RAYMOND IV
i34o. Raymond IV, fds aîné de Raymond III et comte d'Avellino , dans le royaume de Naples , succéda à son père dans le comté d'Orange. L'an i349, le 28 juillet, il rendit hommage, dans la maison du Temple , à Lyon, en présence de l'archevêque Henri de Villars , de l'évêque de Grenoble, et d'autres personnes qualifiées , à Charles , fds aîné de Jean , duc de Normandie , nouvellement dauphin , pour certaines • portions de ses terres qui relevaient du Dauphiné. {Piecueil de Fontdnieu , vol. 77. ) Raymond eut de grands démêlés avec Catherine de Baux, dame de Courteson, qu'il fit enfermer et traita avec beaucoup d'inhumanité. La reine Jeanne, informée des excès qu'il avait commis à l'égard de cette dame, et d'autres personnes qualifiées , le fit condamner, pour crime de rébellion, à perdre la tête. Jeanne , fille d'Ame III , comte de Genève, et seconde femme de Raymond, obtint la grâce de son épijui en 1370. Raymond était homme de guerre et homme de lettres. Pour mettre son comté à l'abri de l'insulte , dans les guerres continuelles qui agitaient le royaume de France , il fit fortifier la viVle d'Orange, et pour faire en mèine tems fleurir les lelti<^ dans cette capitale, il y fonda une université, par lettrespatentes du 27 mai i365. Il mourut , le 20 février i3g3 , l;ussant de sa seconde femme deux filles , Marie et Alix. Raymond avait épousé , en premières noces. Constance de Triant, Tille d'Arnaud, vicomte de Tallard , dont il n'eut point d'enfants. Marie porta , comme on va le voir, le comté d'Orange dans la maison de Chàlon. Alix fut baronne de Baux , comtesse d'AveHlno, dame de Brantouls , etc., et mourut sans enfants l'an 1426, Elle institua pour héritiers ses parents, qui s'étaient
44o CHROKÔLOGIÊ HISTORIQUE
habitués dans le royaume de Naples , et à leur défaut , sôrf neveu , Louis de Chàlon , piince dOrange. C'est par ce testament d'Alix , dit M. Expilli, que la baronnie de Baux et les autres terres baussenques furent réunies au comté de Provence, par droit d'aubaine, selon la commune opinion , et par droit de souveraineté, selon les principes invariables de la monarchie française. Le roi Louis XIII , ayant érigé la baronnie de Baux en marquisat , en fit don, l'an i64t , à Honoré Grlmaldi II, prince de Monaco.
MARIE DE BAUX, et JEAN I DE CHALON.
iSgS. Marie , fille aînée de Raymond IV, lui succéda dans la principauté d'Orange , avec Jean de Chalon (IIP. du nom de sa maison ) , baron d'Arlai , qu'elle avait épousé l'an i388. Jean de Chàlon, étant entré en guerre, l'an iSgS , avec le comte de Yalentinois et l'éveque de Valence, fut battu et fait prisonnier par Aymeri de Séverac, général de l'armée ennemie. L'an i4oo? marie, son épouse, forme des prétentions , du chef de sa mère, sur le comté de Genève , après la mort d'Hum- Lert de Villars , qui l'avait possédé comme époux de Marie , fdle ainée du comte Amé HI. Mais Otton de Villars , oncle d'Humbert, qui l'avait institué son héritier, s'empara du comté de Genève , quoiqu'il n'y eût point de droit légitime , n'étant pas du sang des anciens comtes. Prévoyant ensuite qu'il ne pourrait s'y maintenir contre Jean de Cbâlon, qui avait épousé l'héritière du sang, il céda ce comté, par traité du 5 août 1401» à Amédée Vlil , comte de Savoie, sur lequel Jean de Chàlorr ne fut pas en état de le recouvrer. Ce dernier s'attacha depuis au duc de Bourgogne , qui le fit lieutenant-général dans les duché et comté de ce nom. L'an 1408, il mena du secours, au nom de ce prince, à Jean de Bourgogne, évêque de Liège, contre ses sujets révoltés. Les partisans du duc de Bourgogne lel tirent nommer, l'an i4i5, grand-chambrier de France; et, l'an 14*71 ils lui procurèrent la lieutenance-générale de Languedoc. Ce fut cette année qu'il perdit, au mois de juin, Marie, son épouse. F^ui-même la suivit au tombeau le 4 décembre de l'année d'après, laissant de son mariage trois fils, Louis, qui suit, Jean et Huguenin , avec une fille, Alix, mariée il (iuillaume de Vienne. Marie, par son testament fait le 22 mai i4i^î avait substitué à ses trois fils , au défaut de postérité, Alix et ses descendants ; ce que Jean confirma au mois d'octobre de l'année suivante. Il avait fait bâtir, au-dessus d'Orange, un t^iâteau pour la défense de cette ville.
