que la dixième partie du pain et du vin qui s’y consommaient devint l’objet d’une aumône dont il gratifia l’abbaye de Malnoüe. Cette terre rendait au domaine, sous ce règne, plus de deux cents livres de reuie ( 1 ), somme considérable alors. M. le Beuf a donné la liste des ftudataires de Montlhéri , qui étaient en grand nombre , et des charges auxquelles ils étaient tenus , dont la principale était la garde du château pendant un certain tems de l’année. ( Hist. du Dioc . de Paris , T. X , p. 1 63 . ) , |
Ce fut vers le commencement du règne de saint Louis ( l’an 1 228 ) , que le château de Montlhéri lui servit de retraite. « Da s >» le tems de la conspiration des princes contre lui et la reine » Blanche , sa mère, s’étant mis en chemin pour aller à Vendôme,
11 où le duc de Bretagne et le comte de la Marche avaient promis *» de venir lui faire satisfaction, il apprit que ces rebelles faisaient » avancer secrètement des troupes jusqu’à Etampes et à Corbeiî, n pour tâcher de l’envelopper. Il était déjà à Chartres , par-delà » Montlhéri, lorsqu’il e/i fut averti, et cela l’engagea à revenir >» sur ses pas et à se retirer dans le châteatf. La tradition du pays » est qu’il se mit dans un souterrain dont l’entrée est à quelques » pas de la tour , mais maintenant bouchée. Les parisiens, qui « étaient attachés à leur roi, coururent à son secours pendant que » les barons étaient assemblés à Corbcil , et, le renfermant dans n leurs bataillons, ils le ramenèrent en sûreté 4 Paris. Joinville
(1) Du tems rie Philippe Auguste, le marc d'argent fiu valait 5o sousj mais on ne sait rien sur l'état de l'argent monnayé d'alors. Quoi qu’il en soit, 300 livres de ce tems-Ki,en supposant que L’argent monnayé fut alors sans aloi, font 80 marcs; et , H raison de 53 livres 9 sons 1 deniers le mure f Ü0 produiraient aujourd’hui 4** 7O livres îj sou» 4 deniers.
DUS COMTES DE MEULENT. l%j
» dit que depuis Montlhe'ri les chemins e'toicnt pleins de gens qui » crioient à notre seigneur qu’il lui donnât bonne viej>. ( Ibid . ,
Personne n’ignore la bataille qui se donna , le 16 juillet 1465 entre le roi Louis XI et Charles de France , duc de Berri , son frère , dont les ducs de Bourgogne et de Bretagne , ainsi que plusieurs autres seigneurs, suivaient le parti. Ce combat se livra dans une petite plaine qui est entre Montlhe'ri et Long-Pont ( près de la
appelée
de ba - ’ ;
La seigneurie de Montlhe'ri fut alie'ne'e avec titre de comte' en faveur du cardinal de Richelieu. Louis XIII la retira ensuite pour l’unir au duché' de Chartres , qu’il avait donne' en apanage à Gaston , son frère. Le domaine de Montlhéri fut depuis engagé , àM. Phely peaux , conseiller d’état, le 18 juillet 1696.
nviere d Orge ) , et qui , a cause de cet événement, est dans les titres et terriers du pays Le chantier du champ taille . .
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