FRANÇOIS GIUSTINIANO
1393. François Giustifiano remplace Montaldo, et peu après abdique , voyant Adorne qui arrivait avec des troupes pour reprendre le dogat. Antoine Montaldo fait téte aux troupes d'Adorne, qui étaient entrées dans la ville , et les met eq déroute. En récompense , il est élu de nouveau doge le lendemain 3 août ; mais sur la fin de mai , il s'enfuit pour ne pas être U victime de se» ennemis.
NICOLAS ZOAGMO.
1394. Nicolas ZoAGUOest substitué a Montaldo, et bientôt après il se démet. On lui substitue Antoike Guarco , qui ne peut tenir la place que quelques jours ; et enfin Adorne se fait élire doge pour la quatrième fois.
L'an i3g6, Adorne , fatigué des mouvements de Guarco , ligué contre lui, et soutenu par le duc de Milan , engage les Génois a faire une députation a Charles VI , roi de France , pour lui offrir de se donner a lui. L'offre est acceptée, et, le a5 octobre de cette même année, les conditions auxquelles la république se soumettait i la France, sont signée» h Gênes, par les commissaires du roi. En conséquence , Adorne leur remet , le xj novembre, les marques de sa dignité; mais ils le nomment lui-même gouverneur, en attendant celui qui devait venir de France,
L'an 1397, Valéran de Luxembourg, comte de Saint-Pol, étant arrivé, le 18 mars, de b part de Charles VI, Adorne , sur-le-champ , lui remet sa charge, et lui cède , en même tenu, le palais. Adorne mourut le 5 juillet de l'année suivante. Sa patrie, dit M. de Brequigni , perdit, par sa mort, un grand nomme, mais un dangereux citoyen. Valéran fit peu de séjour a Cènes. La peste, qui dépeuplait ce pays, l'obligea de retourner en France. L'évêque de M eau» , que la cour de France lui avait donné pour adjoint , prit le commandement après son départ.
L'an 1 3g8, les factions des Guelfes et des Gibelins replongent la ville de Gènes dans le horreurs de la guerre civile. L'évêque de Meaux ne pouvant arrêter la fureur des deux partis , quitte Gênes, et repasse en France. Enfin , après mille combats, les Gibelins se réconcilient avec les Guelfes , et le rétablissement de la tranquillité est annoncé au peuple , le 5 septembre. Calville, nouveau gouverneur, envoyé par la cour de France , n'est pas mieux traité que son devancier. Après avoir apaisé un premier tumulte , il en voit un autre s'élever, le ta janvier 1400. Ne pouvant y résister ni le calmer , il se retire a Savone. On lui substitue Baptiste Boccanégra sous le titre de capitaine de la garde durai dt France \ après quoi l'on députe k Charles VI ,
E. lui faire des excuses et le prier d'approuver ce choix. La itation est très -ma) accueillie; Boccanégra se démet, et la de Gènes , reste dans le trouble et la confusion. L'an 1401, Jean le Meingre de Boucicaut, maréchal de , arrive a Gênes, en qualité de gouverneur, le 3i
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
tobre, a la téte de mille hommes de pied et d'autant de cavalerie. Il débute par des actes de sévérité qui rétablissent It calme. Boccanégra est une des premières victimes qu'il immole a la tranquillité publique. ( Georg. Stella, ann. Germais. ) Lia t4o3, il reçoit , le 22 janvier, l'empereur Manuel, qu'il comble d'honnêtetés, mais sans lui accorder les secours qu'il était venu chercher contre les Turcs. La même année , Boucicaut pane en personne dans l'île de Chypre, pour délivrer Famagnuste, assiégée par le roi Janus. H y réussit ; mais il essaie en vain de réconcilier Pharadge , dit Mélétella , sultan d'Egypte , avec les Génois. De là, faisant voile vers la Syrie, il va s emparer de IWuth ou Bérythe, qu'il abandonne après lavoir saccager. Les Vénitiens, qui avaieot un riche comptoir à Barutn, k plaignent du tort que cette expédition leur a fait , et cherchent l'occasion de s'en venger : elle ne tarda pas i se montrer. Le 7 octobre, Carlo Zerto, qui commandait a Modon pour les Vénitiens, tombe sur la Botte génoise qui s'en revenait, lai prend trois galères après un rude combat, et met le rate en fuite.
L'an i4o5 , l'antipape Benoit arrive , le a6 mai , a Gênes, où Boucicaut avait disposé les esprits a le reconnaître pour le chef légitime de l'église. Mais la peste , qui avait recommcrM ses rav<iges dans cette ville, l'oblige d'en sortir le 8 octobre suivant. L*n 1407, le conseil de Gênes donne a la banque <k Saint-Georges t elle forme et cette consistance qui l'ont rend*, pendant tant d'années , l'une des plus solides ressources de l'état. La république fait , la même année , la conquête de l'importante
Mane Visconti , doc k
S lace de 6àraane. L'an 1409 , Jtan • lilan , ayant résolu de se mettre sous la protection de la France, afin d'être en état de résister à ses ennemis, engage Boucicaut a venir prendre le gouvernement de Milan. Boucicaut part de Gênes, le 3i juillet, avec cinq mille hommes de cawalene « un grand nombre de gens de pied , sans se défier de la BdeiiM des Génois qu'il croyait avoir r - '
le trahit. Un mois après son départ , les bannis de Gênn , ncités par Facin Cane et par Théodore , marquis de Montfmit , se mettent en mouvement avec les gens que ces deux sei^ieun leur avaient fournis, pour rentrer dans leur patrie et la remetirt en liberté. L'approche de cette armée donne l'impulsion m habitants de Gènes, tant Guelfes que Gibelins. S'étant rewjtés, de concert, le 3 septembre, ils massacrent le chevalier d« Chaaeron , lieutenant de Boucicaut , avec un grand nombre de Français. On élit le lendemain un conseil de douze persumw, moitié guelfes moitié gibelins pour gouverner, et a leur iae, on met le marqua de Monlferral avec le titre de capii général et les émoluments du doge. Bientôt après , les rrar sont assiégés dans les forts où ils s'étaient r ir.ni'. abandonnent , et la république se trouv du joug de la France. Boucicaut fait rétablir à Gênes. Enfin, l'an 1410, après avoir épuise muta ses ressources , il repasse en France sans argent et sans gourei
atièrement affranchie vains efforts pour M
nement. Tandis que le marquis de Monlferral est i Savone pwr v apaiser une sédition , les Génois, le ao mars Ui3, se lèvent contre son lieutenant , et ne lui laissent que le terni * se sauver avec les autres officiers du marquis. Sept jours aprt» > Geoilge* Adorne, personnage riche, puissant , aime detool le monde , est élu doge avec la plus grande solennité. Il rewfci le calme à la république, mais ce ne fut pas pour long tems Baptiste Montaldo , aidé des Spinola et de quantité d autres fanulW considérables, excite, l'an i4>4, w» e sédition contre leooge- Elle commença la nuit du 9 décembre et ne finit que le 9 man 1 4 1 S. Le a3 du même mois , Adorne , en exécution de
M est
modement fait avec les rebelles, abdique, et le 29, Babju Gqano lui succède. Le 3 juillet suivant , le nouveau d« chassé parla faction des Frégose et des Adorne, et, le leodeno.n. Thomas Frégose est élu à sa place- L'administration de ne-
Î ose fut pins sage que sa c l'espérer.
