LOUIS-JOSEPH
166g. Louis-Joseph , né la nuit du 5o juin au i*r juillet 1 654 » appelé duc de Pentliièvre et de Mereueur, du vivant de son jure , lui succéda au duché de Vendôme après sa mort. Dévoué o la profession des firmes , il fit son apprentissage en qualité de garde du corps dans la compagnie de Noaijles , et de là parvint au rang de colonel , où il persévéra l’espace de sept ans. Ce fut dans cet intervalle et avec ce titre qu’il accompagna le roi , l’an 1672 , dans son expédition de Hollande. Les preuves qu’il donna de ses talents militaires dans cette campagne et les suivantes, lui méritèrent, au siège de Fribourg en 1677, le grade de brigadier. Il signala sa valeur et son habileté à ia prise de Luxembourg en 1684 > * celle de Mous en 1691, à celle de Namur en 1692 , au combat de Sleiukerque donné la même année , à la bataille de la Marsaille l’année suivante. Il commandait en Provence , dont il était gouverneur depuis 1669, lorsqu’il reçut ordre en iCg5 de passer en Catalogne pour y remplacer le maféclial de Noailles. II prit Barcelonne en 1897, après avoir mis en déroute les Espagnols commandés par don François de Velasco, vice-roi de Catalogne. Le duc de Villeroi, général de notre armée d’Italie, ayant été fait prisonnier, l’an 1702, à l’affaire de Crémone, le duc de Vendôme fut envoyé pour le remplacer. Deux victoires qu’il remporta la même année, à Sanla-Viltoris
DES COMTES, FUIS DUCS, DE VENDOME. 5aS,
)e 26 juillet (1) , et à Luzzara le i5 août (2) , après avoir fait levet» »ux Impériaux , le i*r de ce mois , le blocus de Mantoue , furent les pre'sages heureux du succès de sa commission. 11 chassa les Impe'riaux du Seraglio , s’avança dans le Trenlin , et y prit plusieurs places que la de'fection du duc de Savoie l’obligea ensuite d’abandonner. 11 désarma les troupes de ce prince le 19 août 1703, par ordre du roi , et entra sur la fin du mois Suivant dans le Piémont, où il se rendit maître d’Asti et d’autre*
5 laces. L’an 1704, il prit, le 21 juillet, la ville de Verceil , et le o septembre, le château. Verrue, dont il forma le siège le 22 octobre suivant, subit le même sort le 10 avril 170$ (3). Cette conquête fut suivie d’une victoire qu’il remporta le iG août sur le prince Eugène à Cassano. L’an 1 706, après une nouvelle victoire remportée sur le général de Rcventlau, le 19 avril, à Calcinato (4) , il est rappelé pour aller en Flandre , après la bataille de Ramillies , réparer les pertes de Yilleroi. Mais le mauvais état d’une armée qui manquait de tout , et les contradictions qu’il éprouva, l’empêchèrent de rien faire qui fut digne de lui (5). Ayant été choisi , l’an 1710, par le roi d’Espagne pour comman. der ses armées , il partit , le 22 août , et trouva à son arrivée les affaires de Philippe V presque désespérées (6). Sa présence fit
(1) Tons les grenadiers français qui e'iaicnt de celle expédition parurent devant le roi d’Espagne , Philippe V , qui arrivait de Gènes , montés sur des chevaux des cuirassiers impériaux qu’ils avaient taillés en pièces.
v2) On chanta le Te Deurn K Paris et h Vienne pour le succès de cette jour" «léc qui coûta trois mille hommes aitx Français et le double aux Impériaux, Slais la prise de Luzzara, qui se rendit le lendemain , attesta l’avantage des premiers.
(3) Le Gouverneur de Verrue, poussé à bout, avait demandé k capituler *auf la liberté de la garnison. Sur le refus de cette condition , après avait) Tait sauter la triple enceinte de la place, il sc relira dans le château ; de 1E il lança une quantité prodigieuse de grenades, de feux d’artifice , de pots-kicu , etc. , sur l’armée, qui n’en souffrit point, étant munie de bons madriers. Cet éclat était inutile pour sa défense, et pouvait devenir meurtrier pour les Français. Le gouverneur fut obligé de sc rendre le lendemain. Lorsqu’il parut devant le duc de Vendôme , ce prince lui dit : Vous méritez, la mort ( pour avoir transgressé les lois de la guerre ) ; mais j'aime mieux me souvenir do St'Otrc courage que de votre faute. ( Eloge du duc de V endôme. )
(4) Le duc de Vendôme, d’après le compte qui lui fut rendu des Impériaux s Calcinato, écrivit; J’approche aujourd’hui des ennemis , demain je les battrai.
