GUILLAUME-HENRI DE NASSAU
i65o. Guillaume-Henri, fils et successeur de Guillaume IX, dans la principauté d'Orange, fut exclu du s'alhoudérat , tant que vécut le grand pensionnaire de Witt : mais, ce rival ayant été assassiné le 22 août 1G72, Guillaume obtint à la fin cette dignité. Il se servit de l'autorité qu'elle lui don-
44^> CHRON. HISt. DES COMl'ES ET PlilNCES d'OHA^îGE. nait pour engager les Etats-Généraux à se déclarer cbnlrfe îa France. La même année, il fut nommé général des troupes de la répuullque. Ce prince, dit un historien célèbre, nourrissait, sous le flegme hollandais, une ardeur d'ambition et de gloire , qui éclala toujours depuis dans sa conduite, sans échapper jamais dans ses discours. Son humeur était froide et sévère, son génie actif et perçant ; son courage, qui ne se rebutait jamais , ht supporter à son corps, faible et languissant, des fatigues au-dessus de ses forces. Il fut presque toujours battu par les Français ; mais il trouva dans ses défaites des ressources qui Ic! rendirent toujours redoutable à ses ennemis. L'an 1673, Guillaume, ayant confisqué le marquisat de Berg-op-Zoom, et d'autres domaines apparlenans au comte d'Auvergne , du chef de sa femme, le roi de France, par représailles, confisqua le comté d'Orange , et le donna à ce comte , après en avoir fait raser le château et les autres fortifications. (Daniel.) Guillaume envoya le grand pensionnaire Heinsius à la cour de France, pour discuter ses droits sur Orange. Le ministre , s'étant adressé à Louvois, secrétaire d'état, lui parla vivement, non seulement pour son maître, mais pour les protestants de cette principauté. Louvois lui répondit, à ce qu'on prétend, qu'il le ierait mettre à la Bastille. l>'an 16S8, Guillaume chassa du trône d'Angleterre, Jacques II, son beau-pore, pour s'y placer lui - même, (juillaume mourut le 19 mars 1702, sans laisser d'enfants de Maril Stuart, sa femme. (^Voyez Guillaume lil , roi d'Angleterre.') Il institua pour héritier; Jean. Guillaume le Frison , son cousin, prince de Kassau-Diets, petit-fils d'Albertine-Agnès de Nassau, tante du roi Guillaume, mariée à Guillaume-Frédéric de Nassau-Diets. Mais Frédéric I, roi de Prusse, lui disputa cette succession, comme plus proche héritier, étant fils de Louise-Henriette, sœur aînée de Frédéric- Guillaume, électeur de Brandebourg. Louis XIV se mit entre les deux contendants, et prétendit que la principauté d'Orange était dévolue à la couronne , faute d'hoirs mâles. A cette occasion, il fit valoir l'hommage qui avait été rendu à Louis Xi, en il^"]^. D'un autre côté, le prince de Conti revendiqua la principauté d'Orange , en qualité d'héritier de la maison de Longueville. Sur ces contestations, il intervint un arrêt du parlement de Paris , qui adjugea le domaine utile d'Orange , au prince de Conti , et le haut domaine au roi de France ; ce qui fut confirmé par \if dixième article du traité d'Utrecht. La principauté d'Orange fut unie , par arrêt du conseil, donné le i5 décem.bre 1714 . an Dauphiné.
