ETIENNE
Etien.ne, fils d’Eudes de Champagne, posse'dait le comte' d’Au* male du vivant de son père , lequel , ayant fixe' son séjour en Angleterre , lui avait cédé ce qu’il avait en Normandie. L’an 1090 , il suivit le parti de Guillaume le Roux lorsqu’il vint en Normandie faire la guerre au duc Robert son frère. Avec l’argent qu’il reçut de Guillaume , il agrandit et fortifia son château d’Ammale , où il logea toute la famille royale daus une visite qu’il enreçut. (Ordér. Vital.) Ce fut par l’ordre de ce monarque qu’il secourut peu de tems après Raoul de Toèni, seigneur de Conches , contre Guillaume, comte d’Evreux , sous les armes duquel il était près de succomber. Etienne sc réconcilia depuis avec le duc Robert. Plusieurs seigneurs , comme on vient de le dire à l’article de soa père, conspirèrent, en 1095, pourle placer sur le trôned’Angleterre , et échouèrent danscc dessein par Iq diligence que fit le roi Guillaume II pour en prévenir l’cxccution. Etienne, qui était pour lors en Angleterre, se réfugia dans l’abbaye de Saint-Oswi. Il y fut pris et conduit au château de Bambury , où Guillaume donna ordre qu’on lui crevât les yeux. Mais la femme et les parents du coupable obtinrent sa grâce à force de prières et de présents, Etienne après cela partit avec le duc de Normandie pour la croisade. De retour après la mort de Guillaume , il se brouilla nue seconde fois avec le duc Robert,' et fut un des seigneurs qui , l’an 1104, appelèrent Henri Il;r, roi d’Angleterre, pour s’emparer de la Normaudic. Il combattit, l’an 1 106, pour ce dernier a la bataille de Tinchebrai , où Robert demeura prisonnier. . Etienne conserva pour le vainqueur la fidélité qu’il lui avait vouée, jusqu’en u iS. Mais alors , gagné par sa femme , il se tourna du côté de Guillaume Cliton , fils de l’infortuné duc Robert , et travailla à le mettre en possession de la Normandie. Déjà depuis deux ans le roi Louis le Gros faisait la guerre dans ce duché pour le même objet. Etienne obligea Baudouin à lu Haclie , comte d®
DES COMTES n’AÜMALE. 4^*
Flandre, l’an 1118, à venir joindre ses armes à celle du monarque français. Celte ligue ayant été dissipée «après la bataille d’Eu , gagnée par Henri sur les confédérés, au mois de septembre 1118, le comte Etienne ne laissa pas de tenir bon quelque teins lui seul. Mais enfin , oblige d’abandonner la campagne , il alla se renfermer dans le château du vieux Rouen. Henri étanlvenu l’y assiéger, jeta vis-à-vis de la place les fondements d’une forteresse, tju’il nomma Male -putain , en dérision de la femme du comte Etienue. Celui-ci n’attendit pas que l’édifice fût achevé pour sà rendre. Touché de repentir il employa ses amis pour obtenir sa grâce, et y réussit l’an 1119. Mais l’an 1127, au mois de janvier, il se déclara de nouveau contre Henri , en s’unissant à la ligue formée par le roi Louis le Gros en faveur de Guillaume Cliton. Le fruit qu’il retira de ce parti fut la ruine de son château d’Au-*male, que le roi d’Angleterre prit et livra aux flammes. Les places de la plupart des confédérés subirent le meme sort, et la ligue s’en alla ainsi en fumée. ( Ordér. Vital.) Etienne , après ce revers, partit une secoudc fois pour la Terre-Sainte , où il mourut la meme année 1127. Hadvisk, son épouse, fille de Raoul, sci-' gneur de Mortemer, le fit père de Guillaume, qui suit ; d’Etienne et d’Enguerand , qui vivaient encore l’un et l’autre en 1 i5o ; et de quatre filles * dont la dernière , nommée Havoise, épousa 1* Guillaume de Romarc, comte de Lincoln en Angleterre j 20 Pierre de Brus , seigneur en Ecosse.
