DES ROIS DB PONT
aaa. Mithridate V, GU et successeur de Mithridate IV, fit ta guerre aux habitant* de Sinope , ville grecque située sur ta côte de la Paphlagonie, et s'empara des places voisines de celle-ci. Mais trouvant touta ta presqu'île, où Sinope était assise , vaillamment défendue par ses habitants , et encore par les Hhodiens, leurs allies, il abandonna cette entre prise. 11 vécut dans ta suite en bonne intelligence avec les Khodiens, et leur fournit des sommes d'argent pour réparer les perles qu'un grand tremblement de terre leur avait eau-
186. Piarnace If, successeur de Mihtridale Y, n'eût point pour les Rhodicns les mêmes égards qu'avait eus son prédécesseur. Dès le commencement de son régne, il attaque a ('improviste et prend d'assaut ta ville de Sinope. Les Rhodiens envoient des ambassadeurs a Rome pour se plaindre de ce procédé du roi de Pont contre leurs alliés. Pharrucc , bien loin d'être intimidé par les menaces des Romains , envahit tes états d'Eumènc, roi de Pergame , ami de ta république. Eumèoe envoie des députes a Home pour se plaindre , et se ligue en mime tems avec Ariaratbe, roi de Cappadoce. Cependant Pharnace ne voulant point avoir tout à ta fois tant d'eonemis sur les bras avec les Romains, députe aussi a Rome pour se plaindre. Marcius se transporte en Asie par ordre du sénat, La médiation du commissaire romain n'a point de succès par ta résistance de Pharnace. Les rois se remettent en campagne. Léocrile, l'un des généraux du roi de Pont, ravage avec un corps de dis mille hommes ta Oatalie , appartenant pour lors à Eumèue ; assiège, chemin faisant, ta ville de Teios, capitule avec ta garnsoo, cl ta fait ensuite passer toute entière au fil de l'épée, sans épargner un seul homme, par l'ordre précis de son ma.trc, Néanmoins Séleucus IV, roi de Syrie , sur lequel Pbarnace comptait beaucoup, ne voulant point désobliger les Romains, abandonne le roi de Pont. Celui-ci jugeant Bien qu'il ne lui serait plu* possible de résister aux forces combinées des rois le Cappadoce et de Pergame, demanda enfin ta paix (io*). et l'obtient aux conditions de restituer des sommes considérables (iHo), et presque toutes les places dont il s'était emparé, a l'exception de Sinope, qui, dans U suite, devint ta capitale du royaume de Pont , et demeura enirc les mains •le Pharnace et de ses successeurs jusqu'au tems nù elle fut remite en liberté par Lucullus. Cette paix affaiblit plus le royaume de Pharnace que n'avaient fait toutes les guerres précédentes. Ce prince mourut après un règne de vingtneuf ans. Il s'était fort appliqué a la botanique , et suivant t'Iine, la centaurée tire d* lui «on nom grec.
1S7. MitbriJate VI est le premier roi de Pont qui fui appelé l'ami des Romains , parce qu'il leur envoya du seruurs contre les Carthaginois dans leur troisième guerre punique (149). Plusieurs années après il leur donna encore des preuves de son attachement dans ta fâcheuse guerre qu'ils eurent à soutenir contre Aristonic , qui , a la mort d'Anale, entreprit de faire valoir ses droits sur le royaume de Pergame (1 .36). Ni offres ni promesses ne purent engager Mi- 1 brutale a abandonner la cause de ta république, qui le récompensa de son attachement en lui donnant une portion de ta grande Phrygie. On prétendque Manius-Aquilius (129), successeur de Perpenru en Asie . vendit ce royaume au roi de Pont pour une somme considérable d'argent. Quoi qu'il rn soit , Mithridate en jouit jusqu'à sa mort , arrivée après Irente-qualre ans d'un règne heureux et bienfaisant. Ces qualités , qui lui avaient fait donner le nom d'Evergéte, ne le préservèrent pas des coups d'un ljche assassin , son courtisan , sous lesquels il expira a Sinope , laissant deux fils, dont l'aîné, son successeur, se nommait comme lui ; avec plusieurs filles, dont l'une, appelée Laodice, épousa son frère, et l'autre fut mariée d'abord au roi de Cappadoce , puis a celui de Bithynie.