DES DOGES DE GÊNES Les Génois , dès le neuvième siècle , t'étaient rendus maîtres de lîle de Corse , après l'avoir enlevée aux Sarrasins. L'a n i4 2 o t Alfonse , roi d'Aragon , forme sur cette île une entreprise; et ayarrt pris d'abord Calvi, il vient ensuite mettre le siège devant Bonitacio. Le doge sVmpressa de secourir cette place et ayant fait équiper une bonne flotte, il la fit partir sous le ordres de l'un de ses frères. La Ootle arriva a tenu , et vint
bout de ravitailler Bonifacio , malgré tous les efforts «T Alfonse qui peu après leva le siège. Calvi ne tarda pas à chasser la garnison aragonaise et à se mettre sous l'obéissance des Génois. ( M. de Brequigni. )
L'an i^ai , Philippe-Marie, duc de Milan , jaloux de conquérir l'état de Gênes que ses ancêtres avaient possédé , fait entrer une année dans ce pays , sous les ordres du fameux Carmagnole, son général. Après s'être rendu maître d'Albenga et d'autres petites places , Carmagnole vient se présenter devant Gènes qu'il assiège par terre , tandis que sept galères catalan en tiennent le port bloqué. Le doge qui , le 27 juin de cette armer, avait vendu Livourneaux Florentins, pour subvenir aux besoins pressants de la république , n'omit rien pour la défense de la ville. Mais le succès ne secondant point son zèle et son activité t voyant d'ailleurs les Génois disposés a se soumettre «o duc de Milan , il prit le parti de renoncer a la dignité ducale. La république, en considération de cet acte et avec le consentement du niûnie duc Philippe-Marie, lui céda la ville de Sarzane avec tout son district , pour en jouir sa vie durant , et avec la condition qu'il ne pourrait la céder ni transférer à d'autres qu'à la république même.
Philippe-Marie , pour occuper l'esprit remuant des Génois , crut ne pouvoir mieux faire que de les engager dans des guerres continuelles. Dans les trois premières années qui suivirent sa conquête , il employa leurs flottes en faveur de Jeanne II , reine de Ni pies, qui en tira de puissants secours. L'an i43i , il mit le» Génois aux prises avec les Vénitiens , sur lesquels la flotte qu'il leur avait fournie remporta une victoire complète, le a3 jnsi, sur le Pô ; mais le 27 août suivant , ils furent battus a jwtour dans la Méditerranée, après un combat long -teins incertain.
La ville de Gaëte, au royaume de Naples, pour ne point tomber au pouvoir d' Alfonse , roi d'Aragon ; offre aux Génois et au duc de Milan, l'an i435, de se mettre en leur garde. LVffre acceptée, François Spinola, envoyé par les premiers, et Otlolin Zoppo, envoyé par le second , viennent avec une
1^ kujuu , inuiiun «ta uuc
bonne garnison pour garder la place. Alfonse ne tarde pas à wnir 1 assiéger. Gaè'te , mal pourvue de vivres , est bientôt réduite aux abois. Les Génois, instruits de la situation de assiéront partir, le aa juillet, une flotte sous les ordres de « d'Asereto , fameux capitaine, pour aller à leur secours. Alfonse, apprenant qu'elle approche, va au-devant d'elle, monté sur ta sienne avec toute sa noblesse et environ onze mille combattants. L'ayant rencontrée , le 5 août , près de Ponza , il lui livre une bataille qui dure depuis le soleil levé jusqu'à la noit La victoire demeure aux Génois : elle ne pouvait être plus complète. Ils firent prisonniers le roi , ses deux frères , Jean , roi de Navarre , l'infant don Henri , avec quantité de grands "igneurs ; et de quatorze vaisseaux , ils n'en laissèrent échapper qu un seul. A la nouvelle de cet événement , les Gaè'tans font une sortie sur les assiégés , les chassent de leurs lignes , et délivrent la place. Cependant les prisonniers faits par la flotte génoise, sont amenés à Milan. Le duc traite magnifiquement le roi d'Aragon; et ayant tait une ligue avec lui, if le renvoie libre avec tous les siens. Cette générosité, qui taisait perdreaux Génois tout le fruit de leur victoire, les met en fureur. Le ta décembre, «.'étant soulevés , ils prennent les armes , tuent leur f f >uverneur, chassent les Milanais , et secouent le joug du duc « Milan. ( Uhert Folietta. ) Après cette révolution, ils élisent , pour doge, IshasU) Guarco : mais il ne reste que sept jours en |H»ce ; et Thomas FuicosB rayant chassé , se fait de
proclamer doge. Thomas avait un frire nommé Baptiste Frégose , qui entreprit , è la sollicitation du duc de Milan , de le supplanter. H échoua dans cette entreprise; et Thomas en conserva si peu de ressentiment, qu'il le fît nommer chef d'une escadre que les Génois fournirent à René d'Anjou , rival d* Alfonse , pour le royaume de Naples.
Jean Antoine de Fiesque , qui , mécontent du doge , s'était retiré, l'année précédente, auprès du duc de Milan, rentre dans Gênes, par mer, le 18 décembre 1 4-i- 3 » s'empare du palais, et fait te doge prisonnier. Après divers arrangements, on nomme doge, le 18 janvier i443 > Raphaf.l Ado AU r. Fiesque et Pierre Frégose , qui n'approuvaient point cette élection , sortent de Gênes, et exercent le brigandage aux environs. .Les Génois font, l'an 1 444 t avec le roi d'Aragon, une paix peu avantageuse, mais que leur situation tumultueuse leur rendait nécessaire. L'an i44°» Barnabe Adorne, jeune ambitieux, s'élève contre le doge , son parent , qui , pour le bien de la paix , alulique, le 14 janvier de l'année suivante. Après sa retraite, Ba&nabÉ Adorne se fait reconnaître doge, mais au bout d'un mois , il est chassé par Je AS FaÉGOSE , que l'on met à sa place.
LVn t44#, Louis Fhegosb est élu doge après la mort de Jean. Il est déposé l'an i45o, et Pierre raÉcoSE. neveu
de Thomas , lui succède.
Constantin Paléologue ,
voyant Constantinople sur le point d'être assiégée par les Turcs, demande, l'an i45a , du secours aux Génois. La répu-
blique lui envoie cinq gros vaisseaux chargés de provisions, qui entrent dans le port de cette ville a travers une flotta de cent voiles , que le sultan Mahomet leur opposa. ( Ducas et Calcondyle. ) Pendant le gouvernement de Pierre Frégose , qui fut de huit ans, les Adorncs et les autres Génois, qu'il avait fait exiler , ne cessèrent de faire des mouvements avec le secours d' Alfonse , roi d'Aragon, son ennemi particulier, pour rentrer dans leur patrie et lé faire déposer. A la fin , près de succomber, il persuade aux Génois, l'an t458, de se soumettre a Charles Vil , roi de France. On envoie d
On envoie des ambassadeurs a ce prince , pour négocier cette afTaire : elle est heureusement conclue. Jean, duc de Lorraine, envoyé par le roi de France , a Gênes , prend possession de la ville , le 1 1 mai i458 1 il reçoit le serment de fidélité au nom du monarque, et on lui remet les principales forteresses de l'état. Bientôt après, le duc de Lorraine se voit assiégé dans Gênes par les Adonnes et es autres mécontents, ligués avec Alfonse, auquel il disputait e royaume de Naples. Une flotte aragonaise vient en même tenu bloquer le port de Gênes; mais Alfonse meurt sur ses entrefaites, le a8 juin, et le siège est levé.
