‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 233 sur 277 · ANNE ET HUMBERT L · texte numérisé non relu

ANNE ET HUMBERT L

1281. Anne, sœur aînée du dauphin Jean, se mit en possession du Dauphiné après la mort de ce prince. Elle était mariée depuis le i". septembre 1278 à Humbert, baron de la Tour-du-Pin , fils d'Abert III , dont le bisaïeul Géraud de la Tour vivait au commencement du douzième siècle. Pour faciliter cette alliance, Gui, evêque de Clermont, et Hugues, se-

néchal de Lyon, frères de Humbert, lui avaient cédé la plus grande partie des biens qui leur étaient échus en partage , et Alix , sa belle-sœur, veuve d'Albert , son frère, par son testament , du mois de mai 1273 , lui avait transmis tous les droits qui lui appartenaient dans la succession de son mari. Humbert, avant son mariage, avait été chanoine de Paris, chantre de l'église de Lyon , et doyen de celle de Vienne. Après la mort du dauphin Jean , il prit le titre de dauphin. Mais ce titre lui fut contesté par Robert II, duc de Bourgogne, qui prétendait succéder au dauphin Jean , comme plus proche héritier de la ligne masculine. Cette prétention occasiona divers combats assez sanglants et plusieurs sièges. Mais enfin le roi Philippe le Bel, s'étant rendu médiateur, engagea les parties à conclure à Paris, le ^5 janvier i:i?55 ( v. st. ), un accommodement , par lequel Humbert demeura possesseur du Dauphiné , au moyen de la cession qu'il fit à Robert des terres de Coligiii et de Revermont. Amédée V, comte de Savoie, qui avait pris le parti du duc de Bourgogne dans cette querelle, en avait une autre avec le dauphin touchant la baronnie de la Tour , et d'autres terres qu'il prétendait relever de lui. Le comte attira dans son

fiarti Louis, baron de Vaud , son frère , le seigneur de Gex , et 'abbé d'Ambournai , avec lesquels il forma une ligue contre le dauphin. Celui-ci, de son côté, se fortifia de l'alliance de l'archevêque et du chapitre de Vienne, de l'évèque de Valence , de Jean de Châlon , baron d'Arlai, et du comte de Valentinois. Il y eut des courses réciproques sur les terres ennemies et des châteaux pris de part et d'autre. Les parties , après avoi^ fait divers compromis qui suspendirent les hostilités sans les terminer, s'accordèrent enfin, au mois de juin i^igS , par un traité qu'imagina la dauphiné i'éalrix, belle-mère de Humbert. Ce fut de substituer , pour l'hommage exigé parle comte, la baionnie de Faucigni , faisant la dot de Béatrix , à celle de la Tour. (Valbonnais, tome 1, page s^-.) Deux ans avant cet accommodement, l'empereur Rodolfe étant arrive, l'an 1-91 , en Suisse, le dauphin et plusieurs prélats et seigneurs du royaume de Bourgogne vmrent le trouver à Murât pour lui offiir leurs hommages. Humbert remporta de ce voyage l'avouerie de l'abbaye de Saint-Claude, que Rodolfe lui conféra pour la tenir comme sénéchal du royaume de Bourgogne , droit qu'il transmit à ses successeurs. {Ibid. , page 241. )

La dauphiné Anne, et son époux, voulant assurer leur succession à Jean , leur fils, lui avaient fait donation , le cj décembre 128g, de leurs états en se réservant Tusufruit des revenus. Mais, comme les comtés d'Embrun et de Gap avaient été démembrés de celui de Forcalquier, h donatia.n avait besoin

d'être munie du consentement de Charles d'Anjou II, comte de Provence. C'est ce qu'il accorda par lettres du ài décembre 1293, dans un voyage qu'il fit à Nice. (Valbonnais, pr., p. 7!^ ) Le jeune Dauphin, en vertu de l'hommage qu'il avait fait au comte de Provence, se croyait dispensé de toute subordination féodale envers l'archevêque d'Embrun. Le prélat ne l'entendait pas ainsi, et prétendait que l'hommage rendu pour ce domaine au comte de Provence ne préjudiciait pas à celui qu'il devait à son église; Charles II appuya cette prétention, et par ses lettres datées de Viterbe le i4 février 1297, il manda au dauphin , père, que deux hommages rendus pour la même terre à deux différentes personnes n'étant point incompatibles, il eût à satisfaire avec son fds à ce que l'archevêque d'Embrum exigeait d'eux. {Iljid.f p. 79. )

