BOUCHARD IV
1094 ou environ. Bouchard, fils aîné' d’Hervé , fut sou successeur dans les seigneuries de Montmorenci , d’Ecoucn , de Marli , de Feuillarde, de Saint-Brice, d’IIe'rouville et d’Epinai.
Il affectionna particulièrement le monastère de Saint -Martindes Champs, re'tabli vers l’an 1060 , et lui fit don, entre autres libéralités , des églises de Montmartre et de Sainte-Opportune avec les dîmes et leurs dépendances. D’autres églises eurent part à ses libéralités. Mais Y abbaye de Saint-Denis ne fui pas de ce nombre : Elle se plaignait au contraire d’avoir en lui un voisin très-iucommode. Bouchard en effet empiétait sur scs terres et y établissait à son profit des coutumes onéreuses. L’abbé Adam, qui gouvernait alors ce monastère , se mit en devoir de réprimer ces usurpations. Ils s'entredéfièrent et s entrecoururent sus i'e armeA et à bataille , et ardi li uns à Vautre sa terre. ( Chron . de S. D. ) Le prince Louis le Gros , désigné roi des Français , ne vit pas d’un œil indifférent ccs hostilités* Dès qu’il en fut informé , il fit semondre de droit le baron de Montmorenci par-devant le roi Philippe , sou père, au château de Poissi. Bouchard* comparut et perdit sa cause par le jugement de la cour. Mais il en appela à son épée , et se retira aussitôt sans qu’on pensât à mettre la main sur lui ; « car l’usage des Français , dit Suger,
» ne le permettait point ». Louis, déterminé à le réduire parla force ; assemble aussitôt son armée , et la mène dans la vallée de Montmorenci, dont il livre aux flammes les villages et les hameaux à la vue de Bouchard , retranché dans le château sans oser en :ortir, quoique secondé par Mathieu , comte de Beaumont, son beau frère, et Hugues de Mouclii, gendre de ce dernier. La place était forte par son assiette et par les ouvrages qui la défendaient. Louis, pour s’en rendre maître, appelle à son secours Robert II, son oncle maternel ( avunculum ) , comte de Flandre (1). Adèle, femme d’Etienne , comte de Blois, envoya de son. côté cent chevaliers au prince dans l’absence de son époux qui était à la croisade ; et Simon II, comte de Montfort-i’Amauri , vint le joindre dans le même terins avec ses vassaux. ( Ordéric Vital , 1, XI, p. 836. ) Louis , avec ce renfort, ayant investi le château de Montmorenci, en pressa vivement le siège , qui fut soutenu avec une égale valeur par Bouchard et ses confédérés.
{1) Robert II était fils de Robert I , dit le Frison , et de Gcrtrnde de Saxe, qui de Florent , comte de Hollande , son premier mari , avait eu Berthe. mèr« de Louis le Gros.
Le prince ent même le désagi émeut de se voir abandonne’, dans un assaut qu’il donna, par une partie de ses braves , qui découragèrent leurs compagnons eu fuyant par une terreur feinte de l’ennemi : lâcheté dont le vrai motif était la crainte de se Voir à leur tour exposés à la vengeance de leur souverain, en se livrant à des excès semblables à ceux .qu’il voulait punir. Cet assaut coûta la vie à Raimbaud Creton , qui avait monté le premier à celui de Jérusalem ; au chevalier Richard de Ligne , qui s’était aussi distingué dans la même action , et à d’autres braves chevaliers.
Bouchard ne se laissa point éblouir par l’avantage qu’il venait de remporter. Considérant que tôt ou tard il succomberait aux efforts d’un prince dont la puissance était incomparablement supérieure à la sienne , il négocia sa paix avec lui, et la conclut en soumettant le sujet dç leur querelle à sa décision. Depuis ce teins il vécut dans une parfaite intelligence avec ccpriuceetle roi, son père.
Le comte de Beaumont ne s’appliqua pas, ou du moins ne réussit pas également à regagner les bonnes grâces de Louis. Nous voyous en efïet que ce prince l’année suivante‘( 1 102), vint assiéger son château de Chambli dans le Beauvoisis. Mais il essuya le même revers qu’au siège de Montmorcnci, et cela, dit Ordéric Vital , par les intrigues de Bertradc , sa marâtre , qui avait corrompu la fidélité des chefs de l’expédition. Le baron de Monlmorenci s’abstint de prendre parti dans cette affaire, suspendu par la reconnaissance qu’il devait au comte de Beaumont et par l’attachement qu’il avait voué à l’héritier du troue.