(5) En repassant en France , il laissa le duc de Savoie réduit h voir sa capitale assiégée.
(6) Son arrivée ranima l’cspérancc dans tous les ordres de l’état. Les soldats dispersés accoururent de toutes parts rejoindre leurs drapeaux. Le clergé *éc«-
renaître la confiance dans tous les cœurs , et produisît dans le$ esprits une espèce d’enthousiasme dont il sut habilement profiter. Il ramena Philippe V à Madrid, comme il l’avait promis $ obligea les ennemis à se retirer vers le Portugal ; prit, en les poursuivant, Brihuega (i), le 9 décembre 1710 (2); et le lendemain gagna sur le ge'ne'ral Stahremherg la çe'lèbre bataille de Viliaviciosa , après laquelle Philippe entra victorieux dans Saragosse (3). Le duc de Vendôme, poursuivant Stahremberg de poste en poste dans les deux années suivantes , çtaiLsur le point de le chasser de la Catalogne , et de réduire cette province , lorsqu’il mourut des suites d’une indigestion (4' à Vinaros , dans le royaume de
lier et régulier, la noblesse, les bourgeois opulents, les villes et les communautés , tous donnèrent des secours: jamais on ne vit briller avec plus d'éclat l’é nergie et la grandeur de la nation espagnole.
Les grands cependant, jaloux des prérogatives de leur rang, délibéraient s’ils devaient céder le pas au prince français. Je ne suis pas venu , leur dit-il,
* vous disputer des honneurs , mais pour vous servir : vieux soldat , je ne veux pas d’autre rang; donnez-moi seulement un peu d’argent et de farine pour mes camarades. Cette noble simplicité le rendit chef aux Espagnols.
(1) Brihuega, dans la nouvelle Castille, yiHc forte par ses murailles et ses tours d’une excellente maçonnerie , défendue par le général Stanhope à la tète de six mille Anglais, (ut emportée dans une seule journée, malgré le feu terrible des assiégés, par le duc de Vendôme qui sauta sur la brèche l’épée à la main , et fut suivi par le roi même. Sire , dit-il au roi au moment de Lassant , ces gens -là ont peur ; ils ne savent plus ajuster : nous aurions dit être tués il y a long’tcrns. Stanhope fît présenter au duc un cheval anglais superbe. En acceptant ce présent , Vendôme, qui n’avait que le nécessaire, était fort embarrassé de ce q *’il lui offrirait ; ce fut enfin Punique boite d’or dont il se servait. Les Espagnols, levés h la hâte et mal vêtus, combattirent en lions h l’attaque de Brihuega. Ils voulurent ôter aux prisonniers leurs habits pour s’etfc revêtir. Vendôme les en empêcha eu leur représentant qu’il était hontenx de dépouiller des vaincus, et qu'il valait mieux attendre leurs vêlements de i* ■générosité du roi. ( Eloge du duc de Vendôme. )
(3) Sa marche pour pénétrer jusqu’à Brihuega tient du prodige. Arrivés à Guatlalaxara , « les gardes du roi se préparoient à passer le pont. Vendôme cal- » cnle le retard que celte manœuvre peut causer à son infanterie et rendre sa » poursuite inutile : il fait sonder le Tagc qui se trouve rapide et profond; des » rochers dans le milieu , en mettant obstacle à sou cours , forment des tour* » billons et augmentent le péril. Cependant le saint de l’état peut dépendre (Tua j> jour démarche. Vendôme s’adresse aux gardes : ftfes amis , vous êtes braves, » nous avons besoin de diligence .... H dit , et déjà son coursier fend les Bots; » gardes et cavaliers se hâtent à rangs pressés de suivre et de garantir le héros. » ( Eloge, ibid. ) Le trajet fut heureux, et les spites telles que le général les avait prévues.
(3) Philippe , de retour à Madrid aveç le duc de Vendôme , le déclara premier prince du sang; et quelque teras après les galions d’Espagne étant arrivés, )1 préleva une somme de 5oo mille livres pour lui en faire présent. Sire , dit le duc, je suis sensible à la magnificence de vôtre majesté ; mais je la supplie de faire distribuer cet or à ses braves Espagnols dont la valeur lui conserva tant de royaume » en un jour.
