ETIENNE I
L'an 1 1 Sa , Etienne I , troisième fils de Thibaut le Grand , comte de Blois et de Champagne, ayant eu pour son lot, dans le partage que ce prince fit de ses domaines, la seigneurie de Sancerre avec ses dépendances , s'en qualifia comte , parce qu'il était de race comtale. L'an n53 (et non pas ii56), il enleva Hermesende, ou Hermensède , dite aussi Alix, fille de Geoffroi III , seigneur de Donzi , quelques jours après qu'elle avait été mariée avec Ansel, sire de Trainel, et Tépousa. Ànsel, tlésolé de l'enlèvement de sa femme , en porta ses plaintes à
CHRON. «IST. DES C05ÎTES DE SANCERRE. So/
Henri, comte de Champagne, son suzerain comme celui du comte de Saucerre. Henri prit avec chaleur les intérêts d'Ansel. Mais comme les lois féodales ne permettaient pas aux grands vassaux de faire la guerre à ceux qui relevaient d'eux, sans la permission du souverain , Henri s'adressa au roi Louis le Jeune, pour lui demander justice de l'attentat d'Etienne. Le monarque promit de la faire. Il tint parole; et, ayant joint . ses troupes à celles du comte de Champagne et du sire de Trainel , il vint assiéger Etienne dans le château de Saint-Aignan , où il s'était renfermé avec sa femme. Forcé de capituler, Etierme rendit la place avec Hermesende, qui la lui avait apportée en dot. L'une et l'autre, par-là, rentrèrent dans la possession du sire de Trainel. Voilà comme un moderne , d'après im ancien monument, raconte les choses. {Mém. de l'/lcad. , tome XXVI, p. G8o. ) Le récit du Continuateur d'Aimoin est tout différent. Geoffroi de Donzi , seigneur de Gien , dit-il , donna sa fille à Etienne, comte de Sancerre , dans l'espérance qu'il le défendrait contre les incursions du comte de Ncvers ; et , pour l'y engager par son propre intérêt, il donna sa terre de Gien en dot à sa fdle. Mais Hervé, fils de Geoffroi, à qui cette terre devait revenir par droit hérédit.iire , réclama contre cette donation, et se pourvut devant le roi pour ohliger Etienne à lui rendre son héritage. Louis le Jeune, faisant droit sur la plainte d'Hervé, amena des troupes devant le château de Gien, que le comte de Sancerre avait muni d'une forte garnison , mais dont il avait jugé à propos de s'absenter aux approches de l'armée rojale. La place fut emportée d'assaut dès les premier* jours du siège; et, le roi l'ayant remise à Hervé , chacun , dit notre historien, s'en retourna chez soi. Cette narration est la plus simple ; mais est-elle la plus vraie .■' C'est ce qu'il serait trop long de discuter. Ce nul paraît certain . c'est qu'Etienne conserva sa femme Hermesende. L'an iiSy, il eut guerre avec Guillaume III , comte de ISevers, qui, le 7 mars, prit et ruina le château de Sancerre. C'est ainsi que porte la leçon d'un manuscrit de la petite chronique d'Auxerre. Mais dans un autre exemplaire, au lieu de Castrnm sacfi Cœsaris ^ on lit Caslrum. censurii^ Chatel-Censoir, qui appartenait alors à un nommé Gymon , vassal du seigneur de Donzi , avec lequel ( cette leçon supposée vraie ) il aurait été au secours du comte de Sancerre. L'an ii6i, après la mort de Guillaume III, Etienne recommença les hostilités contre Guillaume IV, successeur de Guillaume III. Elles cessèrent en 11 63, après la victoire que Guillaume remporta au mois d'avril sur lui et sur le comte de Joigni , son allié , près de la Marche > entre Neyers et la Gha-
SoS CHRONOLOGIE HISTORIQUr,
rite. Etienne, l'an 1171, accompagna Huoues lïl, cluc de Bourgogne, dans le voyage qui! fa outrc-nior, eL fut forleur, des sommes que le roi Louis le Jeune avait desùnées pour les Chrétiens de la Terre-Sainte. Après être resté t!eux mois à la cour du roi Amauri , qui compîait lui faire épouser sa fille (Etienne était veuT alors ) , il partit furlivemenl , etrepjitla route de France. Mais il fut pris en chemin par un parti de Mllon, prince d'Arménie, <jui l'arrêta près de Mamislre , \ilie peu éloignée d'iconium. Tout son équipage lui fut enlevé, à [exception d'un médiocre cheval sur lequel il revint chez lui. Il assista, l'an siy-'J, au parlement de Paris, où plusieurs prélats et seigneurs embrassèrent le parti de Henri au Court -^ïanlel contre le roi d'Angleterre, Henri ÎI, son père : Etienne fut de ce nombre. Etant entré. Tan 11 80 , dans la ligue de la reinemère, des princes de la maison de Champagne et d'autres sei^ gneurs , contre le jeune roi Philippe Auguste, il se jeta sur la terre et la cité de Bourges, et gastoieiit et ardoient ses gens, dit une ancienne chronique manuscrite , tout le pays entor. iMais le monarque, s'étanl mis pLcmptemcnt en campagne, assiégea Chàtiilon-sur-Loing, appartenant au comte d(^Sanccrre, prit la place, la rasa , ft, par ce coup de vigueur , étonna tellement Etienne , qu'il s'empressa de lui demander la paix et le retour de ses bonnes grâces. Ses confédérés en firent de même; et te fut le roi d'Ânelelerre , lienri le Vieux , dont ils avaient imploré le secours, qui ménagea leur réconciliation dans une conférence qu'il eut avec Philippe Auguste entre Trie et Gisors, (Hoveden.)