Quoique l’histoire se taise sur l’article de Bouchard IV pendant les dix-huit années qui suivirent sa réconciliation avec Louis le Gros, il n’est guère vraisemblable que sa valeur soit demeurée oisive au milieu des fréquentes guerres qui agitèrent la France dans ce long espace de teins. Ou pourrait même affirmer positivement le contraire , s’il était certain , comme le prétend du Cliesneque Bouchard fût alors pourvu de la charge de connétable. Mais c’est une assertion de cet écrivain , qui , loin d’être fondée sur aucun ancien monument , sc trouve formellement combattue par un de ceux qu’il nous fournit lui-même. (Pr. p. 36.) Celte pièce est un diplôme de Louis le Gros , daté de l’an 11 16, par lequel il confirme les donations faites par Bouchard au monastère de Saint- Marlin-des-Champs. Parmi les grands qui le souscrivirent, on voit le connétable Hugues de Chaumont, dit le Borgne, qu’on sait d’ailleurs avoir joui de cette dignité dès la première année du règne de Louis le Gros ( uo8) , et n’être mort qu’en 1 i36. ( Anselme , T. VI , p. 43. )
L’an 1 119 fut une époque remarquable de la vie de Bouchard.
DES BARONS ET DUCS DE MONTMORENCl. Q
Depuis trois ans Louis le Gros était en guerre avec Henri I , roi d’Angleterre. Résolu d’aller attaquer ce prince dans son duché de Normandie, il consulta sur ce dessein le baron de Montmorenci.qui ne l’approuva pas. Bouchard lui représenta, mais en vain, que son ennemi l’attendait avec des forces supérieures aux siennes. L’événement justifia ses remontrances. Le combat de Bretineville , près de Noyon-sur-Andèle , s’étant engagé, le 20 août 11 ic), par l’obstination du conne'lablcHugues deChaumont, contre l’avis de Bouchard, celui - ci, à la tête des troupes du Vexin, fond sur l’avant - garde des Normands, dont il renverse la cavalerie sur l’infanterie. (Suger. ) Mais les troupes du corps de bataille, commandé par Louis , étant arrivées, combattirent avec une telle confusion, qu'il fut aisé au roi d’Angleterre de le mettre ende'roule. Tandis qu’elles entraînent le roi de France dans leur fuite, Bouchard, enveloppé par les troupes réunies des ennemis, voit échapper de ses mains la victoire, et devient prisonnier avec Gui de Clermont et d’autres braves qui combattaient à ses côtés. Le vainqueur auquel il est présenté après le combat, lui rend la liberté ainsi qu’à Hervé de Gisors , son cousin, tant en considération de leur mérite, que parce qu’ils étaient vassaux de l’une et de l’autre couronnes. Depuis ce tems on n’aperçoit |plus de traces de l’existence de Bouchard que dans une charte de l’an 1124, Par laquelle il confirme les dons qu’il avait faits à l’église de Saint-Martin- des-Champs. (Du Chesne , pr. , p. 38.) Le jour de son décès , dont on ne peut marquer l’année, est fixé daus le calendrier de l’église d’Atnicns au 12 janvier. Bouchard IV" avait épousé en premières noces Agnès, fille d’Yves II, comte de Beaumont-sur-Oise , qui lui apporta en dot la terre deConflans- Sainte-Honorine, près de Pontoise, et dont il eut Mathieu , qui suit ; Thibaut, qui accompagna le roi Louis le Jeune au voyage d’outre-mer , en 1147 5 Adeline, ou Hclvide, dite aussi Machanie, femme de Gui, seigneur de Guise; et Agnès, mariée, diton, à Salon, vicomte de Sens. La seconde femme de Bouchard, nommée aussi Agnes , fille de Raoul , surnommé le Délicat, seigneur en partie de Pontoise , eut de lui , Hervé , qui , après avoir servi les rois Louis le Gros et Louis le Jeune dans leurs guerres , embrassa le parti de Henri II, roi d’Angleterre, eugagé à cela , dit Silvestre Girald, par son mariage avec Elisabeth de Meulcnt, veuve de Gilbert Clare , comte de Pembrock ; et Hermer, dont la mort est marquée au 24 juillet daug l’obituaire de l’abbaye du Val, près de l’Ile-Adam.
IO CHRONOLOGIE HISTORIQUE Jx