Les querelles et les hostilités s'étant renouvelées entre le comte de Savoie et le dauphin , ils convinrent, après s'être fait réciproquement beaucoup de mal, de prendre pour arbitre Charles de Valois , frère du roi de France, lorsqu'il passa dans leurs états, pour aller au secours du roi de Naples, son cousin. L'acte du compromis, dressé dans une prairie près de Montmeillan, est du 5 des nones de juillet i3oi. Charles de Valois ordonna préalablement la suspension de toute hostilité ; mais il fut mal ooéi , comme on le voit par ses lettres datées de Tournus , à son retour, le 22 janvier i3o2. (v. st.) Des réflexions sérieuses que fit le dauphin Humbert sur lui-même le déterminèrent à se retirer, dans le mois de septembre i3o6 , à la Chartreuse du Val-Sainte-Marie, au diocèse de Valence. Il y mourut vers le 12 avril de l'année suivante. D'Anne, son épouse, décédée vers la fin de l'an 1296 , et enterrée à la Chartreuse de Saletés, qu'elle avait fondée, il laissa Jean, qui suit; Hugues de la Tour, baron de Faucigni par le don que lui en fit Béatrix, son aïeule , en i3o3 ; Gui de la Tour , baron de Montauban, que M. Dupuy, d'après Villani , a mal-à-propos confondu avec Gui, chevalier du Temple, qui fut brûlé, le 18 mars i3i4, à Paris; Henri, dit le Viennois, élu évêque de Metz, et cinq filles, Alix , mariée , l'an 1 296 , à Jean I , comte de Forez , après avoir été promise au comte de Savoie , Amédée V; Marie , alliée à Aimar , petit-fils d'Aimar III, comte de Valentinois, morte religieuse à Saletés vers i355; Béatrix, femme de Hugues de Châlon, sire d'Arlai , morte à Caselle le 10 juin i347 ; Marguerite , mariée, en i3o2, à Frédéric, fds de Mainfroi, marquis de Saluées ; et Catherine, femme de Philippe de Savoie, prince d'Achaie. (Valbonnais, tome I , p. 170.) Humbert 1 mit dans ses armes un dauphin accoste de deux tours avec leur avantmur.

bËS COMTES ET DAUPHINS DE MENNOIS. ^S-J

Ce fut sous le gouvernement de Humbert I que fut érige en abbaye chef d'ordre le prieuré de la Moite- Saint-Didier , situé à quatre lieues de Romans, non loin de l'Isère, et dépendant de l'abbaye de Monlmajour, près d'Arles. Un seigneur viennois, nommé Joscelin , ayant obtenu de l'empereur de Constantinople les reliques de saint Antoine , dans un voyage qu'il fit en cette ville vers l'an 980, les déposa dans l'église de ce prieuré, où elles attirèrent un concours prodigieux de peuple par les miracles qu'elles opérèrent sur les malades attaqués du feu sacre, appelé depuis le^ê-w {Je Saint- Antoine. C'était un érysipèle contagieux qui faisait d horribles ravages dans plusieurs province» de France. Gaston, autre seigneur viennois, ayant éprouvé la vertu de ces reliques dans la personne de son fils, fonda, près <lu prieuré , un hôpital desservi par des religieux laïques , pour le soulagement des malades tourmentés de ce mal. Les hospitaliers s'étant multipliés et répandus en divers lieux , le papô Boniface VIII, en 1297, les tira de la dépendance de Montmajour , et convertit le prieuré en abbaye de chanoines réguliers , sous le titre de Saint-Antoine, à laquelle tous les hôpitaux du même institut furent soumis. L'abbaye resta , comme le prieuré l'était auparavant, dans la mouvance du dauphin; et nous voyons qu'en iSay Guignes VllI reçut à Saint-Marcellin l'hommage solennel de Ponce d'Alayrac , abbé de Saint-Antoine, ( Valbonnais , tome I , page lyS. )

