‹ L'art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 211 sur 299 · COMTES D'ARTOIS · texte numérisé non relu

COMTES D'ARTOIS

1 j'ARTors , ancienne patrie des Atrebates et d'une partie des Morins et tîes Oromansaques , ou plutôt Oromarsaqnes , a pour bornes la Flandre au Septentrion, le Hainaut à l'Orient, la Picardie au Midi et au Couchant. Ses deux principales rivières sont h Candie et la Lys. Dans la division qui se fit des Gaules sous Honorius , l'Artois fut attribue' à la seconde Belgique. Ce fut une des premières conquêtes des Francs dans les Gaules ; et l'on ne voit point que nos rois l'aient donne en béne'ficé avant Charles le Chauve. Ce prince, l'an 863, l'unit à la Flandre pour servir de dot à Judith sa fille , lorsqu'il consentit à son mariage avec Baudouin , surnomme' Bras de fer. L'Artois revint , l'an I i8o , au domaine de la couronne par le don que Philippe d'Alsace , comte de Flandre , en fit à sa nièce , Isabelle, en la mariant au roi Philippe Auguste. Mais celte donation, qui ne devait avoir son effet qu'après la mort du donateur , souffrit de grandes diiïiculte's lorsque le moment de l'exe'cuter fut arrive' , d'abord par l'opposition de Mathilde , veuve de Philippe d'Alsace , qui re'clamait l'Artois comme son douaire , ensuite par celle de Baudouin IX , comte de Flandre , à (jui le monarque fut oblige' de ce'der , l'an 1200, les villes d'Aire et de Saint-Ômer pour avoir le reste de l'Artois. Ce démembrement ne dura pas long-tems } et, l'an lari , par le traite fait à Pont-à-Vendin le 24 février, entre Philippe Auguste et Jeatine , comtesse de Flange, autorise'e de Ferrand son époux , ces deux villes rentrèrent dans la main du roi. Mais l'Artois ne resta uni au domaine, comme o« va le voir , que l'espace d'environ vingt-six ans.

ROBERT P% DIT LE BON et LE VAILLANT.

1257. Robert I<=», deuxième des fils du roi Louis VIII qui lui survc'curent , et de la reine Blanche , ne' au mois de septembre i2i<j , eut en apanage , par le testament de son père , les villes d'Arras , de iJaint-Ômer, d'Aire , d'Hesdin et de Lens pour

être frnues en fief fie la couronne. Cependant Robert ne fut mis en possession de cet apanage par le roi saint Louis qu'en 1257. Les lettres-patentes expédiées à ce sujet, en date du 7 juin de cette anne'e, nomment simplement l'Artois terrain Ati^ebasii ; mais cette terre fut e'rige'e , l'anne'e suivante , en comte' , selon Guillaume de Nantis. Du Tillet ajoute que saint Louis y attacha les hommages de Boulogne, Guines et Saint- Pol. Ce fut alors que Robert prit le tiire de comte. Le roi son frère lui accorda de plus une pension viagère de vingt livres (i) par jour eu faveur de sa chevalerie. Le nouveau comte se fit une belle re'putation par la sagesse avec laquelle il gouverna son peuple. L'an la^g, les le'gats du pape et plusieurs princes d'x\lleiriagnc ayant offert la couronne impériale au roi saint Louis pour le comte Robert , les états du royaume répondirent qu'il suflisait à M. le comte Robert d'être le frère du roi de France , qui était le plus grand prince de la terre , et conclurent à refuser généreusement l'offre faite pour Robert ; ce qui ne souffrit aucune opposition de sa part. L'an 1246, il présida au jugement des différents d'entre les enfants du premier lit de Marguerite , comtesse de Flandre , et ceux qu'elle avait eus du second lit. Il suivit , l'an 1248 , le roi son frère en Egypte , et eut part à la victoire que ce prince remporta , le 4 juin 1249 > sur les Sarrasins , près de Damiète , ainsi qu'à la prise de cette ville , plus opulente et mieux fortifiée qu'aucune de l'Europe. Telle fut la frayeur que ces premiers succès inspirèrent au soudan d'Egypte , malade alors et à l'extrémité , que , pour les engager à se retirer , il fit offrir à saint Louis de restituer tout ce qu'avaient autrefois possédé les rois de Jérusalem, de rendre la liberté à tous les Chrétiens captifs , de payer de grosses sommes d'argent pour les frais de la guerre, et de lui laisser Damiète avec ses environs. Ces offres remplissant le vœu des Croisés, flattèrent le conseil que saint Louis assembla pour en délibérer. On était disposé à les accepter ; mais le légat et le comte d'Artois les firent rejeter , en remontrant l'inutilité de traiter avec un moribond incapable de les effectuer. Il ne fut plus question alors que de savoir de quel côté on porterait la guerre. Il y eut sur cela deux opinions. Les uns proposaient d'aller faire le<|^iége d'Alexandrie ; et c'était le sentiment du comte de Bretagne , fondé sur ce que celle ville avait un bon port où l'on pourrait mettre en siirelé la flotte et tirer aisément des vivres , soit de la Palestine , soit des autres endroits de la Méditerranée. Le comte d'Artois fut d'avis au