bFS COMTES ET PRII-CES D'ORANGE. 44*
LOUIS DE CHALON, dit LE BON,
x4i8. Louis, à qui sa probité mérita \c. surnom de Bon , fils ^îné de Jean de Cliàloii et de Marie de Baux, leur succéda dans la principauté d'Orange et la barouuie d'Arlai. Il eut le même attachement que son père pour la maison de Bourgogne , et se trouva au siège de Vielun en i4-o , pour le serv-ce du duc Philippe le Bon ; mais il refusa de prêter serment au roi d Angleterre Henri V, qui l'exigeait en vertu du traité de Troyes. Louis, jugeant ce traité trop pnîjudiciable à Tétat , aima rau^ux se retirer que de s'y conformer. Il s'unit ensuite avec le duc de Savoie contre la France; mais, Tan i4-9i il ^^^ battu à Auihon par Louis de Gaucourt , gouverneur du Dauptuné, et n'évita d'être pris qu'en se jetant dans le Rhône, qu'd traversa à cheval, quoique armé de toutes pièces, i. 'année suivante , il fit hommage du comte d'Orange à Louis III, comte de Provence , pour se défendre contre la France, dont les officiers ravageaient ses terres après les avoir saisies au nom du roi. Mais il en obtint ensuite la restitution eu faisant ses soumissions à Charles VII. Elles furent sincères, et le comte f>ouis fut un de ceux qui travaillèrent avec le plus de z le à détacher le duc de Bourgogne du parti de l'Angleterre. ( Hist. de Bourg. , tome IV, page ibo.) Louis était bon économe. L'an i4^^ii René, successeur de Louis m, emprunta de Louis de Chàlon la somme de 1 5,000 livres, qu'il devait pour sa rançon au comte de Vau— demont ; et, pour sûreté de celte somme, il lui hypothéqua l'hommage que Louis III avait acquis de lui sur la principauté d'Orange. Dans la suite, Piené voulut recouvrer cet hommage en remboursant les 1.1,000 livrés ; mais le prince d'Orange les refusa. Louis de Chàlon mourut le lô décembre i^6'6, à l'âge de soixante-quinze ans. Il avait épousé, 1°. l'an 1408, Jea^^^e, fille d'Etienne, comte de Montbelliard ; n". le 4 m^i '446, Eléonore, fille de Jean IV, comte d'Armagnac, morte en 1456; 3'^. BLA^XHE DE GaxMaches , morte le 14 mai i474- Du premier lit, il eut Guillaume, qui suit; du second, Louis, seigneur de Château- Guyon , chevalier de la Toison d'Or, tué, l'an 1476, à la fameuse bataille de Granson , en combattant pour le duc de Bourgogne; et Hugues, seigneur d'Orbe, allié à Louise, fille aînée d'Amédee IX , duc de Savoie, laquelle se fit religieuse au monastère d'Orbe après la mort de son mari; et deux filles, Jeanne, mariée à Louis, comte de la Chambre, et Philippe, religieuse d'Orbe. Le troisième mariaee de Louis de Chàlon fut stérile.
^ X. se
GUILLAUME VII
t463. Guillaume VII , fils aîné et successeur de Louis le Bon , fit le voyage de la l'erie-Saiute après la mort de son
{)ère. A son retour, il servit Charles , duc de Bourgogne , contre es Liégeois en lI^.66 ; et reçut plusieurs blessures dans cette guerre où il acquit beaucoup de gloire. L'année suivanle , il abandonna le service de Charles, inéconlent du jugement qu'il avait rendu , comme arbitre, dans un différend que (iuillaume avait avec son frère. Retiré dans Orange , il y établit un parlement. Le duc de Bourgogne , irrité de sa retraite , fit saisir toutes les terres qu'il possédait dans les deux Bourgognes. Sa principauté d'Orange cependant n'était pas tranquille. Le parlement qu'il y avait érigé déplut à ses sujets , parce qu'il gênait leur liberté. Ils profilèrent des circonstances lâcheuses où Guillaume se trouvait , pour l'obliger à consentir qu'il leur fût permis d'appeler des jugements de ce tribunal. Le roi Louis XI, à la cour duquel il s'était rendu, favorisa sous main celte demande , tandis qu'il amusait Guillaume par dé vaines promesses. Celui-ci, se voyant joué par le monarque, prit alors le parti de renouer avec le duc de Bourgogne. Louis XI , informé du traité qu'il avait fait avec ce prince, le fit arrêter, l'an 147^» par le baron de Lude , gouverneur du Dauphiné , comme il retournait dans ses terres du comté de Bourgogne, sous prétexte qu'il n'avait pas de sauf-conduit. Guillaume, après avoir été retenu vingt-huit mois prisonnier à Lyon, n'obtint sa liberté , qu'en remettant au roi ; comme dauphin de Viennois, l'hommage et la souveraineté de la principauté d'Orange, en consentant que les appels de son parlement fussent portés à celui de Grenoble , et en s'obligeant à payer quarante mille écus pour sa rançon. Ce traité , passé à Rouen le 6 juin 147^ , lui laissa néanrrioins le titre de Prince Soin^erain , avec le droit de faire battre monnoie. Le 9 du même mois, autre traité par lequel Guillaume, après avoir reconnu que d'ancienneté la principauté d'Orange C'tait mouvante , à titre de fief, du comté de Provence , et de la juridiction souveraine du comte par appel , déclare que le roi René, comte de Provence , ayant vendu ses droits à Louis de Châlon , père de Guillaume, il les cède par manière de vente au roi Louis XI , dauphin ; il consent de plus que désormais la principauté d'Orange ressortisse au parlement de Dauphiné; et cela moyennant la somme de quarante mille écus que Guillaume veconnut avoir reçue : c'c^t-à-dire que sa rançon fut compensée par là. Le lendemain, Guillaume en conséquence fit hommagelige au roi comme dauphio. Tandis qu'il s'acquit tait de ce devoir,
DES COMTES ET PRINCES D'oHAUGE. 443
Philippe de Commines, seigneur d'Argenton, lisait à Guillaume la forme du serment , en présence du cardinal de Bourbon , archevêque de Lyon, et d'un grand nombre de seigneurs. Le roi René, comte de. Provence, fit contre ces traités des protestations auxquelles on n'eut aucun égard. ( Mss. de Béthune , n° 9420. ) Guillaume mourut le 27 octobre de la même année. Il avoit épousé, le 19 août i4-^8, Catherine, fille de Piichard de Bretagne, comte d'Etampes , morte en i47^» dont il eut un fils , qui suit.
JEAN IL
147'î. Jean II ( quatrième du nom de la maison de Châlon ) , fils unique de Guillaume Vil, lui succéda dans la principauté d'Orange et dans ses autres domaines. L'emprisonnement de son père, qu'il supporta fort impatiemment, l'aliéna du parti de Louis XI , et le porta à se jetter dans celui du duc de Bourgogne : mais , après la mort de ce dernier , Louis regagna le prince d'Orange, en lui faisant espérer le gouvernement des deux Bourgognes. Jean servit le monarque avec zèle ; et , par le crédit qu'il avait dans les deux provinces , il réussit à faire déclarer le duché de Bourgogne en faveur du roi. Il ne trouva pas la même facilité dans le comté ; mais ayant gagné la principale noblesse , il vint à bout de faire recevoir garnison française dans les villes dn pavs. Des services aussi importants ne purent néanmoins déterminer le roi de France à tenir les promesses qu'il avait laites au prince d'Orange. Celui-ci , se voyant joué par Louis XI , rentra dans le parti de Marie de Bourgogne , et se joignit aux seigneurs du comté de Bourgogne, qui tenaient encore pour cette princesse. Le roi de France fit rendre , le 7 septembre 1 47^ » un arrêt contre lui , par lequel il fut déclaré criminel de lezemajesté , et banni à perpétuité du royaume. Jean faisait cependant de grands progrès dans le comté de Bourgogne. La même année i477 1 il g'^gn^ sur les Français la bataille d'Emagni , dans l'Auxois, mais le seigneur de Château-Guyon , son oncle, resta entre les mains des ennemis. Le prince cl'Oi ange continua de faire 4a guerre à la France , jusqu'à la paix d'Arras , qui fut conclue en 14^2. Après la mort de Louis XI , il s'attacha à la ligue du duc d'Orléans contre le gouvernement. Il fut pris avec ce prince à la bataille de Saint-Aubin du Cormier , donnée le 18 Juillet 1488 , et conduit prisonnier au château d'Angers. Remis l'année suivante en liberté, il accompagna Charles VIII à la conquête de Naples , et le duc d'Orléans , devenu roi de de France , à celle de Milan. Ce dernier (Louis XU ) lui remit l'hommage de la principauté d'Orange, et la rétablit dans les droits d'une souveraineté libre et indépendante. Jean de Cliâlon
mourut le 25 avril i5o2, et fui enterré aux cordeliers de Lonsle-Saunier, près de JtA^NE DE RouaBON , sa première femme, morte sans enfants le lo juillet i49-^. De Philibert de J.UXEMBOURG, sa seconde femme, il laissa Philibert, qui suit , avec une fille , Claude , mariée à Henri , comte de Nassau.