ALEXANDRE FARNÈSE
i586. AurxATtDRE, fils unique et successeur d'Octave, né l'an 1 5^4 » fut un J e * pics grands capitaines de son siècle. 11 combattit, sous Jean d'Autriche, à la bataille natale de Lépanie. gagnée contre les Turcs, le 7 octobre 1571. Philippe II, roi d'Espagne, le nomma, l'an 1578, gouverneur des Payslias. 11 y trouva les affaires d'Espagne dans un état déplorable , et les rétablit, autant qu'il fut possible, par sa prudence, sa râleur et son habileté. Peut-être, après la réduction d'Anvers, fût-il achevé celle des Pays-Bas, si Philippe II ne l'en eût tiré pour aller soutenir en France le parti de la ligue. ( foret Henri IV, roi de France.) 11 mourut à Arras, le 3 décembre 1S93, âgé de quarante— huit ans, des suites d'une blessure qu'il avait reçue au siège de Rouen. Son corps fut transporté à Parme, dont il avait fait construire la citadelle; et sa statue équestre en bronze, ouvrage du fameux sculpteur Jean de Bologne, est un des ornements de la grande place de Plaisance. 11 avait épousé, à Bruxelles, le 18 novembre t565, Marie DE Portugal , petite-fille , par l'infant Edouard , son père , d'Emmanuel le Fortuné, roi de Portugal, et sœur aînée de Catherine, duchesse de Bragance. De ce mariage , il eut Kanuce , qui suit; Odoard. cardinal en iSqi ; et Marguerite, femme de Vincent , dur. de Mantoue.
DES DUCS DE PARME ET DE PLAISANCE. ir,S
fera la dignité de gonfalonier de l'église, pour lui et ses successeurs, en considération de son mariage avec Marguerite AldrovaMDIN, nièce de ce pape, qu'il épousa au mois de mai de cette année. Kanuce travailla beaucoup pour l'embellissement de Parme. Il fit bâtir , par le conseil de Pomponio Torelli , le collège qui sert a l'éducation de la jeune noblesse, donna, en 1^99, un nouveau lustre a l'université fondée en i4<a, et protégea l'académie des Innominati. ■ Ranuce, dit » Muratori , était un seigneur d'un caractère altier, grand po-
• litique , mais d'un naturel sombre et mélancolique , couvant » toujours dans sa pensée des soupçons qui troublaient son re- » pos et celui des autres. Dans ses sujets il ne voyait que des
• ennemis , se rappelant sans cesse la funeste catastrophe de ■ Pierre-Louis, son bisaïeul. Disposé de la sorte , il s'étudiait
à se faire moins aimer que redouter; toujours prompt 4
RANUCE oc RAINUCE I.
1592. Rakuce I , fils aîné d'Alexandre Farnèse, nél'an 1569, était dans les Pays-Bas lorsqu'il apprit sa mort. Lui ayant succédé , il prêta serment de fidélité au saint siège, par son ambassadeur , le 6 septembre i^ga. Du vivant de son père , il avait formé, l'an i58o, des prétentions sur la couronne de Portugal, après la mort du roi Henri , son grand-oncle maternel. Mais le droit que Philippe 11 lui opposa, prévalut, parce qu'il était appuyé de la force. L'an 1600, le pape Clément VIII lui con-
(1) Le comte Pomponio Torelli était un des meilleurs et de* plus féconds pofte» de son teint. On a de lui un recueil de poésies latines, un autre d'italiennes, un volume de tragédies, qu'il faisait représenter J»ns «on château de Monte-Chiarugolo, et l' excellent Trattalo dtî tVsV/* M cavalier*. 11 est surprenant que cet auteur fit soit pas plus [f>an<i es France.
