‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 265 sur 296 · RAOUL DE BRIENNE II (V · texte numérisé non relu

RAOUL DE BRIENNE II (V

i345. Raoul df. Brienne II, appelé dans les annales manuscrites de Saint-Victor, Radulfus de monte Fulcardi , successeur de Raoul I*1' , son père , aux comtés de Guines et d’£u , le remplaça de même dans la dignité de connétable. L’an 1 55o , le ig novembre, il eut la tête tranchée à Paris, devant l’hôtel de Nesle , par ordre du roi Jean. En lui finit la branche des comtes d’Eu de la maison de firienne. ( Voyez Raoul II, comte de Guines. )

JEAN d’ARTOIS, dit SANS-TERRE.

i552. Jean d’Artois, dit Sans-terre, parce qu’il était fils d’un père proscrit , né. Pan i52i , du fameux Robert d’Artois, comte de Beanmont , et de Jeanne de Valois , fut pourvu du comté d’Eu, le 9 avril (352, par le roi Jean , qui l’avait confisqué sur le connétable Raoul de Brienne après son exécution. Dans les lettres -patentes qui renferment ce don fait à Jean d’Artois pour lui et ses héritiers nés en mariage légitime , le monarque, outre la retenue de l’hommage et du droit de souveraineté et de ressort, excepte la haute justice, dont ledit Jean à? Artois ne jouira , dit-il , que pendant sa vie , en sorte qua près sa mort ladite haute Justice retournera à perpétuité au roi et à ses successeurs. {Mss. de Colbert , vol. 4g3 , p. 1. ) Le roi lui donna de plus la garde et le gouvernement de la ville de Péronne. Mais lorsqu’il vint en prendre possession , accompagné du duc d’Orléans, il trouva les portes de la ville fermées par la mutinerie des habitants. Bientôt néanmoins il se les fit ouvrir de force , et alla s’établir dans le château. Mais pendant une absence que les affaires de l’état l’obligèrent de faire, les Péronnais se soulevèrent de nouveau , pillèrent les maisons de ceux qui lui étaient affectionnés, et assiégèrent la comtesse, sa femme, et ses enfants , dans le château. Le comte, à cette nouvelle accourut è Péronne , et par sa seule présence dissipa les mutins. Le roi , pour les châtier, supprima la commune de Péronne.

DES COMTES DrE U. <09

C’est ce que nous apprennent des lettres du roi Charles V, datées du 8 janvier 1 368 (V. S.), par lesquelles il rétablit leur commune, et les restitue à leur bonne famé et renommée et à leurs biens. {Ai ch. de rHôtel-de- faille de Péronne , cote 24.) La femmo du comte Jean, qu’il avait épousée par contrat du. 11 juillet |352, était Isabelle, fille ae Jean Ier, vicomte de Melun, comte de Tancarville , grand- chambellan de France, veuve de Pierre de Montpensier, comte de Dreux, et dame douairière de Saint-Valeri en Canx et d’autres lieux. Par son premier contrat de mariage, Isabelle , sa mère , dame d’Ânloing et d’Epinoi , lui avait assuré la somme de douze mille livres , dont elle n’était pas encore remboursée. Ce fut le sujet d’un procès qu’intenta le comte Jean à Hugues de Melun, son beau-frère, seigneur d’Antoing et d’Epinoi. Le roi Jean , ayant pris connaissance de cette contestation , engagea les parties à faire un accommodement, qu’il scella de son autorité par lettres données à Monceau , prés de Ponl-Saint-Maxence , le 9 mars i354 (V. S.). (Rec. de Colbert , vol. 29 , fol. 85.) L’an i356 , le comte d’Eu fut pris à la bataille de Poitiers et conduit prisonnier eu Angleterre. Pendant son absence, les Anglais, l’an i35y , se rendirent maîtres du château de Saint-Valeri par la négligence de ceux à qui la garde en était confiée. Le connétable l’ayant repris, Charles, dauphin et régent du royaume , le réunit avec ses dépendances à la couronne par droit de conquête et par droit ae confiscation , pour punir la comtesse d’avoir laissé prendre une place de cette importance. Mais il la rendit au comte Jean après son retour d’Angleterre , comme on le voit par ses lettres dua maii359. (Rec. deColbert, vol. 27, fol. 225.) Charles, à son avènement au trône , lui fit une autre gratification en lui accordant, par lettres du mois d’août i364 , mille livres à prendre sur les forfaitures qui écherraient , super forefacturis supervenienlibus. ( Rec.de Colbert , vol. 28, rcg. g5, acte 2i 1.) Lecomte Jean servit l’état avec gloire sous trois rois consécutifs , Jean , Charles V et Charles VI. Il accompagna ce dernier, l’an i582 , dans son expédition de Flandres, et commanda l’arrière-garde à la bataille de Rosebèque. Sa mort arriva le 6 avril , veille de Pâques de l’an 1387 (N. S.) , et son inhumation se fit dans l’église de Notre-Dame d’Eu, où sa femme vint se réunir à lui dans le mois de décembre l38g. De son mariage il eut un fils aussi nommé Jean , qui mourut avant lui, à la fleur de son âge; deux autres fils, Robert et Philippe, qui suivent ; et tiue fille, Jeanne, mariée , le 12 juillet i365, à Simon de Thouars , qui périt le jour de ses noces dans un tournoi. Jeanne passa dans le veuvage le reste de ses jours , qu’elle tecmina l’an 1 420 au plus tôt*.