Eiienne Ht , Tan 1 190 , un second voyage à la Terre-Sainte, et y fut tué l'année suivante au siège d'Acre, à l'âge de cinquante huit ans. Matiii'^de, sa seconde femme, qui !ui survécut , et dont on ignore 1 origine aussi bien (ine lannée de son mariage, lui donna Guillaume, qui suit : -Jean, mort sans alliance: et Etienne, soigneur de (diâtillon-sur-Loing , grandbouteiller de France. Le comte Etienne fut un prince capricieux, turbulent , esclave de ses passions. Il est qualifié, par Guillaume de Tyr, t/y quidem carne nolnlls , morihus non ita. On doit cependant lui ienir compte de l'abolition qu'il fit d'une coutume biz;rre et con'.raire au repos public. Les liabitants de Sancerre faisaient tous les ans à ceux de Saint-Satur, leurs voisins , une petite guerre , où. après avoir fait un prisonnier, ils le livraient à leur prévôt , qui, dans les fêtes de Pâques, lui donnait la liberté , comme fit Pilale à l'égard de Barabbas. Mais les Sancerrois , privés de ce prétendu droit , lui suJjstltuèrent un autre usage non moins absurde , dont nous parlerons dans la suite.
GUILLAUME
1191. GUILLAU3IE succéda en bas âge à Etienne , son père, dans le comté de Sancerre, sous la garde-noble ou radvocalie , comme on parlait alors, de son oncle Guillaume de Cbampagne, archevêque de Reiras. jNIais la reine Alix, sœur du prélat, lui disnula cette fonction. Il fallut, pour terminer la querelle, où le roi Philippe Auguste prit parti pour sa mère, entrer en composition. L'accord se fit aux dépens du pupille, dont les droits sur le tonlieu de Provins et les autres revenus en cen— sives qu il avait en cette ville , furent cédés à !a reine pour l'engager à se désister. ( Carhd. de Champ. , dit liber principum , fol. 170 t'". ) On ne doit pas être étonne qu Alix ait mis son désistement à si haut prix. « Les baillistres, dit la Thaumassière, » étaient, de ce îems-là, comme les seigneurs des terres de >> leurs mineurs; ils en payaient le droit de rachat aux seigneurs » dominants. Quelques-uns même se qualifiaient seigneurs des j) fiefs appartenants à ceux qu'ils avaient en bail , pendant le— 3) quel ils usaient de tous les droits et prérogatives des sei- » gneurs. C'est la raison , ajoute-t-il, par laquelle le cardinal M de Champagne , baillistre du comte de Sancerre , faisait en » son nom et à son image battre monnaie à Sancerre , tout j) ainsi que le comte aurait pu faire s'il eut été à ses droits. » Le même histcrien pense que le comte Guillaume était hors de bail en 1201 , sur ce qu'il fut du nombre des seigneurs que Blanche, comtesse de Champagne, veuve de Thibaut III, donna pour pleiges au roi Philippe Auguste de la promesse qu'elle lui fit de ne point se remarier sans son consentement , et de remettre entre ses mains l'enfant qui naîtrait d'elle, en cas qu'elle fût enceinte. L'an 1:109 , Guillaume fit hommage à la même comtesse Blanche , en présence de Jean , comte de Brienne , et de GuUlaume, comte de Joigni , qui en dressèrent l'acte., où l'on voit en détail les fiefs qui relevaient du comté de Sancerre, et dont les principaux sont Montfaucon, Saint- Briçon, Châlillon-sur-Lcing, Sully, Vevre. ( Martenne , Thrsaii. Anccd. , tome I, col. 814.) L'an laoc), Guillaume fit, à l'exemple de son père , un acte qui prouva son amour pour le bon ordre. Les habitants de Sancerre avaient remplacé l'usage abusit que le comte Etienne avait, comme nous l'avons dit, aboli, par un autre, qui était de descendre tous les ans , le lundi Je Pâques , le rui des jeux à leur tête , dans le bourg de Saint- Satur, et de tuer tous les chiens qu'ils rencontraient. Cette expédition tumultueuse excitant des querelles qui devenaient quclqucfo.Si
funestes, le comte Guillaume la supprima dans le mois rîe mars, en présence de Gautier de Courceiles, son stMiéchal. (Hisi. de Saucerre , page 5H.) L'an 1217, il partit avec Pierre de Courtenai , comte u'Âuxcrre, son beau-frère, qui allait prendre possession de Tempire de Constantinople. Il fut pris avec lui, la même année, par Théodore l'Ange Comnène , empei-eur de Thessaloniqne ,' et ils moururent l'un et l'autre en prison , l'an 1218. Marie de Charenton, première femme de Guillaume, le fit père de Louis, qui suit; d't tienne, seigneur de Saint- Briçon ; et de Béatrix, femme de Guillaume I, comte de Joigni. EUSTACHIE DE CouRiENAl, sa seconde femme , sœur de Pierre, empereur de Constantinople , ne lui donna point d'enfants. Nous avons une charte de cette comtesse, en date de l'an 1218 , par laquelle elle déclare que son époux, en partant pour la Terre-Sainte, l'avait chargée d'assigner, en aumône , à telle maison religieuse qu'elle jugerait à propos, une rente perpétuelle de dix livres, à prendre sur le minage et le tonlieu de la Ferté-Loupière. En coiiséqence , elle applique ladite aumouG au prieure de Senan (près de Guerchi , diocèce de Sens), membre de l'abbaye de Moléme. ( CartiU. secundum Molism. ^ fol.ioj,,'^.)