» punir, et n'accordant que difficilement des grâces. Ceux qui » lui étaient soumis, lui rendaient bien la pareille, et répon- » daient, par la haine , à la crainte qu'il lâchait de leur ins- » pirer. Ce qu'il avait lieu d'appréhender, lui arriva l'an » 1612; il découvrit une conjuration tramée contre lui l'an- » née précédente , dont les principaux auteurs étaient le » marquis Jean-François de San-Vitali , la comtesse de Sala ,
• le comte Horace Sitnonetta , son mari , le comte Pio « Torelli , le comte Alfonse, et le marquis Jérôme, tous deux » San-Vitali , le comte Jérôme de Cnrrégio, le comte Jean- » Baptiste Mazzi et d'autres. On mettait encore , parmi les » complices de cette conspiration , le marquis Jules-César « Malaspina, capitaine des gardes du duc de Mantoue, Ferdi- » nand Mataspina, marquis de l.iciana , Théodore Scotli ,
• comte de Plaisance, et Albert Canossa, comte de Rrggio. - Presque tous les chefs de la révolte ayant été arrêtés, on ins- » trnisit leur prorvs, dans lequel il fût prouvé , dit-on , que » leur dessein avait été d'assassiner et d'exterminer toute la » maison de Farnèse. En conséquence, ils eurent la tête tran- » chée le 19 de la même année, et quelques-uns de leurs gens » furent pendus » (1). Colorno et Sala, qui étaient aux San-
(1) Dans la vérité", le Tait est que les grand» vassaux du duché, soulevés contre l'avarice et la tyrannie du duc , témoignèrent hautement leur mécontentement. Ranuce crut devoir les prévenir : il trouva ta sûreté personnelle , et satisfit ta soif de l'or, en les dépouillant a la fois de la vie et de leur» biens. Sont divrn prétextes, il fait arrêter les prétendu» conjuré», le 4 juin 161 1 ; le 1S du même mois, l'IiOtel-de- ville rt la noblesse vont en dépulatioo demander au duc les raison» d'un up d'autorité si étrange rootre tant de personnages illustres. Ce înce répond qu'ils avaient conspiré contre sa personne et contre le »alut de tous les citoyens. Ces corps demandèrent alors que le procès des acculé» fût fait en forme ; ce qui , exigeant des longueurs , empêcha le duc de faire faire sur-le-champ, comme il Pavait projeté, l'exécution, et T obligea de la différer jusqu'à l'année suivante. Les chefs d'accusation détaillés dant le manifeste du dur , afficha" dans Ions le> lieux publics, le 17 mars 161a, étaient que les conjurés, chargés chacun de crimes les plus honteux envers Dieu et le» hommes, coupables de rébellion, avaient projeté d'assassiner le duc , d'égorger, HenJUno more, ses enfant», en présence de la duchesse, de massacrer tous ses ministres, tous tes soldat», tous ses »es serviteurs , el enGn de piller toutes les maisons particulières , toutes le» églises et tous les monastères. Une forme a peu près légale ayant été donnée a ces accusations par des dépositions conlrouvées , on fil grâce a une quinsaine de prétendus coupables peu riches Le» seuls possesseurs de grands fiefs parurent indignes de pardon. Le tq mai 161a, a dix heures d'Italie , sur un érhafaud dressé a la hauteur des fenêtre» du palais, parut d'abord Barbara San-Vitali, née San-Severi, comtesse de Colorno, Tune des plus belle» femmes de son tenu, dont le dac avait été épris et maltraité. L'amour qu'elle marquait au comte Pio Torellt fui , a ce qu'on croit, la raison pour laquelle ils furent tous deux enveloppés dans rette affreuse proscription. On vil suivre le comte Horace Simonetta , chambellan et grand-éruyer, le comte Jérôme San-Vitali , marquis de Sala, le jeune Jean-François, ton fils, dit le Marcheiim» Ji le comte Alfonse San-Vitali , son cou«in , enfin Pio Torelli, comte de Monte-Chiarugolo , et le comte J. B. Masi,
Viiali, et que le duc marchandait depuis long-tems, lui passèrent, par ce moyen, sans déboursé, et devinrent les maisons de plaisance de ses successeurs. Le comté de Monte Chiarugolo fut réuni a la chambre durale. La confiscation de ces fiefs augmenta considérablement le domaine du prince. Mais les amis des supplicies les regardant comme innocents , firent , pour venger leur mort , des courses funestes dans le Parmesan, ou ils brillèrent plusieurs bourgs et villages. Le bruit courut en effet , et il n'a pas encore ces.se, ajoute Muratori, que celte conjuration avait été conl rouvre par le duc, pour satisfaire son avarice, et se défaire de personnes qui gênaient son autorité. Les Torelli et les San-Vilali, collatéraux des décapités, ayant porté leurs
Slaiutesau grand duc de Toscane, Ranure, pour justifier sa conuite. lui envoya, dit-on, copie du procès par un ambassadeur. A cet envoi, le grand duc répondit avec art ions de grâces, en lui envoyant de son côte un autre procès bien en règle, par lequel il apparaissait que ce mfme ambassadeur avait tué un homme 4 Livourne, avant de parlir de Parme, voulant , parcelle plaisanterie, démontrer qu'il était plus aisé défaire, à un homme innocent, son procès avec des pièces controuvées, que de se
i'ustifier d'une pareille infamie aux yeux du public désintéressé. ..e duc Ranuce mourut subitement au commencement de mars 162a, laissant de son mariage trois (ils, Alexandre, Odoard, qui suit , et François-Marie , cardinal en it>45 , avec deux filles, Marie et Victoire, qui devinrent l'une et l'autre, par leurs alliances, duchesses de Modène La statue équestre, en bronze, du duc Ranuce, accompagne celle d'Alexandre, son père, dans la grande place de Plaisance.
ODOARD oc ÉDOUARD.
