‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 259 sur 296 · ROBERT I · texte numérisé non relu

ROBERT I

Robert, fils aîné de Guillaume I" et son successeur au comté d’Eu, servit avantageusement Guillaume le Conquérant, son

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cousin, dans ses differentes expe'ditions. Henri Ier, roi de France, étant entre'. Tan io54, en Normandie, à la tête d’une grande armée, et l’ayant divisée en deux corps, en donna l’un à Eudes, son frère , et au comte de Ponthieu , et garda l’autre auprès de sa personne. Le duc Guillaume partagea de même son armée , dont il envoya une partie contre le frère du roi sous la conduite des comtes d’Eu et de Mortemer. Ceux-ci attaquèrent les Français à Mortemer en Caux, et les battirent. (Bouquet, T. XI, pp. 46 , 47» 33.) Robert accompagna , l’an 1266, Guillaume le Conquérant à la conquête de l’Angleterre , et se distingua à la bataille d’IIastings. Ses services furent re'compense's par le comté de S usscx et d’autres terres que Guillaume lui donna dans le pays. Les Danois, vers Pau 1069, ayant fait une descente en Angleterre, Robert marcha contre eux avec le comte de Mortain , en tua un grand nombre, et contraignit les autres à remonter sur leurs vaisseaux. Après la .mort de Guillaume le Conquérant, le comte d’Eu suivit quelque terns le parti du duc Robert. Mais rebuté de sa mollesse et de ses débauches , il se tourna , ainsi que plusieurs autres seigneurs normands , du côté de Guillaume le Roux, dont il reçut garnison dans ses châteaux. ( Ordér. Vit. , L. 8 , p. 678 , et L. 9 , p. 772. ) Le comte Robert 'mourut, l’an 1090 ou environ, après avoir eu de Beatrix, nommée aussi Hélisende , sa femme, Raoul, mort avant lui, Guillaume, qui suit, et Robert. Le comte, leur père, avait fondé l’abbaye de Tréport , près de la ville d’Eu, non Pan io56, comme le marquent plusieurs modernes d’après une copie fautive du titre de fondation, mais entre 1057 et 1066, à la prière de sa femme et par le conseil du duc Guillaume et de Maurille, archevêque de Rouen. (Mabil. , Ann. Ben, , T. IV, p. 5ÿ5.)

GUILLAUME IL

1090 ou environ, Guillaume II, fils de Robert, lui succéda au comté d’Eu. Il s’attacha d’abord au duc Robert. Mais , Pan ioc)3 , ayant été gagné par les présents de Guillaume le Roux et -par l’espérance qu’il lui donna de l’élever aux premières dignités, .{l embrassa le parti de ce prince , et lui fit serment de fidélité. C’était se rendre parjure envers le duc Robert , son suzerain. Mais il ne garda pas mieux la foi au roi d’Angleterre qu’il Pavait fait an duc de Normandie, s’il est vrai qu’il entra , Pan ioq5 , comme il en fut accusé, dans la conjuration formée par Robert de Mowbrai, comte de Northumbcrland , et d’autres seigneurs, pour mettre sur le trône d’Angleterre, Etienne, comte d’Aumale. Quoi qu’il en soit , la diligence du roi prévint l’effet du complot , ■®t déconcerta ceux qui l’avaient tramé. Mowbrai se déieudit