' GUILLAUME I
1 127 au plus tût. Guillaume IeT , dit le Gros, successeur ^Etienne , son père , aux comtés d’Aumale et d’IIoldcrncss > ;arda la fidélité au roi Henri I*r tant que ce prince vécut. Mais «près sa mort il embrassa le parti d’Etienne de Blois contre i’im- 'ératrice Mathilde , à laquelle celui-ci disputait le trône d’Angleerre. L’an 1 i38j Etienne lui donna le commandement de l’armée u’il envoya contre David, roi d’Ecosse , qui était entré dans le omté d’Vorck. Guillaume, au mois d’août de cette année * agna sur ce prince la bataille de Y Etendard , ainsi nommée * omme on l’a dit ailleurs , d’un crucifix que les Anglais avaient levé sur un chariot, et qu’ils conduisaient au milieu de leur arlee eu manière d’enseigne. Le général, pour récompense de oette ictoire, eut le comté d’Yorck. Guillaume n’eut pas le même mheur à la bataille de Lincoln, où il combattit sous les ordres 1 roi Etienne , le 2 février 1 1 4 1 , contre le comte deGloscester , ère de Mathilde. Il y commanda avec Guillaume d’Iprcs une :s ailes , consistant en cavalerie flamande et bretonne. Mais au rt du tombât il prit là fuite avec sa troupe , suivant Simeon de
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Durham , et exposa par là le roi au danger d’être pris, qu’il ns put e'viter. Il souscrivit , l’an 1 155 i comme témoin au traite qui se fit entre le roi d’Angleterre et Henri d’Anjou; traite' parlequcl Klicnne reconnaissait Henri pour son successenr à la couronne d’Angleterre. Henri e'iant monte' sur le trône l’année suivante, le comte d’Aumale et beaucoup d’autres seigneurs furent recherchés touchant les domaines du royaume, dont ils s’étaient emparés à la faveur des troubles. En vain alléguèrent-ils des lettres confirmatives d’Etienne : il leur fut répondu , dit Walter Heiningford, que les concessions d’un usurpateur ne pouvaient porter aucun préjudice à l’héritier légitime du trône. Guillaume fut donc obligé comme les autres de rendre ce qu’il avait pris au fisc, ilais il ne le fil qu’après avoir hésité long-tems ; et il fallut même, dit l’auteur cité , que le roi l’allât trouver eu Northumberland où il s’était retiré , pour le contraindre à prendre ce parti. Il regretta surtout le fameux château de Scarborough t qu’il avait fait bâtir dans la province d’Yorck, sur le sommet d’un rocher, et dont l’enceinte comprenait soixante arpens. ( Ibid . ) La crainte après cela le retint dans le devoir pendant plusieurs années. Il la secoua l’an 1 175, et entra secrètement dans le parti du jeune roi Henri, révolté contre son père. Les comtes de Flandre et de Boulogne , autres partisans du premier, étant veuus assiéger le château d’Aumale, Guillaume , de concert avec eux , leur livra luimême la place, se rendit leur prisonnier, et leur fit ouvrir ensuite les portes de ses autres forteresses , sous prétexte de payer de cette manière sa rançon. Guillaume se réconcilia dans la suite avec le vieux Henri et lui garda la fidélité jusqu’à sa mort arrivée le 20 août 1 180. Il avait foudé , l’an n5o , an comté d’Yorck, l’abbaye de Melf, pour se rédimerd’un vœu qu’il avait fait d’aller à la Terre-Sainte , et que l’incommodité de sa grosseur ne lui permettait pas d’accomplir. De Cécile , son épouse , fille de Guillaume, comte de Mowbrai, il laissa une fille, qui suit. Si l’on s’en rapporte au discours fait par le coude de Glpcester à son armée avant la bataille de Lincoln, et rapporté par Henri d'Huntington , le comte d’Aumale , par ses débauches , avait donne prétexte à sa femme de l’abandonner pour se livrer à un autre comte avec lequel elle vécut dans un adultère manifeste.
HAVOISE, GUILLAUME DE MANDEVILLE, GEOFROII". lîAUDOUIN et GUILLAUME IL
1180. IIavoise, ou Hadwide , fille de Guillaume Ier, 1“! aucce'da aux comtés d’ Aumale et d’Holdcrncss , avec Guillacm le Ma.voeville ou de Màgneyille, comte d’Essex, qu’elle avait
DES COMTES d’aUMALE. 4^
épouse le ï4 janvier 1 1 So ( N. S.). Ce seigneur faisait dès-lors sa résidence ordinaire en France; et, l’an *179, au retour d’un voyage à la Terre-Sainte, il avait accompagne le roi Louis le. Jeune en Angleterre. (Roger d’Hoveden.) Guillaume, l’an 1184 > reçut, le 7 novembre , dan3 son château d’Aumale , les rois de France et d’Angleterre, le comte de Flandre et les archevêques de Kcims et de Cologne , qui s’y e'taient rendus pour traiter de la paix entre le roi de France et le comte de Flandre, au sujet du Yermandais et de t’Amie'nois ; mais l’affaire ne fut termine'e que le 10 mars suivant. ( Raoul de Diceto et Jean Brompton. ) Guillaume , suivant Benoît de Péterborough , servit de son bras le comte de Flandre dans la guerre que cette querelle occasionna. Un certain Raoul , fils de Hugues de T'allies, demeurant près do Gisors sur les terres de France , ayant -outragé de paroles le comte d’Àumale , Henri de Ver, pour le venger, tua Raoul le 28 novembre 1 186. Des Français regardèrent ce meurtre comme une insulte faite au roi de France , et usèrent de représailles envers un nommé Garnier , habitant de Gisors , qui était dans l’intimité du roi d’Angleterre. ( Ibid. ) 11. ne parait pas que cette affaire ait eu d’autres suites.
