‹ L'art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 253 sur 299 · XII. 5a · texte numérisé non relu

XII. 5a

44î* CllRO^OLOGlE ÎUSTOniQtlE

» le duc d'Aumale , que vous avez le pas sur lui en France , j) mais non ailleurs ; car il est souverain , et vous sujet et « vassal de la couronne : M. de Lorraine ne relève que de Dieu » et de son épée. Le duc de Vendôme rentra, et la marche » fut arrête'e. Le roi envoya dire au duc de Veadoine de re- » prendre sa place. Vendôme, oblige' d'obéir aux ordres du roi... » se contenta de dire au duc d'Aumale: Vous pouvez^ mon » compagnon, marcher sur la même ligne que moi; car si î) le roi avait ordonné à un laquais de prendre le rang que » vous prenez , /e le souffrirais par respect pour les ordres de « sa majesté. )> ( Encjclop. mélhod. )

Claude suivit les traces de ses ancêtres dans la carrière des armes. En i552 , il vint au secours de la ville de Metz , assie'ge'e par Charles-Quint avec toutes les forces de l'Empire, etde'fendue par François , duc de Guise , frère de Claude , avec l'e'lite de la noblesse française. Albert , margrave de Brandebourg , e'taiî alors dans le pays nnessin à la tète de quinze à vingt mille hommes , fl;tttant entre les deux partis , et attendant l'occasion favoi"able de se joindre aux Impériaux. Voyant qu'il devenait suspect à la France, il feignit de vouloir retourner en Allemagne. Le duc d'Aumale , chargé de l'observer avec un petit corps de troupes , s'en e'tant approche' de trop près, le margrave tomba sur lui à Sai'.jt-Nicolas , et le fil prisonnier après un vigoureux combat ^ où le duc eut un cheval tué sous lui , et fut blesse' de trois coups de pistolet. Remis en liberté', l'an i55o, il donna de nouvelles preuves de sa valeur la même anne'e à la prise de Marienbourg , au combat de Renli l'anne'e suivante, en Pie'mont, où il prit d'assaut, le i«^ septembre i555, la ville de Vulpiano , après trois semaines de sie'ge. L'an i556 , il accompagna le duc de Guise , son frère, envoyé au secours du pape Paul IV , attaque', au nom de l'empereur, par le duc d'Albe , vice-roi de Naples. Rappelé, l'anne'e suivante, après la fameuse journe'e de Saint-Quentin, le duc de Guise lui donna une partie de son arme'c qu'il rann^na en France par le pays des Grisons. ( Brantôme. ) Le duc d'Aumaleeutpart, en i5;")8 , à la reprise de Calais, aux batailles de Dreux en 1 562 , de Saint-Denis en 1567, de Montcontour en 1 5G9 , et au sie'ge de Saint- Jean-d'Angeli la iliême année. Le duc d'Aumale ne pardonna jaiuais à l'amiral de Coligni la mort de François, duc de Guise , son frère, dont il le regardait comme rauleur ou le cojnpiice. Bien résolu de la venger lorsque l'occasion s'en présenterait, il refusa de se trouver, l'an i566, à l'assemblée de Moulins , où le roi fit la réconciliation de l'amiral avec la duchesse, veuve de François de Guise, et les cardinaux de Lorr^iiue et de Guise , frères de ce prince. Avec ces dispositions , il u'càt pas .surprenant qu'il ait été l'uu des principaux ac-