45a CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Suelque tems clans son château de Bamburi ; niais ayant e'té prit ans une sortie, ses biens furent confisqués, et il fut enfermé dans le château de Windsor, où il mourut après trente ans de captivité. Le comte d’Eu nia d’avoir eu part à la conjuration ; et, pour s’en justifier, il se battit contre Geofroi Bainard, comte de Chester , son accusateur et son beau-frère , à Windsor , en présence de la cour : mais il fut vaincu dans le combat. Ce mauvais succès emportant la conviction du crime suivant le préjugé du tems, Guillaume fut condamué en conséquence à perdre la vue avec la faculté de se reproduire. Ce qui avait porté Bainard à le déférer au roi comme traître, c’était la conduite qu’il tenait envers Hélisende , sa femme, sœur du premier, aux yeux de laquelle il entretenait des concubines, dont il avait des enfants. (Hoveden et Walsingham.) Le supplice du comte Guillaume est de l’an 1096, suivant la chronique Anglo-Saxonne. Le trait suivant,, rapporté par Guibert de Nogent, en fournit la preuve, ^près la publication de la première croisade , comme on ae préparait à partir pour la Terre-Sainte, les bourgeois de Rouen, 'réfléchissant sur le grand nombre de juifs qui habitaient leur ville , se dirent entr’eux : « Qu’cst-il besoin d’aller jusqu’en » Orient pour attaquer les mécréants , tandis que nous avons » parmi nous des juifs qui sont les plus grands ennemis de Jésus- « Christ?» Là-dessus ils prennent la résolution de les massacrer tous ; et les ayant rassemblés de force ou par adresse dans une église , ils les égorgent , n’ épargnant que ceux qui consentent à se faire chrétiens. Le comte Guillaume, présent à celte scène affreuse , eut compassion d’un petit juif qui tomba entre ses mains , le sauva du carnage, et le remit à la comtesse sa mère, qui, l’ayant reçu avec plaisir, lui demanda s’il voulait être chrétien. L’enfant, qui craignait la mort , témoigna qu’il le de'sirait. Aussitôt on le mène à l’église , où il reçoit le baptême, et prend le nom de celui à qui il devait la vie. Guibert dit avoir appris ce. fait de la comtesse elle-même ; et il ajoute qu’elle prit soin, de l’éducation de ce néophyte , et lui fit apprendre le latin. Puis craignant , dit-il , que ces parents ne le pervertissent comme j|s l’avaient tenté plusieurs fois , elle le plaça dans l’abbay e de Saint- Germer, où il lit profession et devint un excelient religieux. On ignore l’année de la mort du comte Guillaume. Il laissa de son mariage Henri , qui suit, et Guillaume, seigneur de Grand- Cour, brave chevalier, qui se signala daps plusieurs occasions. Ce fut lui qui , l’an 1 1 24 } s’étant trouvé avec Ranulfe de Baycux , gouverneur d’Evreux, au combat donné contre les partisans de Guillaume Clitôn , y fit prisonnier Amaüri , comte d'Evrcux. IWais, considérant que jamais le roi d'Angleterre ne lui rendrait la liberté , il aima mieux , eu le relâchant , s’exposer à l’iudigna-

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ion de ce prince, à la perte de ses biens et à l’exil. On voit :ncore deux autres fils du comte Guillaume , l’un appelé aussi Guillaume , et l’autre nomme' Robert , tous deux mentionnes ians une charte de Henri, leur aîné , donnée l’an 1 10g. (Arch. de V abbaye Sainl-Lucien de Beauvais , prieuré d’Eu , cote i . )

HEJVRI I«.

iog6 au plus tôt. Henri I*r, fils de Guillaume II, et son successeur après sa disgrâce, fut uu des seigneurs normands qui,, ne pouvant souffrir la vie dissolue du duc Robert, appelèrent, l’an 1104, en Normandie, le roi Henri, son frère. (Ordér. Vit., L. 1 1 , p. 814 ) R combattit pour ce dernier, l’an 1106, à la journée de Tinchebrai , où le duc fut fait prisonnier. Dans la suite , il e'pousa les intérêts de Guillaume Cliton , fils de l’infortuné duc , et fit une ligue en .sa faveur avec les comtes de Flandre et d’Aumale, Euslache de Brelcuil, Hugues de Gournai, Richer de l’Aigle, Robert de Nçubourg et d’autres seigneurs. Mais le prudent roi d’Angleterre , dit Ordéric Vital , averti à propos de l’orage qui lamcnaçait , trouva moyen , l’an 1 1 18, de faire arrêter dans Rouen le com(e d’Eu avec Hugues de Gournai , et ne leur rendit la liberté qu’qprcs les avoir obligé; én lui livrer leurs châteaux pour <;agê de leur fidélité. L’année suivante, le comte d’Eu combattit , le 20 d’août , sous les enseignes de ce prince à la journée de Breunevillc, où les Français furent battus.) Ordér. Vit. , L . îa , p. 853. ) Au mois suivant , il eut encore part à celje d’Andeli , qui n’eut pas uu succès aussi décidé pour les Anglais. Il passa , quelque tems après , à la Tcrre-Saiute , d’où il revint eu i lai. Ï1 paraît que depuis son retour il vécut paisible. On ne le voit. pas en effet figurer dans aucune des guerres qui s’élevèrent, dans la suite de sa vie, soit entre la France et l’Angleterre , soit en Flandre. Sa mort est marquée au 12 juillet dans le nécrologe de l’abbaye de Fourcamont, qu’il avait fondée en u5o,et où il est enterré. A l’égard de l’année, l’appendice imprimée de Robert du Mont place en 11 3g cet événement j mais dans l’exemplaire manuscrit de ce même ouvrage , coté 4862 à la Bibliothèque du Roi, il est rapporté sous l’an 1140. Voyant le terme de ses jours approcher, il avait embrassé l’état monastique à Fonrçamoqt. De Marguerite, son épouse, fille de Guillaume de Champagne , sire de Sulli , le comte Henri laissa Jean, qui suit j trois autres fils , Engucrand , dont le sort n’est point connu ; Îiugîtcs ; archidiacre d’Excester ; et Guillaume , chantre de l’église d’Yorck ; av*:c deux filles, Beatrix et Mathilde. ( Anselme. ) Guillaume de Jumiége ne donne au comte Henri qu’une fille et trois fils, sans les nommer.

