‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 199 sur 277 · CONRAD DIT LE PACIFIQUE · texte numérisé non relu

CONRAD DIT LE PACIFIQUE

937. CoNR\D, fils de Rodolfe II , âgé de huit on neuf ans, succède à son père, et demeure sous la tutelle des grands de son royaume parla retraite de sa mère, qui se remaria, comme on vient de le dire , peu de tems après la mort de Rodolfe , avec Hugues, roi d'Italie. Otton I, roi de Germanie, à qui ses grandes qualités et ses victoires méritèrent le surnom de Grand, voulant pourvoir à l'éducation de ce jeune prince , le fit venir à sa cour, et s'appliqua lui-même à le former à la vertu et à la science du gouvernement. Il paraît qu'il était de retour dans ses états , en 943. La manière dont il les gouverna fit l'éloge de son instituteur et le sien. Dès qu'il eut commencé à régner par lui-même, il convoqua une assemblée générale dans laquelle il fit des lois et des règlements très-sages. L'an «)46 , il joignit ses troupes à celles d'Otton , et l'accompagna en personne dans l'expédition qu'il fit en France , pour secourir le roi Louis d Outremer contre les frères d'Hugues le Grand.. "Vers l'an 960, il se défit, par un stratagème singulier, des Hongrois et des Sarrasins, qui menaçaient son royaume. Ayant

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appelé à son secours les Sarrasins contre' les Hongrois , et les Hongrois contre les Sarrasins, les armées présentes , il les anime au combat les uns contre les autres; et , lorsque des deux -côtes elles s'attendent à être secourues de lui, il les enveloppe et les taille en pièces. La défaite de ces barbares affermit tellement la paix dans les états de Conrad , que pendant plus de quarante ans que son règne dura encore, il ne fut point, troublé. La douceur de ce prince , sa modération , son équité , son attention à maintenir le repos public, lai ont fait donner le surnom de Pacifique , titre , sans contredit , préférable à celui de conquérant. Son règne aussi heureux que long, fut de près de cinquante-sept ans , ce prince étant mort le il) octobre de Tan gg^. Ji avait épousé, i*. , Auelaine. ou Adèle, que nous trouvons dénommée dans des chartes de Cluni, des années 907 et 944» mais dont nous n'avons pu découvrir l'origine ; a*'. , vers i'an gSi» , j^Iathilde, ifilie du roi Louis d'Outremer , qui lui apporta en dot la ville de Lyon, qu'il réunit à son royaume. Les auteurs varient beaucoup sur le nombre des enfants de Conrad. Du Chesne lui donne un fils et quatre filles ; Rodolfe, qui fut son successeur ; Berthe , Gisèle, Gerberge ou Guêpe, et Mathilde. Berthe épousa Kudes I , comte de Blois et de Chartres, et après sa mort elle se remaria, l'an 995, au roi Robert ; qui fut obligé delà quitter pour cause d'affinité. Gisèle fut mariée à Henri, duc de Bavière, et fut mère de Henri H, qni fut empereur. Gerbt^rge épousa Herman H , duc de Suabe , et Mathilde Baudouin lll , comte de Flandre, puis Godefroi d'Ardennes, dit l'Ancien, comte de Verdun, suivant la généalogie de saint Arnoiil. Mais d'autres écrivains prétendent que Mathilde, femme du comte Baudouin, était fille d'Herman Billing, duc de Saxe. A ces enfants de Conrad, D. Plancher en ajoute deux autres ; le premier est un Conrad , dont le sort est ignoré ; et le second , Burchard , qui fut archevêque de Lyon, depuis 979, jusqu'en io4i. Le roi Conrad , dans ses chartes , prenait le titre de roi des Provences, c'est-à-dire, des deux gouvernements généraux, compris dans le royaume d'Arles, dont l'un était celui du Lyonnais et du Viennois , au nord de l'Isère, et l'autre, celui de Provence.

RODOLFE ni , DIT LE FAINÉANT.