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î'snrs , en iS;?. , Je la sc^-nc aflreusc de la Saint-Barlhelemi , quoique ni lui ni aucun prince de sa maison n'eut eu part au conseï\ où elle fut ordonnée. Mais après avoir satisfait sa ven£;eance sair l'amiral et sur les seigneurs de son parti les plus distingue's, il revint aux sentiments de gcne'rosile' qui lui e'taient naturels , et contribua , avec le duc Henri de Guise, son neveu , à sauver du carnage un grand nombre de personnes. C'est le témoignage que lui rend la Popelinière, c'crivain protestant. Le sang de trois à quatre mille hommes verse' dans cette bouclierie , loin d'e'leindre , comme on s'en était flatte', le flambeau de la guerre civile , ne servit qu'à le rallumer. Le duc d'Aumale suivit avec tous les princes , dans le mois de fe'vrier 1675 , le duc d'Anjou au fameux siège de la Rochelle. Il y trouva la mort , ayant été emporte', le 14 mars , d'un boulet de canon. Toute l'armée l'honora de ses regrets , qu'il méritait par ses grandes qualités. Il avait e'pousé , le 1^' aoûti547j Louise de Brezé , fille de Louis de Brezé et de la fameuse Diane de Poitiers , dont il eut, entr'autres enfants , Charles , qui suit ; et Claude , chevalier de Malte , dit le chevalier iV Aumale^ célèbre dans l'histoire de la ligue, qu'il servit au siège de Dieppe, au combat d'Arqnes en 1589, et à l'attaque de Saint-Denis, qu'il voulait surprendre sur Henri IV, et où il fut tué , le 5 janvier i Sgi , dans sa vingt-huitième année. De six filles que le duc d'Aumale eut de son mariage, deux moururent en bas âge : les quatre autres sont Catherine, mariée , en iSôg , à Nicolas de Lorraine , comte de Vaudemont, puis duc de Mercœur j Diane , femme de François de Luxembourg, duc de Pinei ; Antoinette-Louise , abbesse de Notre-Dame de Soissons ; et Marie, abbesse de Chelles.

CHARLES

iSyS. Charles de Lorraine , né le 3,5 du mois de janvier i556 ( N. S. ) , successeur de Claude II , son père , au duché d'Aumale ainsi que dans la charge de grand-veneur , représenta le comie de Champagne, le i3 février lôyS, au sacre de Henri III. La ligue , qui était l'ouvrage de sa maison, eut en sa personne un défenseur des plus ardentg et des plus obstinés. L'an i5Bi , par le partage qu'il fit avec Guillaume Robert, duc de Bouillon , de la succession de Diane de Poitiers , il eut la seigneurie d'Anet , que le roi Henri III érigea en principauté au mois de février i584- H présida, l'an i586 , avec le duc de Guise, à l'assemblée des ligueurs^ tenue dans l'abbaye d'Orcamp , où l'on résolut de prendre les armes sans attendre les ordres du roi , pour empêcher les princes protestants d'Allemagne d'amcuer du secours aux huguenots. Entre les places dont le duc

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tî'Anmale s'empara, celle deDnurlens, qu'il surprit au mois Je décembre , est la jdIiis remarquable. Il se trouva , le 27 février I 537 , à la rencontre de Vimori , entre le baron d'Otbnau et le duc de Guise , oh le premier perdit son J)ag3ge et beaucoup de inoude. L'an i5b8, au mois de décembre, instruit que le duc et le cardinal de Guise préparaient tout pour attenter sur la personne du roi, il en fait avertir ce monarque par la duchesse sa femme , qu'il envoie exprès à Blois. Le duc de Mayenne donna dans le même tems un pareil avis à Henri III par le marquis d'Ornans , son. cousin ; et cependant ces deux princes, dès qu'ils apprirent que, par la mort des coupables , Henri avait prévenu l'attentat dont ils l'avaient averti , parurent furieux , crièrent à l'assassinat, et arborèrent l'étendard de la révolte et de la vengeance. « Il est certain, dit M. de Saint-Foix, que le duc de Guise, » qui ménageait le moindre bourgeois de Paris , s'était fait hair >) de tous les princes de sa maison par le peu d'égards et de conî) sidération qu'il leur marquait, et que le cardinal ne leur était » pas moins insupportable par ses emportements. On ne peut 3) guère douter que le duc de Mayenne, aussi ambitieux que ses 1» frères , avec qui d'ailleurs il avait eu tout récemment des démè- )) lés très-vifs , n'eut espéré que , par leur mort , il deviendrait le » chef de la ligue , et que le duc d'Aumale , de son côté , ne se j) fût flatté de la même idée ». On peut dire que l'un et l'autre ne furent point trompés dans leurs espérances ', car ils partagèrent entr'eux le commandement qu'ils ambitionnaient. L'an 1 689 , la ligue des Seize déféra au duc d'Aumale le gouvernement de Paris. Le fanatisme était alors monté au comble dans la capitale. Loin de travailler à le réprimer , le nouveau gouverneur l'encouragea paf ses discours et son exemple , applaudissant à toutes les. extravagances auxquj'lcs se livraient les Parisiens , et ne rougissant pas même d'y prendre part. On le voyait aux processions qu'ils faisaient et de jour et de nuit pour demander au ciel l'extinction de la race desValois: et avec quelle indécence v assistait-il? Ce prétendu dtfenseurde la religion , et d'autres icimes gens, à l'imitation de leur chef, donnaient le bras à des femmes et des filles tres-immodcstement vêtues , avec lesquelles ils s'amusaient à rire et à folâtrer. D'Aumale jetait dans les églises , à travers une sarbacane , des dragées musquées aux demoiselles qu'il conuoissoit, et leur donnait des collations dans la marche. ( Saint- Foix. j II est vrai que le désir de signaler sa valeur le retira bientôt de ces indignes amusements. Au mois de mai de la même année , il sortit de Paris avec un corps de troupes , et se rendit aux portes de Senlls , qu'il assiégea. Mais le duc de Longueville , étant venu l'attaquer le 17 du même mois , lui tua plus de deux mille hommes, fit quatorze à quinze cents prisonniers , lui en-

