CÉCILE
iSSq. CÉCILE, fille de Bernard VII, comte de Comminges, et de Mathe de l'Ile-Jourdain, succéda à Jean, son frère, dans la vicomte de ïurenne. Elle était mariée depuis l'an i336 avec Jacques (et non Jean) d'Aragon, comte d'Urgel, frère de Pierre IV, roi d'Aragon. Pierre-Raymond, son oncle, s'étant emparé du comté de Comminges après la mort de Jean , elle lui intenta procès à ce sujet. Le roi Philippe de Valois adjugea le comté à Pierre Raymond, par la faveur, si l'on en croit les annales d'Aragon, de Jean, duc de Normandie, fils aîné du roi; de Charles, comte d'Alençon ; et de Louis d'Espagne, comte de Clermont. Jacques d'Aragon étant mort sans enfant» l'an i347, Cécile, sa veuve, qui lui survécut jusqu'en i35o , vendit, lé 26 avril de cette année, pour 14^ mille florins d'or, la vicomte de ïurenne à Guillaume-Roger, comte de Beaufort, qui avait épousé sa sœur Eléonore,
BF.S VICOMTES DE TURENÎîE. 2b\}
GUILLÀUME-ROGER.
ï35o. Guillaume-Roger, lll* du nom, comte de Beaufort en Vallée, dans l'Anjou, baron d'Alais, d'Anduze, de Portes, de Monlclas, etc. , fils de Guillaume-Ros;er II , comte de Beauforl , et de Marie de Chambon , neveu du pane Clément VI , et frère de Pierre-Roger, qui devint aussi pape en i3j i sous le nom de Grégoire XI , s'étant mis en possession de la vicomte de Turenne en vertu de son acquisition , en rendit hommage au roi Jean dans le mois de décembre i.^5o. Ce monarque, par ses lettres du même mois et par celles du 8 février suivant , confirma les privilèges de cette vicomte, dont un des principaux était de faire payer les droits de franc-fief et les amortissements pour les biens nobles acquis par les roturiers. La Guienne ayant été cédée, l'an i3(?o, à l'Angleterre par le traité de Brétigni , Guiilaume-Koger se vit obligé de porter riiommage de sa \icomté au roi Edouard III. Mais ce duché étant revenu à la France l'an 1370, il rendit un nouvel hommage, dans le mois de janvier 1872 (v. st.), au roi Charles V. Le pape Clément VI avait versé de grandes richesses dans le isein fie sa famille. Grégoire XI ne fut pas moins prodigue envers elle. Guillaume-Roger , s'étant établi auprès de Grégoire, son frère , en Provence , obtint , par sa faveur, de la reine Jeanne plusieurs belles terres qu'elle déclara exemptes de la réunion à son domaine. Sa fidélité et son attachement à cette princesse répondirent aux grâces qu'il en avait reçues. Après la mort tragique de Jeanne, Guillaume-Hoger et Raymond-Louis, son lils , se déclarèrent hautement pour Louis d'Anjou, qu'elle avait institué son héritier, et contribuèrent beaucoup par leur valeur à lui soumettre la Provence. Mais Louis méconnut leurs services. Ce prince ayant publié un édit général pour la réunion des terres aliénées de son domaine, Guillaume-Roger, et son fils , furent traités comme les autres gentilshommes, sans égard pour Téxception qu'ils avaient obtenue de la reine Jeanne. Ce procédé les piqua vivement et surtout Raymond-Louis, que sa jeunesse rendait plus sensible aux mauvais traitements. Mais, tandis qu'il éclate en plaintes et en invectives, tandis qu'il médite une vengeance, Louis il'Anjou meurt le 21 septembie i384. Déterminé toujours à poursuivre la justice qu'il prétendait lui être due, Raymond- Louis s'adresse à la reine Marie de Blois , veuve de Louis d'Anjou, et tutrice de Louis II, son fils, la supplie de se rappeler le souvenir des services qu'il a rendus à sou époux, et lui demande, pour dédommagement des fiviis considérables qu'ils lui ont occasionés, d'clre rétabli daus ic» X. " 3?