(4) Celte indigestion venait de l'usage immodéré de certains coquillages.
DES COMTES, PÜIS DÜCS , DE VENDOME. 5a^
Valette , le 1 1 juin 1712, à l’âge de cinquante-huit ans. Les historiens français les plus modernes prétendent que son corps fut transporté à l’Escurial , pour être inhumé dans le tombeau dçs rois d’Espagne. Un voyageur encore plus moderne soutient au contraire que ce corps est resté à Vinaros , où l’on voit , dit-il, son tombeau. ( Vojrage fait en Espagne dans le! années 1777 et 1778, T. II, p. 109.) Nous pensons comme lui que ce n’est pas un simple cénotaphe, mais une sépulture réelle; et cela d’après les écrivains espagnols, qui, dans i’histoire de Philippe V, n’auraient pas omis cette translation si elle se fut véritablement faite. M. le marquis de Saint-Philippe , entr’autres, si exact dans ses mémoires sur le règne de ce monarque , aurait-il oublié ce trait? Le duc de Vendôme fut amèrement pleuré des soldats, dont il s’e'tait fait adorer aux dépens de la discipline militaire qu’il laissait dépérir. Philippe V voulut que la nation espagnole prit le deuil pour ce général : distinction unique qui fut universellement approuvée d’un peuple sensible et reconnaissant. Le duc de Vendôme possédait l’art de la guerre moins par étude que par instinct. Jl est surprenant , lui disait un prince , quêtant fils <ï un père dont le génie était si borné, vous excelliez dans la science militaire. — Mon esprit , répondit-il , vient de plus loin. 11 voulait parler de Henri IV, son bisaïeul. Il travaillait peu , parce qu’il concevait rapidement sans rechercher de profondes combinaisons. Son génie vif et perçant sut toujours faire le meilleur choix et déconcerter les desseins les plus soigneusement médités. Jamais prince ne fut plus populaire, plus ennemi du faste, et plus indifférent pour les richesses, que lui : loin d’être recherché dans sa parure , sa négligence à cet égard se manifestait par une malpropreté presque cynique. Il n’affectait de la hauteur que vis-à-vis des grands , lit s’humanisait avec les soldats surtout jusqu’à la familiarité. Sa libéralité dégénérait souvent en prodigalité , ce qui occasiona un grand dérangemeut dans ses affaires domestiques.
Elle ne fnt mortelle que par l’ignorance dn chirurgien qui traita le héros malade. «« C'est un contraste assez frappant des grandeurs et des misères humaines, » de voir un prince, libérateur d’un état puissant, mourir faute des secours » que le particulier le moins aisé île Paris serait fi même de se procurer. La » bonté de Vendôme 11e se démentit pas : il reprit son chirurgien avec beau- » coup de douceur, quand celai-ri lui avoua le danger de sa situation , et com- » bien il regrettait ne n’avoir point appelé les médecins. Maftre entier de sa » tête, près de son dernier instant, et voyant l’abbé Albcrgotli ( depuis caris dinal ) pleurer, il lui dit encore : Mon cher abbé, il faut nous quitter: » que puis-je faire pour vous ? Enfin il montra autant de tranquillité que de » résignation , et édifia par sa piété tous ceux qui le respectaient comme un » héros. » ( Eloge du duc de Vendôme.)
Ce prince avait épousé, le 21 mai 1710, Marie-Anne, filt& 4.3 Henri-Jules de Bourbon , prince de Condé (morte le 1 1 avril 1718), dont il 11e laissa point d’enfants. Après sa mort le duché de Vendôme a e'tè réuni à la couronne, l’an 1712, suivant la condition à laquelle il avait été' donné par le roi Henri IV à César de Vendôme. Le 6 décembre de la même année , le conseil rendit un arrêt par lequel il ordonnait aux receveurs du domaine de percevoir les revenus de ce duché. L’an 1713, édit du mois de novembre pour la création d’un bailliage royal à Vendôme. (Voyez L'art, de Louis XIV, depuis 1702 jusquen, 1712.)
Le Vendômois fait aujourd’hui ( 1787) partie de l’apanage1 de Monsieur, frère de Louis XVI.
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DES
SIRES DE BAUGENCI.