4 6o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

ROBERT II n’ARTOlS.

1387. Robert, fils et successeur de Jean d’Artois au comté d’Eu , ne survécut pas. quatre mois à son père , étant mort , le zo juillet 1587 , sans alliance.

PHILIPPE d’ARTOIS.

1387. Philippe, frère de Robert , lui succéda au comté d’Eu. Il avait déjà signalé sa valeur, en i383 , à la prise de Bourbourg. 11 accompagna, l’an >390 , Louis II , duc de Bourbon, dans son expédition d’Afrique. L’an <392, après que l’épée de connétable eut été ôtée, par arrêt delà cour, a Clisson, elle fut données Philippe d’Artois , au refus d’Enguerand de Couci et de Gui de la Trémoille , à qui elle avait été d’abord offerte. Il s’en fallait bien que Philippe eût la capacité nécessaire .pour remplir cette charge. Les ducs de Bourgogne et de Berri , en la lui proçuraut, consultèrent moins le bien ae l’état que son intérêt propre et le leur. Le premier eut à se repentir de son choix. L’ail 1396, Philippe d’Artois , ami de Sigismond, roi de Hongrie, qu’il avait connu en France , apprenant qu’il était menacé par Bajazet Ier, empereur des Turcs , détermine le roi Charles VI à lui envoyer du secours. Il partit avec le comte de Nevers , fils du duc de Bourgogne , à qui le commandement avait été donné , et avec la fleur de la noblesse française , pour aller faire la guerre aux Turcs en Hongrie. Son imprudence et sa présomption fureut cause de la perte de la bataille de Nicopoli , donnée contre les Infidèles le 28 septembre de cette année. 11 y resta prisonnier et fut envoyé à Burse ( quelques-uns disent à Micaliso en Natolie), où il mourut le i5 juin de l’auuéc suivante, dans le tems qu’il devait être mis en liberté. On voit son tombeau dans l’église de Notre-Dame d’Eu. Ce n’est rien moins qu’un chef-d’œuvre de l’art ; mais il a cela de singulier qu’il est enfermé , dans une cage de fer, et que la figure est sans casque et sans gantelets, pour montrer que ce prince est mort en prison. Il avait épousé, par contrat passé à Paris le 27 janvier l’an 1392 , Marie / duchesse d’Auvergne, fille de Jean de France , duc de Berri , et veuve de Louis de Châtillon , comte de Dunois , dont il eut Charles , qui suit ; Bonne , femme i° de Philippe de Bourgogne, comte de Nevers , 2' de Philippe le Bon , duc de Bourgogne ; et Catherine femme de Jean de Bourbon , sire de Careuci. La mère de ces trois enfants se remaria en troisièmes noces , le 2/4 juin de l’an 1400, à Jean , duc de Bourbon.