JEAN

11 5g ou 1140. Jean, fils et successeur au comlé d’Eu , fît Je grands biens à l’abbaye de Tréport , et confirma , l’an 1 1 4g, les donations que ses préde'cesseurs lui avaient faites. Mais dans la guerre du duc de Normandie contre la France, ayant pris parti pour son suzerain, il pilla le trésor de ce monastère pour entretenir les chevaliers qui étaient à son service. Étant rentré en lui-même, après que la paix eut e'tê rendue à la Normandie, il répara le mal qu’il avait fait à l’église de Tréport par de nouvelles donations , qui furent confirmées par la comtesse son . e'pouse, et Robert leur fils. Nous avons une lettre' du comte Jean Gilduin , abbé de Saint-Victor de Paris , où l’on voit que ‘ son attachement pour l’abbaye de N. D. d’Eu lui avait attire' uue affaire désagréable. C’est ce qu’il est à propos de développer pour l’intelligence de cette lettre , que sa brièveté rend obscure. Guillaume Ier , trisaïeul de ce comte avait fondé dans la ville d’Eu, comme on l’a dit, l’église collégiale de Notre-Dame. Maisles clercs qui la desservaient, désirant mener une vie plus parfaite, embrassèrent l’état religieux l’an 1 1 19 , et convertirent leur collégiale en abbaye , svec îa permission du comte Henri et de Gcofroi , pour lors archevêque de Roueu. Htîgucs d’Amiens, successeur de Geofroi , les mit depnis sous la congrégation cPA- Touaisc, dont il leur fit embrasser la règle. Mais le comte Jean, qui avait approuvé cette union , changea ensuite d’avis , et substitua des chanoines réguliers de sainl-Victorà ceux d’Arouaise. La noblesse et le clergé du pays firent grand bruit de cette innovation, et l’archevêque, les appuyant , en vint jusqu’à prononcer ' une excommunication contre le comte; sentence dont la publication se répétait chaque dimanche au prône. Le comte ne pouvant y tenir, écrivit a Gilduin qu’il eût à retirer de l’abbaye d’Ea ses chanoiues, ou à consentir qu’ils se conformassent aux usages d’Arouaise ; que s’il ne voulait faire ni l’un ni l’autre, non seulement lui comte ne leur donnerait aucun seconrs, mais ferait tout son possible pour les exterminer : Quod si hoc nonjeceritis , veraciter dico quia nunquam amp lias vos dilexero , sed des truam in quibus potero. Les Victorins restèrent néanmoins en possession de l’abbaye d’Eu, et continuèrent d’y vivre sous le régime et la discipline de leur congrégation. ( Gall. Chr. , T. XI, col. 29 ^ et 294*) L.e comte Jean , sur la fin de ses jours , se dévoua lui-même à la vie religieuse à l’exemple de son père , et se retira dans l’abbaye de Foucanhont, où il mourut l’an 1 170 Le père et le fils y eurent la même sépulture au pied du sanctuaire, sous une tombe , où l’on grava l’épitaphe suivante :

DES COMTES d’eü.

Est pater Henricuj. primus grcgii hujus amicns;

Ejus erat nains JohaiiiKS jure vocatos.

Filins isie fuit Hntriri , jtostea frater.

Hos Monachos ginuil Domino ilomns hxc, pia mater.

Qui legis, absque mora pro tantis fratribus ora

Le comte Jean avait e'pouse' Alix , nommée , par Guibert de Nogent, Hélisende , dame de Smergate , et fille de Guillaume d’Aubigni, comte d’Arondel, et dont il eut quatre fils et deux filles. Les fils dénommés dans les chartes , sont Henri, qui suit, Raoul , Guillaume et Robert.

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