(i) Somme qui reviendrait aajourd'lmi .H 353 iiv. 6 s. 4 d- de uolre monaaic courante.

DES COMTF.S d'arTOIS. SGg

contraire d'allcv droit au Caire, capitale de l'Egvpte , disant que (jià voulait occire le serpent , il lui dei'ait premier écraser la télé. Celle, opinion, qui n'était pas la plus sajjo , prc'valutj et J'arnie'e s'e'tant mise en marche le 20 novembre 1249, arriva en peu de jours cIcVrint le Caire, dont elle n'était se'paree que par un bras du Nil. Comme les Croise's n'avaient pour le passer ni radeaux ni barques , ils eulreprirent d'élever une chaussée : travail que les flèches et le feu grégeois lancés par les ennemis, et la violence des eaux, rendirent inutile. IN os troupes, désespérées, étaient prèles à s'en retourner, lorsqu'un Bédouin vint indiquer un gué. Le conste d'Artois demande à passer le premier. Le roi *'y oppose , connaissant l'impétuosilé (bugueuse de son courage. Je vous jure sur les saints évangiles , lui dit le comte , de na rien entreprendre qu'après votre yn'isagç- La permission accordée , il passe le ;<ué avec deux mdle chevaux. iVi'ai> au lieu de se retrancher sur l'^antre bord du fleuve, tant pour le défendre que pour favoriser le passage de l'armée, il s'avance, il se précipite , il fond sur un corps d'(Miuemis qui campait à une lieue de là , et le poursuit jusque dans la ville de Massoure et au-delà. Ficpoussé dans la ville par les Infidèles, qui, à la vue du petit nombre de sa troupe , avaient fait volte face , il y périt , avec trois cents chevaliers , sous une grêle de /lèches, de pierres et de madriers, qu'on leur jetait des fenêtres et des toits. Cet événement est du 8 janvier i25o. ( Joinvilie , édi:. du L. p. 47. ) Mahaut ou Mathilde , comtesse d'Artois, apprit la mort de son époux à Damiète , où le comte de Poitiers l'avait amenée de France avec sa femme. ( Ycili. ) JVÎahaut était fille aînée de. Henri II , duc de Brabant. Elle avait épousé Roi)ert en 1257 (^)» et de leur alliance sortirent un iils , qui suit , et Blanche , mariée , i" à Henri l'-'', roi de Navarre et comte de Champagne , 2*; à Edmond d'Angleterre , comte de Lancastre. Mahaut convola en secondes noc^s avec Gui 111 , comte de Sainî-Pol.

Le comte Robert joignait à la valeur des mœurs pures , et surtout la chasteté, vertu bien rare alors par.-'ii les Croisés .dont les débauches énormes étaiéutun vrai supplice pour le roi saitU Louis. Cependant Mathieu Pans raconte une aventure qui ne fait pas iionneur à la probité de ilbberl , si elle est telle que cet historien

(1) Allxjric de Trois-Fontaines . parlant des rcjouisçan^cs qui se firent aux noces de R>;beri , dit : //li, sicut cliiitur , usque ad cenium quadm^inta mi/ites , et illi qui iticiinUu- îninistcIU tn ipcctaculis vaniiatis niuLia ibi fece~ ninr , sicnl die qui in cquo sup<;r chordain in aeie equitavit , cl sicut illi qui duos boves de srarlaLa vcstilos e<juitahant , cornicantes ad si:igiila JerculA qnœ appoiwhaïUu: . {^Adan. i73y. )

