‹ L'art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 276 sur 299 · RICHARD · texte numérisé non relu

RICHARD

10^7. RicHARn, fils aînc de l'archevêque- comte Robert et d'tlarléve, et successeur de son père au comte' d'Evreux , fonda, vers i'an 1060, l'abbaye de Saint-Sauveur, pour des filles, à Evreiix. Il accompagna, l'an lofiG, le duc Guillaume le Bâtard à la conquèlc de l'Anglclcrre , et combattit sous ses drapeaux à la hataille d'Haslings. Il mourut le i5 décembre 1067, et fut enterre à l'abbaye de Fontenclle, dite de Saint-Vandrille. Adèle, sa première femme, veuve de Roger, seigneur de Toëni et de Conches , lui donna Guillaume, qui suit; et Agnès, troisième femme de Simon I'^'", seigneur de Monlforl-l'Amauri. Godé- CHiLDF. , sa seconde femme, le fil père de Godèchildc, abbcsse du monastère de Saml-Sauveur , qu'il avait fonde', comme on l'a dit, h Evreux. Guillaume de Jumiége dit du comfc Richard qu'il était également bon chrétien et bon honmie de guerre.

GUILLAUME

1067. GuiLLATME , fils de Richard, lui succe'da au comte d'Evreux. Il avait combattu à côte' de son père à la bataille de Hastings. Il eut part, l'an 1070, à la distribution des terres d'Angleterre que le roi Guillaume fit aux Normands qui l'avaient; accompagne'dans son expédition. 11 revint en Normandie l'an 1075 (et non pas 1075, comme le marque un moderne), et lut \n\ des médiateurs de la paix qui se fit entre le roi Guillaume et Foulques le Rechin à Blanchelande , touchant la propriété du comté du Maine. Peu de tems après, le monarque anglais , comme pour se dédommager du bien qu'il lui avait fait en Angleterre, Ini retira le château d'Evreux, et y mit une garnison avec un commandant à ses ordres. L'an 1084, au mois de janvier, il fut pris aa siège du château de Sainle-Suzanne , défendu, contre ce momarque, par Hubert, vicomte du Maine. ( Ordér. Vit., p. 649.) Il paraît que sa captivité fut de courte durée. L'an 1087 , après la mort de Guillaume le Conquérant, il se remit en possessiou du chàleau d'Evrcui , dont ii chassa la garnison, ainsi que d«