CHARLES n’ ARTOIS.

1397. Charles , fils aîné de Philippe d’Artois , devint son snc-

DES COMTES d’eü. 4^r

cesseur en bas âge au comté d’Eu. Dès qu’il fut en e'tat de porter les armes, le roi Charles VI l’établit lieutenant-géuéral en Normandie et en Guicnne. 11 fut pris, l’an 141 5, à la bataille d’Azincourt et conduit prisonnier en Angleterre, d’où il ne revint qu’eu 1458. 11 y serait demeuré encore plus long-tems sans la générosité du duc de Bourbon , son frère utérin , qui paya sa rançon. Le roi Charles Vil recouvra dans sa personne un sujet des plus attachés à son service et à celui de l’état. L’an i44° > *1 refusa d’entrer dans la fameuse ligue des princes, connue sous le nom de la Praguerie , et fat le médiateur de leur réconciliation avec le roi, après qu’il eut dissipé ce parti. Le comte d’Eu suivit ce monarque en diverses expéditions , principalèment dans celle qu’il fit, l’an 1449* en Normandie, où Charles d’Artois et le comte Saint-Pol , à la tête d’un corps de quatre mille hommes , prirent la ville de Neuchâtel d’Elicourt et le château par composition. Le roi Charles VII , en reconnaissance des services de Charles d’Artois, érigea, par lettres du mois d’août 1 458, en pairie le comté d’Eu. Le roi Louis XI lui donna une nouvelle marque d’estime , l’an 1465, après la bataille de Montlhéri , en lui confiant le gouvernement de Paris , après l’avoir retiré à Charles de Melun , dont la fidélité commençait à lui devenir suspecte. Charles d’Artois mourut sans enfants le ?.5 juillet 147 2 ( et non pas <4^9 * comme le marque Vignier , ni 147T , comme

Jiorte la Chronique Scandaleuse.) Il avait épousé i° , l’an 1448 , eanne , fille unique de Philippe , seigneur de Saveusc ; 20 , le a3 septembre 1 4^4 » Hélène , fille de Jean de Melun, vicomte de Gand. La Chronique Scandaleuse dit faussement qu’après la mort de Charles d’Artois le comté d’Eu fut mis en la main du roi et donné au connétable, à la grande déplaisance de monseigneur te comte de Nevers , frère de mondit seigneur le comte dC Eu , et qui après ladite mort cuidoit jouir de ladite comté d' Eu et des outres terres dudit défunt , comme vrai héritier.

Noîfs ne devons pasoublierque, pendant la captivité de Charles d’Artois, le roi d’Angleterre, Henri V, ayant fait la conquête de la Normandie , donna le comté d’Eu à Henri de Bourgchicr , qui parait l’avoir conservé jusqu’en Tan i45o j époque où les Anglais furent entièrement chassés de Normandie. Nous avons sous les yeux l’aveu et dénombrement qu’il donna , le i3 avril 1420 , du comté d’Eu, tant en fiefs qu’en membres, à la chambre dès comptes de Rouen. Nous avons pareillement une quittance de ce même Henri de Bourgchier, en date du 11 août 144É, par laquelle il reconnaît, en se qualifiant comte d’Eu , avoir reçu de Pierre Bailli % receveur-général de Normandie , la somme de trois mille livres tournois , que le roi notre sire , dit-il, (c’est Henri VI ) , par ses lettres données le 26 juillet derrenier

passé , expédiées par les trésoriers de Normandie , a ordonné nous estre payée pour aucunement nous récompenser de plusieurs services par nous rendus audit roy notre seigneur , dez le pénultième jour de mars derrenier passé includ jusqu'au vingtneuvième jour de juing aussi derrenier passé exclud . ( Mss, de Fontanieu , vol. 1118. ) Plusieurs de nos historiens n’ont pas fait mention de ce seigneur parmi les comtes d’Eu, sans doute parce qu’ils ne le regardaient pas comme légitime.

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