DES SEIGNEURS, PUIS DUCS DE LA MIRÀNDOLE
MinARDOLI, ville épiscopale , située entre Mantoue et Modène, est U capitale d un très-petit élat, possédé, dès le commencement du XII e . siècle , par la maison de Pico ou de Piso, dont l'origine remonte a Hugues , fils de Mainfroi ou Manfredi , qui fut aussi l'auteur de celle des Pii , depuis prince de Carpi. Le Contelori et le Finrentini , chacun dans la vie qu'ils ont séparément écrite de la fameuse comtesse Malhilde, ont publié une charte , dans laquelle cette princesse déclare que le marquis Boniface, son père, avait eu de Rodolfe , abbé de Nonantola, la cour de Quarentola, avec le château de la Mirandole et deux églises construites dans celle cour: Totam Curtem Quarcntulas , cum Castro Miranduljs et cum duahus Erxlesiis in dicté curiâ caastructis ; à quoi elle ajoute que , voulant montrer sa reconnaissance envers Hugues, fils Je Mainfroi, vaillant capitaine , qui l'a fidèlement servie en paix et en guerre , elle lui fait don de cette même cour avec ses dépendances , y compris le château qu'elle avait fait élever a la Mirandole ; le tout a la charge d'acquitter envers l'abbaye de Nonantola, les
redevances que le marquis Boniface avait coutume de lui payer. Hugues, en mourant, laissa un fils nommé Lbald, qui décéda sans postérité. La succession d'Ubald fut recueillie par ses héritiers collatéraux , qui possédèrent, en commun, la terre de Quarentola. Nous voyons, en effet , que les descendants de Mainfroi , par un acte de lan 1174, promirent à la commune de Keggio de lui assurer le chemin qui conduisait de Quarentola a Ferrare. Les noms de leurs représentants sont Manfredinus , filius Bf mardi , et Bentardus, fraUr Roberti, consules Domés JUiorum Manfredorum. ( Alfonso Loschi , Compend. Histor. ) La cour de Quarentola tomba depuis sous la puissance de cette même commune ; mais ce ne fut pas pour long-tems; car on voit , en 1198, les descendants de Mainfroi rétablis à Quarentola.
(^) Extraite, en partie, des Mémoires du iiMïolbécaire du duc <)• Modène.
Tirakoichi,
Ce fut cette année que le pape Innocent HT nomma le prévôt de la cathédrale de Modène avec l'archiprêtre de Carpi , et un nommé Jacques de Casal-Olton, pour connaître d'une certaine cause déférée au saint siège. Le prévôt écrivit a ses deux collègues , qu'ils eussent à procéder sans lui an jugement , parce nue les descendants de Mainfroi l'empêchaient de sortir de Modène, attendu qu'ils en avaient enlevé tous les chevaux pour aller au secours de Quarentola: Maxim* quià non potui hotert eauos , quoniàm fijii Manfredonm acquisienint Omncs equos ut succurrant Quarentutam. ( Arthi*. Pan/tente. ) Pour affermir leur domaine et leur autorité a Quarentola , ces mêmes descendants de Mainfroi eurent recours, l'an 1221 , au pape Honoré III, en lui représentant que , tenant cette terre de la comtesse Malhilde, ils la regardaient comme un Gef de l'église , dont ils lui demandaient , en conséquence , une nouvelle investiture ; ce qui fut exécuté par un décret du cardinal légat , évêque d'Ostie et de Vclctri , en date du i5 avril , et confirmé , le i3 juin suivant , par un bref de ce pontife. ( Histor. Nonantola. ) Malgré le partage que les descendants de Mainfroi firent entre eux des biens qui leur venaient de sa succession, le domaine de Quarentola avec les droits et honneurs y attachés, restèrent indivis dans leur famille jusqu'au commencement du XIV*. siècle. Parmi les branches de cette famille, la plus distinguée était celle des Pico ou Pisons , dont nous avons déjà parlé. 1> premier d'entre eux qui soit venu à notre connaissance , Pisus de Mon/redis, était podestat de Reggio , en 1 1.S4. ( Mural. Rerum liai. , tom. VIII , pag. 1073. ) Le nom de Pic devint ensuite patronymique dans sa postérité. Nous voyons Henri Pic, 1 dans deux charte, de Pan 118° Lanfranc et Jean, qui ajout de Pic Ce n'est qu'au XIV«.
seigneurs de la Mirandole, parce que cette terre n'entra que ' ce tems-là dans leur maison. Elle appartenait auparavant aux Modénois, qui, l'an 1267, en firent l'acquisition, avec celle de U Molle Papazoni , pour la somme de vingt mille livres ,
1188. 11 avait trou frères, Ubertin , nièrent à leurs noms particuliers celui 1*. siècle , qu'on voit les Pics qualifiés
rutTP nui' relie terre n'entra nue vers
mage. Il sut tellement captiver la bienveillance du prince, qu'il en obtint le titre de vicaire de l'empire dam le Modenois. Henri, dans le même tenu, lui accorda pour lui et ses cousins, Zappin, fils de Nicolas, et un autre Nicolas , surnommé le Grand , fils de Jean , l'investiture de Quarantola avec ses dépendances , au nombre desquelles était la Miraodole. Le diplôme expédié à ce sujet est du a5 janvier i6tt. (Arrhi*. Exlenst. ) François étant revenu a Modène pour exercer sa nouvelle charge , donna, peu de lems après , une de ses filles en mariage a un des fils de Jean Boschelti. ( Chron. Ms. di Carpi. ) Ce degré d'honneur et de pouvoir excita l'envie contre lui. Elle alla si loin que, le 27 no-
DES SEIGNEURS DE LA MIRANDOLE. «$ f et en rasèrent ensuite les fortiGcations, qui leurs faisaient cm- pereur Frédéric III, qui Tanna solennellement chevalier. Jean- Lra B c - . „ . I François, suivant MaafreJi , termina ses jours le 8 novembre
L. empereur Henri VII étant venu, lan i3ii, en Italie , ' 1467.
T ^^^J£^iS^^tr^^ GALEOTTO PIC.
