‹ L'art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 197 sur 299 · JACQUES DE BOURBON · texte numérisé non relu

JACQUES DE BOURBON

L'an i35o ( V. S. ), Jacques de Bourbon, fils puîné' de Louis I^"" , duc de Bourbon, fut pourvu du comte' de Ponthieu par lettres du roi Jean , donnc'es , le 7 février, à Lyon , en conside'ralion de sa haute naissance, et pour re'conipense des services sjgnale's qu'il avait rendus à l'e'lat. Mais les assignations dont Pliilippe de Valois avait charge' ce comte', diminuaient fort le prix de ce don , et le réduisaient à fort peu de valeur. Il paraît même que les lettres du roi Jean ne furent qu'une confirmation du don que le roi son père avait de'jà fait de ce même comte' à Jacques de Bourbon. Froissart en effet lui donne le titre de comte de Ponthieu du vivant de Philippe de Valois; et du Cange dit avoir vu dans quelques mémoires que Jacques de Bourbon se qualifiait comte de Ponthieu dès l'an i547- ^^ cite, à celte occasion, des lettres de confirmation, données par ce pnnce le 26 juillet de celte année, pour l'acquisition d'une maison située près Ja Porte-Comtesse d'Abbeville.

EDOUARD m , pour la deuxième fois.

L'an i56o , Edouard III rentre en possession du Ponthieu par le traite' de Brétigni , qui le lui abandonnait ainsi que la Guienne et autres pays ]iour les tenir de'sormaia en toute souveraineté', comme voisins du roi et du royaume de France, sans aucune subordination de vassalité' à l'e'gard de ce royaume et de sou souverain. Le roi Jean, à son retour de Londres, passa par Abbeville , où , pendant le se'jour qu'il y fit , il donna des lettres d'abolition à ceux qui avaient abattu les châteaux d'Hiermont, de Long , d'Eaucourt , de Mareuil, de Maulon , de Doucat, et autres forteresses qui e'taient aux environs d'Abbeville, de crainte que les ennemis de la France ne s^en prévalussent pour les incominoder. Arrivé à Paris, Jacques de Bourbon se dessaisit entre ses mains du Ponthieu , et à l'instant le roi fitexpcdier, le i 2 avril i56f, ses lettres adressées au cierge' , aux nobles et à toutes les communautés du Ponthieu , leur mandant qu'en conséquence du traité conclu avec le roi d'Angleterre , ils eussent à lui rendre obéissance commft à leur snigneur , lui faire hommage et rendre tous les services et vasselages qu'ils avaient accoutumé de rendre à Jacques de Bour-

54o CnRONOLOGIE HISTORIQUE

bon, dernier comte de Ponthieu. Sa majesté' commit en même tems , par d'autres lettres , Raoul de Rainval , grand-joanelier de France, et le bailli d'Amiens ou son lieutenant, pour mettre le roi d'Angleterre en possession de ce comte' ; ce qui fut exe'cule', le 7 mai suivant, dans Abbeville.Aumois de juillet de la même an. ne'e, le roi de France manda à Jean d'Artois, comte d'Eu, d'entrer en la foi et hommage du roi d'Angleterre pour les châteaux et fiefs de Caycux , d'Avènes , de Huppi et de Vergier, au cas qu'ils fussent tenus du comte' de Ponthieu. Il y eut dans la suite plusieurs contestations au sujet de la mouvance de ces châteaux entre le roi Charles V et le roi Edouard, qui soutenait qu'ils lui devaient être delivre's suivant le traite' de paix, comme dépendants du Ponthieu. On nomma respectivement des commissaires pour connaître de ce différent et le de'cider. Mais celui qui survint entre les deux rois touchant la ville de Montreuil, fut d'une plus grande conse'quence. Charles mettait en avant qu'il avait un château de son propre domaine à Montreuil; qu'il avait bailli, pre'vôt et ser* genls dans la ville ^ que le ressort du siège de Montreuil tant en villes, églises, que seigneuries, s'étendait jusqu'à la rivière d'Authie ; qu'il avait droit de re'gale sur l'abbaye de Saint-Sauve j qu'il avait pareil droit sur l'e'glise de Sainte-Austreberthe ; enfin que le roi d'Angleterre n'avait à Montreuil que la justice vicomtière, quoiqu'il y prétendît toute justice et souveraineté'. Edouard produisit vingt- neuf pièces pour justifier que les comtes de Ponthieu, ses prëde'cesseurs , avaient joui de la même autorite' dans Montreuil comme dans le reste du Ponthieu. L'affaire mise en compromis fut de'battue en iSGy et l'année suivante. Mais la guerre qui survint entre les deux couronnes au commencement de j56c), changea la face des afi'aires. Edouard se croyait affermi dans la possession de toutes les terres qui lui avaient e'te' délaisse'es, lorsqu'il s'y vit trouble' tout-à-coup par un incident impre'vu. Les seigneurs de Guienne , de Gascogne, d'Albret , de Gominges , etc. , exce'des par les exactions du prince de Galles, engagèrent , à force de remontrances , le roi Cliarles V à recevoir leur appel à la cour des pairs. Charles , avant de faire citer le prince anglais, avait écrit secrètement de Melun, le 19 maii36B, aux habitants d'Abbeville, de Calais et de Guines , pour sonder leurs dispositions. Sur les assurances qu'ils lui donnèrent de leur attachement à la France , il fit sommer , le aS janvier suivant, le prince de Galles à comparaître en personne devant la cour des pairs. Son refus devint le signal de la guerre. Le roi , son père , ïic doutant point que le Ponthieu ne fût le premier attaque', donna ordre au sire dePerci et à trois autres chevaliers de partir incessamment avec des troupes pour aller au secours de cette province. Mais comme ils étaient près de s'embarquer à Douvres, ils appri-