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]a petite ville de Dangu, au Vexin normand. Il paraît que Robert, duc de Normandie , souffrit tranquillement que Guillaume se fît ainsi justice à ses de'pens par la voie des armes, et qu'il ne lui en sut point mauvais gre'. Nous voyons en efFet que ce comte fut un des chefs de farme'e qu'il mena cette même anne'e dans le Maine , pour re'duire cette province sous ses lois. ( Ord. Vit. , p. 674-) Guillaume, n'ayant point d'enfants, élevait chez lui une nièce nomme'e Bertrade , fille de son Irère Simon de Montfort. Foulques le Rechiu , comte d'Anjou, e'pris de la beauté' de celte fille, résolut, l'an :obc), de re'pndier la femme qu'il avait alors , pour l'cpouser. Dans ce même tems , les Manceaux ayant de nouveau tente' de secouer le jou^i des Normands, le duc Robert, malade pour lors, pria le comte d'Anjou de s'entremettre pour contenir les Manceaux dans le devoir. Foulques le promit au cas que Robert lui fit avoir la jeune Bertrade. Le duc en ayant fait la demande au comte d'Evreux, celui-ci re'pondit: « Je n'en ferai rien , à moins que vr^us ne me rendiez Koyon- )) Eur-Andelle, Gassai , Gravant , Ecouchi, et les autres terres )) de Raoul , mon oncle paternel , qu'on surnornmcit par raillerie » Tête cTâne. à c.';use de sa chevelure, et à mon neveu , Guil- » launie de Breleuil , le Pont Saint-Pierre ', car Robert de Gassai , » mon cousin , fils de Raoul, m'a fait son héritier universel. » Le duc accepta la condition , et fit rendre au comte d'Evreux les terres qu'il re'pe'Iait, à l'exception d'Ecouchi que posse'dait Girard de Gournai , qui e'tait de la même famille 5 au moyen de quoi Guillaume livra sa nièce au comte d'Anjou. (Ord. Vit. , p. 681.) Le comte Guillaume eut, l'an 1090, avec Piaoul de Toèni, seigneur de Couches , son frère ute'rin , une guerre longue et cruelle, qui fut occasionee par des paroles offensantes que leurs femmes s'étaient dites. Elle dura trois ans avec tout l'acharnement que des frères ennemis et des femmes vindicatives peuvent mettre dans leurs hostilités. Ce fut le comte d'Evreux qui l'entama. Raoul eut long-tems le dessous; mais ayant enfin obtenu des secours du roi d'Angle'erre , après avoir inutilement demande' justice au duc de Normandie, il se vit en état de faire face à l'ennemi. L'an 1095, au mois de novembre, le coinle d'Evreux fut oblige' de lever le siège qu'il avait mis devant Couches j et, quelque fems^près, étant revenu faire le dègàt autour de celte place , il fut mis en fuite par les troupes de Raoul avec une perte considérable des siens. Alors la paix se fit entre les deux frères par la médialicn des amis communs. Le P. Anselme se trompe, jorscju'il dit que le comte d'Evreux fut fait prisonnier î)u siège de Couches. Il ne le fut point du tf ut dans cette gn(:'rre, comme on peut s'en convaincre par le récit qu'en fait Ordério V4UI (p. 68b}. Le ge'uéalogisle a confondu avec le comlc d'E-«

DES COMTES D'ÉVf\EL'X. 4%

vreux, Guillaume de Brelcuil , son allie , qui fut réellement fait prisonnier dans la dernière expédition. Le comte d'Evreiix servit utilement le duc Robert contre le roi Guillaume, son frère, qui voulait lui enlever la ville de Rouen. S'elant rc'coucilie' avec le monarque anglais, il fut un des chefs de l'arme'e que ce prince, devenu rc'gent de Normandie pendant le voyage de son frère à la Terre-Sainte, envoya, l'an ioqv, pour relirer le Ycxin des mains du roi de France. L'anne'e suivante, le roi Guillaume, après avoir fait la paix avec le comte d'Anjou, confia la garde de la ville du Mans à celui d'Evreux et au seigneur de l'Aigle. Il paraît ne'anmolns que , quelque tcms avant la mort de ce prince, Robert, com!e de Meulent , fit perdre ses bonnes grâces au comte d'Evreux , ainsi qu'à Raoul de Conclics , par les mauvais offices qu'il leur rendit auprès de lui. Ils n'en demeurèrent pas toutefois moins fidèles à son service. Mais , l'an i loo , après sa fin tragique , ils se jetèrent sur la terre deBeaumont, apparlenanle au comte de Meulent, et y commirent tous les de'gàts que l'esprit de vengeance leur sugge'ra.