990. -RoDOLFE m, fils aîné de Conrad et de Mathilde, Succéda dans le royaume d'Arles , à son père , l'an 99^. C'est i époque marquée par tous les historiens. Cependant nous avons sous les. yeux la cliarte d'une donation faite à Cluni, par Hum- Jbert , évéque de. Grenoble, dont la date porte a/2/io ub iucarn»

DES KOlS DE BOURGOGNE. BSy

Dom. nongentesimo nonagesimo primo , régnante Rodulfo rege f anno tertio regni e/'us ; d'où iî iaiulrait, ce semble, conclure que Rodolfe avait été en société du trône avec son père , l'espace d'environ cinq ans. Mais il nous paraît plus vraisemblable qu'il y a transposition dans cette date par la précipitation du notaire, qui aurait dû mettre anno nongentesimo nonagesimo tertio, >'^8'~ itante Rodulfo rege , anno piinio re^ni ejus. Quoi qu'il en soit, Bodolfe mourut le 6 septembre lo.Ja , ayant régné seul trenteneuf ans. Il ne laissa point d'enfants , quoiqu'il eût eu deux femmes , Agiltrude et Ermengarde. Son indolence lui mérita l'épithète flétrissante de fainéant , et causa, pendant la plus grande partie de son règne , une espèce d'anarchie dans ses états. Il avait pour ministre un gentilhomme poitevin , nommé Guillaume , auquel il avait abandonné les rênes du gouvernement, l^'an 9')'^, par un diplôme daté des calendes de mars , la cinquième année de son règne , il fonda et orna richement le monastère de Bevai , Bti^acense y au diocèse de Lausanne, qu'il soumit à saint Odilon et à ses successeurs, abbés de Cluni ; ordonnant que son héritier soit avoué du monastère, et qu'il le gouverne sous l'autorité de saint Odilon ou de son successeur ; voulant , de plus , qu'à perpétuité un de ses descendants ou avant-cause ail toujours l'avouerie de ce monastère. { Arch. de Cluni.') I..'an 99y , 1 impératrice Adélaïde, tante de Rodolfe, apprenant les discordes qui régnaient dans la haute Bourgogne, se rendit sur les lieux, pour y établir la paix, hile reconcilia plusieurs factieux ; et a regard des autres , elle les abandonna , dit saint Odilon dans la vie de cette princesse , à la divine providence. L'an >ooi , nouveaux troubles en Bourgogne; presque toute la noblesse se soulève contre Rodolfe, à l'occasion d'un de ses vassaux, que son ministre avait dépouillé de son patrimoine. On en vint aux armes ; et Rodolfe , dans une bataille, quoique avec une armée supérieure en nombre, fut battu et mis en fuite. (Leibn., Saipt. Briinso. ^ tom. i, pag. 293.) Cette défaite rendit méprisable i\odol(e, et enhardit ses vassaux à le braver en toute occasion. D'outrages en outrages ils en vinrent. Tan loiG, jusqu'à vouloir le déposer, rlodolfe, dont la faiblesse était augmentée par le poids de l'âge , ne vit

Î)as d'autre moyen de parer le coup, que de se remettre entre es mains de l empereur Henri 11 , son neveu. L'étant allé trouvera Strasbourg, il lui resigna sa couronne , dit un auteur du tems , c'est-à-dire qu il lui en assura l'hérédité. Henri accepta l'offre, et renvoya son oncle comble de présents. Il ne tarda pas à le suivre. La présence de l'empereur imposa aux rebelles. Ayant assemblé les états , il y pourvut à la sûreté jpublique et au mainlicn de l'autorité royale par Je sages re^le-