LOUIS L
121 8. Louis I, fils de Guillaume, lui succéda, étant encore mineur, sous la garde-noble de Robert deCourtenai, conformément à la disposition que son père avait consignée dans un acte passé au mois de décembre 1216, peu de tems avant son départ pour la Terre-Sainte. Il était dit, dans cet acte, que, du consentement de Blanche, comtesse de Champagne, sa dame suzeraine, il laissait pour quatre ans, à compter de Pâques prochain , à Robert de Courtenai , sa terre de Sanccrre avec ses dépendances , de manière que s'il venait à mourir pendant son voyage , Robert aurait le bail de cette terre jusqu'à ce que Louis, fds de Guillaume, fût parvenu à l'âge de majorité , c'està-dire à vingt et un ans accomplis. ( Labbe , Mel. cur. , tome II, page 640.) Louis avait par conséquent dix-sept à dix-huit ans à la mort de son père. L'an 1221 , au mois de mars, il rendit hommage à Thibaut , comte de Champagne , et se servit , pour en sceller l'acte , du sceau de son tuteur. ( Labbe, ibidem , page 652. ) Mais dans la suite, il devint vassal immédiat de la couronne par la vente que Thibaut fit au roi saint Louis de la suzeraineté de Sancerrc. Ce comte fut un des grands du royaume fie France cjui écrivirent, l'an i235, au pape Grégoira IX,
DES COMTES DE SANCERRE. 3lt
contre les prélenlions tics prélats , louchant l'étendue de leur juridiction. Il mourut Tan 1268 (et non pas 1264, comme le dit Ménage), laissant, suivant le père Anselme, de Jeanine DE CouRTENAi, sa première femme, Jean, cjui suit ; Piobert et une fdie. Il n'eut point d'enfants d'IsABEAU DE Mayenne, sa seconde femme, veuve de Dreux de Mello , qu'il avait épousée en 1245 (morte vers i2,S6). Du Bouchet et la Thaum.issière donnent à Isabeau les trois enfants que nous venons de nommer.
JEAN I
1268. Jean I, fds aîné de Louis I et son successeur au comté de Sancerre , avait épousé, du vivant de son père, Makie, fdie d'Hervé II , seigneur de Vierzon , et sœur d'Hervé III , qui lui succéda, l'an 1269, dans les seigneuries de Menetou-Salon et de Soesme. Quelque tems après la mort de son père, le comte Jean transporta ces deux terres à Robert, son frère, pour terminer le différent qui était entre eux touchant le partage de la succession paternelle, et assigna d'autres fonds à sa femme pour remplacer sa dot. Cet arrangement de famille fut fait à 1 abbaye de Noir- Lac par l'arbitrage des seigneurs de Chàteau-Koux, ea présence de l'oflicial de Bourges. Le comte Jean ne fut pas moins jaloux de ses droits que ses prédécesseurs. Ses juges ayant été troublés parle bailli de Bourges pour la connaissance du port d'armes, il obtint, l'an layS, un arrêt du parlement de Paris , faisant défenses au bailli de Bourges de le troubler dans la possession de ce droit. Mais , ayant négligé de faire justice de quelques-uns de ses gens qui avaient frappé un clerc , il fut condamné, l'an 1274 ^ à une amende de cinquante livres envers le roi. On ignore le tems précis de sa mort; mais cet événement ne devança guère la fin de l'an 1280. Il laissa de son mariage Etienne et Jean, qui suivent ; Thibaut, archidiacre de Bourges, puis évéque de Tournai; Louis, seigneur de Sagonne i Blanche, mariée à Pierre de Brosse, seigneur de Boussac; et Agnès, femme en secondes noces de Henri du Bos, sire de Toesni.