Lorsqu'en i4$3 Mahomet II entreprit le siège de Constantinople , nulle des puissances chrétiennes ne contribua plus à la défense de cette ville, que la république de Gênes, ou plutôt ce fut elle seule qui s'opposa aux efforts de ce conquérant. Ce fut Jean Giusliniani, l'un de ses nobles, que l'empereur grec nomma son généralissime. Si la victoire était toujours le prix de la valeur et du courage, elle eût sans doute couronne la brave résistance des assiégés conduits par un aussi habile chef. Mais une blessure qu'il reçut dans un assaut , l'ayant obligé de
Turcs profitèrent i les rendit pas à celte malheureuse catastrophe , qui emporta en même tems la perte de Gala ta , appartenante aux Génois.
Pierre Frégose, le même qui avait appelé les Français à Gênes , se soulève, en 14^9, contre le duc de Lorraine. Ayant ramassé des troupes avec l'argent que Ferdinand, roi de Naples , lui avait fourni, il surprend Gênes la nuit du i3 au 14 septembre ; mais ses gens sont repoussés, et lui-même périt dans la mêlée. Quelques tems après, le duc part de Gênes pour son expédition de Naples, laissant à sa place Louis Vallier, gentil-, français.
se mettre à l'écart pour se taire panser , les Turci de sa retraite pour donner un assaut général , qu maîtres de la ville. Giustiniani ne survécut pas a ce
Le.
mer
des Frégnses, el, le ia mars , Pnosran Adorne est élu doge sans contradiction. Les Français sont assiégea dans le château. Hé né d'Anjou leur amène du secours par mer. On en vient, le 17 juillet, a une bataille, où les Génois sont vainqueurs, et mettent leurs ennemis en fuite. Paul Frégose, s'étant ensuite brouillé arec le doge, fait élire en sa place, le 8 juillet de la même année, Spinbta Frégose, son cousin. Six jours après, celui-ci cède le dogat à Louis FbÉgosb, qui avait exercé cette charge douze ans auparavant. Paul Frégose le supplante au commencement de i4(i3, et réunit, en sa personne, la dignité de doge à celle d'archevêque ; mais ce ne fut pas pour longtenu.
L'an 1 4^4 > Louis XI, roi de France, i qui il ne restait plus que Savone dans l'état de Gênes, la cède, avec tous ses droits sur Gênes, a François S force, duc de Milan , moyennant l'hommage. S force envoie des troupes qui , secon Jees par les principaux Génois , soumettent rapidement toute la côte occidentale de Gênes. Paul Frégose, abandonné , se retire par la mer, et le duc de Milan est proclamé souverain de Gêne» arec solennité.
Les Génois 'demeurent tranquilles sous le règne de François Sforce, et sous celui de Galéas- Marie, sou successeur; mais après la mort de ce dernier, les factions se réveillent. L'an i477i ce 'l e Fiesques , quoique sans chef, prend les armes; et, ayant soulevé la populace, elle crée huit capitaines de ta liberté. Obietto de Fiesque arrive de Rome sur ces entrefaites, •vec Paul Frégose et d'autres chefs de factions. Us s'arrêtent aux environs de Gênes. Les troupes milanaises se présentent en même tems devant cette malheureuse ville. Mais Prosper Adorne, qui était dans cette armée, ayant trouvé moyen d'entrer dans Gênes , engage le peuple à mettre bas les armes. Pour sa récompense , il est nommé gouverneur de l'état. La duchesse récente de Milan ôte le gouvernement, en 1478, » Prosper Adorne, dont la fidélité lui était devenue suspecte. L'évéquc de C6me arrive, le a5 juin , pour le remplacer. Les Génois se révoltent, el contraignent les Milanais de se renfermer dans le château. Robert de Saint-Severin , grand perturbateur de l'Italie , vient à l'appui des premiers ; et , étant entré dans la ville le 16 juillet , il se concerte avec Adorne pour se mettre en état de faire tête à l'armée milanaise, qui était en marche sous les ordres du bâtard Sforce Visconli. Le 7 août (et non le 9) , cette armée s'étant présentée devant celle des rebelles, le combat s'engage, et les derniers remportent une victoire complète. La duchesse de Milan , 4 cette nouvelle?, fait offrir le gouvernement de Gênes à Baptiste Frégose. Il accepte la proposition ; et étant entré dans Gênes, il veut profiler de la division des chefs des factions pour s'emparer de l'autorité. Son dessein lui réussit ; mais au lieu de prendre le litre de gouverneur, il se fait nommer doge. Cette élection rétablit la tranquillité par la retraite de ceux qui ne l'approuvaient pas. Obietto de Fiesque étant rentré dans Gênes, Tan 1480, soulève une partie du peuple contre le doge. Les deux factions se livrent un combat sanglant le jour de Noël. Obietto périt dans l'action, et son parti met bas les armes.
L'archevêque Paul Frégose , devenu cardinal , forme , en r4&3 , une conjuration avec plusieurs de ses parents pour déposséder Baptiste Frégose , son neveu. Le a5 novembre , l'ayant attiré dans son palais, il le relient prisonnier, l'oblige, sous de grandes menaces, à lui livrer les forteresses , et se fait le même jour proclamer doge. La soumission de Baptiste Frégose servit d exemple a toute la ville , et assura à son oncle la jouissance paisible de son usurpation.
L'an 1487, les Florentins se rendent maîtres de Sarzane , que Frégose leur avait cédée , sans égard pour les conditions que la république de Gênes lui avait imposées, l'an 14*1 , ea
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
lui en accordant l'usufruit. La perte de cette place , qui était une des clefs de l'état de Gênes , afflige sensiblement le doge ; craignant d'ailleurs que les Florentins,* la faveur des divisions ui commençaient à renaître parmi les Génois , ne tissent de lus grands progrès dans les terres de l'état , il se détermine à
plus grands progrès l
remettre Gênes sous la domination du duc de Milan. Les principaux Génois approuvent ce parti. On députe a Ludovic Sforce , régent du Milanez , pour traiter avec lut ; et au retour de la députition , les bannières du duc Jeao-Galéas-Marie sont arborées dans Gênes , dont Augustin Adorne est nommé gouverneur. L'an 1495, Charles VIII, roi de France, excité par les Frégoses et les Fiesques, fait une tentative infructueuse sur l'état de Gênes. La flotte qu'il avait envoyée sur les cotes de la république , est battue et pillée; son armée de terre, qm était sous les murs de la capitale , se retire en apprenant U nouvelle de cette défaite. ,
Sarzane , que Charles VIII avait obligé les Florentins de consigner entre ses mains, retourne, en 1496, sous 1» don» nalion des Génois par l'abandon du comte Antoine de Luxembourg qui en était commandant.
Les Génois, l'an 1499, voyant Louis XII, successeur de Charles Vlll , maître de Milan , lui envoient dans cette rdk une ambassade pour se mettre sous la domination de b France.
L'an i5o6, le peuple s'élève contre la noblesse, et pom* les choses au point que les nobles sont obligés de quitter h ville, abandonnant à la fureur de la populace leurs hôtels, «pu furent pillés et saccagés. Philippe Ravesleio , gouverneur pour le roi , fait de vains efforts pour éteindre cet incendie. Voyant son autorité méprisée , et la populace maîtresse du gouvernement, il quitte Gênes, le ab octobre, pour retourner ea France , après avoir pourvu le château d'une bonne garnison sous les ordres de Roccabertin , son lieutenant. Le départ de Ravestein rendit le peuple el les tribuns, qu'il s'était chou», plus fiers et plus insolents. Favorisés sous main par le pape Jules 11 , comme on le reconnut par la suite , ils élurent pour doge Paul deNovi , teinturier en soie, abattirent la bannière de France , el y substituèrent celle de l'empire. Louis XII , résolu de punir cette révolte , après avoir inutilement essayé
-'arrête
sans vouloir qu'on lui parle d'accommodement ; mais bientôt les larmes des anciens , qui viennent lui demander grâce 1
, qui
genoux, le désarment. Il remet son épée dans le pardonne au peuple, et se contente de lui imposer une taxe de trois cent mille ecus, payable en quatorze mois, dont ensaiie il lui remit le tiers. Après avoir changé le gouvernement , ordonné de bâtir une forteresse au cap du Phare , et condamne a mort quelques-uns des rebelles, il part le y4 mai, laissant pour gouverneur à Gênes , Rodolfe de Lannoi.