DES COMTES T)E PO>THIEU. 54 î

rcHl que Gui, comte de Saint-Pol , et Hugues de Châlillon , sire de Dampicrre , grand-inaitrc des arbale'triers , e'taient entrés avec cent vingt lances dans Abbeville, dont ils avaient trouve lesportes ouvertes. Le dernier était charge' d'une commission du roi , datée du 23 avril xùGg , pour prendre et mettre réellement et de fait eu la main de sa majesté toutes les villes et tous les châteaux du Ponihieu , d'en ôler les officiers du roi d'Angleterre, et d'y en établir d'autres au nom de sa majesté. Le sire de Dampierre, après avoir fait lecture de sa commission , le 5o avril , aux maïeur et échevins d'Abbeville , se saisit de la personne de Nicolas de Louvain , sénéchal du pays pour le roi d'Angleterre , et de celle de son receveur, qu'il fit l'un et l'autre prisonniers. On fit aussi main-basse sur tous les effets appartenants aux Anglais. De là le comte de Saint-Pol et son collègue se rendirent à Saint-Yaleri, au Crotoi et à Rue, oii ils firent les mêmes opérations qu'à Abbeville. Le comte de Saint-Pol apprenant que les Anglais s'étaient retranchés à Pont-de-Remi, vint avec ses troupes attaquer la place , et la prit de force après avoir tué plusieurs anglais. Il fit ensuite le siège du château de Noyelles , qui se rendit par composition , après quoi tout le Ponthieu fut soumis. Charles V, enchanté de la grande fidélité des habitants du Ponthieu , et particulièrement des bourgeois d'Abbeville, leur donna des marques de sa reconnaissance en confirmant et augmentant leurs privilèges et franchises. Sur leur demande il promit, par une déclaration particulière du mois de mai iSGg , de ne jamais aliéner, pour quelque chose que ce fût, ni le Ponthieu ni la ville d'Abbeville. Cependant, au préjudice de cette déclaration, le roi Charles VI , en traitant , le 5o juin i^o6, du mariage du prince Jean, son fils , depuis dauphin, avec Jacqueline de Hainaut, lui assigna une partie de sou apanage sur le Ponthieu. Mais les habitants d'Abbeville lui ayant fait des remontrances à ce sujet, il donna au mois de mars 141 1 ( V. S. ) , des lettres par lesquelles il révoquait les aliénations ou transports qu'il pourrait avoir faits à ses enfants ou autres pour leur apanage, mariage ou autrement , au préjudice des privilèges du Ponthieu. ( Re^. de la ch. des comtes de Paris , cote G. , fol. i()5. ) Toutefois on voit des lettres de l'année suivante , par lesquelles ce prince accorde au prince Jean le Ponthieu pour le tenir en pairie, et pour la sûreté du douaire de la princesse Jacqueline, sa femme. Le jeune prince étant mort le 5 avril i4'7( N. S. ) , sa veuve demeura en jouissance du Ponthieu, même depuis qu'il fut rentré sous la puissance des Anglais. On voit en effet des lettres du roi d'Angleterre , Kenri VI, datée du 1^'" février 1424 (V. S.), par lesquelles il donne à cette princesse, alors remariée à Jean , duc de Brabant , les revenus du Ponthieu , pour en jouir durant le cours de