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Hients , flonl il assura rexécutlon en exigeant des otages, qu'il •emmena avec lui en Allemagne. Alors les rebelles se voyant TTiéprisës du peuple à leur tour, et dépouillés du pouvoir tyran- Tiique qu'ils avaient usurpé, vinrent se jeter aux pieds de J'xodolfe , le jiriant d'oublier le passé , avec promesse de lui obéir désormais en tout , et le conjurant de ne point les faire passer sous la domination d'un prince étranger. « Vous savez, » lui disaient-ils, que, par une loi constamment observée, 3) les Bourguignons ne doivent point avoir d'autre roi que celui 3> qu'ils auront élu. Ne soyez pas le premier à la violer ». Hodolfe, touché de leurs remontrances, retourne auprès de l'empereur pour l'engager à rompre le traité qu'ils avaient fait ensemble. Henri, prince équitable, connaissant que ce traité Ti'était de la part de son oncle, que l'effet de la nécessité des conjoncttnes, ne fit aucune difficulté de le résilier, (Bouquet, tom. X, pag. i"59) L'an lOi'S, nouveau soulèvement des seigneurs bourguignons contre Rodolfe. C'est encore à l'empereur, son neveu, qu'il a recours. Il tenait une diète à Mayence, au mois de février, lorsque Bodolfe vint le trouver. Dès qu'il l'eut terminée, il partit et s'avança jusqu'à Bàle , avec une armée, qu'il remit à Werner, évêque de Strasbourg, pour cliâtier les Bourguignons. Le prélat , les ayant trouvés prêts à lui faire tète , leur livre une bataille où ils sont défaits ; ce qui les oblige à rentrer dans le devoir. Henri étant mort l'an 1024, les séditions recommencent en Bourgogne. Bodolfe, pour les appaiser, institue son héritier, mais d'une manière irrévocable, Conrad le Sallque , successeur de Henri, et mari 'le Gisèle, sa nièce, fille de Gerberge, sa sœur, et d'Hermanll, duc de Suabe. Cet arrangement indisposa fort les enfants ou descendants des autres sœurs de liodolfe , et surtout Eudes II, comte de Champagne et de Blois , fils de Berlhe , sa sœur aînée. ( On peut voir à l'article des comtes de Blois et de Champagne, les efforts qu'il fit pour s'emparer d'un royaume qu'il croyait lui appartenir de droit , et l'issue malheureuse qu'ils eurent, l'an 1087 , à la bataille de Bar-le-Duc, où il périt. ) Conrad , néanmoins , se défiant de l'inconstance de Rodolfe, s'avança, l'an 1026, vers la Bourgogne, et suiprit la ville de Bàle, pour découvrir, dit Wippon , par cet acte d'hostilité , si le roi de Bourgogne n'avait pas changé de disposition à son égard. La patience avec laquelle Kodolfe souffrit cette incartade, était bien capable de le détromper. Il fut encore plus désabusé, lorsqu'ayant passé les monts sur la fin de cette campagne, il reçut, dans son camp d'Jvrée, les ambassadeurs de Rodolfe, charges de lui annoncer qu'il se disposait à faire le voyage de Rome , pour assister à la cérémonie de

DES ROIS DE BOURGOGNE. SSg

son couronnement impérial. Elle se fit le jour de Pâques 102-, et Rodoîfc y fut présent avec le roi d'Angleterre. Cependant il apprit qu'i^rnest, duc de Suabe , qui prétendait aussi à sa succession, menaçait de profiter de son absence, pour envahir la Bourgogne. Il revint en diligence , et son r 'lour précipité ne permit pas au duc dVxéculer son dessein. Conrad ayant repassé les monts, dans la même année, Kodolfe vint le trouver aux environs de Bàle. Après s être entretenu familièrement avec lui , Conrad le conduisit dans la ville : liahito familiurî collo^ ijuio, dit W"ippon , imperator regem diixil in urhun. Ce fut alors que les deux souverains firent, par la médiation de l'impératrice Gisèle , un traité par lequel Rodolfe conféra le royaume de Bourgogne à Conrad (et non pas à Henri, son fils , comme le dit un moderne) de la même manière qu'il l'avait donné précédemment à l'empereur Henri 11. L"an io32, Rodolfe, étant près de mourir, envoie ses ornements royaux à Conrad par un de ses officiers, nommé Sélinger. {Herman. Confracf.)