XÎL 47

la rapporte. Guillaume Longue-epëe , dit-il, seigneur anglais, <îu nombre des Croise's, et l'un des plus braves, s'e'tait empare', avec ses gens, d'un fort voisin d'Alexandrie, où s'e'laient reuferme'es les femmes des principaux Sarrasins avec leurs tre'sors. Encourage' par ce succès , qui lui procura autant de renommée que de fortune, il pense à augmenter l'une et l'autre par quelque nouvel exploit. Bientôt on lui apprend qu'une caravane s'achemine vers Alexandrie pour la foire , avec une faible escorte. II tombe sur elle, et l'enlève avec tout son e'quipage et ses marchandises , qui e'taient d'un prix infini , sans avoir perdu d'autre inonde dans l'attaque qu'un chevalier et huit sergents. Mais un revers subit et inattendu lui fait perdre le fruit de sa victoire. Les Français, jaloux de cette seconde capture, ainsi que do la première , volent à sa rencontre , le comte Robert à leur tête , et lui arrachent sa proie, sans lui en rien laisser. Guillaume va trouver le roi saint Louis , pour lui demander justice. Le monarque s'excuse sur la ne'cessile' oi^i les conjonctures le mettent de me'nager les chefs de son armc'e, Robert , sur ces entrefaites , survient avec eux, plaide sa cause , et re'duit toute sa justification à dire que Guillaume a violé la discipline militaire , en se séparant du corps de l'arme'e sans permission , et s'approp riant un butin qui devait être partagé entre tous : le roi garde le silence Jà-dessus. Guillaume, indigné, se retire, et passe en Palestine , où il communique aux Chrétiens du pays son ressentiment contre les Français. Tel est en substance le récit de Mathieu Paris , l'un des historiens anglais les moins favorables à notre nation. Vraisemblablement il n'est pas plus croyable sur cet article, que lorsqu'il dit que Robert se noya dans le Nil , en fuyant devant les Sarrasins. Le comte Robert ï" orna son e'cu des armes de France, chargées au chef d'un lambel à troi» pièces de gueules, et de neuf châteaux d'argent , à cause des neuf châtellenies d'Artois.

ROBERT II , DIT L'ILLUSTRE et LE NOBLE.

isSo. Robert II, fils du comte Robert I»"", naquit environ sept mois après le décès de sou père. Il eut pour tuteur Gui de Châtillon, comte de Saint-Pol , son beau-père. Dès qu'il fut en âge de porter les armes, il se distingua par sa \aleur. Le roi saint Louis, son oncle, l'arma chevalier le 26 mai 1267. Trois ans après, il fut de l'expédition de ce prince en Afrique , oii il remporta plusieurs avantages sur les Infidèles. Mais il eut la douleur d'y voir expirer le saint monarque, qu'il aimait aussi tendrovnent qu'il en était aimé. Etant parti, l'an 1276 , par ordre du roi Philippe le Hardi , pour aller réduire les Navarroii ré-

DIS COMTES d'aktois. Sy i

volte's contre la reine Blanclie , veuve de Henri I*' , il s'assura tle Pampelune, et rétablit le calme dans le pays. L'an 1282, il passa daas le royaume de Sicile, pour secourir le roi Charles I*'' , son oncle, après les vêpres siciliennes. Charles I*' e'tant mort l'an 1285, Robert gouverna , l'espace de cinq ans, le royaume de Sicile, durant la prison du roi Charles II. L'an 1287, le 23 juin, il perdit une grande bataille navale sur les côtes de Sicile , contre Roger Doria , amiral de la flotte des rebelles. ( Yillani.) Il revint en France, l'an 1289, vers le mois de septembre, après la trêve faite entre le roi Charles II et son rival. Envoyé' , l'an 1296, en Guienne contre les Anglais , avec d'assez grandes forces , il reprend toutes les places dont ils s'e'laient rendus maîtres , leuf de'fait un corps de cinq à six mille hommes, et e'choue devant le château de Bourg , qu'il avait ("ait assie'gcr par le sire de Suit . Il revient l'aniie'e suivante eu Flandre , où il est joint par Philippe son fils, et par la noblesse de son comte'. Il prend Be'lluinp, et remporte, au Pont-à-Veiidin , près de Furnes , le i5aoiàt, une victoire e'clatanle sur le comte de Flandre. Le comte de Juliers, ge'ncral de l'armée ennemie, et plusieurs antres seigneurs faits prisonniers dans le combat, furent conduits à Paris, pre'ce'de's de l'ctendard du comte d'Artois , qu'on portait devant eux, comme en triomphe. Le roi , pour lors, cre'a pair de France Robert , ou , pour mieux dire , e'rigea le comte' d'Artois en pairie, par lettres du mois de septembre suivant.