Le roi d'Angleterre Henri étant venu, l'an 1104, en T^ormandie pour faire droit sur les plaintes que la plupart des seigneurs et des pre'Iats du pays lui avaient portées contre le duc son frère, celui-ci, pour l'apaiser, lui ce'da le comte et le comte' d'Evreux. Guillaume , apprenant qu'on disposait de lui à son insu, comme d'un bœufc)ù d'un cheval, vint trouver les deux jjrinces , pour leur en marquer son e'tonncmcnt. Ravi ne'anmoins de sortir de la mouvance du duc Robert , il fit joyeusement hommage au monarque anglais, de'clarant qu'il ne reconnaîtrait plus de'sormais d'autre suzerain que lui. ( Orde'r. Vit., pp. 782-8140 L'an 1106, il se distingua dans l'arme'e royale à la bataille de Tinchebrai, où l'infortune' duc Robert perdit ses états avec la liberté. D'autres services que le comte «Evreux rendit au roi d'Angleterre , lui acquirent dans l'osprit de ce prince un haut degré' de faveur. TVlais l'imprudeiice de sa femme, aux conseils de laquelle il défe'rait trop aveiigie'ment . le fit déchoir de cet e'tat de prospc'rité. Superbe et envieuse , dit Orde'ric Vital , elle excita son mari contre les courtisans les plus accrédite's, et lui en fit autant d'ennemis. Elle fit plus , elle le poussa jusqu'à de'truire le donjon que Henri avait fait élever dans Evreus. Cet attentat ne resta point impuni. Il fut banni, l'an iiia,avcc confiscation de ses biens, et se retira auprès du comte d'Anjou , fils de Berlrade de Montfort, sa nièce. R^appele' et rétabli dans ses biens, l'an iii5, après quatorze mois d'exil, il essuya , quelques années depuis, un second bannissement. II rentra encore eu grâce, et mourut dans ses terres, le 18 avril iiiS, saus laisser d'enfants d'HcL-

^']0 CnUOiNOLOGU' HiSTORIQCE

vfsE , son épouse, fille de Guillaume l^"', comle de Nevers, nîorte l'an 1114. Oïderic Vital fait ainsi le portrait de cette cointesse et celui d'Isabelle, sa belle-sœur, femme de Piaoul de Couches. « Ces deux femmes, dit-il, avoient cela de commun, » outre la beauté dont elles eloient presque e'galement pourvues^ » qu'elles e'toicnt l'une et l'autre fort babillardes et vindicatives, » qu'elles maitrisoient leurs maris, fouloient leurs vassaux et » les tenoient toujours dans la crainte. Mais il j" avoit cette » diffe'rence entre elles , qu'Helvise , adroite et diserte , e'ioit eu » même tems avare et cruelle; au lieu qu'Isabelle, hardie, >• enjoue'c , de'pensiere , se faisoit des partisans par ses manières » agréables et sa ge'ne'rosite'. Elle servit beaucoup sop époux » dans ses expéditions militaires, et paroissoit à la tête de ses » troupes comme une autre Camille. >> La comtesse Helvise , «le concert avec son époux, avait commencé un monastère à Noyon-sur-Andelle , où elle fut cuterre'e. Le comte Guillaume choisit sa sépulture à Saint- Vandrille , auprès de son père. Ajirès sa mort, Henri I^% roi d'Angleterre, se saisit du comté (PEvreux, au préjudice d'Amauri de Montfort , héritier de Guillaume.

AMALTiI JV DE MONTrORT, premier du nom, comte u'EvniiCx nE la Maison dc Montfout.

iit8. A.MAuni IV r>F. Moivtfort, fils de Simon et d'Agnès , sœur du comle Guillaume, ne soufïVit pas que le roi Henri lui enlevât impunément le comté d'Evreux , qui lui revenait, à titre d'héritage , par la mort de son oncle. Ayant mis dans ses intérêts presque toute la France , dit Ordéric Vital , il assiégea la ville d'Evreux, et la prit au mois d'octobre 11 18. Guillaume Pointeau lui livra ensuite la citadelle dont il avait le commandement; après quoi il se mil à piller les terres de l'église d'Evreux , pour se venger dc l'évèque Audoin , qui avait dissuadé Henri de lui rendre ce comté. Le prélat, obligé dc prendre la fuite , jeta un interdit sur la ville d'Evreux , et mena une vie errante l'espace d'uuan, durant lequel il laissa croître sa barbe. Henri, voyant se multiplier le nombre des partisans d'Amauri , lui fait offrir de lui rendre le comté, à l'exception du château d'Evreux. Celui-ci .nyant fièrement rejeté cette offre, le monarque revint, au mois «l'août de l'aimée suivante, devant Evreux , dont il se rendit miitre , après y avoir fait jeter, avec la permission de l'évèque , dei feux d'artifice qui en consumèrent la plus grande partie, et surtout la cathédrale, que Henri fit depuis rebâtir; mais' le chntcau , défendu par les neveux d'Amauri, Pliilippe et Fleuri , tous