L'an io33, Cojsrad , ayant assemblé son armée, entre en Bourgogne par Soleure ; et s'etant rendu à l'abbaye de f'ayerne, il s'y fait élire roi de Bourgogne par les grands et le peuple, le jour de la Purification et couronner le même jour. (Wippon.) Ce monarque rétablit , autant que les conjonctures le lai permirent, l'ordre et la subordination dans ses nouveaux états. Il soumit à son obéissance la plupart des seigneurs , et les obligea de lui prêter serment de fidélité; il assiégea et prit des villes qui refusaient de le reconnaître. Il ne put cependant empêcher qu'il ne se formât dans ce royaume de petites souverainetés héréditaires . sous la simple mouvance de l'empire. Ses successeurs en laissèrent accroître le nombre à tel point , que le royaume d'Arles ne devint, pour eux, qu'un vain titre. Ils concoururent eux-mêmes au démembrement de cette monarchie, parla facilité avec laquelle ils accordèrent à la plupart des prélats qu'elle comprenait , la jouissance des dnjits régaliens dans les villes de leur résidence. C'est de là que l'archevêque de Lyon date sa qualité d'exarque ; l'archevêque de Besançon et les évêques de Bàle, de Genève, de Lausanne et de Eellai, leur titre de p'.inces d'empire; l'archevêque d'Embrun et l'évêque de Grenoble , celui de prince ; et l'archevêque de Vienne , avec les évêques de Valence, de Gap et de Die, la qualité de comtes. Les rois d'Arles ne conservèrent pas même la suzeraineté sur tous les états qui s'étaient formés des débris de ce royaume. La plus grande partie, en effet, passa successivement à différents titres, sous la domination des rois de France , dont ils avaient été anciennement démembrés. Une autre partie accéda à la ligue helvétique. Le reste , composé des comtés de Savoie

3f)0 CHRON. HIST. DES ROIS DE BOURGOGNE.

et de ÎMontbeillard et de l'évêché de Bàle , fut admis à la cité germanique , et figure aujourd'hui parmi les états de l'empire, (Pftffel.)

L'an io38, Henri dit le Nom, fds unique de Conrad, fut couronné roi de Bourgogne ou d'Arles, à Soleure , en présence de son père, auquel il succéda pareillement dans l'empire, sous le nom de Henri III. ( Voy. l'empereur Henri III.)

L'an io56, Henri, fils de Henri le Noir , lui succéda à l'âge de sept ans , sous la tutelle d'Agnès, sa mère , et réunit , comme son père, les litres d'empereur et de roi de Bourgogne ou d'Arles. ( Voy. l'empereur Henri IV. )

L'an iio6, Henri V , succède à Henri IV, son père, et meurt l'an iisS. f.a mort de ce prince, qui ne laissait point d'enfants , donna lieu à de grands troubles dans l'empire et dans le royaume d'Arles. Lothaire , duc de Saxe , élu pour succéder à Henri V, prétendant que le royaume d Arles était uni à l'empire, en disposa comme souverain, et établit ( onrad, duc de Zéringhen , duc ou gouverneur de Bourgogne, pour lui et pour ses héritiers. L'empereur Frédéric I, différant de Lothaire dans la manière de penser sur ce royaume , le transmit par son testament , comme un bien héréditaire de sa maison, à celui de ses enfants qui n'était pas désigné pour lui succéder à l'empire. Mais, après l'extinction de la maison de Suabe, l'empereur Rodolfe de Habsbourg fit revivre les prétentions de Lothaire, et donna, l'an 1280 , l'investiture de la Provence, d'abord à Marguerite, veuve du roi saint Louis, puis à Charles I, roi de Sicile, à qui Marguerite disputait une portion de ce comté dont il était possesseur. ( Voy. Charles 1 , comte de Provence. ) Du reste jamais l'autorité des empereurs d'Allemagne n'a été bien considérable dans les pays , situés entre les Alpes et le Rhône. Contents de conserver un titre de souveraineté sur quelques partie du royaume d'Arles, ils n'ont jamais pensé à le rétablir.

