BAUDOUIN IL
Ti6g. Baudouin II, fils aîné' d'Arnoul I^i- , et ne' du vivant du comte Manassès, son grand-oncle, qui le tint sur les fonts de baptême, succéda à son père dans le comte' de Guines. Il était marié dès-lors à Chrétienne , fille unique d'Arnoul , seigneur d'Ardres, dont les possesseurs avaient presque toujours eu de vifs démêlés avec les comtes de Guines. L'exactitude avec laquelle il fit rendre la justice, lui mérita le titre glorieux de juste juge et de justicier admirable. L'an 1170, il reçut avec ^^randc distinction saint Thomas , archevêque de Cantorberi , qui passa par le comté de Guines en retournant de son exil. Baudouin , dans sa jeunesse , avait été armé chevalier par ce prélat , et conservait une singulière vénération pour sa personne. Ayant ])erdu sa femme le 2 juillet 1177, *' ^" conçut un chagrin dont il pensa mourir. Depuis ce tems il s'adonna spécialement à l'étude. Lambert d'Ardres dit que, sans avoir appris les lettres dans son jeune âge, il fit de grands progrès dans la philosophie et les saintes écritures. Des hommes savants , qu'il attira chez lui ,
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supplc'èrent au défaut de sa première éducation , en lui expliquant les meilleurs livres. Landri Valanis , entr'autres, traduisit en sa faveur, de latin eu roman , le Cantique des Cantiques avec les e'vangiles des dimanches, et des homélies relatives des pères. Mailre Geofroi lui mit en la même langue une partie de la physique d'Aristotej et 6imon de Boulogne fit pareillement une traduction de Solin, qu'il eut Thonncur de lui pre'senter. Enfin, ce comte faisait un si grand cas de la litte'rature, qu'il forma une bibliothe'que couside'rable, dont il confia le soin à maitre ïtesard de Hesdin. On rapporte que Gauthier S liens , autrement dit Sileaficus , composa pour Baudouin un livre intitule' de son nom, le Silence, ou le Roman du silence, dont le comte le re'compensa libe'ralement en chevaux, en habits et en autres présents. Il reçut très -magnifiquement, l'an 1178, dans son château d'Ardres, Guillaume de Champagne, archevêque de Reims, qui venait de visiter le tombeau de saint Thomas de Cantorberi. Lambert d'Ardres, faisant la description du repas que le comte donna au pre'lat , dit que les Français ayaut demande' de l'eau pour tempe'rer la force des vins grecs qu'on leur servait, les valets, en guise d'eau, leur versaient de l'excellent vin d'Auxerre , Autissidoricuni vinitm pretiosissimiim. (c'était par conséquent du vin blanc) 5 de quoi le prélat s'ctant aperçu , demanda à son hôte , sans marquer sa défiance , un verre de cette eau. Le comte, alors, s'étant levé, va droit au buffet, renverse et casse toutes les cruches d'eau, feignant d'être ivre. « Cette gentillesse, ajoute Lambert, divertit ce )> grave personnage , et mérita au comte le pardon de la super- 3> chérie qu'il avait faite aux convives. » Telles étaient les mœurs du tems.
L'an II 79, Baudouin accompagna le roi Louis le Jeune à ce même tombeau. Il était alors attaché aux intérêts de la France 5 mais dans les guerres qui s'élevèrent depuis entre le roi Philippe Auguste et le comte de Flandre , il tint constamment le parti de ce dernier. Son pays soufiVit de cet attachement, par les ravages qu'y firent les troupes françaises. L'an 1 185 , il fut compris dans le traité de paix que le comte de Flandre fit avec le monarque français. Mais cette paix, ouvrage de la nécessité pour lui, ne l'attaclia pas davantage aux intérêts de la France. L'an 1198, le comte de Guines et Renaud de Dammartin , comte de Boulogne , s'étant liés ensemble, après avoir été long-tems ennemis, se retirèrent par-devers le comte de Flandre, et lui renouvelèrent l'honmiage de leurs comtés. Philippe Auguste, instruit de cette nouvelle félonie, se mit en devoir de la punir; et, étant marché contre ces rebelles, il les réduisit à demander la paix. Pour l'oblcnir, un des préliminaires fut qu'ils se recoiv
DES COMTES DE GUI^■ES. /^1l
naîtraient vassaux immédiats du roi de France, suivant le traité tl'Arras, fait avec le comte de Flandre en i j8i. On dressa , sur ce pied , le nouveau traite' de paix , qui fut signe' à Përonue aux fêtes de Noël 1 199. Mais la soumission du comte de Guines ne fut encore qu'un acte force', qui ne changea pas son aversion potfk" la France. L'an i2o3, une nouvelle levée de bouclier du comte Baudouin, rappela Philippe Auguste sur ses terres , dont ce prince (it la conquête avec rapidité. Le comte , poussé à bout, fut obligé de venir se rendre prisonnier à Paris avec ses deux fils, Gilles et Siger. Sa captivité fut d'environ deux ans, et ayant promis d'êlre plus fidèle, le roi lui rendit sa terre avec la liberté l'an i2o5. 11 ne jouit pas long-tems de cet avantage j une maladie , qu'il avait contractée dans sa prison, le conduisit au tombeau le 2 janvier de l'année suivante (N. S.). A ses funérailles assistèrent trente-trois enfants qu'il avait eu tant de CiiRKTiENNE, son épouse (morte le 2 juillet 1177), que de ses maîtresses : car tout amateur qu'il était des lettres, il n'en fut pas plus réglé dans ses mœurs. Les principaux de ses enfants légitimes sont Arnoul, qui suit^ Gilles et Siger , qui avaient tenu compagnie à leur père dans sa prison; et Baudouin , dont il sera parlé ci-après. (Du Chesne , ibid. , L. 2. )