SCjo CHRONOLOGIE HISTORtQfE
terres dont le feu roi l'a dépouillé. La réponse de Marie fat que l'édit étant général, elle n'y peut déroger; que si néanmoins il prétend lui être dû quelque chose par le feu roi , son époux, elle offre de le rembourser suivant l'arbitrage de quelques gentilshommes. Raymond-Louis fut encore plus mal accueilli du pape Clément VU, auquel il demandait les biens meubles du feu pape Grégoire XI, son oncle, et plusieurs sommes qu'il prétendait lui être dues par la chambre apostolique., Alors il prend la résolution de se faire justice par la voie des armes. Il fortifie ses châteaux, il lève des troupes , il assemble ses amis, et se met à courir la Provence et le Yenaissin , abattant les châteaux, brûlant les villages, pillant les campagnes, et laissant partout des traces funestes de son passage. Il étendit ses ravages cians le Valenlinois, pourse venger du comte Aimar V et de l'evécpje de Valence , sur lesquels il avait des répélitiois à faire, dont ils refusaient de lui faire raison. Le roi Cbarles VJ, l'an 1^92, envoya sur les lieux quatre commissaires, savoir Philippe de Moulens , évêque de Noyon ; Jacques de Montmaur, gouverneur de Dauphiné ; Jean d'Eslouteville , conseiller; et Henri de Maulone, secrétaire du roi , pour accorder îlaymond-' Louis avec le pape, l'évêque de Valence et le comte de Valentinois. S'étant tiansportés en la ville de Saint-Remi , en Provence, ils rendirent, le 5 mai, leur jugement, auquel Raymond-Louis, présent en personne, et les procureurs des autres parties , se soumirent ; ce qui fut confirmé le jour suivant par lettres du pape , données dans son palais d'Avignon. (Justel , Hist. de la M. de Turenne ^ pr. , pp. 128 , i3.^. ) Mais la guerre continua entre Raj mon<i-Louis et le comte de Provence. Guillaume-Roger , qui s'était retiré à Paris avant qu'elle éclatât , et qui ne paraît y avoir pris aucune part , n'en vit pas la fin. It mourut en cette capitale le 2.2. mars i3g5 ( n. st.), deux jours après avoir fait son testament. D'Eleonore de Comminges, fdle de Bernard Vlll , comte de Comminges, qu'il avait épousée par contrat du iS décembre i34g (vivante encore en 1%") , il laissa Raymond Louis dont on vient de parler ; Elconoit; qui viendra ci-après; Cécile, première femme de Louis de Poitieis, ll*^. du nom, comte de Valentinois; Jeanne, mariée. 1°. à Raymond, seigneur de Baux, en Provence, et comte d'Avellino au royaume de Naples; 2". à Gui de Chauvigni , seigneur de Cbàteauroux ; et iMarguerite, femme, 1°. d'Armand, vicomte de Polignac ; 2.°. de Jean le Vayer, seigneur de Cocsmc.
RAYiMOND-LOUlS.