DES

LiK Provence, Proi>incia Narbonensis ^ ou simplement Pro^ vincia , ainsi appelée par les Romains , lorscju'ils euront par là commencé la conquête des Gaules , et auparavant Liguria transa/pina , selon Varron , est séparée de l'Italie par les Alpes et le Var , et du I.anguedoc par le Rhône ; bornée au nord par le Dauphiné , et au sud par la Méditérannée : sa plus grande lontiueur est d'environ cinquante-cinq lieues sur quarante de largeur. Les Romains y portèrent la guerre , pour la première fois, Tan 629 de Rome. (i25 ans avant J.-C.) Ce furent les Marseillais , Phocéens d'origine , qui les appelèrent à leur secours pour se défendre contre les Salvyens , ou Salyens y qui dévastaient leur territoire. M. Flnvius Flacus , chargé de cette expédition, soumit les Salyens ; mais à peine eut - il passé les Alpes, qu'ils reprirent les armes. Le consul C. Sexlus Domiti.ns Calvinus , envoyé contre eux Tannée suivante , acheva de les réduire en deux ou trois campagnes, sans donner atteinte à la liberté des Marseillais, qui la conservèrent pendant quelque tems i:orame alliés des Romains. Une colonie, envoyée par ceux-ci quatre ans après , affermit la soumission de la Provence , qui suivit depuis le sort de la république romaine. A la chute de l'empire en occident, elle devint la proie de deux peuples barbares , les Bourguignons et les Visigolhs , qui la partagèrent entre eux; et de là vint la division de la Provence orientale et occidentale. La première,

3c)2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

à la gauche de la Durance , demeura aux Visigoths; et la Provence occidentale, à droite de celte riviore , aux Bourguignons. Dans le iot de ceux-ci , par conséquent , fut compris le Comtat Venaissin {Vindauscensis cornitatus)^ avec les villes d'Avignon, d'Apt , de Pcrluis, de Manosque , de Forcalquier et de Sisteron. ils conservèrent ce domaine l'espace de fjualre vingts ans sous cinq rois , jiisques vers l'an 5oo, qu'ils en furent dépouillés par les enfants de ( Jovis. Les Visigoths gardèrent encore moins de tems la Provence orientale. "Vers l'an 5ii, ils cédèrent à Théodoric, roi des Oslrogoths , les terres qu'ils possédaient en Provence , après que ce prince les eut enlevées aux Français , qui s'en étaient rendus maîtres.

Vers l'an S34 , les Français devinrent possesseurs de toute la Provence, par la cession que Vitigès, roi des Ostrogoths , leur fit de la portion qui lui appartenait en ce pays. Depuis cette époque jusqu'en 679 , c est-à dire l'espace de 345 ans, la Provence demeura soumise aux rois des Français.

Boson , fils de Tljéodoric , comte d'Aulun , s'étant fait couronner roi de Provence ou de la Bourgogne Cisjurane , en 8-g , transmit ses états à Louis , son fils , après la mort duquel les deux Bourgognes , Transjurane et Cisjurane, tombèrent dans une autre race pour ne faire qu'un seul royaume, comme nous l'avons amplement explique à l'article des rois de Bouigogne. Ces rois nommèrent des comtes en Provence comme dans les autres parties de leurs états pour les administrer sous leurs ordres. Mais ceux-ci , profitant de la faihlesse de leurs maîtres, affectèrent insensiblement l'indépendance, et parvinrent enfin à convertir leurs bénéfices en hérédités. On les appelait CowTi.s d'Arles , parce que celte ville était la capitale de la Provence. Toutes les terres de cette province ne leur furent pas néanmoins assujetties sans exception. Quelques seigneurs laïques et ecclésiastiques s'affranchirent de leur domination, en portant directement l'hommage de leurs terres à l'empereur ; et de là vient la dénomination dis teires adjacentes^ parce que ces terres étaient comme démembrées de la Provence. La ville de Marseille portait plus loin ses prétentions , en ce qu'elle voulait être distinguée dvs terres adjacentes , comme plus lilire. ^olre dessein elant de nous renfermer ici dans la C hronologie historique des comtes de la Provence proprement dits, nous nous dispenserons de faire connaître ceux que les rois de Bourgogne ou d'Arles employèrent pour gouverner sous leurs ordres cette province avec les autres parties de leurs états. Un seul néanmoins , à cause de sa célébrité et des méprises où l'on est tombé à son égard , nous paraît mé-