Le pape Jules II , l'ennemi le plus implacable de Louis XII, entreprend , l'an i5io, de faire révolter de nouveau les Génois. Déjà Colonne était dans le voisinage de Gênes avec le» milices papales ; déjà les galères des Vénitiens, après avoir pris Seslri et Chiavari, paraissaient devant cette ville, espérant y voir éclorc le soulèvement que le pape y ménageait : mais rien ne branla , et Gènes ayant reçu divers secours , il fallut * retirer. Il en coûta cher , dit Muratori , à qui voulut s'en retourner par terre. Au commencement de septembre, le pape envoya contre Gênes une flotte plus nombreuse que la première. Il comptait que les Suisses viendraient en même letnï lui donner la main pour assiéger la place ; mais le» Suiisrs ne parurent point, et les Génois , ayant armé un grand nombre de vaisseaux , donnèrent la chasse à eux du pape.
L'an i5ia, les affaires des Français ayant mal tourne en Italie, le» Génois commencèrent à se dégoûter de leur dotw-
DES DOGES
«lion. Jules II , qui entretenait ces dispositions par ses émissaires, détacha de l'armée de la ligue Jean Frégose , pour l'envoyer, avec quatre mille hommes , à Gènes. A son arrivée, le peuple se révolu coq ire les Français , qui n'eurent que le trou de se renfermer dans les forts. Jean FaÉgose , peu de jours après, fui proclamé doge. L'an i5i3, Louis XII ayant tait partir une flotte pour aller soumettre Gènes, les Adornes excitent un si grand tumulte dans la ville, que le doge a peine à sauver sa vie par la fuite. Gènes retourne à la France , et Antoine Adoruc en est nommé gouverneur pour le roi. Louis Frégose était cependant toujours maître du château. 11 était prêt de l'abandonner , lorsqu il apprit la défaite des Français a U bataille de Novarre , donnée le b juin. Cette nouvelle ranima ton courage et celui de ses partisans. Jean Frégose arrive avec une flotte devant Gènes, tandis qu'Octavicn Frégose s'y rend ar terre, a la léte de trois mille hommes, que le vice-roi de Aspics lui avait fournis. Les Adornes, se voyant sans ressources, sortent de Gènes la nuit du 16 au 17 juin., et le lendemain , Octa vien FbjC&ose est proclamé doge par quatre cents citoyens. rVu de lents après , il assiège le fort de la Lanterne où les r rançai» s'étaient retirés, l-a place , après une vigoureuse défense , se rendit le a6 août iSi4, faute de secours. L'an iSiS, François I , nouveau roi de France , traite avec te doge Frégose , et l'engage a lui remettre Gènes dont il le fait en même tems gouverneur en son nom.
Le marquis de Pescaire et Prosper Colonne , généraux de l'empereur, accompagnés des Fiesques et des Adornes, viennent se présenter , au mois de mai i5aa , devant Gones. Ils assiègent la place , chacun de son côté , avec deux corps d'armée séparés. Pierre Navarre , pour lors au service de la France, était arrivé dans la ville deux jours auparavant avec deux mille hommes d'infanterie, faisant espérer un renfort plus considérable. Le gouverneur , pour traîner l'affaire en longueur , négocie un accommodement avec Colonne ; mais tandis qu'on est sur le point de conclure , le marquis de Pescaire (ait donner l'assaut a la place, et y entre par la brèche , avec ses troupes, la nuit du 3o mai. Gènes fut pillée celte nuit et le jour suivant. On fit prisonnier Navarre et tous les officiers français. Octavien Frégose se rendit au marquis de Pescaire , qui remmena avec lui , selon les uns , qui le remit en liberté , suivant les autres, moyennant quinze mille ducats d'or. Quoi qu'il en soit, il mourut au bout de quelques mois. Nul doge avant lui n'avait gouverné la république avec autant de sagesse et d'équité.
AinotME Adoube est élu doge trois jours après la prise de Gênes. Ayant fait venir de l'artillerie de Pise, il se rendit maître aisément des forts, dont les garnisons obtinrent la liberté de retourner en France.
Les Français , l'an i5»7 , étant rentres en Italie , Pierre Navarre et César Frégose viennent bloquer Gènes par terre, tandis qu'André Dona , amiral de France , ferme rentrée du port avec ses galères. La ville, pressée par la disette, et n'espérant point de secours, prend le parti de rentrer sous la domination de la France. En conséquence , elle ouvre ses portes aux Français, qui se contentent de piller le palais du doge, qu'ils trouvèrent vide; Antoine Adorne s'était retiré dans le château. Laulrec, général des Français, envoie Théodore Trivulce pour gouverner Gênes.
L'an i5a8 , Gènes change encore de maître. André Doria n'ayant pu obtenir, du roi de France, la liberté de sa patrie, passe au service de l'empereur, débauche Philippin, son neveu, pendant qu'Antoine Doria se saisit des galères du roi dans le port de Gènes. André , ayant ensuite surpris Gènes , avec cinq cents hommes, le ta septembre, oblige Trivulce a se renfermer dans le château , dont il fait aussitôt le siège. Les Génois , ravis de cette révolution , courent , dans le même tems, assiéger Savone, que les Français avaient démembrée de l'état de Gènes, Les deux places se rendirent après une courte
DE GÊNES. a 7 S
résistance ; la première fut démolie , et le port de la seconde fut comblé. Le calme étant rendu à Gènes, pour anéantir a jamais les divisions et les factions entre les nobles et les plébéiens, on établit une nouvelle forme de gouvernement, qui a été trouvée si sage, qu'on n'y a rien changé jusqu'à nos jours : ce fut d'agréger aux vingt-huit familles les plus illustres ( à l'exclusion des Adornes et des Fregoses), toutes les autres, tant nobles que plébéiennes, qui avaient été admises jusqu'alors aux honneurs et aux magistratures. De là vient, dit Muralori, qu'il va tant de Doria, tant de Spinola, tant de Grimaldi, tant de Fiesques, etc. Quant au reste des citoyens, qui n'étaient que le plus petit peuple, il fut exclus du gouvernement. U fut ensuite réglé qu'on élirait un doge lous les deux ans pour régir l'état, avec huit gouverneurs, et un conseil de quatre cents personnes. On élut sur-le-champ pour doge , Ubert CatanÉs. ( Voyez la liste de se* successeurs à la fin de cet article. ) André Doria fut nommé censeur pour sa vie. On lui érigea une statue, et il continua de servir l'empereur sur mer.
