‹ L'art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 222 sur 299 · WALERAN · texte numérisé non relu

WALERAN

iSyi. Waleran succéda en bas âge, avec le consentement et sous la tutelle de sa mère , à Gui, son père, dans le comté de Saint-Pol , le comté de Ligni , la châtellenie de Lille et la seigneurie de Bouchain. Tout jeune qu'il était, il avait accompagné son père dans son expédition du Ponthieu , et avait été fait chevalier au siège de Pont-de-Remi. Il s'était trouvé ensuite à la bataille de Baèswieder, où il avait été fait prisonnier par Gilbert, sire de Viane , qui de sa rançon fil bâtir à Viane une tour qui fut nommée de Saint-Pol, et par corioiption Simpol. [ Pontanus. ) L'an 074 5 étant en Picardie pour le service du roi , il tomba entre les mains du parti anglais , et fut conduit en Angleterre. Il offrit une grosse rançon pour sa délivrance : mais le roi d'Angleterre la refusa , et proposa au roi de France de l'échanger avec le captai deBuch, alors prisonnier de guerre à Paris. Le roi Charles V étant résolu de ne pas relâcher ce général , le plus habile et presque le seul grand capitaine qui fût alors parmi les Anglais, le comte de Saint-Pol demeura en Angleterre, mais avec une grande liberté. C'était, dit ie père Daniel, un seigneur bien fait, adroit à tous les exercices du corps et dans le maniement des armes, enjoué dans la conversation , et qui, par tous ces beaux endrois, mérita de plaire beaucoup à la princesse Mathii.de DE CouRTENAi (appelée Jeanne parWalsing^ham), eœur utériuc drf

roi Richard II. Elle était elle-même une des plus belles personnes de l'Europe, Le comte répondit à ses inclinations. La haute naissance de VValeran et les grandsbiens qu'il posse'dait, en faisaient un parti qui n'ëlait pas indigne de ?vîalhilde. Le mariage fut conclu , et la rançon du comte réglée à cent mille francs (i) , dont on devait lui remettre la moitié quand il e'pouserait la princesse. t}n lui donna la liberté de passer en France pour mettre ordre à ses affaires , et rapporter dans l'année les cent mille francs. Mais à son arrivée en France , l'an iZ'jg , on lui fil un crime à la cour de ce qu'étant vassal de la couronne , il avait traité de mariage avec une princesse anglaise sans la permission du roi (2). Oa prétendit même avoir des preuves qu'il s'était engagé à livrer au roi d'Angleterre quelques-unes des forteresses qu'il avait aux Paysl^as. Le comte, s'apercevant qu'il n'y avait point de sûreté pouv lui en France, s'échappa secrètement et retourna en Angleterre , où le mariage se fit à Windsor dans l'octave de Pâques de l'an i58o, selon Thomas Walsingham. Quelque tems après, il repassa la mer 5 mais n'osant paraître sur les terres du roi, qui avait fait saisir ses châteaux , il se retira dans le domaine du comte de Moriammez , son beau-frère , et y resta jusqu'à la mort de Charles V. Dès que ce monarque eut fermé les yeux, Waleran fit solliciter sa grâce auprès de son successeur, et l'obtint par le crédit des princes. Mais non content de son rétablissement , il voulut satisfaire sa vengeance en cherchant à perdre celui à qui il attribuait la longue durée de sa disgàce. C'était Bureau de la Rivière , premier chambellan , ministre et favori du feu roi. 11 l'accusa d'intelligence avec les Anglais, et s'offrit d'en fournir la preuve. L'accusation fit impression sur l'esprit du roi , qui dépouilla la Rivière de sa charge. Mais Clisson , qui était redevable à l'accusé de l'épée de connétable, les ducs de Bourgogne et de Berri, et d'autres seigneurs, parlèrent si efficacement en sa faveur^ ■que peu de tems après il fut rétabli.