i)ES COMTES DE PROVENCE. 3y3

l'îter exception. C'est le fameux Gérard de Roussîllon , qui â donné matière ii plusieurs romans d'où il est difficile d'extraire la vérité. Voici ce que des monuments plus authentiques attestent sur ce qui le concerne. Né du comte Leuthard et de Grimilde, il fut élevé à la cour de l'empereur Louis le Débonnaire. Il servit essentiellement ce prince dans la révolte de ses enfants , qu'il ramena , l'an 8^4 , au parti de la soumission ; ce qui

})rocura lé rétablissement du père sur le trône dont ils l'avaient aitdescendreien838. Il fut du nombre des seigneurs qui prêtèrent serment à Charles le Chauve. Mais après la mort de Louis le Débonnaire , il se tourna du côté de l empereur Lothaire, qui Voulait envahir les états de ses frères, et lui demeura inviola»* blement attaché. Ce monarque en abdicjuant le bissa pour tuteur à Charles, son fils, qu'il avait fait roi de Provence; et ce jeune prince le chérissait au point que dans ces chartes il l'appelait son père nourricier et son maître. Gérard se montra digne de ces marques d'affection par le zèle avec lequel il défendit la personne de Charles et ses états. Les Normands étant entrés^ l'an 85q ^ dans l'embouchure du Rhône, s'établirent dans l'île de Camargue , et exercèrent leurs brigandages des deux côtés du fleuve. Informé de la descente de ces pirates, le roi Charles le Chauve se mit en marche, sous prétexte d'aller aider son neveu, Charles, roi de Provence, à les chasser y' mais en effet dans la vue de profiter de la conjoncture pour le dépouiller. Gérard, qni devina son dessein, alla au-devant de lui , et l'obligea à reprendre^ de Mâcon où il était déjà, la route de ses états. Il attaqua ensuite les Normands , et les chassa des terres de Provence. Charles , son maître , étant mort l'an 863 , Gérard fit paraître la même fidélité pour l'empereur Louis II et Lothaire, roi de Lorraine, qui derinrent les héritiers de leur frère. Après le décès de Lothaire, arrivé le 8 août 86g, le roi Charles le Chauve prétendit lui succéder au préjudice de l'empereur Louis II; mais Gérard conserva la Provence et la haute Bourgogne à l'empereur, Charles, daiis l'automne de l'année suivante (870), vint mettre le siège devant Vienne. A son approche , Gérard laissa Berthe, sa femme, dans la ville pour la défendre, et vola de son côté à la défense d'un château voisin dont la prise eût facilité celle de Vienne. Berthe soutint le siège ae la place qui lui était confiée, avec le courage et la valeur d'une héroïne , de manière que Charles , désespérant d'emporter Vienne de vive force, s'appliqua à gagner hs habitants , pour les engager à se rendre. Gérard , instruit par sa femme du progrès des insinuations de Charles , se rendit au camp des assiégeants, et obtint du roi la permis-^ X. So

âg^ CHRONOLOGIE HISTOTîIQUfi

sion de se retirer où il voudrait avec sa famille, 11 passa exi Bourgogne, où il avait fondé, l'an 867, ou environ, l'abbaye de Vezelai, au diocèse d'Autnn, et celle de Poutières, aij diocèse de La 11 grès , près de Chalillon-sur-Seine ; ce qui prouve (pj'il pos'iédait de grands fonds dès lors en Bourgogne, il mourut , suivant son épitaphe, en 890, et fut enterré,, ainsi que sa femme et son fils ïhiérri , décédé avant lui „ à l'abbaye de Poutières. On voit par la charte de la fondation qu'ils curent une fille nofumée Eve;, mais on ne sait «je qu'elle devint.

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