Les querelles de la France et de l'Angleterre duraient toujours. Le pape Boniface VIII voulut les faire cesser, en se portant pour arbitre entre les deux puissances. Mais il fit pencher la balance en faveur de la dernière avec une partialité' (jue le comte d'Artois ne laissa pas impunie. A U lecture qui fut faite par l'c'vèque de Durham, en plein conseil, de son jugement rendu le 28 juin 1298, Robert se lève, arrache la bulle des mains du pre'lat , la dcchii-e et la jette an feu, jurant que le roi ne souscrira jamais aux conditions honteuses que le pape lui impose, et ne recevra la loi de personne. Voilà ce que racontent Gilles de Roye et Meyer. M. Sponde pense ne'anmoins que ce trait du comte d'Artois regarde plutôt d'autres lettres du pape contre le roi Philippe le Bel , qui lui furent apporte'es , l'an i5oi , par l'archidiacre de Narbonne, n'e'tant pas vraisemblable, dit- il, que Robert ait commis deux fois un pareil acte de vivacité'. Quoi qu'il en soit, on ne voit point que, soit dans l'un, soit dans l'autre cas, le niouarque en ait te'moigne' du mécontentement. Nomme', l'an i5o2, gene'ral de l'armée française cnvoye'e contre les Flamands soulevés de nouveau, Robert livre, le 11 juillet, la bataille ds Courtrai , qu'il perd avec la vie , après avoir e'ie' perce' de trente coups de pique. Maigre' sa valeur, il fut peu regrette', parce qu'il

67^ CHUONOLOGIIÎ mSTOlîigiE

avait engage celle funeste bafaille contre le sentiment du conîie'table 'Je Nesle, qui ^ voyant les ennemis retiancbés dans un camp fortifié de toutes parts , jugea qu'il était plus facile et plus sûr de les y affamer (jue de vouloir les y forcer. Le comte ayant taxé cet avis de trahison, comme si le connétable, dont le fils était gendre du comte de Flandre , eût voulu épargner ce dernier : Je ne suis pas un traître , répondit froidement de Nesle : suivez-moi seulement ) je vous mènerai si avant , que nous n^en reviendrons ni l'un ni Cautre. L'événement vérifia les vues et la prédiction du connétable. ( Vojez Gui de Dampierre , comte de Flandre.) li{.ohevi avait épousé i', l'an 1262, Amicte de CouRTENAi , morte à Rome en 1276 j 2°, l'an 1277, AginÈs, fille d'Arcbambaud IX, sire de Bourbon , décédée sans cnfanis l'an 1283 j 5°, l'an 1298, Marguerite, fille de Jean d'Avènes » comte de Hainaut, morte sans enfants le 18 octobre \'b\'?.. Du premier lit il eut Philippe , seigneur de Couches, de Domfront, et de Mchun-sur-Yèvre , par sa mère, iiiarié, l'an 1280, avec Blanche de Bretagne , fille de Jc.iii , comte de Richemont , et mort , le I 1 septembre 1298 , dos blessures qu'il avait reçues à la ]>atailîe de Poat-à-\ ciidin, et Mahaut, qui suit.

MAil a:T ET OTTON.