. Guillaume étant mort , le i4 novembre 1189 , à Rouen , sans enfants , Havoisc se remaria la même année à Geofroi, seigneur des Forts en Normandie. Geofroi partit, peudetems après, avec le roi Richard pour la Terre -Sainte, et y mourut , suivant Albéric, l’an 1191, étant au siège d’Acre. Des généalogistes anglais prétendent qu’il revint de cette expédition , et finit scs jours en Angleterre l’ail 1 194* Quoi qu’il en soit, il laissa de son mariage un fils , nommé Guillaume-, qui devint dans la suite comle d’Holderness. Havoise, ayant survécu à Geofroi , convola à de troisièmes noces, et donna sa main à Baudouin, seigneur de Choques , fils de Robert V , dit le Roux , seigneur de Béthune. Ce fut Richard Ier , roi d’Angleterre, qui noua cette alliance par affection pour Baudouin’: mais celui-ci 11e posséda pas long-tems le comté d’ Aumale. La guerre s’étant allumée entre Philippe Auguste et le roi Richard , le premier alla mettre le siège devant la ville d’Àumale., pour attirer l’Anglais hors de la Bretagne qu’il dévastait. Richard ayant appris le danger où étaieni scs sujets , marcha promptement, à leur secours.* En arrivant à Aumale , il présenta le combat, à Philippe , qui l’accepta. « On vit dans cette » journée des prodiges de force et de valeur de part et d’autre. r> Le roi Richard ayant remarqué dans le fort de la mêlée Alain » de Dinan , qui s’était retiré à l’écart pour raccommoder son » casque , marcha vers lui la lance baissée. Alain le reconnut, et, » ranimant dans ce moment toute sa haine , il courut avec fureur » contre lui. La lance du roi se porta contre le bouclier d’Alain
» et s’y brisa ; celle d’Alain glissa sur le bouclier du roi , pas» » entre ses cuisses , et porl a contre le derrière de la selle avec » tant de roideur que le chevalier et le cheval furent renverse'5 » par terre. Ce seul coup eut terminé la guerre , si les Anglais •» 11e fussent accourus au secours de leur prince et ne l’eussent » remonté. Ce ne fut pas le seul affront que Richard reçut au » siège d’Aumale ; il fut encore contraint de prendre la Élite et •» de laisser la place au pouvoir de son ennemi. Philippe ne péril» dit aucune personne ae marque dans cette action ; il fit trente >» chevaliers prisonniers , au nombre desquels se trouva Gui de * Thouars , depuis duc de Bretagne ». ( Morice, Hist. de Bret T. I , p. 122. ) Après s’être rendu maître de la place , il la ruina au grand regret de Baudouin , qui l’avait défendue avec valeur. L’époque de cet événement est d’autant plus remarquable, quelle sert de date dans plusieurs chartes : Facta est concessio ista , dit un de ces titres , anno a b incarnatione domini mcxcvi eo tempo re quo Albamarla à Pliilippo franco rum rege longâ obsidione subversa est . (N. T. de DLpL. , T. IV , pp. 71 1-712. ) Le roi donna , quatre ans après , la propriété d’Aumale à Simon de Dammartin pour lui et ses héritiers. Depuis ce revers il ue resta plus à Baudouin que le simple titre de comte d’Aumale , avec lequel il mourut le i3 octobre 1211. Ce titre fut recueilli et conservé par ses descendants , on plutôt par ceux de Guillaume des Forts , qu’Havoise épousa en quatrièmes noces , n’ayant m de Geofroi qu’une fille, qui mourut sans postérité. (Bouquet, T. XIII , p. 57, ) On les appelait en Angleterre comtes d’Albcmarle •, et cette race ayant manqué , Je nom d’Albemarle a été encore un titre dont plusieurs seigneurs anglais ont été revêtus, entr’autres le célèbre général Muuck, créé duc d’Albemarle par
le roi Charles II , qu’il avait rétabli sur le trône d’Angleterre.