L'année 1S47 s'ouvrit à Gênes par une scène des plus bruyantes. Celte ville, depuis dix -neuf ans, jouissait dune grande tranquillité parles soins d'André Doria, que la considération personnelle qu'il s'était acquise avait rendu comme le maître à Gênes. Jean-Louis de Fiesquc, comte de Lavagoa , jeune homme plein d'esprit , de courage et d'ambition, voyait, avec un «il de jalousie, l'état et la fortune de ce grand homme. Mais ce qui le blessait encore davantage, c'était la prospérité de Jannctin Doria, son égal en âge, en richesses et en mérite, le iras droit d'André, son oncle, qui n'oubliait rien pour lui faire passer, avec ses biens, son crédit et son autorité. Irrité d'ailleurs par la fierté de Jannetin , moyen sûr de se faire haïr , Jean-Louis de Fiesquc pratiquait , depuis long-tems , des intelligences avec la France , pour faire recouvrer à cette couronne la souveraineté de Gènes. Le duc de Parme, ennemi des Doria, était dans la confidence, et avait promis de fournir dea troupes à Fiesque. Tout étant concerté dans le plus grand secret, celui-ci, la nuit du i tr . au a janvier i547, après avoir introduit dans Gênes quelques centaines des plus hardis de ses vassaux bien armés, rassemble ses amis, leur fait adopter son dessein , et sort avec eux, suivi de ses gens. Sa première opé— on fut de s'emparer de la porte de l'Arc ; de U, il envoie ses deux frères, Jérôme et Oitubon, pour se rendre maîtres de celle de Saint-Thomas. Jean -Louis court cependant à la Darse , pour mettre sous sa main les galères d'André Doria. Il y réussit : mais Jannetin, dont le palais était voisin du port, s'élant éveillé au bruit que faisaient les mariniers et les forçats.
s'habille à la hâte, vient se présentera la porte de Saint-Tbomas, et demande impérieusement qu'elle lui soit ouverte. Pour toute réponse, on le perce de mille coups. Ce fut un miracle qu'on n'alla pas de là au palais d'André Doria, pour lui faire subir le même sort. Il était alors retenu dans son lit par la goutte. Ses domestiques entendant U populace, qui s'était jointe aux conjurés, crier partout, liberté, Fiesque! le prennent, le mettent sur une mule comme ils peuvent, et l'emmènent dans un château des Spinola. On attendait le retour du héros de la scène pour la compléter , en le conduisant an palais ducal; mais Jean- Louis de Fiesque n'était déjà plus. Il s'était noyé en passant sur une planche , pour aller à fa capitane des galères. Lorsque sa mort fut divulguée , les conjurés perdirent courage; et quoique Jérôme, son frère, continuât de faire le brave , il se trouva tellement abandonné , qu'il eut peine à gagner son château de Montobbio. Il y fut pris avec les autres conjurés , et tous furent condamnés au dernier supplice. Ainsi finit la conjuration des Fiesques, qui, sans un coup singulier de la Providence , qui sait se jouer des mesures les plus sagement combinées, devait produire une révolution nouvelle dans l'état de Gênes.
L'an i553, descente des Français et des Tores, ligués en- * , dans l'ile de Corse, sous les ordres du marquis de
Termes. Ils soumettent en peu de teins toute l'île par la faible rt-sistance des habitants , ennemis des Génois, leurs maîtres. Il n'y eut que Calvi et Bastie qui , étant assiégés, refusèrent de se rendre. Au mois de septembre , les Turcs ayant été rappelés par le sultan , le marquis de Termes passe en Provence pour y ramasser de nouveaux secours d'hommes et de munitions. Les Génois ne s'endormirent pas sur cette nouvelle entreprise des Français. Ayant rassemblé huit mille hommes d'infanterie , ils en donnent le commandement a André Doria, qui, bien qu'âgé de quatre-vingt-quatre ans , accepta cette commission
Sir zele pour la patrie. Il nomma pour son lieutenant Augustin pinola, qu'il fit partir avec trois mille hommes pour aller au secours de Calvi assiégé par de Termes. Spinola contraignit, l'année suivante, le marquis de lever le siège de celte place. Doria ét Spinola recouvrèrent ensuite la Bastie ; après quoi ils allèrent faire le siège de San-Fiorenzo , qui fut vaillamment défendu par Jourdain des Ursins . a la tète de deux mille fran-
Sais. Le bonheur des Génois voulut que la Hotte qui amenait de larseille du secours au mirquis de Termes, fut si maltraitée par la tempête , qu'une partie échoua vers Piombino, et l'autre reprit la route de Provence. Ce conire-tems obligea des Ursins a rendre San-Fiorenzo. Les hostilités continuèrent dans cette île, tantôt a l'avantage des Français, appuyés par les Corses, tantôt a celui des Génois, jusqu'à la paix de Caleau-Cambresis , conclue le aavril i55o, , entre la France et l'Espagne. La France, par le traité, s'oblige de restituer aux Génois ce qu'elle leur avait pris dans l'île de Corse. San-Pietro , seigneur d'Ornano , chef des Corses rebelles , prit le parti de se retirer en France.
André Doria meurt , le aS novembre i56o, a Gênes, dans sa quatre-vingt-quatorzième année. « 11 fut , dit M. de Brequi- • gni , un des plus grands capitaines et an des meilleurs » hommes de mer de son tenu; et ce qui ne se rencontre pas » toujours dans les grands hommes, il rat peut-être le meilleur » citoyen. »
L'an 1S64 , San-Pietro repasse en Corse et y excite une nouvelle révolution. Il soutient la guerre contre les généraux de la république pendant trois ans ; mais il eut enfin le sort des rebelles. Au mois de janvier i566, il fut tué dans une embuscade par Michel- Ange d'Ornano , son beau-frère, dont il avait étranglé la sœur Vannina , sa femme. En mourant, il dit : Je suis un barbare, Vannina est vengée. Alfonse d'Ornano, son fils, prit sa place, et fut reconnu pour capitaine-général par les rebelles. 11 remporta quelques avantages sur les Génois. Mais, l'an i568, Georges Doria, nouveau gouverneur de Corse, ayant lait publier une amnistie, les Corses, las de la guerre, revinrent à l'obéissance. L'an 1569, Alfonse, se voyant abandonné, retourne en France, où dans la suite il mérita , par aes services , le bâton de maréchal.
L'an 1575 , disputes des anciens et des nouveaux nobles génois. Le règlement de i5a8 avait été fait pour confondre ces deux classes; mais les anciens nobles avaient obtenu, en 1547, un nouveau règlement , qui leur accordait quelques prérogatives au-dessus des autres. Le refus qu'ils firent, en i5j4 , d agréger au corps de la noblesse quelques familles plébéiennes, a qui leurs services semblaient avoir valu cet honneur , irrita les nouveaux nobles , et les porta à demander l'exécution pure at simple du règlement de i5a8. I.c peuple se déclara pour ces derniers , et l'on se prépara, de part et d autre , a se faire justice par la voie des armes. Presque toutes les puissances de l'Europe s'entremirent pour apaiser ce différent, par la crainte que quelqu'une d'entre elles ne s'en prévalut pour s'assujettir l'état de Gènes. Elles y réussirent : le règlement de 1547 mt anéanti, 1 an iSfG , par les arbitres qu'elles nommèrent , et l'on autorisa les nouvelles agrégations des plébéiens au corps des nobles. Ce règlement rétablit le calme , et les Génois )ouirent d'une paix constante au dehors et au dedans pendant les cinquante années qui suivirent.
La république , en 1634, acquiert de l'empereur le marquisat
de Zuccarello. Cette acquisition irrite , contre les Génois; Charles-Emmanuel , duc de Savoie , qui avait des prétentions sur ce marquisat. H engage le roi de France et les Vénitiens à conclure une ligue avec lui contre les Génois. Ayant reçu d'Espagne un prompt secours, ils repoussent les ennemis, qui reperdent leurs conquêtes aussi promptement qu'ils les avaient faites, l-a même année ( i6a5) le sénat institue le tribunal des inquisiteurs d'état sur le modèle de celui de Venise.
