RAOUL II L
i345. Raoul IU , fils de Raoul II, lui succéda aux comtés d’Eu et de Guines , de même qu’à la dignité de connétable. Les Anglais , sous la conduite du roi Edouard III et de Géofroi d’Harcourt, étant descendus en Basse - Normandie , l’an 1346, et ravageant cette contrée, Raoul et le comte de Tancarvilie sont envoyés par le roi Pilippe de Valois au secours de la ville de Caen. Les bourgeois s’ étant joints à la noblesse et aux troupes que ccs deux chefs avaient amenées , promettent de faire la plus brave défense. Le connétable , sur la proposition qu’ils lui font d'aller au-devant de l’ennemi qui s’approchait , les range en bataille au-delà du pont ; mais , après la première décharge des Anglais, il est abandonné de cette bourgeoisie, et obligé de se re ndre , ainsi que Tancarvilie, à un officier ennemi, nommé Thomas Holland. Quelques historiens néanmoins, pour excuser les .Caeunois , disent qu’ils furent trahis par leurs ckii
<pi e'4atent d'intelligence avec les Anglais. Quoi qu’il en soit , les deux generaux fronçais furent conduits prisonniers en Angleterre, où le comptable demeura trois ans. Ils furent traités par Edouard avec des marques d'affection qui ne firent point honneur à leur captivité'. Raoul obtient permission , l’an i55o, dépasser en France pour traiter des moyens de payer sa rançon.
Il se rend à Paris , et vient à l’hôtel de Ncsle , le iG novembre , pour faire sa cour au roi Jean. L’accueil ne fut pas tel qu’il s ca éiait flatte'. Le mOnarquc avait sur sa fide'lite' de violents soupçons , inspires ou fomentes par Charles' d’Espagne de la Cerda , jaloux de sa charge , dont il exerçait les fonctions pendant sa captivité. En conséquence, il le fait arrêter par le prévôt de Paris , et trois jours après on lui tranche la tête , devant le même hôtel , à Pheuie de matines (1) , dit une chronique manuscrite , sans forme de procès , en présence du duc de Bourbon , du comte d* Armagnac , et de quelques autres seigneurs. Le soupçon de haute trahison fut le motif de cette donnante execution. Raoul avait c'pouse' Catiibrinf. fille de Louis II de Savoie , seigneur de Bugci , et veuve d’Azzou Visconti, seigneur de Milan. Après la mort de son second e'poux , dont elle n’eut point d’enfants , elle contracta une troisième aiiiance avec Guillaume Ie*' de Flandre, comte de Nnnuir.
Aon content d’avoir fait pe'rir liaoul sans formalités , le roi confisqua ses terres, donna le comte' d’Eu à Jean d’Artois, fils de Robert , comte de Beaumont , et réunit celui de Guihes au domaine de la couronne ; puis il en fit don à Jeanne d:Eu, sœur de Raoul, en considération de son mariage avec Louis dEvreux, comte d’Etampcs. Mais, l’an j352, pendant l’absence du gouverneur de Guines , celui de Calais , Aimeri de Pavie , ayant corrompu le lieutenant de la place , s’en rendit maître pour le roi d’Angleterre, à qui elle fut cédée ensuite par le traité de Brétigni (l’an i56o ). Le roi Charles YI recouvra ce comté, dont il fit une nouvelle réunion à la couronne. (DuChesne, Histoire de la M. de Guines. ) 11 en fut une seconde fois démembré , et cédé , l’an 1435 , par le traité d’Arras à Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Ce prince n’eu jouit pas ; et peut-être les Anglais l’avaient-ils alors reconquis. Ce qui parait certain , c’est que le roi Charles VII le reprit sur eux. Le roi Louis XI, son fils, ne fut pas plutôt monté sur le trône , qu’il fit donation du comté de Guines à Antoine de Croï pour lui et ses descendants mâles ,
fi) Les matines se disaient alors vers le milieu delà nuit dans tontes le* églises, cl lut laïque, les [dus réguliers su faisaient un devoir d'y assister.
Ear lettres* patentes rcgistrccs au parlement le 18 décembre 1461.
ouis Ier de la Tre'moille , vicomte de Thouars et prince de Talmont, fit opposition à cette donation , pre'tendant que le comté de Guines lui devait revenir, sur la supposition que Marguerite d’Eu , qui avait épousé , vers la fin du treizième siècle , Gui II de la Trémoille, vicomte de Thouars, était fille de Jeanne, comtesse de Guines , et sœur de Raoul II , père de celui sur lequel ce comté fut confisqué. Mais il est prouvé , dit du Chesne , par une ancienne chronique des comtes d’Eu, qu’elle était sœur de Jean II, comte d’Eu, mari de la même Jeanne. Le conseil de Louis XI ,
• jugeant mal fondée l’opposition du sire de la Trémoille , n y eut aucun égard. Il n’en fut pas de même de celle de Charles , comte de Charolais , qui revendiquait le comté de Guines , en vertu du traité d’Arras. Louis XI , par le traité conclu le 6 octobre 14 65, à Conflans , fut obligé d’abandonner à ce prince le comté de Guines ; Mais Charles, depuis son avènement au duché de Bourgogne, ayant eu de nouvelles querelles avec Louis XI , ce comté lui fut retiré , et rendu à Antoine de Croï. Après la mort de celui-ci , Philippe , son fils , lui succéda au comté de Guines , ainsi qu’à ses autres biens. Mais, s’étant depuis engagé dans le parti du duc de Bourgogne, toutes ses terres de France furent confisquées au mois de jauvier 1476 , et le comté de Guines fut donné à Antoine , bâtard de Philippe le Bon , duc de Bourgogne, après la mort duquel, arrivée l’an i5o4, il revint à la couronne, dont il n’a plus été distrait.
DES
COMTES, puis DUCS, D’AUMALE.
La ville (3’Aumale , Albci-Marla , ou Aumalcum , situe'e sur la Brêle , dans la haute Normandie , aux confins de la Picardie, est le chef-lieu d’un comte', puis duché', auquel elle a donne' sou nom. - .