042 CHRONOLOGIE HISTORIQCE

son douaire. ( Reg. de la ch. des comptes de Paris , cote I , fol. 57-60. ) Cependant le dauphin Charles prenait le titre de comte de Ponthieu depuis la mort de son frère. Parvenu à la couronne sous le nom de Charles VII , il reconquit le Ponthieu sur l'Anglais, avec la plus grande partie de ses autres états. Mais en 14*55, par le traite' de paix , il fut contraint de l'engager, avec foutes les villes situées sur la Somme, à Philippe le Bon , duc de Bourgogne , pour 400 mille écus (i) , dont le payement ne se fit qu'après sa mort. Ce fut Louis XI , son successeur, qui, l'an i465 , s'acquitta de cette somme envers le duc. S'e'tant rendu à cet effet en Picardie , il fit son entre'e solennelle à Abbeville , et de là il alla trouver le duc à Hesdin , où il lui fit compter la somme convenue , après quoi les villes engagées furent reslitue'es à ce monarque. Mais à peine Louis e'tait-il en possession de ces places , qu'il se vit dans la ne'cessite' de les engager encore une fois pour la même scnmie au comte de (^harolais pour sa vie, par le traité qui se fit à Conflans le 5 octobre 1466. Le comte fit , le 2 mai de l'anne'e suivante , sa première entre'e dans Abbeville, où il reçut à la porte les serments de fidélité des maïeur, échevitis et bourgeois , et fit ensuite le sien de garder fidèlement les droits de l'église, du roi et de la ville. Pendant son séjour il changea les officiers municipaux , et nomma capitaine de la ville Jean d'Auxi , son premier chambellan , par ses lettres du 16 niai. Cette précaution ne lui sufilt pas. Comme il avait remarque dans les habitants une grande inclination pour le roi , il fit élever à l'embouchure de la Somme un château jDour les tenir en bride. Le comte avait alors succédé à Philippe, son père , dans le duché de Bourgogne. Le Ponthieu lui demeura soumis jusqu'à sa mort, r.rrivée le 5 janvier i477- ^^^ habitants d'Abbeville , ayant appris celte nouvelle , chassèrent aussitôt la garnison bourguignonne et se déclarèrent sujets du roi. Ce monarque de son côté ne tarda point d'envoyer le grand-maître des arbalétriers , Jean d'Elouteville , sire de Torci, pour reprendre en sou nom toutes les places de la Somme. Il fut reçu avec acclamations , le 17 janvier dans Abbeville.

L'an 1 585 , le roi Henri III donna le Ponthieu à sa sœur naturelle , Diane, en échange de la ville de Châtelleraut , dont elle

(i) Celaient des écus d'or; car il n'y en avait pas d'autres avant la fin flu règne «le Louis Xlil, ou .Tvant l'an ii}!^\. Or l'écu en 1^35, suivant Le BîaiiC , était d'or lia et de la \aillc de ^o au marc. Ainsi /|Oo niiilc écus élaionl égaux à ciiiy mille sept cents (juaiorze marcs cl deux septièmes^ cjui, h raison de 89.8 liv. 1-2 s. le marc , fenl 4 millions ^34 mille SSy iiv. '2. s. 10 d. de uoire aiODnaic actuelle.

Jouissait auparavant, pour le tenir sa vie durant. Cette princesse était fille du roi Henri 11 et d'une piémontaise nommée Philippe Je Duc. Elle avait d'abord épouse , l'au i555, Horace Farnèse , duc de Castro, qui fut tue' la même anne'e au sie'ge d'Hesdin. Elle se remaria enfin , l'an iSôy , à François , duc de Montmorenci , mare'chal de France , qu'elle perdit le 6 mai 1579, ^^"^ ^" avoir eu d'enfants. Diane lui survécut jusqu'aui i janvier 161g, e'poque de sa mort. Par son testament, elle institua son lic'ritier François de Valois, comte d'Alais , son petit-neveu, auquel elle substitua Louis, sou frère, petit-fils de Charles de Valois , comte d'Auvergne.