L'an 1637, Vachéro, riche plébéien, outragé par quelque nobles , forme le projet d'écraser toute la noblesse. 11 va trou m le duc de Savoie pour lui faire part de son dessein : le duc l'encourage a le suivre, et lui promet sa protection. Vachéro, de retour à Gênes , s'attache tout ce que la ville a d'hommes déshonorés et perdus de dettes ; il gagne, par des présents, des marchands , des artisans et même quelques nobles : il fait an grand amas d'armes, et n'oublie enfin aucune précaution pour se rendre maître du succès. Mais le secret est trahi par un d« conjurés. Vachéro et ses principaux complices sont arrêtés. Le duc de Savoie, apprenant qu'on instruit leur procès, ne rougit pas de se déclarer l'auteur de la conjuration. II fait les plus terribles menaces, si l'on exécute les coupables. Le sénat, persuaJ< que l'intérêt de l'état exige leur punition, condamne Vachéro et ses trois complices à perdre la téte. Le duc de Savoie, comme on s'y était attendu , sacrifie son ressentiment a sa gloire. (Fjy. Charles-Emmanuel. )
L'an i63r , la paix est signée , dans le mois de novembre, i Madrid, entre Victor-Amedée, pour lors duc de Savoie, et la république de Gènes.
L'an 167a, conjuration de Raphaël de la Torré , fit* San célèbre jurisconsulte génois, concertée avec le duc de Savoie, contre la ville de Gênes. Elle est découverte par un des complices ; la Torré prend la fuite , et les inquisiteurs de l'élit confirment une sentence de mort , portée, 1 année précédente , contre la Torré , pour crime de brigandage. Ce contre-tons n'empêcha pas le duc de Savoie d'exécuter le dessein qu'il avait formé de déclarer la guerre aux Génois. 11 la fit avec beaurouj) d'ardeur, mais avec très-peu de succès, jusques vers la fin de 167a. L'année suivante, la paix se fit , par la médiation du pape, du roi de France et du roi d'Espagne. La république conservait depuis long-tems un attachement invariable pour cette dernière puissance. La France en devint jalouse. I-a partialité des Génois
fiour les Espagnols s'étant manifestée plus ouvertement depuis a paix de Nimègue , Louis XIV s'en offensa. D'autres sujets de mécontentement que les Génois donnèrent à ce monarque , armèrent son braspour les punir.
L'an 1681 , la Torré, après avoir mené one vie errante en divers pays , employé les moyens les plus horribles, mais sans succès, pour se venger de ses ennemis, est assassiné a Venise par un inconnu.
L'an 1684 , Louis XIV envoie devant Gênes, une flotte considérable , sous les ordres de M. du Quesne , accompagné du marquis de Seignelai , secrétaire d'état au département de la marine. Ce ministre, avant de commencer les hostilités, offrit la paix aux Génois à des conditions raisonnables, avec menaces de les bombarder. « Leur sénat , dit M. de Mabli , qui pou- » vait terminer celte affaire en livrant quatre de ses galère», » en envoyant quatre de ses membres a Versailles pour faire ■ satisfaction au roi et lui demander sa protection , se piqua » malheureusement d'une fermeté qui ne pouvait durer. Il • n'aurait pas tenté de mesurer ses forces avec celles de la » France, si les grandes terres que la plupart des nobles posse- » daient dans le royaume de Naples , ne l'avaient forcé d'avoir
> des ménagements extrêmes pour la cour de Madrid. Le* » Français commencèrent le bombardement le 1^ mai, et le » a4 , «s firent une descente, au nombre de quatre mille, sous
> la conduite du duc de Morlemart, dans le faubourg Saint- » Pierre d'Arène , qui fut entièrement brûlé, » Le bombardement cessa le a8 mai , après avoir embrasé, renversé palais,
DES DOGES DE GÊNES
Églises, monastère* et quantité d'autres édifices. Il serait difficile de peindre la confusion et la désolation où cette superbe ville se trouva. La flotte, après cette expédition , retourne en Provence. Touché de compassion , le pape s'intéresse pour les Génois , et charge Aaoucci, son nonce en France, de travailler a leur réconciliation avec le roi. La négociation fut longue; et il ne tint pas à la cour de Madrid qu'elle n'échouât. Ses émissaires firent tous leurs efforts pour détourner les Génois de donner à Louis XIV la satisfaction qu'il exigeait d'eux. Mais enfin , malgré les intrigues des Espagnols , l'accommodement fat signé a Versailles le la (et non le aa ) février i685. 11 portait en substance, que la république congédierait les troupes espagnoles qui étaient dans ses terres , qu'elle supprimerait toutes les augmentations qu'elle avait faites dans sa marine depuis 1 683, et que le doge , sans perdre sa dignité ( dont la loi le déclare déchu dés quil est sorti de la ville ) viendrait, avec quatre sénateurs , témoigner au roi la douleur
Îue ressentait la république d'avoir encouru son indignation, e dernier article fut exécuté le i5 mai suivant. L'accueil que le roi fit au doge ( François-Marie-Impérialé ) adoucit, en quelque sorte, l'humiliation du personnage qu'il était venu faire en France. 11 partit le a8 du même mois, après qu'on lui eut montré tout ce que Paris et la cour offrent de plus curieux. On sait la réponse qu'il fit lorsqu'on lui demanda ce qu'il avait
trouvé de plus singulier en France : C'est de m'y voir. Le jour de son départ , on lui porta , de la part du roi , le portrait de sa majesté, garni de diamants, avec deux tentures de tapisserie rehaussées en or.
La république acquiert de l'empereur, par contrat du ao août 17 i3, le marquisat de Final, qui avait lait autrefois partie de ses domaines. La cour de Turin fut jalouse de cette acquisition , pour laquelle elle avait fait des offres plus avantageuses que celle du sénat de Gènes.
L'an 1730 , soulèvement des Corses , occasiooé par la dureté du gouvernement génois. Le sénat envoie, pour l'apaiser, Jérôme Véoeroso, personnage fort estimé de ces insulaires, qu'il avait autrefois gouvernés avec beaucoup de sagesse et d'équité. Il sortait depuis deux ans du dogat , où son mérite avait acquis un nouveau lustre. Les mécontents le reçurent avec respect ; mais un de leurs chefs ayant été arrêté et mis a mort , a l'insu de Véneroso , cet événement augmenta leur fureur , et fit échouer la négociation. Pompiliana, général des rebelles , prend Bastia par escalade , et met le feu aux maisons des principaux de la ville. 11 est pris la même année par les Génois , et mu a mort secrètement. L'an 17^1 , les Génois, voyant les rebelles déjà maîtres de la plus grande partie de l'île, implorèrent le secours de la cour de Vienne. L'empereur leur envoie un renfort de trois mille hommes, commandés par le baron Wachtendonc. Cette troupe étant arrivée dans l'île le 9 août, dégjgoa la Bastie, bloquée par les rebelles. Mais, s'étant mise en devoir de les chasser des autres postes qu'ils occupaient, elle trouva des gens , dit Muratori , qui ne connaissaient pas la peur. Vers la mi-août , les Corses donnèrent aux Allemands deux échecs , qui obligèrent les Génois a demander un noui à 1 empereur. I^e a4 septembre , deux mille deux nds s'embarquèrent a Gènes , et se rendirent a la 11 y eut entre les deux armées divers combats , où la victoire se déclara tantôt pour on parti, tantôt pour l'autre ; mais, sur la fin d'octobre , les Allemands , en voulant passeï a San-Pellegrino , tombèrent dans une embuscade , où ils
E dirent plus de mille hommes, tant tués que blessés. Les maies et les désertions achevèrent de ruiner ce corps. L'an 173a, les Génois obtinrent de l'empereur un troisième renfort, plus considérable que les deux précédents , sous les ordres du prince Louis de Wurtemberg. Ce général s'appliqua nKiinsà combattre les rebelles, qu'à négocier avec eux. Leur ayanlfait proposer, le 17 et le 19 avril, une amnistie et un pardon g'raeral, sous la garantie de l'empereur, il engagea parla Giafféri,
Ciaccaldi , Paoli et les autres chefs , a venir a nferer en sa présence avec les ministres de la république. Les conférences s ouvrirent à Corté, le 10 mai. Après avoir aplani les difficultés, on signa la paix è des conditions honorables pour les Corses. Les tronnes allemandes commencèrent alors à reprendre la route de la Lombardie, chacun étant persuadé que les semences de discorde étaient entièrement étouffées. Mais on fut bien étonné, lorsque les chefs des Corses , étant venus faire leurs soumissions au gouvernement génois , furent arrêtés et mis en prison , par un ordre émané du sénat , pour servir d'exemple à la postérité. La cour de Vienne, instruite de ce traitement inattendu, envoya promptement desordres nourmetlre ces prisonniers en liberté. En vain le goureroementalléguaqu'ilss etaientreodus indignes de la protection de l'empereur, pour avoir contrevenu aux condilionsdu traitéde paix.O prince demeura fermeaexigerqu'ils fussent élargis, et ils le furent après plusieurs mois de prison.