7 302 Mahaut, fi'.lc de Ilohertll, et femme d'OTTONlV, comte de Bourgogne, succéda, dans le comté d'Artois, à son père. Robert, son neveu , fils de Philippe, son frère, né l'au 5287, prétendit à ce comté, et intenta procès à sa tante pour Tobtenir. La loi des apanages , qui en excluait les femmes, jointe à celle de la pairie , honneur réservé dès-lors aux seuls mâles , semblait décider la querelle en faveur de Piobert. Cependant il fut débouté de sa demande, l'an i5o9, par un jugement des pairs de France , oii Mahaut elle-même opina comme les autres ; j'jgement fondé sur ce que la repçéseniation n'a pas lieu dans le comté d'Artois , et que les filles y succèdent en ligne directe aux fiefs comme aux autres biens, par préférence .tux môles collatéraux. Ce jugement devint, pour l'avenir, comme une loi générale dans le royaume , cl fit évanouir la distinction des fiefs masculins et des fiefs féminins. Tous furent réduits, comme par une convention tacite et uiiiversellc, à la seconde espèce; ce qui facilita merveilleusement , au moven des alliances, la réunion des gi ands fîcfs au domaine de la couronne. Robert d'Artois se plaignit hautement de ses juges , qu'il accusa de partiulilé. Le roi Philippe le Bel , pour l'apaiser et l'indemniser , lui donna le comté de Bcaumont. Robert ne fut point content de ce dédommagement • et il reyint à hi charge sous le règne de Philippe le .L^n^. Mais

DES COMTES d'autois. SyS

ce fut alors les armes à la main qu'il poursuivit son droit. La noblesse et le peuple d'Artois se déclarèrent pour lui , tant sa cause paraissait juste ou favorable. « La seule ville de Saint- » Orner lui ferma ses portes , et demanda si le roi l avoit reçu » à comte. Les de'pules de Robert ayant repondu qu'ils n ea » savoient rien , a^o^zc, re'pondirent ceux de la ville, nous ne » sommes mie faiseurs de comles. Mais si le rojr Veust reçu » à comte , nous Vaimissions autant c/u'iin autre.... Philippe le w Long, qui re'gnait alors, s'arma pour Mahaut , qui était sa » belle-mère. Robert succomba, il fui même oblige' de se cons- » liluer prisonnier au Châlelet ; on le réconcilia comme on put » avec sa tante, qui resta en possession , conformément a un » nouvel arrêt du mois de mars i5 i8. » ( Encrclop. méthod.)

Robert dévora son chagrin dans le silence jusqu'au règne de PJiilippe de Valois. Ce prince, dont il avait épouse' la sœur , fut louche de son infortune. Mais n'osant donner atteinte aux arrêts qui privaient son bean-frère du comté d'Artois , il e'rigea , pour le consoler , son comte de Beaumont-le-Roger en pairie, par lettres du mois de janvier i528. (Y. S ) Cette faveur, ajoutée à ce qu'il avait déjà reçu, lui parut insuffisante au prix de la succession qu'il réclamait. 11 demanda la révision du procès ; et comme il lui fallait de nouveaux moyens, il eut recours à la fraude pour s'en procurer. Avec le secours de Jeanne de Divion , femme de Pierre de Broyé, gentilhomme, il fabriqua quatre lettres et d'autres pièces qui prouvaient que Robert lï, son aïeul, avait fail donation du comté d'Artois à Pliibppe son père, que le roi: Philippe le Bel avait confirmé celle donation , et que Mahaut y avait consfiiti. Il produisit outre cela cincpjanttj-cinq témoins , qui furent enlendus, et attestèrent les mêmes faits. Mahaut mourut, dans CCS entrefaites', d'une manière qui ne parut pas naturelle, le 27 octobre x'biç), laissant d'OrTON IV", comte de Bourgogne, son époux, entre autres enfants, Jeanne, qui suit. Mahaut avait assisté au sacre du roi Philippe le Long, son gendre , et y avait soutenu la couronne sur la tête du monarque avec les autres pairs ; ce qui était sans exemple. Elle avait aussi pris séance au parlement en qualité de pair, dans le jugement rendu , l'an i5i5, contre Robert de Béthune ^ cmiiie de Flandre. Le gouvernement de cette princesse , gouvernée elle-même par Thicrri d'irechon , de prévôt d'Aire, fait évèque d'Arras , ne salisfi! point les Artésiens. Après avoir long-tems murniuré sur les atteintes qu'elle donnait aux lois et coutumes du p.nys , ils se soulevèrent l'an i5i6 ^ et sans la diligence que Philippe le IjOng iit pour les réprimer , Robert d'Artois, qui s'était venu mettre à Ifur tête, serait demeuré m-.àtre dupays. {k'oy. OWonW iLomie de Bourgoc-ic. )

Page 1