BaugAncî , en tatin Balgèntiacum et Bugentiacum , ville dcL l’Orléanais, située sur la Loire, avait anciennement un château qui passait pour être l’ouvrage -des Gaulois, et dont il ne reste
Ï>lus à «présent qu’une tour. Ce château relevait en partie de 'église d’Amiens et en partie du comte de Blois. La première de ces deux mouvances est beaucoup plus ancienne que l’autre, ai l’on s’en rapporte aux monuments de l’e'glise d’Amiens , et voici ce qu’ils portent à cet égard. Au commencement du vu* siècle, îe corps de saint Firihin , apôtre du pays d’Amiens , ayant été découvert par saint Sauve, l’un de ses successeurs, la réputation du premier, qui était presque ensevelie dans l’oubli, s’élendit fort au loin , et attira beaucoup[de personnes à son tombeau. Le seigneur de Baugenci, attaqué de la lèpre, fut du nombre des malades qui vinrent à son tombeau pour y demander à Dieu leur guérison. L’ayant obtenue, il soumit, par reconnaissance, une partie de son château et de ses dépendances à l’église d’Amiens, et lui fit d’autres libéralités (i). L’évêque et les chanoines jouirent en commun de l’hommage de Baugenci jusqu’en 876 ; mais dans la suite il fut. réservé à l’évêque seul , qui donna en dédommagement d’autres biens à son chapitre. Tout ceci paraît bien apocryphe j mais çe qui est certain , c’est que , depuis l’établissement des fiefs, sous la troisième race, les évêques d’Amiens ont joui de l’hommage de Baugenci jusqu’en 1291 . Alors l’évêque,
(*2) La Morlicre ( Anliq. d’ Amiens , p. 188 ) produit nue charte sans date, par lacpu-lle Enguerand , élu évoque d'Amicus eu 11 15 , mort en 1 127 , déclare avoir reconnu par d’anciens titres que le château de Baugenci et ses dépendances étaient tenus en fief de l’église d’Amiens h titre d’hommage et sous ia redevance de 20 sous et une obole de cens annuel; que tlaoul , seigneur de Baugenci , en était convenu, et avait en conséquence repris en fief de lui, évêque d’Amiens, ledit château, la forteresse de Bragelels et ses autres dépendances, lui eu avait fait hommage, ci s’était engagé pour lui et *a postérité ♦le payer ce cens à perpétuité.
Sa B Chronologie historique
Guillaume de Mâcon , fit à Jeanne, comtessse de Blois , cession de tous les fiefs et arrière-fiefs, qu’on nommait Vendôinois ou de Saint-Firmin, à la charge d’offrir tous les ans un cierge de cent livres pesant à l’église d’Amiens , et de reconnaître que ces biens relevaient d’elle ; « ce qui se pratique encore de nos jours,
» disent les auteurs du nouveau Gallia Chris tiana , comme le » témoignent divers actes de l’Eglise d’Amiens. De là vient,
» ajoutent-ils , qu’en mémoire du miracle dont il a été parle', la » ville de Baugenci est tenue d’envoyer tous les ans, le i3 jan- » vier , jour de Y Invention de saint Firmin , deux de'pute's à d Orléans, chargés d’offrir, par les mains du procureur de la » nation picarde de l’école d’Orléans , un florin d’or à l’offertoire » de la messe solennelle que cette nation fait célébrer dans » l’église de Saint-Pierre-le-Puellier. » ( Gall. Chr. No . , T. X,
Ï>. 1 148.) Baugenci fut une des bonnes placés du royaume sous es premiers rois de la troisième race. Cette, ville .est .encore aujourd’hui le chef lieu d’une châtellenie de laquelle dépendent Saint-Laurent-des*Eaux, Chaumont en Sologne, Oucques, Joui, et quelques autres lieux.