161a. Osoabd , second fils de Ranuce , né le 28 avril 161 a , lui succéda, par préférence a son aîné, qui était sourd et muet de naissance. t.cltc même année, le besoin d'argent l'obligea d engager le duché de Castro et le comté de Rouciglione au mont-de-piété de Rome. Mécontent des Espagnols, il entra, l'an i6 î3, dans la ligue que la France fit proposer aux princes d'Italie, et y entra presque seul. C'était un prince, dit Muratori , plein de l'esprit guerrier , mais qui prenait conseil plutôt de son courage que de se» forces. Dans le manifeste qu'il publia,
son parent, à la sollicitation de la maison d'Autriche, le somma
{dusieurs fois, comme seigneur suzerain de Parme, mais inuliemenl , de rompre ses engagements avec la France. Les armes de l'Kspagneet de ses alliés eurent plus d'efTet. L'an i636, pendant que le duc Odoard elait en France , pour y solliciter du secours, rrançois I, duc de Modène, à la tête des troupes espagnoles et des siennes, entra dans le Parmesan, où il commit d'horribles dégâts. C'en elait fait des états d'Odoard, si le pape Urbain VIII et le grand-dur de Toscane ne s'étaient entremis pour faire sa paix avec le marquis de l>ganez, gouverneur de Milan. Les ministres qu'ils envoyèrent au marquis , le trouvèrent dans les
beau-frère du dernier A mesure qu'il» parurent, on leur trancha la tète, et les sept tète» restèrent long-lents attachées .sut murs du palii». Le duc. d une de ses fenêtres, a.si»ta lui-même à l'exécution , qui dura quatre heures. Itanuce voulut aussi s'assurer des descendants de ce» malheureuse» vi.hme». De deux San-Viiali, entant», l'un fut écrase entre deux pierres ; l'autre . ajanl échappé , fui repris quelques année» après et fait eunuque. Un Gis el un neveu de Pio Torelli, auxquels on préparait le mente sort, l'évitèrent heureux mrnt p ar | a piété el la reronnaissanre de* Francis? ains de MonU -Chiarugolo , que leurs ancêtre» avaient fondés. Cts religieux les transportèrent la nuit , au péril de leur vie , dans les élats de Mudrne , el Joseph Salinguerra , l'un d'eux , est devenu deruia la souche de la maison du rgi de Pologne «ciucl ^ 170*) )*
meilleures dispositions ; mais le duc en montra Je contraires : soit feinte , soit obstination réelle , il paraissait déterminé a continuer la guerre. A la fin il se laissa fléchir par les larmes de la duchesse, sa femme, et conclut, au commencement de l'année suivante, un traité de paix avec les Espagnols , auxquels il abandonna Sabionella. Ce traité se fit à l'tnsu des Français, qui étaient maîtres de Plaisance, et qu'on engagea d'en sortir, sous prétexte d'une revue; après quoi , voulant y rentrer, ils virent braqué contre eux le canon , qui les obligea de se retirer. On fit grand bruit a Paris de cette défection de Farnèse, dont l'envoyé Fabio Scotti fut arrête par ordre de la cour. Mais le duc ayant fait exposer au cardinal de Richelieu ses moyens de justification , sa conduite fut approuvée, et son cœur continua d'être attaché à la France. (Mural. , Aon. (filai. )
Lau i63g, Urbain VUI , excité par ses neveux, entreprend d'enlever au duc de Parme le duché de Castro , pour le reunir au saint siège , faute de remboursement des sommes pour lesquelles il elait engagé au mont-de-piété. Odoard met dans ses intérêts les Vénitiens, les Florentins el le duc de Modène. On fait une guerre de chicane, et des négociations infructueuses pendant cinq ans. Ce fut , durant ces hostilités, que Ferrante Palavicini, qui était de Plaisance, publia, l'an i6+3, son litre intitulé : // Dieorzio céleste, où il feint que Jésus Christ deminJe au père éternel la permission de faire divorce avec l'église 1 cause de ses desordres. L'auteur fut trahi par un faux ami , qui le détermina a venir en France, et le fit passer sur le pont Je Sorgues, où , ayant été arrêté, il eut la tête coupée a Avignon, en 1644. ( M. de la Lande. )
Ia paix est enfin conclue le 3i mars 1644, entre le pape, l« duc de Parme et ses allies , par la médiation de la France , dn Vénitiens, du grand-duc de Toscane et du vice-roi de Naplra. ( Murât. ) Le duc demande l'absolution des censures qu'on avait employées contre lui, el recouvre, soixante jours après, son duché de Castro. Il mourut , le ta septembre 164b (et non 1(148), à l'âge de trente-quatre ans. « Ce duc était compté, » dit Muratori , parmi les beaux esprits de son tems. Il enclua- » tait le monde par ses beaux discours, dans lesquels néan- ■ moins il montrait un peu de penchant à la satire , défaut d»n- » gereux dans les particuliers, el beaucoup moins convenable t
• des princes el à des souverains. Entre ses belles qualités, l«
• plus remarquables étaient la magnificence, la grandeur d'âme » et la libéralité. Il avait auprès de lui des ministres, nnn
• pour prendre leurs avis , mais pour leur faire exécuier sis » volontés , croyant sa tête capable de tout ; et comme il avait - la cervelle chaude et portée aux grandes choses , il lui était » facile de se méprendre, et de former des résolutions supé-
• rieurcs à ses forces. » De Marguerite de Médicis. son épouse, sœur du grand-duc Ferdinand II (mariée en i6a8, morte en 1679), il laissa quatre Gis, Ranuce, qui suit, Alexandre , Horace el Pierre , avec deux filles,