L'an 1733, décret de l'empereur, donné le 16 mars, et publié sur la fin de mai , par lequel il confirme la capitulation accordée aux Corses par la république de Gènes. Les chefs des Corses aimèrent mieux s'expatrier que s'y soumettre ; mais l'esprit de révolte ne sortit pas de l'Ile avec eux. Les Corses, voyant l'empereur occupé a défendre ses états d'Italie contre la France et l'Espagne, profitèrent de cette diversion pour exciter de nouveaux troubles. L'an 1734, le 11 avril, ils se rendent maîtres de Corté. Déterminés, l'an 1735, a s'affranchir pour toujours de la domination génoise , ils publient , le 3o janvier, un règlement pour l'établissement d'une république indépendante dans la. Corse. Ciaccaldi , Paoli et Giafféri étaient alors de retour. Ils furent reconnus primats de la nouvelle république , avec le litre d'altesse royale.
L'an 1 736 , un vaisseau anglais , parti de Tunis , arrive au port d'Aléria, dont les rebelles étaient maîtres, et y débarque , vers la mi-mars , le fameux Théodore , baron de Newhof , avec uoe suite de quinze pci sonnes. L'arrivée de cet étranger, dont la bonne mine , les largesses et les promesses enchantent les Corses , fait changer le système du gouvernement qu'ils avaient commencé d'établir. 11 n'est plus question d'une république; on préfère la royauté; et, le i5 avril, Théodore est élu roi dans une assemblée générale, tenue a Alesano- Né dans le comté de la Marck , élevé en France, marié en Espagne, Théodore avait moins de fortune que de naissance , de projets et de talents. Son premier exploit militaire , après son couronnement, fut une entreprise sur la Ilastie , où il échoua. Il fut plus heureux dans ses autres expéditions, et se trouva maître en peu de tems de toute l'île , à l'exception des principales places maritimes. Le 14 novembre (1736), il s'embarque pour aller former en Hollande une compagnie de commerce , qui serait intéressée a sa royauté. Les Corses, pendant son absence, continuent de lui être fidèles et de se défendre contre lea Génois.
Théodore est arrêté vers le mois de juin 1737 , a Amsterdam par ses créanciers : il trouve moyen de les satisfaire , et obtient son élargissement. Les Génois, convaincus par l'expérience que leurs forces seules ne suffisaient pas pour soumettre la Corse, implorent te secours de la France , qui se rend a leur demande après plusieurs mois de négociation. Six bataillons français, commandes par le comte de fioissieux, débarquèrent , le b février 1738, tant à la Bastie qu'à St.-Fiorcnzo. M. de Boissieux étant mort le premier février 1739, fut remplacé par le marquis de Maillebois ; qui , avec les nouveaux renforts qu'il reçut de la France, eut la gloire de pacifier la Corse en 174°- Les troubles se réveillèrent en 174a, et donnèrent de nouvelles inquiétudes aux Génois.
L'an 1743, un autre orage commence à menacer les Génoi. Le 1 3 septembre, par le traité de Worms, l'impératrice reine de Hongrie vend au mi de Sardaigne le marquisat de Final, que la république de Géues, comme on l'a vu, avait acquis, le ao août 1713, de l'empereur Charles VI, père de cette
princesse. Les Génois , après avoir fait des remontrance» inutile* 1 la cour de Vienne, sur l'injustice de cette rente, se préparent à défendre le domaine qu'on veut leur enlever. L'an 1745, traité de la république avec les rois de France, d'Espagne et de Naples, par lequel ces trois puissances lui garantissent le marquisat de Final , moyennant la promesse qu'elle fait de joindre a leurs troupes un corps de dix mille hommes, avec un train d'artillerie. Le 27 septembre, une escadre anglaise bombarde Gènes, sans lui faire presque aucun mal. Elle va faire ensuite la même expédition sur Final et San-Remo, et vient à bout d'écraser ces deux places. L'an 1-746, les Français et les Espagnols, en se retirant de l'Italie, laissèrent les Génois exposes * tout le courroux de leur* ennemis. Le ly août , le comte de Krmvn arrive devant Novi , dont il se rend maître sans difficulté. Serravallé ne tient qu'une journée contre les attaques du roi de Sardaigne, qui pénètre de là jusqu'à Savone et à Final. L'armée autrichienne ayant forcé le pu oe la Bocchéta , le premier septembre , s'avance jusqu'au faubourg de Saint-Pierre d'Arrna, où, le 5, elle établit son quartiergénéral. Les Génois se voyant près d'être assiégés, députent, lé 5 septembre, au marquis de Botta, général de l'armée, pour l'assurer de leur soumission envers l'impératrice-reine, et de
la disposition où ils sont de garder une exacte neutralité. Le marquis ayant reçu favorablement les députés, se transporte le lendemain (6 du même mois) à Gênes, où il signe une capitulation assez douce; mais devenu maître de la place, il use de ses droits avec la dernière rigueur. 11 fait prisonnière de guerre la garnison , exige que toutes les munitions et toute l'artillerie lui soient livrées , et impose une contribution de vingt -quatre millions aux Génois. Ses troupes, qu'il avait promis de contenir dans une exacte discipline, exercent impunément le brigandage partout où elles se trouvent.
De son cote, le roi de Sardaigne entre, le 19 septembre, dans Savone, dont il fait bloquer le château. Sept jours après, il oblige Final à capituler, et recouvre ensuite le comté de Nice, après que les Français ont repassé le Var. Le a3 octobre, M. Diffcntaler, officier suisse, qui commandait k Yintimille, rend la place aux Piémonlais , après la plus glorieuse défense. Cependant le peuple de Gênes , excédé par les mauvais traitements des Autrichiens , commençait à murmurer tout haut. Le 5 décembre, il éclate à l'occasion suivante. Les Autrichiens, voulant faire le siège d'Ant'ibes, entreprennent d'enlever la superbe artillerie de la république. L'officier qui présidait k cet enlèvement , frappe de sa canne un génois pour le contraindre d'aider k dégager un mortier qui avait enfoncé la voûte d'un aqueduc La populace aussitôt crie aux armes, et s'en étant fournie en enfonçant les boutiques de* armuriers, elle poursuit les Allemands, et les oblige k se retrancher dans leurs postes. Le lendemain, s'étant donné des officiers, elle combattit en règle, et ses succès furent tels, que, le 10 décembre, les Allemands, avec le marquis de Boita, leur général , évacuèrent entièrement la ville, et se retirèrent en désordre à la Bocchéta , d'où ils repassèrent en Lombardie. Après celte expédition , les Génois voulurent tenter le secours de la citadelle de Savone, que les Piémonlais continuaient d'assiéger ; mais ce fut en vain. Le marquis Augustin Adorne, commandant de la place , n'ayant plus d'< 19 décembre.