Lancelin, dit aussi Landri Icv, fût, suivant une ancienne généalogie des sires de Baugenci ( Apud Eticnnot, Fragm. , T. XIII , p. 86) , le premier seigneur héréditaire de Baugenci. Il était, selon Bernier ( Ilist. de Blois), fils de Landri Sore, qui avait l’honneur d’ètre allié à la maison royale de France , et vivait en l’an 1000. L’an io55, au mois d’août, troisième année du règne de Henri Ier, il fit expédier une charte par laquelle il donnait à l’église de Saint-Euverte d’Orléans le village de Yesel, villam de Feselo. L’acte est signé, à la manière du tems , par trois de ses chevaliers , un clerc et cinq autres témoins, et fut depuis confirmé par les frères Simon et Lancelin , fils de Raoul, conformément , est-il dit , à la concession que Lancelin , leur aïeul , avait faite : Hanc autem donationem confirmavcre Simon et Lnncelinus de Balgentiaco fratres , fil/i Radulphi sicut et avus eorum Lancelinus concesserat, (Etiennot, ibid. , p. 58.) Lancelin signa , l’an io4o, sous le nom de Landri, l’acte de la dédicace de l’église de la Trinité de Vendôme, et vendit, la même année , à la comtesse Agnès, le droit de patronage de l’église de Saint-Bienheuré , situe'e dans le faubourg supérieur de celte ville, dépendant du sire de Baugenci. Ces sortes de ventes n’e'taient que trop ordinaires alors. L’an io5o, Robert, abbé de Vendôme , étant à Baugenci, Lancelin lui permit d’établir à Vendôme uue foire le jour de saint Bienheuré. L’acte de cette concession porte qu’elle fut faite , Domno Abbate in palefrido suo sedente , Lan eelino vero in pedibus suis coram eo stante : ce que nous rap-
DES SIRES DE BAt'CEKCI. 6a()
portons pour faire connaître les usages du tems. ( Cartul. Vindocin. i fol. 79.) Lancelin vivait encore en io5i , et n’était plus en 1060. Il avait épousé Paule , fille d’Herbert Eveille-Chien , Comte du Maine , dont il laissa Lancelin , qui suit ; Jean, seigneur de la Flèche , et Ancelin , ou Anselme , seigneur do Beaumont.
Lancelin, ou Landri II , successeur de Lancelin Ier, son père, amena , l’an 1078 , des troupes au roi Phi lippe Ier, pour l’aider à réduire Hugues du Puiset, qui , fier de la protection de Guillaume le Conquérant , s’était révolté contre son souverain. Mais il eut le malheur d’être pris par Hugues dans un combat , ainsi que le comte de Nevers et l’évêque d’Auxerre. On ignore combien dura sa captivité ; voici ce que porte à son sujet le cartulaire de l’abbaye de Vendôme. Lancelin, .du côté de la naissance, était illustre par la noblesse et la générosité de ses ancêtres. Quant è ses qualités personnelles , il était recommandable par son habileté dans la profession des armes, par son économie et par la soin qu’il eut d’augmenter ses domaines, en sorte qu’il passait pour l’un des hommes les plus adroits dans le maniement des affaires. Il acheva une église que la piété de quelques fidèles avait commencée dans le faubourg de son château , la fit dédier sous le titre du Saint-Sépulcre par Ramier, évêque d’Orléans, et la donna à l’abbaye de la Sainte Trinité (de Vendôme ). Mais les chanoines de Baugenci s’opposèrent à cette donation sous prétexte que l’église était dans l’enceinte de leur cimetière. Lancelin termina celte querelle en présence de l’évêque à Meun; et étant allé ensuite à Rome, il obtint des chanoines, à son retour, qu’ils cédassent aux moines de la Trinité une partie de leur cimetière. L’acte qui fut dressé de cette cession est Ue l’an 1081, iudiction IV. (Souchet, in Eyist. 180 Ivonis Carnot-, p. 241.) D’Albeho, Sa femme, Lancelin eut Raoul, qui suit; Eudes, dont on ne sait que le nom ; Hildegarde, femme de Foulques le Rechin, comte d’Anjou; Ide , mariée à Gilduin , vicomte de Blois; et Agnès, première femme de Renaud II, comte de Nevers. Le P Anselme, d’après Bernier, lui donne pour quatrième fille Pétronille, ou Pernelle, mariée , dit-il, à Foulques, comte de Vendôme. Mais il est plus vraisemblable que celle-ci était de la maisou de Château-Renaud, comme nous le marquons a l’article de Foulques.