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leva bagage et artillerie , et l'obligea de lever le sie'ge. On ne peut ici taire un trait qui montre bien la grandeur d'àme du duc de I.ongucville. Ce prince n'avait avec lui que trois à quatre mille hommes , lorsqu'il se mil en marcbe , sur les pressantes sollicitalions du roi Henri 111, pour secourir la place. Arrive' à la vue de l'ennemi. Messieurs y dit-il aux principaux officiers de sa petite arme'e , loici AI. de la Noue qui vie demande mes ordres ; ils sont de le proclamer notre chef et de combattre sous lui à celle journée. La Noue , après s'être long-lems défendu , fut enfin oblige de de'fe'rer à l'ordre que son général lui donnait de le commander. Le ge'ne'ral et le commandant eurent bien lieu de s'applaudir après l'e've'nement , l'un de sa gcne'rosité, l'autre de son obéissance. Les assiégeants furent mis en déroute , et leur général obligé de s'enfuir jusqu'à Paris. Le 2r seplendjre de la même année , le duc d'Aumale et le duc de Mayenne perdirent la balaille d'Arqués contre le nouveau roi Henri IV , qui leur était fort inférieur en nombre de troupes. L'an i5f)0 , le l/^ mars , le premier commanda l'aile gaucbe de la ligue à ia bataille d'Ivri, où le roi fut encore le vainqueur. S'élant ensuite jeté dans Paris , il défendit cette ville contre le monarque, qui, le 12 mai, en ayant commencé le siège , fut obligé de le lever le 5o août suivant. L'an iSgi, il fut défait , le 8 août , par le baron de Biron , avec le secours qu'il menait à-Noyon. L'an i594j le 10 août, il fut cba&sé d'Amiens, dont il était gouverneur , par les habitants qui se soumirent au roi. Voyant alors les affaires de la ligue désespérées , il aima mieux se tourner du côté des ennemis de la France que de faire sa paix avec Henri IV, dont il se crut méprisé , parce qu'il lui avait refusé, dit-on , le gouvernement de Picardie. Il traite avec les Espagnols , auxquels il livre quelques places qui étaient à sa disposition , malgré les représentations de son cousin le duc de Mayenne, qui avait pour principe de ne point les laisser maîtres du moindre village de France. En iSgij , nous reçûmes quelques échecs du côté de la Picardie. On en rejeta la cause sur le duc d'Aumale, à qui l'on reprocha d'avoir attiré les Espagnols dans cette province. Sur cette accusation , le parlement, à la requête du procureur-général, lui fit sou procès , et, après l'avoir fait trompeter et assignera trois briefj jours , le déclara criminel de lèse-majesté au premier chef j « et )i pour ce ordonna , dit le chancelier de Chiverni dans ses mé- » moires , qu'il serait tiré à quatre chevaux , et tous ses biens acquis et confisqués au roi ». En vain le premier président de Harlai demanda qu'il fût sursis à l'exécution de ce jugement jusqu'au retour du roi, qui était alors en Franche-Comté. Des esprits ardents ayant prévalu , l'arrêt fut exécuté le 24 juillet i5q5, en place de Grève , sur un fantôme qui représentait le duc d'Au-