(i) Les francs étaient d'or fin, et de la (aille de 63 au marc; ainsi i-jOjOOO devaient peser 1904 marcs seize vingt-unièmes, et a raison de 828 liv. 12 sous le marc, produiraient aujourd'hui un million cinq cents soixante-dix-huit mille deux cent cjuatre-vingt-cinq livres quatorze sous trois deniers.

(2) Si l'on eu croit l'auteur ingénieux des portraits des rois de France (T. Il , p. i4g )j saint Louis, après h victoire de Taillebourg, lit un èdil dans une assemblée générale, par lequel il était défendu aux seigneurs français d'épouser des filles étiangères sans la permission du souverain, et Par ua 3> autre édit , ajoutc-i-il , il fut statué que cenx qui avaient des fiefs en » France et en Angleterre, choisiroient auquel des deux rois ils vouloient 3> rendre hommage , et qu'ils ne pourroicot plus les conserver en même tems >j. On ne connaît point de recueil des ordonnances de nos rois oit se rcDconirent ces deux édiis

5y8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

L'an 159T , après avoir inutilement re'pe'te' des sommes que sou père avait prèle'es à Wenceslas, roi de Bohême , son parent , depuis emperenr, Waleran entre à main arme'e , pour se faire justice, dans le Luxembourg, où il brûle cent vingt villages. Mais ic comte de Castiniac, étant venu à sa rcncont/e , le bat et le chasse du pays avec une si grande perle , qu'il ne fut pas tenle' d'y revenir. \Yaleran , l'anne'e suivante , accompagna le roi riiarles VI dans sa malheureuse expédition de Bretagne. Il était , selon Froissart, du nombre de ceux qui blâmaient cette entreprise , et il avisa, avec les seigneurs qui pensaient comme lui, aux moyens de la rompre. S'étant rendu, l'an 1396, à Londres, en qualité' d'ambassadeur , pour y traiter do la paix , il engagea le roi Richard à venir conférer avec le roi de France entre Ardes et Calais. Le 5o de'cembre de la même anne'e, il fut nomme' gouverneur de la république de Gênes , qui s'e'tait doune'e à la France, H se rendit, le 18 mars suivant, en ce pays; mais il v fit peu de séjour, la peste , qui suivit de près son arrive'e , l'ayant oblige' d'en sortir. Un moderne pre'tend que les xne'conlenlemenls occasione's par ses galanteries furent la vc'ritable cause de sa retraite. L'an i5g8, pour venger la mort de son père, tue' à la bataille de Baèsweider, il va se mettre avec trois cents chevaux à la tête des Brabançons ligues avec les Lie'geois dans la guerre que ce\ix-ci faisaient au duc de Gueidre et de Juliers. Il les conduit sur le territoire de cette derni^-re ville, qu'il oblige à se racheter du pillage et de l'incendie, moyennant une grosse somme.

L'an 1401 , au mois d'août, Waleran arrive à Leuhnghen , près de Calais, pour recevoir la reine Isabelle de France, veuve de Richard II , roi d'Angleterre , que les Anglais renvoyaient au roi Charles VI , son père. Il fut revêtu, l'an 1402, de la chargede grand-mailre des eaux et forêts , l'une des principales de la couronne. La déposition du roi Richard II , suivie d'une mort tragique, excita le comte de iJaint-Pol, son beau- frère, à la vengeance. Après avoir envoyé' au nouveau monarque anglais un cartel de de'fi , date du 10 février 1402 (V. S.), il alla faire une descente dans l'île de Wight , d'où il fut repousse par les habitants. Mais, à son retour , il se donna la satisfaciion de faire ])lanter de nuit, à la porte de Calais, une grande porence où il fit pendre en efljgie, avec les armes renverse'es, le comte de Sommerset, frère du roi Henri IV, et gouverneur de la place. La France e'iail alors en trêve avec l'Angleterre. Lorsc[ue celle-ci demanda raison de «es hostilités et de ces insuites , le ministor. français se contenta de les désavouer. Les Anglais ravagèren le Boulonnais et les antres terres voisines de Calais, sous prétest, que Icî terres du comte de Saint-Po! y élaienl situées. Pour n