DES COMTES D'livr»RlX. 4?'

deux fils du roi Philippe et de Eertradc, et par Richard, fds du pre'vôt Foulques, fit une vigoureuse résistance. Comme le roi disespe'rait de le forcer^ le comte de Elois , son neveu, ie tira d'embarras en lui amenant Amauri , qui lui remit le château de bonne grâce, au moyen de quoi la paix se fit. (Orderic Vital.) Quelque tems après, le monarque rendit la place au comte. Mais, Pan iiaS, s'e'tant aperçu qu'il formait une ligue avec le roi de France, et plusieurs seigneurs normands, pour re'tablir Guillaume Cliton d.-uis le duché' de Normandie , il surprit, durant l'hiver, la ville et le château d'Evreux , dont il donna le commandement à Pianulfe de Bayeux, capitaine tresexpérimeutc'. L'an 1124? Amauri s'e'tant mis à la tête de trois cents chevaliers pour aller délivrer le château de Yalcville , assie'ge' par les troupes de Henri , tomba , le 26 mars, dans une embuscade avec sa troupe, dont une partie fut tue'e et l'aulre mise en fuite. Amauri fut du nombre des derniers ; mais il fut pris, à quelque distance du champ de bataille, par Guillaume de Grand-Cour, fils du comte d'Eu, qui lui rendit gcne'renscmcnt la liberté' au pe'ril de sa propre fortune, et se retira avec lui sur les terres de France , pour e'viter le ressentiment du roi d'Angleterre. Am:»uri , l'an 1 126, fut de l'expédition du roi Louis le Gros contre le comte d'Auvergne.

L'an 1128, nouvelle re'conciliatiou d' Amauri avec le roi d'Angleterre , <]ui lui rendit toutes ses ferres et ses premiers honneurs. Amauri, l'an 11 29, se brouilla avec le roi de France, au sujet d'Etienne de Garlande , se'ne'chal de France , oncle de sa femme, que le monarque avait disgracié; il osa même se mettre eti campagne pour lui faire la guerre. Le P. Anselme dit qu'il ne prit si chaudement le parti de son oncle que pour se maintenir dans la charge de se'ne'chal , que ceîui-ci lui avait re'signe'e contre la volonté du roi , qui avait exigé d'Etienne une démission pure et simple. Mais tout cela est avance' sans preuves. Quoi qu'il en soit, Amauri voyant que le roi d'Angleterre et Thibatiî, comte de Champagne, avec lesquels il s'était ligue contre la France, ne lui donnaient que de faibles secours, abandonna l;i partie, et se retira dans son comté d'Evreux , oii il passa le reste de ses jours dans la retraite. Amauri les termina, suivant le Brasseur , l'an 1 iSy. Outre les ex])loifs que nous venons de rapporter de lui , Suger , dans le livre de la dédicace de son église (page 555), nous apprend que, de concert avec le roi de France, il fit long-tems la guerre à Milon, châtelain de Chevreuse , terre mouvante , dit-il , de notre église II avait épousé, 1° RicHU.DE, fille de Baudouin II, comte de Hainaut, dont il fut séparé, sous prétexte de parenté, après en avoir eu Lucienne, mariée à Hugues de iMoullhéri , sire de Créci^ et se'né-

chai de France, fils de Gui le Rouge, comle de Rocliefort j 2" AoNKs , fille d'Auceau de Garlande , se'ne'chal de France, dont il eut Anianri et Simon , qui suivent, avec d'autres enfauls. ( f^ojez Amauri IV, sire de Monljort.)

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