L'an 174? t le* Autrichiens, au nombre de *ingi<>u vmgideux mille nommes , sous les ordres du comte de Schullembourg, se mettent en marche , le ai mars, pour rentrer dans l'état de Gênes. Les Génois leur dispatent pied k pied tous les passages , et ne peuvent néanmoins les empêcher d'approcher de la capitale. Sur ces entrefaites, le duc de Boufflers, général français , arrive a Gênes le premier mai. Le secours qu'il amène, ceux qu'il fait espérer, les mesures qu'il concerte avec le sénat pour la delen.se , rassurent les habitants. Il repousse Us attaques de* ennemis , leur en livre lui-même plu-
de la sauver , se rendit le ingtou vingt-
HISTOR1QUE
sieurs dans leurs différents postes , et presque toujours avec succès ; mais tous ses efforts ne peuvent forcer les Allemands k lever le blocus qu'ils avaient formé. Ayant reçu leur artillerie par la mer , ils se disposaient a faire le siège de Gênes en règle , lorsque le roi de Sardaigne rappela ses troupes , qui étaient dans 1 armée autrichienne. Ce prince en avait besoin pour les employer à la défense de ses états, menacés par l'armée française , qui avait passé le Var. Schullembourg se trouvant alors trop faible, prit le parti de retourner en Lombardie, et leva le blocus, non le 3, comme le bruit en courut alors en Italie , mais le G juillet M. de Boufflers était mort de la petite vérole, le 2 du même mois, emportant dans le tombeau les regrets bien mérités des Génois. Il fut remplacé par le marquis de Bissi, auquel succéda, dsns le mois de septembre, le duc de Richelieu. (Foy. Louis XV , roi de France.) I.e i5 octobre, le duc se met à la téte de toutes les troupes auxiliaires, qu'il partage en trois colonnes, pour déloger les ennemis des postes qu'ils occupaient encore dans l'état de Gênes.
Lan 1748, au mois de janvier, le marquis deRoquépine, envoyé par ce général pour attaquer Varaggio , près Savone, occupé par les Piémonlais , s'empare de ce bourg , dont il fait la garnison prisonnière , et l'abandonne ensuite , après en avoir fait détruire les murs. Le 18 février, affaire de Voltri, dans laquelle M. de Richelieu repousse vigoureusement le comte de Nadasti , qui attaquait ce poste, défendu par le marquis de Monti La perte des Autrichiens , en cette occasion , fut considérable. Cependant ils Grent encore, jusqu'à la paix, diverses tentatives contre Gênes, qui échouèrent par la valeur et les soins du général français. Le at* octobre , la république de Gênes accède au traite d'Aix-la-Chapelle , dans lequel le roi exigea , préalablement k tout , qu'elle serait rétablie dans toutes les possessions qu'elle avait avant la guerre. Le sénat coosicn sa reconnaissance envers sa majesté , dans la personne de ses généraux, en décernant une statue de marbre au duc de Richelieu, qui venait de recevoir le biton de maréchal de France, en inscrivant dans le livre d'or de la noblesse génoise les deux branches de sa maison , le fils du feu duc de Boufflers , le marquis de Chauvelin , premier officier-général , sous leurs ordres, et le comte de Humada, qui avait commandé auni sous leurs ordres un détachement espagnol ; les deux premiers eurent permission, en outre, d'écarteler les armes de la république dans leur écusson.
Revenons aux affaires de la Corse. Les troubles avaient été assoupi* , en
1744, par les soins du père Léonardo , céUbre de l'ordre d'Alcantara : mais les ennemis de b
république les avaient réveillés l'année suivante; et Dominique Rivarola, officier ptémontais, assuré de leur secours, avait excité dans l'île une nouvelle révolte. Il prit la Bastie, le 30 novembre de la même année, San-Fiorenco et San-Pellégrino, l'an 1746, et perdit la Bastie peu de tems après. L'an 1748, il obtint des puissances alliée* de puissants secours pour reprendre cette place ; mais il mourut vers le mois de mars de cette année. Les rebelles lui ayant substitué Mario Matra, commencèrent au mois d'avril, le siège de la Bastie. Le chevalier Cumiana étant venu les joindre avec un corps de troupes autrichiennes et piémontaises, la place fut vivement attaquée; mais la belle défense de M. Ange Spinola , qui commandait à la Bastie, rendit inutiles les efforts des assiégeants, et les obligea de lever le siège le a8 mai. Iju hostilités durèrent encore jusqu'au mois de septembre. Elles furent suspendues , vers le milieu de ce mois , par un armistice que M. de Corsai, commandant des troupes françaises dans l'île, fit publier de concert avec les chefs des rebelles et ceux des troupes auxiliaires. Depuis ce tems, la paix se rétablit insensiblement en Corse.
L'an 1754 , les Corses s'assemblent en grand nombre prè< Je Nrbbio , et commencent à donner de l'inquiétude au gouvernement. Pascal Paoli se met à leur tête , et ils en vieonent aus mains, dans le mois d'avril , avec les troupes géuouea, U
DES DOGES
la juin suivant , ils assiègent la tour de San-Pellégrioo ; trois jours après , ils sont obligés de se retirer.
L'an 1 757, le roi de France , à la prière des Génois , envoie, dans le mois de janvier, des troupes dans l'Ile de Corse , sous le romrnamlement du marquis de Cas trie* : les rebelles offrent au roi de Prusse de se rendre ses sujets , et ce prince a la générosité de le refuser. L'an 1760 , le pape , à la demande des rebelles de Corse , et malgré les représentations de la république , envoie M. César Cresconzio de Angeiis, évêque de Serai , en qualité de visiteur apostolique dans cette île. Le sénat défend a tous les évéques et aux religieux de Corse, d'avoir aucune communication avec ce prélat, et (ait publier un ban pour l'arrêter et l'amener à Gènes. Pascal Paoli s'établit à Corté , dont il tait sa place d'armes.
L'an 1762, Cottoni , l'un des chefs des Corses rebelles, tombe, par un stratagème, entre les mains d'un détachement des troupes de la république. En plusieurs occasions, il avait bit expirer, dans des fours ardents , divers partisans de la république. On fait subir à ce barbare le même traitement.
L'an 1763, le sieur Matra , général des troupes de la république en Corse, ayant al Laqué , le îtt juillet , les rel>elles (fans le retranchement de Furiani, est repoussé avec perte de trois cents hommes. Les religieux Servîtes sont chasses des états de la république , le 19 septembre, sur le refus persévérant que leur général faisait de rappeler de Corse le visiteur qu'il y avait envoyé.
Lan 1764» Pascal Paoli se rend maître , par trahison , de b lour de l'île de Ciraglia , qui est à la pointe de l'île de Corse, et du poste important de Bran do.
L'an i7f»5 , Paoli échoue, vers la mi-novembre, dans le projet qu il avait formé de surprendre la Bastie et de saccager la