1080 au plus tôt. Raoul Ier, sire de Baugenci après Lancelin II. son père, fut un des seigneurs les plus renommés de son tems pour la valeur. Il eut une guerre, l’an 1090, avec le comte de Vendôme , qu’il contraignit, après l’avoir fait pri- XII. 67
536 CTIRONOT OGTE HISTORIQUE
sounicr, de s’accommoder avec loi aux conditions qu’il lui dicta. ( Voyez Geofroi de Prcuilli , comte de Vendôme.) L’aq *096, il fut un des braves qui suivirent Godefroi de Bouillon à la conquête de la Terre-Sainte. Il sc signala dans cette expédition, et surtout au siège d’Antioche. Depuis son retour, il . eut avec Thibaut IV , comte de Blois , son suzerain , un démêlé qu’il voulut terminer par le duel , suivant l’usage du tems ; le cartel de défi fut envoyé de sa part au comte. Mais Ives de Chartres , ami de Raoul , lui écrivit à ce sujet une lettre (c’est da 248e de ce prélat) qui l’engagea non seulement; à se désister de ce défi, mais même à se réconcilier avec son ennemi. La docilité de Raoul en cette occasion fut d’autant plus louable, fcjue son procédé contre Thibaut avait été approuvé par l’évêque d’Orléans ; sur quoi l’évêque de Chartres écrivit à ce prélat pour lui reprocher son ignorance des règles. Cependant la Réconciliation de Raoul avec le comte de Blois produisit un mal de son côté. Thibaut, l’an 1112 ou environ, ayant formé une ligue de plusieurs seigneurs contre le roi Louis le Gros en faveur de Hugues du Puiset, y entraîna le sire de Baugenci. Suger rapporte que , dans la bataille qui se donna entre le monarque et les confédérés, Raopl, par sa valeur et son habileté, balança long-tems la victoire avant qu’elle sc déclarât pour le premier. Quelque tems auparavant il avait aidé Hugues de Chaumont à faire le siège de Montrichard. La place était ïe'duite aux abois , lorsque Foulques le jeune, comte d’Anjou, Jjarut à la tête de ses troupes, et par sa présence , obligea les assiégeants de se retirer. L’an 1118, Raoul fat envoyé par le roi avec Amauri de Montfort et Geofroi, abbé de Vendôme, vers Foulques le jeune, comte d’Anjou, pour traiter avec lui de ses prétentions sur la charge de grand -sénéchal de France. La même année, il rendit hommage à Engueraad d’Amiens , évêque de cette ville , pour une partie du château de Baugenci. On ignore l’année de sa mort. Il avait épousé, i° Agathe, fille, non de Foulques Rechin , comte d’Anjou,- comme le marque Blondel , mais de Foulques l’Oison, comte de Vendôme,
3ui l’établit son vicomte , ainsi qu’on le voit par divers titres e l’abbaye de Vèndômc, où il prend cette qualité; 20, l’an 1090, Mathilde, fille de Hugues le Grand, comte de Verfcnandois. De ce second mariage sortirent Hugues , mort avant son père; Simon, qui suit; Lancelin, Raoul; Agnès, mariée avec Enguerand II, sire de Couci ; et Mathilde, femme d’Archambaud de Sulli. Le premier mariage de Raoul , à ce qu’il paraît, fut stérile.
Simon Itr, successeur de Raoul, son père, en la seigueurie
DES SIKES DE B.lCGENCf. - 55 1
de Baugenci , confirma , l’an ii3o, les donations pieuses rji e son père avait faites. L’an 1 1 5o , il accorda à l’abbaye de Vcn>dôme le droit de pêche qu’il avait daus la rivière du Loir. ( Cart. de Vendôme.') Il fonda, la même année, à Saint-Memin, près d’Orléans , l'anniversaire de ses père et inère. L’acte est
daté , auno ab Jncarn. Dont. mci. régnante L udovico Rege
tertio suce peregrinalionis in Jérusalem anno. ( Carlul. de S. Memin. ) C’était vers le tems que Louis le Jeune revint de la Terre-Sainte. L’an 1 1 52 , Simon reçût dans son château d'e Baugenci ce même monarque et la reiire Eléonore , sa femme', qui s’y étaient rendus pour faire prononcer la nullité de leur mariage par le concile assemblé dans celte ville II mourût vers l’an ii 56, sans laisser d’eufants d’AoENORis, sa femme, décédée avant lui. ,
1 156 ou environ. Lancelin III , frère de Simon , recueillit sa succession. Ce fut de son tems que le pape Alexandre III fut reçu dans Baugenci par les rois de France et d’Angleterre. Sa ïnort arriva l’an 1186 au plus tard. De Gersende, ou MÉnsi'nde ti’Arobi.ei , sa première femme , il laissa Jean , qui suit , Lancelin et Mathilde. Alix, sa seconde femme, ne lui donna point d’enfants.