DES
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ijA province t]u"'on nomme aujourd'hui Dauphiné , était anciennement habitée par les Allobroges^ les Segalaiini, les Tricastinif les Voconiii^ les Caturi'ges ^ les Tricorii ^ les Brigantii^ etc. La conquête de ce pays, commencée par Q. Fabius Maximus, fut achevée par Jules-César. Dans la division qui se fit des Gaules sous Honorius, le Dauphiné fut attribué à la province Viennoise, dont il porta le nom. De la domination des Romains, il passa sous celle des Bourguignons; et, à Textinction du royaume de ces derniers , il fut réuni à la monarchie française. L'an 879, il se trouva compris dans le nouveau royaume de Provence , érigé par Boson. Rodolfe II , roi de la Bourgogne Transjurane, ayant réuni la Provence à ses états, le Dauphiné suivit le sort de cette province; et, après la mort de Rodolfe III, il fut assujetti aux lois des rois de Germanie. Ce ne fut pas néanmoins sans de grandes oppositions de la part des seigneurs du pays. Jaloux de l'indépendance, ils ne se soumirent qu'à des conditions avantageuses pour eux, et très-préjudiciables au système monarchique. On vit alors les villes les plus considérables se donner, avec leurs territoires, aux évêques ; telles que celles de Grenoble , de Valence, etc. De là vient le titre de princes , que ces prélats conservent encore de nos jours (1785.) Les seigneurs laïques, de leur côté, se formèrent des principautés dans les possessions qu'ils surent se procurer; et, d'abord vassaux de l'empire germanique, ils parvinrent insensiblement à la souveraineté. Enti-e ces seigneurs , ceux d'Albon , au diocèse-
45o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
de Vienne, furent les plus remarquables, et ceux dont la fortune monta au plus haut degré.
Les monuments nous manquent pour découvrir leur origine ; celte recherche est d'ailleurs indifférente à notre objet. Il nous suffit de connaître ceux qui, ayant commencé à dominer dans le Graisivaudan , dont Grenoble est le chef-lieu , fondèrent cette principauté, qui a pris depuis le nom de Dauphiné.
GUIGUES I , DIT LE VIEUX , comte d'Albon.
1044? ovL environ. GuiGUES, surnommé le Vieux, fut le premier comte d'Albon qui posséda quelques terres dans le Graisivaudan, ce qui arriva vers l'an io44- Jusques-là réi>êque de Grenoble jouissait paisiblement en franc - alleu de tout le territoire de son éi>éché ^ dit saint Hugues, évêque lui-même de Grenoble (i). Guigues, après avoir fondé le prieuré de Saint- Robert , dans son château de Cornillon , près de Grenoble , embrassa lui-même la vie religieuse à Cluni ; ce qui arriva l'an io63, au plutôt. En effet, on a de lui un acte de cette année , par lequel il fait , en qualité de comte d'Albon, certaines donations à l'église d'Oux. Hildebert, dans la vie de saint Hugues , abbé de Cluni , et la chronique de cette abbaye , parlent ainsi de la conversion de Guigues. « Il était si délicat, M qu'il ne pouvait souffrir sur sa chair que des étoffes de soie M ou des peaux de martre , en sorte qu'en consentant à se faire » moine sous saint Hugues , il mit pour condition qu'il con- 3» serverait toujours ces mêmes vêtements. Le saint abbé, pour 3t le gagner à Dieu , condescendit à cette délicatesse , et lui » permit de porter à nu, sous l'habit de la religion , les mêmes 3» tuniques précieuses dont il usait dans le monde. Mais Gui- » gués, ajoutent ces auteurs, voyant l'austérité de ses frères, 3> rougit bientôt de sa mollesse, et se dépouilla de ces restes de a» mondanité, qui le distinguaient si honteusement de la cornai munauté. » Ce trait est un de ceux qui montrent que les
(1) Il pouvait ajouter que, près d'un siècle auparavant , Isarn , l'un cle ses prédécesseurs, se comportait en souverain dans l'étendue de son diocèse. Nous voyons en eftet que ce prélat, en g65, ayant entrepri» d'enchâsser les Sarrasins, qui s'y étalent établis, rassembla de divers pays des nobles et autres personnes capables de porter les armes, à l'aide desquels il délogea ces infidèles des lieux dont ils s'étaient emparés, et que ces mêmes lieux furent la récompense dont il gratifia les compagnons de sa victoire. Collegit noèiles , médiocres ac pauperes ex longinquis terris... dédit (jue illis hominibus castra ad habitandum (Salvaing ) Usage des Fiefs ^ page 485. }
DES COMTES ET DAUPHINS DE VIENNOIS. ^Sl
cliemises de toiles n'étaient point encore alors en usage , même parmi la haute noblesse (i), Guigues ne vécut dans sa retraite qu'environ vingt jours, au bout desquels il mourut. (^Chron. Cluniac. ibid. ) Ceux là donc qui mettent sa mort vers loyS , se trompent.