Gaieotto Pic , successeur de Jean-François son père , épousa, l'an 1468, Blahche. fille légitime de Nicolas III, marquis d'Est. Fier de cette alliance , H prétendit avoir seul toute la succession paternelle , et pour l'envahir , il prit prétexte de l'accusation d'un crime de lèse majesté impériale , qu'on n'explique pas, formée contre Antoine-Marie , son frère. L'ayant en conséquence fait arrêter , il l'enferma chargé de fers au fond d'une tour. 11 fit a-peu-près le même traitement a Julie, leur mère commune, qu'il retint prisonnière dans sa chambre, parce qu'elle avait pris le parti d'Antoine - Marie. Celui-ci , remis en liberté au bout de deux ans , vécut quelque tems en paix avec son frère; et pendant cet intervalle, il épousa Constance, fille de Sante-Bentivoglio. (Murât. Rcr.dal. tom. XXIII , col. 900.) La guerre s'étant renouvelée entr'eux, il n'y eut plus moyen de les amener à aucun accommodement.
Jean Pic , leur frère , cependant éloigné de sa patrie , cultivait tranquillement les lettres avec une ardeur incroyable. Les progrès qu'il y fit surpassent toute croyance , s'il est vrai qu'à Cage de dix- huit ans il savait vingt - deux langues]; ce qui serait encore difficile a croire , en ne l'entendant que des éléments de chacune de ces langues. Quoi qu'il en soit , a l'âge de vingt - quatre ans , il osa faire afficher a Rome et soutenir publiquement des thèmes sur tous les objets des sciences, sans en excepter aucune, de re omnisriMi, comprises en quatorze cents conclusions, lesquelles, à l'exception d'une légère teinture de géométrie qu'on y voit répandue , prouvent mieux le mauvais goût de son siècle que l'étendue des connaissances utiles qu'il avait acquises. Ces thèses furent déférées par les envieux de la gloire de l'auteur, au pape Innocent VIII , qui ne put s'empêcher d'en censurer plusieurs articles. Pic se défendit par une apologie , et à la fin se soumit au pape Alexandre VI, qui lui accorda, l'an i4q3, son absolution (1). Il mourut
t i3ai , François Bonacossi , fils de Passerin , ayant pris en trahison François Pic , avec ses deux fils , Prendiparte et Thomas, les fit jeter dans le fond d'une tour, où ils moururent de faim , après s'être mutuellement dévorés. (Murât, Remm liai. , tom. XI, col. io5, et tom. XV, col 583. ) Le lieu de cette horible scène , appelé CasUllarium , est placé dans le Modénois par l'auteur des Annales de Modène, et dans le Mantouan , par Jean Bazzano, dans sa chronique. La justice
divine ne laissa pas impunie dans ce monde une telle atrocité. Ce fut Louis de Gonzague qui se rendit l'exécuteur de sa ven séance. Après avoir tué Passerin dans Mantoue, il se saisit des fils de celui-ci , François et l'abbé de Saint-André , ensemble de ses petits-fils, Gui et Pinnamontc, puis les remit entre les mains des Pics , qui, les ayant conduits dans la prison où François Pic était mort avec ses fils, les firent expirer dans les supplices. {Murât, ibid., tom. XI, col. 116, et lom. XIII , col. 66a. ) Villani, auteur contemporain, pariant de ce fait dit que les fils de Passer iu furono constgnati al Jigliuolo di M. Francisco délia Mirandola. Ce fils , dont il parle sans le nommer , était petit-fils de Nicolas , surnommé le Grand. Ce fut par lui , et par Paul , fils unique du malheureux Prendiparte , que se propagea la lignée des Pics. Paul n'eut pas un meilleur sort que son père, ayant été tué, l'an 1 355, dans une sédition qui s'était élevée à Vérone, dont il était podestat.
La même année, l'empereur Charles IV étant descendu en Italie , François , Prendiparte , Thomassin et Spineta , fils de Paul, avec Jean, Francesquin et Prendiparte , fus de Nicolas , vinrent se présenter a lui dans Mantoue, «t en obtinrent une nouvelle investiture de Quarantola et de la Mirandole ; mais quoique cette investiture fût commune a tous , la propriété de » Mirandole resta aux seuls descendants de Paul. L an i43a etnon i4>4* comme le marque Chazot) , Jean et François , de Paul , obtinrent de l'empereur Sigismond un diplôme par lequel il érigeait en comté la terre de Concordia , qui leur appartenait. François épousa Pierrette , fille de Marc rio, dont il eut Taddée, qui fut mariée au marquis Jacques Malespina, et deux fils qui moururent sans postérité; ce qui rendit Jean , son frère , qui lui survécut, seul maître de Concordia. Jean Pic épousa, l'an 1416, Catherine, fille de Guillaume Bevilacqua , dont il eut Jean-François , qui suit , et Ntrelas , mort dans Pélat ecclésiastique en 1448.