1 186 au plus tard. Jean Ier, né l’an 1 1 56 , successeur de Lancelin 111 , son père , dans la terre de Baugenci, fut un seigneur ardent à défendre scs droits. L’an 1196, il voulut en venir au duel pour soutenir ceux qu’on lui contestait , parce qu’il ne pouvait les prouver autrement, et assigna pour cela le jour et le lieu. Mais, sur les remontrances de l’abbé de Saint Memin , il aima mieux renoncer à ses prétentions que de les soutenir par celte voie aussi périlleuse qu’inutile pour établir la justice de sa cause. Il vivait encore en i2o5, comme on le voit par 1$ donation qu’il fit cette année du droit de minage à l’abbaye de Baugenci, du consentement, est-il marqué dans l’acte, d’Eusabeth, sa femme , et de ses fils, Jean et Raoul. Ce dernier n’était que son troisième fils. Simon, qui était le second, n’existait pins alors, ainsi que le prouve une autre charte de l’an 1 192 , par laquelle , en rétablissant l’école de l’abbaye de Baugenci, ce même Jean fonda des prières avec une lampe perpétuelle dans cette église pour le repos des âmes de scs prédécesseurs et de son fils Simon. La généalogie déjà citée de la maison de Baugenci donne à Jean pour seconde femme Alix , dont elle place la 'mort en 1228. Elle dit encore qu’en 1201 , il fonda une chapelle de la Madeleine et de Saint-Gentien dans l’église de Baugenci , pour être le lieu de sa sépulture , avec uu .chapelain pour la desservir à perpétuité.
55a chr. msr* des sires de baugenci.
Jean II , fils aine de Jean Ier, auquel il succéda l’an I2o3 au plutôt , fut un des chevaliers bannerets qui servirent avec le plus de zèle le roi Philippe Auguste. L’an 121 5, il vendit à ce prince, par acte du mois ae juillet , tous les droits qu’il pouvait avoir sur le comté de Vermandois ( Cariul. de Phi/. Aug. , f l- 1 ^7 ) , comme arrière-petit-fils de Mathilde , fille du comte Hugues le Grand. Il mourut l’an 1218 au plus tard , laissaut un fils , qui suit, de Maraut, son e'pouse , dame de Mehun sur Yèvre , laquelle se remaria , par contrat du 10 fe'vrier 1218 (V. S.),
à Robert de Courtenai , seigneur de Champiguelle.
1218 au plus tard. Simon II succéda en bas âge à Jean IT , sou père , sous la tutelle de Robert de Courtçnai , son beau-père , et n’entra en jouissance de Raugenci qu’en 124»* Nous avons de lui une charte donnée à la Toussaint 1241 , par laquelle il renonce à l’agreslage , c’est-à-dire , au droit qu’il avait de prendre une certaine quantité de verjus dans les vignes de scs vassaux. ;(Düc. voce ogveslagium , ) Il accompagna , l’an 1248 , le roi *aint Louis dans «on expédition d’outre-mer, et mourut, l’an 1256 au plus tard , laissant de Jeanne, sa femme, Raoul , qui ■ suit, et Geofroi , mort en 1291.
1256 au plus tard. Raoul II, fils de Simon et son successeur, était en jouissance de la seigneurie de Baugenci dès l’an 12.56. C’est ce que témoigne une charte du mois de mai de cette année,
Ï>ar laquelle, de concert avec sa femme, il amortit les terres que es templiers possédaient à la Villelte, lieu de sa mouvance, à la charge d’un anniversaire qu’ils feront célébrer pour ses père et mère dans leur église d’Orléans le lendemain de l’Assomption. (Etiennot, Fragmenta , T. XV, p. 4^9- )•
Raoul épousa , 1* Persoïde, dont on ne connaît point la nais- «ence ; 20 Amicie , fille de Pierre de la Brosse. Son beau-père ayant été condamné à mort , Tan 1278, avec confiscation de ses biens , Raoul obtint du roi Philippe le Hardi , sur cette confiscation, une rente de deux cents livres , hypothéquée sur la ville d’Orléans. De son premier mariage, il eut Jean, mort en 1268, et Simon, décédé en 1282. L’an 1292 , se voyant sans frère et sans enfants , il vendit au roi Philippe le Bel , dans le mois de mars , la seigneurie de Baugenci , qui fut donnée ensuite pour douaire à la reine Clémence , veuve de Louis Hutin , après la mort de laquelle cette terre fut réunie au domaine. La veuve de Raoul lui survécut et se remaria à Philippe de Veraiae, chevalier.
Fiar nu douzième volume.