iSgo. Raymond -Louis était associé depuis long-tems à
Guillaume- Roger , son père, dans le titre de vicomte de Turenne et le gouvernement de tous ses domaines, lorsqu'il devint son successeur, li continua la guerre ou plutt^t ses brigandages contre le comte de Provence. Charles , prince de ïarente, frère du roi Louis 1, que la reine Marie lui avait opposé, étant venu l'assiéger, l'an i4oo, dans le château dé ïîaux dont il s'était emparé , il trouva moyen de s'échapper lorsqu'il vit la place réduite aux abois. Gar.fridi assure qu'en voulant traverser le Rhône à cheval, daris sa fuite, il s'y noya. Ce qui est certain, c'est qu'il vivait encore en ui'?- N^ous en avons la preuve dans une lettre de Jean , duc de Berri , adressée cette année au parlement de Provence, pour lui recommander !5on (hier oncle messire Raymond , comte de Beaii/orl et d'Alest, vicomte de Turenne et de Vulerne ^ etc. , auquel on cotileslait les châteaux et chatellenies.de Pontgibaut , de Nayrac , de Nebousac, des Granges et de Taletas , qu'il avait acquis de Jean, comte de Boulogne et d'Auvergne. (Justel , ibid. pr. ^ ])ag. i3y. ) Raymond-I.ouis finit ses jours au niois de juin de cette année, maison ignore de quelle manière. Il avait épousé, par contrat du 28 octobre iSyS , Marie, fille de Jean I, comte d'Auvergne et de Boulogne, morte le 2 mai 1.^88, après lui avoir donné Antoinette , mariée , par contrat du 28 décembre i3qS, à Jean le Maingre, dit Boucicaut II, créé maréchal de France, le 2.6 décembre i3c)i. Raymond-Louis, par son testament fait au château de Bousols , le 5 juillet iSgt), avait donné à Louis, duc d'Orléans, ses comtés de Beaufort et de Castillon , avec ses prétentions sur ceux d'Avellino et de l'Ile-Jourdain , à la charge de défendre ses héritiers contre tous, et surtout contre Antoinette, sa fille, qu'il deshéritait à cause de son ingratitude, ne lui laissant que ce qu'il lui avait donné en la mariant, et faisant héritière universelle du reste de ses biens Eléouore , sa sœur. Mais il paraît qu'il révoqua depuis cette exhérédation , puisque nous voyons par divers actes , qu'Antoinette prenait les titres de comtesse de Beaufort et de vicomtesse de Turenne. Elle en fit même donation à son mari, ainsi que des baronnies de Bousols et de Fai , par acte du 10 avril i4'3, et qu'elle confirma par codicille du 18 juillet i4ï^, au chàteaii d'\lais, peu de jours avant sa mort. Mais Boucicaut' ayant été liait prisonnier, en i4i5 , à la bataille d'Aziricourt et emmené en Angleterre, où il mourut au mois de mai 1421 , sans laisser d'enfants, ne jouit point du bénéfice »ie cette donation.
ÉLEONORE DE BEAUFORT.
14 >7- EiÉONORE t>E Bc/vuronr, fille de Gulllairme-Rog^er 1U>
iîQ^ CUROSOLOGIE HISTOPJQUE
comte de Beaufort, et vicomte de Turenne , veuve d'Edouard, sire de Beaujeu , mort le 1 1 août i4oo, se mit, après la mort de Raymond-Louis, son frère, en possession des comtés de Beaufort et d'Âlais, de la vicomte de Turenne et des autres biens d'Antoinette, sa nièce, sans égard pour la donation qu'elle en avait faite au maréchal de Boucicaut, Le roi (Charles VI jeçut l'hommage qu'elle lui lit, le 5 juillet 14177 de ces domaines , dont elle jouit sans aucune opposition. L'an 14^0, n'ayant point d'enfants, elle fit, le 16 août, à PoullU-le- Château , en Beaujolais, son testament par lequel elle laissa la vicomte de Turenne, avec celle de Valerne , en Provence , et ce qu'elle possédait en Auvergne , à son cousin Amanieu de Beaufort , auquel elle substituait , en cas de mort sans lignée, Pierre de Beaufort, son frère ; et à Louis de (.anillac, le comté d'Alais, avec les baronnies de Bagnols et d'Anduze. Eleouore mourut deux jours après cet acte,, et fut inhumée à Belleville , en Beaujolais.
AMANIEU DE BEAUFORT.
1420. Amanieu de Beaufort, fds aîné de Nicolas de Beaufort, seigneur d'Hermenc, en Auvergne, et petit-fils, par son père, de Guillaume-Koger II, comte de Beaufort, et da Marie de Chambon , succéda à sa cousine Eléonore dans la vicomte de Turenne et les autres domaines qu'elle lui avait lègues. Mais à peine eut-il le tems d'en prendre possession, la rnort l'ayant emporté à Tàge de quatorze ans , vers le premier octobre 1420.