înale. Cela li! eût été fait , dit le même écrivain, si le roi edt été pour lors à Paris , ou nous autres du conseil ; car le parlement j- alla un peu trop vite , n étant à propos de désespérer jamais des personnes de telle condition , ni leur faire paraître le malquon leun^eut, si tout-ù-faic on ne les ruine. Et défait , le sieur d^ Aumule , outré de désespoir dhtn tel et extraordinaire traitement , renonçant à la France, se jeta tout entier du côté du roi d'Espagne , et alla trouver Varchiduc en Flandre , qui lie manqua de le bien recevoir , et gratifier et secourir autant qu^il put , ayant toujours depjiis ce tems tiré de grands états et pensions d^ Espagne en Flandre , oit il a demeuré , efj- a eu plus d'honneur et de repos cpiil neiit jamais pu recevoir en France , om il fit t demeuré à la miséricorde de ses créanciers , auxquels il d-nvoit plus qu'il navoit vaillant , tellement que ladite confiscation s'en est allée en fumée. Henri IV^ , en effe»" , à son retour désapprouva la conduite de son parlement à l'écçard du duc d'Aumale, et fil défense de procéder à l'exécution de ce qui restait de l'arrêt par rapport à la confiscation des biens , h la démolition des châteaux et à la déîjradation des enfants , etc. Il fut ordonné qu'on n'en tiendrait point ree;istre ; et cet arrêt fut tellement regardé comme non avenu , que l'on n'en fit jamais mention dans tous les actes concernant le duché d'Aumale , comme s'il n'eût jamais été rendu. La considération dont jouissait le duc d'Aumale à la cour du roi d'Espagne et à celle de l'archiduc, ne put étouffer les justes remords que lui causa sa désertion. Le cardinal d'Ossat rapporte dans ses lettres que s'étant rencontré avec lui à Rome, ce prince lui témoigna ses regrets de ce que le procédé du parlement à son égard l'avait empêché de suivre l'exemple des autres princes de sa maison ; et il le pria, comme ajoute re prélat , d'assurer Henri IV , de la sincérité de son repentir. Charles, duc d'Aumale, finit ses jours à Bruxelles, l'an i65i , dans la soixante-dix-septième année de son âge. Il avait épousé , le lo novembre i57G, Marie, fille de René de Lorraine, marquis d'Elbeuf , dont il eut deux fils morts en bas âge, et une fille , qui suit. La duchesse Marie avait précédé son époux au tombeau vers l'an 1616. Il s'en fallait bien qu'elle approuvât en tout la conduite qu'il tint dans les troubles de la France. Après la mort de Henri , duc de Guise , et du cardinnl de Guise son frère , elle suivit à la venté la fortune de son mari ; mais depuis la réconciliation du roi Henri IV^ à l'église , il ne dépendit pas d'elle que le duc d'Aumale ne renonçât à la ligue et ne fût des premiers à rentrer dans le devoir. Elle eut le chagrin de ne pouvoir le fléchir. La résidence ordinaire de cette princesse, pendant qu'il faisait la guerre, était au château d'Anet. Ce fut là que M. de Sulli lui rendit visite, en passant, après le sacre de Henri IV, et qu'il trouva réunies.

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comme il le marque dans ses me'moires (e'dit. de 1747» n'288) , la magnificence et la misère , une maison vraiment royale , de superbes jardins , mais presque point de meubles , et le peu qu'il y en avait use' de vétusté' ; des domestiques en très-petit nombre et mal vêtus; point de bois pour se chauffer ( on e'tait alors au mois de février ) ; point de provisions pour les autres besoins de la vie , et point de ressource pour s'en procurer. Telle e'tait la situation de la plupart des grandes maisons du royaume pendant les guerres civiles , et l'histoire de ces tems malheureux nous eu a conserve' plusieurs traits semblables.

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