Charles de Valois , fils naturel du roi Charles IX et de Marie Touchet, ne au château de FayeL en Dauphine' , le aS janvier 1072 , selon du Cange , et le 28 avril de l'anne'e suivante, suivant le père Anselme, obtint du roi Louis XIII le duché' d'Angoulême et le comte de Ponthieu, maigre' la promesse que le roi Henri IV avait faite aux habitants d'Abbeville et à la se'ne'chaussée de Ponthieu par lettres du mois d'avril i594) qu'après le de'cès de Diane de Valois , ils demeureraient inséparablement unis à la couronne sans pouvoir en être démerabre's sous quelque pre'texte que ce ftit. Les habitants du Ponthieu de'putèrent au roi pour lui faire ?^ leurs remontrances touchant rinaliènabilite' de ce comté. Mais on les paya de belles paroles , et Charles garda le Ponthieu jusqu'à sa mort, arrive'e le 24 septembre i65o. (Voy. les ducs (CAngouléme. )

i65o. Louis DE Valois , fils de Charles de Valois et de Charlotte de Montmorenci , né l'an 1696 , à Clermout eu Auvergne , fut dévoué dès son enfance à l'étal ecclésiastique, pourvu en conséquence des abbayes de Saint-Allire de Clerniont et de la Chaise- Dieu, puis nommé, en 1612, à l'évèché d'Agde. Mais Henri , son aine , comte de Lauraguais , étant tombé en démence, et François , son puîné, étant mort en 1622, il prit le titre de comte d'Alais que portait ce dernier. Il suivit alors le parti des armes sans quitter ses bénéfices. Etant passé , l'an 1025 , avec notre armée en Italie, il donna des preuves de sa valeur au siège de Montalban et en d'autres occasions. De retour en France , il alla servir, en 1628 , au siège de la Rochelle, et, l'année suivante , à l'attaque de Privas. Il eut de l'emploi dans la guerre de Lorraine en i655, et s'y distingua de manière que le roi , pour le récompenser de ses services , l'éleva , l'an 1657 , au grade de colonelgénéral de la cavalerie légère , et lui donna le gouvernement da Provence. 11 succéda, l'an i65û, à son père, dans les duchés d'Angouléme et les comtés d'Auversne et de Pouthieu. Il mourut

le i3 novembre i655, laissant d'Henriette de la Gutche, sa femme , veuve de Jacques de Matignon , comte de Tiiorigni ( morte le 22 mai 1682 ) , une fille , qui suit.

i655. Marie-Françoise, fille de Louis de Valois , ne'e le 27 mars i65i , marie'e, le 5 novembre 1649. ^ Louis de Lorraine, duc de Joyeuse , grand-chambel'.an de France, succe'da , par lettres-patentes du ig juillet i655, à son père, dans le comte' de Ponthieu, comme dans le duclie' d'Angoulêmcet les comte's d';Vlais et de Lauraguais. Devenue veuve , l'année suivante par la mort d( qu'

be'cillité qui la lit rentermer à l'abbaye d'Esseï pi où elle mourut le 4 niai 1696, laissant un fils , qui suit.

1654. Louis-Joseph de Lchraine , duc de Guise et prince de Joinville , ne' à Toulon au mois d'août i65o , de Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, et deMarie Françoise deValois, fut pourvu du ducbé d'Angoulème et du comté de Pontliieu par lettres-patentes donne'es à la Fère le 5o septembre 1654. H mourut de la petite ve'role le 5o juillet 1671 , laissant un fils âgé d'un an , Fran- «^ois- Joseph , qui mourut le 16 mars 1675. ( Voy. les sires et princes de Joinville. )

Jl y a apparence que ce ne fut qu'après la mort de Marie-Françoise de Valois, femme de Louis de Lorraine, duc de Joyeuse , que le Ponthieu fut irre'vocablement uni à la couronne, puisque, par lettres-patentes, elle en avait la jouissance pour sa vie.

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