DES COMTFS DE SAINT-POL. SqQ

pas violer la Irève, on laissa le soin à Waleran de se défendre. Cette guerre dura deux ans, et finit par un notable e'chec que le comte de Saint-Pol reçut. L'an 140B, il marcha au secours de l'e'vêque de Lie'ge contre ses sujets re'volte's , et contribua à la victoire remporte'e sur eux par ce pre'lat dans la plaine d'Othey , le 22 septembre de la même anne'e. Il fut nomme', l'an i/fog , avec les comtes de la Marche et de Vendôme , pour travailler au rétablissement des finances , qui e'taicnt dans la plus |::;rande confusion. Mais les travaux de ces censeurs et re'formateurs del'e'tat n'aboutirent qu'à la ruine des financiers, qui furent depouille's , et le peuple ne fut point soulage'.

L'an 1410, le duc de Bourgogne, dont le comte de Sainf- Pol e'tait partisan , le fit nommer , le 2g octobre , gouverneur de Paris, à la place du duc de Berri, qu'on avait dépouille' de cette charge. Ce fut Waleran qui , l'anne'e suivante,, forma dans la capitale cette fameuse milice bourgeoise, compose'e de cinq cents boucliers ou e'corcheurs , commandc's par les Goix , les Saint-Yons er les Tliilberîs , proprie'taires de la grande boucherie de Paris. L'histoire n'a pas oublie' les excès auxquels ces furieux se portèrent, et dont le récit fait horreur. L'an 1412 (N. S.), ce même duc de Bourgogne , ayant fait ôîer la charge de corme'table à Charles d'Albret, la fit encore donner à Waleran, qui en fit hommage-lige nu roi le 5 mars; car les grands offices e'iaient encore alors tenus en fiefs. ( Brussel , p. 652.) Waleran , le 10 mai suivant, ballet l'arme'e des Armagnacs en Basse-Normandie, près du château de Saint-Rcmi-au-Plain , dont elle s'eflbrçait de faire lever le siège , après quoi il prit la ville et le château de Domfront. ( Monstrelet. ) Le duc de Bourgogne ayant été contraint, l'an 141 5, de se retirer de Paris, celte disgrâce entraîna celle du comte de Sainl-Pol , à qui le roi fit redemander l'e'pe'e de conne'table , pour la rendre à Charles d'Albiet. Waleran , par le conseil du duc de Bourgogne, la refusa, et envoya le comte de Conversan , son neveu, vers le roi , pour lui taire agre'er ses excuses. Ne'anmoins il ne voulut point prendre les armes pour l'un ni pour l'aulre parti. L'an i/fiD (et non \/[i'6, comme le marque le P. Anrelmcj, Waleran e'tant au château d'Ivoi dans le Ijuxembourg , dont Antoine, duc de Brabant, son gendre , l'avait fait gouverneur , il y tomba malade, et y mourut le iq avril, sans laisser d'enfants de ses deux femines, dont la seconde , Bo^^.E, fille de Robert , duc de Bar, lui avait apporte' en dot la seigneurie de Nogent-Ie-Rotrou ( Afss. de Cois/in, n» i55) , mourut l'an 140?.. 11 avait eu de la première, Jeanne, châtelaine de Lille, m,;rièe, l'an 1402, à Antoine de Bourgogne, duc de Brabant , morte le 12 août 1407. Agnes de Brie, sa maîtresse , le fit aussi père d'un bâtard nomme

Jean Hennequin, célèbre dans l'histoire du quirraièrae siècle, et jîiortl'an 1466- (Vignier, Sainte-Marthe, Moréri.)

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