133. MlTBfuri.vTE , dit EUFATOK , ne à Sinope, descendait non deCambyseni de Darius, ni de Seleucus , ni d'Alexandre le Grand , comme le dit Trogue-Pompée dans Justin , mais de Pharnace |, roi de Pont, qui était lui-même issu de l'un des seigneurs persans .conjurés contre U mage; et ce conjuré tirait son origine d'Achémenès , mais seulement par les femmes, comme Cyrus, Cambyse et Darius, auxquels il était apparenté au sixième degré. Ainsi , par le» femmes . Mithridate était de l'illustre famille royale des Achémenrs et du sang royal de Perse. Lui-même se taisait gloire de celte origine. H conservait dans ses trésors la statue en argent
I aia— BBB
Rome, mort
d'Achémenès. Pompée l'y trouva , et la fil porter a I Quoi qu'il en soit , ce prince n'avait que neuf ans a ta de son père , étant né en i3a avant Jésus-Christ. Sa mère, scion les dispositions du roi défunt, devait être sa tutrice et régner conjointement avec lui. Mais le jeune prince avait à peine douie ans, que, pour se soustraire a ta sévérité de ses gouverneurs, qui croyaient devoir réprimer soo caractère déjà féroce et cruel, ou pour conserver sa vivront rr le» intrigues de gens de cour qui cherchaient à se défaire de lui, il s'enfuit dans les bois, où il passa sept années a chasser et a s'accoutumer 1 tout ce qu'il y avait de plus dur. U avait donc dix-oeuf a vingt ans lorsqu il prit les rénes du gouvernement (io3). Déjà, cl pendant sa minorité, les Romains, peu scrupuleux sur la fidélité duc aux traités et conventions, lui avaient enlevé ta grande Phrygie, qu'ils avaient donnée a son père, en Ja déclarant état libre. Celle injustice fut le germe de l'indisposition du jrune roi contre les Romains et des longues guerres qu'il eut avec eux. Mithridate souilla les comtnencemens de son régne par le meurtre de sa mère, qu'il fil empoisonner ou périr de chagrin dans uue prison où il l'enferma , ne voulant point partager avec elle l'autorité royale. Pour n'avoir plut de concurrent, il immole bientôt a son ambition son frère. Peu après ces horribles meurtres (too), il épouse, selon l'usage des rord'Orient , Laodice, sa propre sœur, qui lui donne un fils nommé Pharnace.
Le roi de Pont se voyant un héritier , forme le projet de subjuguer toute l'Asie. Il parcourt, dans celte vue. pendant trois ans, les différer» royaumes de ce vaste continent , en
observe les coutumes et les lois , prend une idée exacte de leurs forteresses, et apprend les langues de tous ces peuples, jusqu'au nombre de vingt-deux.
Sa longue absence fait courir le bruit de sa mort. Sa femme ajoute foi a ce bruit, s'abandonne à l'un des seigneurs de sa cour, dont elle a un fils. Mithridate revient ; Laodice, poui cacher sa faute et en éviter le châtiment , donne un breuvage empoisonné a son mari. Il en surmonte les effets, et puml de mort son épouse avec tous ceux qui avaieut eu quelque part a sa perfidie et a ses désordres.
Le roi de Ponl ayant pris toutes ses mesures , envahit et réduit sous son obéissance le royaume de Paphlagonie, que les Romains venaient de déclarer état libre , et il le partage avec Nicomède , roi de Bithynic , son ami et son allie. De ta tl passe dans ta Oatalie, dont il se rend maître , quoiqu'elle fut entièrement sous ta protection du peuple romain. Il porte ensuite ses vues sur U Cappadoce, et croyant réussir plus facilement par ta trahison que par la force , il fait assassiner par uu scélérat, nommé Uordius, Ariarathe, roi de ce pays, son beau-frère et le grand, favori des Romains. Nicomède envahit la Cappadoce et veut se l'approprier, après avoir épousé U veuve. Mithridate, sous prétexte de vouloir rétablir son neveu , déclare ta guerre au roi de Bithynie, et lui enlève ta Cappadoce , qu il rend en effet a l'héritier légitime. Mais celui ci refuse d'appeler auprès de lui Gordius, l'infime assassin de son père. Mithridate s'offense de ce refus, entre en Cappadoce a ta tète d'uné armée de quatre-vingt mille fantassins, de dix mille chevaux et de six cents chariots armés de faux. Le neveu s'était préparé a bien recevoir son oncle. Celui-ci feint de vouloir se léconcilier, et propose une conférence où le jeune prince se rend. Mithridate , à la vue des deux armées, perce le roi de Cappadoce de plusieurs coups, avec un poignard qu'il avait caché Jans les plis de sa robe. L'épouvante se répand parmi tous les Cappadociens, et MitbriJate s'empare de toutes les provinces du royaume (91), a l'exception de quelques contrées qui tenaient encore pour le rui de Bithynie. Mithridate donne ce nouveau royaume a son fils Arrnalias , Jgé de huit ans, qu'il appelle à celte occasion Ariarathe, nom or dinaire des rois de Cappadoce , et confie ta personne de cet en'ant avec le soin des affaires , au scélérat Gordius. Le» Cappadociens ne pouvant souffrir d'être gouvernés par un assassin public, rappellent le frère de leur feu roi. Mllhritlale le chasse cl subjugue de nouveau les Cappadociens ; leur jeune el malheureux prince en meurt de chagrin.
Nicomède et Mithridate emploient, chacun de son coté, la ruse auprès du sénat romain, l'un pour faire reconnaître rui de Cappadoce un troisième fils, mais supposé, d'Ariaratbe ; l'autre pour faire croire que ce troisième enfant est son propre (ils. Rome n'écoute ni l'un, ni l'autre, et permet aux Cappadociens de s'élire un rot; leur choix, dirige par b sénat, tombe sur Ariobarxane. L. Corn. Sylla envoyé en appadoce pour placer l'élu sur le trône, (80.) défait lior-
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CHRONOLOGIE HISTORIQUE
dius, taille en pièces son année, chasse le fils de Mithridale, et exécute le décret du sénat. Mai* à peine le commissaire romain a-t-il repris le chemin de Home, que Mithridale entrée Tigrane, roi d'Arménie à prendre les armes contre Ariobanane , qui , a son approche, prend !a fuite et se retire à Rome. Tigrane, sans qu il lui en coûte un seul homme, rétablit le fus de Mithridale.
Le roi de Bithynie paie chèrement son artifice et ses complaisances pour les Romains, contre son beau-frère. (Voy. Ohm. kist. de BUhpùe. )
Rupture déclarée entre les Romains et Mithridale, ou commencement de la guerre mithridalique. 1-e roi de Pont s'y présente avec une année de deux cent cinquante mille hommes d'infanterie, quarante mille chevaux , cent trente chariots armés en guerre et une flotte de quatre cents vaisseau». La république avait trois corps de troupes en différents endroits de l'Asie mineure, chacun de quarante mille hommes, en y comprenant la cavalerie ; et rticomede lui fournissait cinquante mille hommes de pied, avec six mille chevaux. Les généraux romains, sans attendre les ordres du sénat , commeocent la guerre , mais la font avec tant de négligence et si peu de conduite, qu'ils sont battus et leur armée ruinée. Celle première victoire valut a Mithridale la conquête de la Bithynie entière , de la Phrygie, de la Lycie , de la Paphlagonie et de plusieurs autres provinces, jusqu'à l'Iooie. Mooime , jeune fille d'une rare beauté , charme ce prince, qui la trouve a Stratonicée et l'attache a sa suite.
Le roi de Pont, par des traits de générosité, gagne les coeurs de tous les peuples de l'Asie, qui regardent comme un grand bonheur de vivre sous son gouvernement. Les Laodicéens lui livrent Q. Oppius, gouverneur de Pamphylie et proconsul romain charge de fers. Les Lesbiens, secouant le }oug de la république, remettent a Mithridale, Aquilius et plusieurs autres personnages de grande distinction. Le roi fait mourir avec insulte et cruellement Aquilius, qui avait été le principal moteur de la guerre contre lui ; Oppius lui-même n'est pas épargné. Des ordres secrets , inhumain] et inouis jusqu'alors, donnés par Mithridale a tous les gouverneurs des provinces et des villes de toute l'Asie , produisent , en un seul jour marqué (8rS) , le massacre de près de cent mille romains et italiens répandus dans ces provinces, les villes libres de l'Asie, telles que Magnésie, Mitylène, fphèse, etc., fournissent au roi de fortes contributions. Il fait enlever le grand trésor que Cléopstre, reine d'Egypte, avait en dépôt a Cos , et outre ce trésor, huit cents talcnis que les juifs de l'Asie mineure, menacés de la guerre, avaient déposés dans ce même lieu. Avec lout cet argent , il se trouve en état d'entretenir, pendant cinq ans, plusieurs armées nombreuses, sans imposer ni Use, ni tribut a ses sujets.
Rhodes reçoit ceux qui s'étaient sauvés du carnage gtWral fait en Asie , et entre autres L Catsius. Mithridale forme inutilement le siège de celle place. Il court risque d'être pris lui-même daos un combat naval , où il perd plusieurs vaisseau*. Une féconde tentative ne lai ayant pas mieux réussi, il renonce au projet de subjuguer cette Ile.
Archélaiis , l'un de ses généraux , avec une armée de cent vingt mille hommes, prend Athènes, (87.) soumet Délos, et engage la plupart des villes et des états de la Grèce dans les intérêts de son mail ri- , faisant mourir, ou envoyant a Mithridale tous ceux qui favorisaient, ou étaient soupçonnés de favoriser les Romains. Orobius , général de la république surprend cependant, a la faveur delà nuit, ceux qui occupaient les châteaux voisins de l'Ile de Délos, et les passe tous au fil de l'épée, a l'exception d'Apellicon , leur chef, qui trouve moyen de se sauver. Métrophane, autre général du roi de Pont, étant entré dans l'kubée, ravage lout le pays; mais ses vaisseaux , chargés d'un grand butin , sont coulés a fond , ou pris par l'ennemi , et tous les équipages livrés au tranchant du glaive, par Britlius, gouverneur de la Macédoine. Mithridale, instruit de cette perte, envoie son fils Archatias , avec une puissante armée , pour envahir la Macédoine, qu'il subjugue en peu de teins, aussi bien que le royaume de l'hrace. Ses autres généraux ne sont pas moins heureux , tels furent leurs succès , qu'au retour des Romains dans la Grèce, vingt-cinq nations rendaient hommage a Mithridale. De ce nombre étaient les Roxaniens, présentement les Moscovites ou Russes, dont Dioponte, un des généraux de Mithridale avait exterminé jusqu'à cinquante mille dans un combat.