JEAN IL

iSoy. Jean II, fils de Humbert et deBéatriv, reçut, le 18 avril, après l'inhumation de son père , l'hommage des seigneurs de Dauphiné , qui avaient assisté à cette cérémonie. Il avait porté jusqu'alors le titre de comte de Gapençois. Un moderne dit qu'il fit la campagne de Flandre, en i3o2, pour le service du roi Philippe le Bel, et qu'il reçut de ce prince, outre une somme principale de dix mille livres, pour les frais de la guerre , une rente annuelle sur le Temple à Paris, qui fut augmentée d'une autre de deux mille livres par le roi Louis leHutili. Mais le président de V'albonnais , qu'il cite en preuve , ne parle point de cette campagne, et donne, pour motif de ces gratifications, les guerres que le dauphin était obligé de soutenir contre les princes ses voisins, partisans des Anglais. De ce nombre était Amedée V, comte de Savoie. Le dauphin avait hérité de son père une guerre avec ce comte, touchant leurs prétentions respectives sur la mouvance de différentes terres. Des arbitres réussirent enfin à leur faire conclure, le 10 juin i3i4, un traité de paix, qui fut suivi, le 17 octobre de la même année, d'un traité d'alliance entre eux, X. 53

458 CHROfîOLOGIE HISTORIQUE

pour la défense tlu royaume d'Arles, contre ceux qui vouaraJent l'envahir ou l'enlamer. ( Valbonnais, pr. , pag. i56 et iSj.) Le <:laii[)hln était fort, alors, par racquisilion qu'il avait faite de la suzeraineté du châleau de Yillars , au mois de septembre i3o(S. 11 y ajouta celle du comté de Genève, dont le comte Guillaume lui fit hommage-lige , le i6 juin i3iG. {Ibid. , pr. , ^p. 108-1 63.) On sait que les vassaux étaient obligés de suivre eur suzerain à la guerre, avec leurs troupes. L'an iSiy , Raymond , baron de Meoillon , étant prêt de faire le voyage d'outre-mer , fit donation de sa terre , le 2 septembre , au dauphin Jean , qui en était déjà suzerain , par l'hommage que son pnre en avait obtenu. {lôid. ^ pr. , pag. i65. ) Le dauphin Jean fit exécuter à la rigueur les constitutions que le pape Jean XXll avait publiées contre l'usure. On refusait, en Dauphiné, la sépulture ecclésiastique aux usuriers publics. Le dauihiu, s'étant rendu à la cour d'Avignon, mourut à son retour, e 5 mars i^ig (n. st.), au Pont de Sorgues, petite ville à une lieue d'Avignon, à l'âge de trente-huit ans. De Béatrix, fille de Charles-Martel , roi de Hongrie , qu'il avait épousée l'an 1296, il laissa Guigues, qui suit, et Humbert , avec une fille, nommée Catherine. La mère de ces enfants, cinq jours après la mort de son mari , entra dans l'ordre de Cîteaux , et devint abbesse du Val-Bressieu, dignité dont elle se démit le i5 février lo/fO. Elle choisit, alors, pour sa retraite, l'abbaye des Hayes, d'où elle sortit dans la suite. Son fils Humbert , qui s'était fait dominicain, fonda, l'an i349, sur ce qu'il s'était réservé, un monastère de filles de Cîteaux, à Salnt-Just , transféré depuis à Romans. Ce fut là qu'elle mourut en i354.

GUIGUES VIIL

i3iq. Guigues VIII, fils aîné de Jean II, lui succéda à Tâge de neuf ans, sous la tutelle et régence de Henri de la Tour, son oncle, élu évêquede Metz. L'an i323, il épousa, le 17 mai, Isabelle, fille du roi Philippe le Long, à laquelle il a^ait été fiancé dès le iG juin i3iB. On raconte que le seigneur de Sassenagc , l'un des vassaux du dauphin, étant venu faire la demande de la princesse , un maître-d'hôtel du roi lui dit brutalement gu 'une se belle dame n 'était pas faite pouf un gros cochon comme le dauphin : injure dont l'ambassadeur vengea sur le chanjp son prince , en perçant de son épée le maître-d'hôtel , et le renversant mort à ses pieds. Le comte de Savoie , qui se trouvait , pour lors , à Paris , donna retraite au meurtrier , et fît sa paix avec le roi. (Mézerai. ) L'an 13^5, Guigues se déclare pour Hugues de Genève, seigneur d'Anthon, son vassal^ tontre

Edouard, comte de Savoie, qui lui faisait la guerre. Edouard les battit deux fois ; mais, la même année, ils remportèrent sur lui une victoire considërahle, le 9 août, dans la plaine de Saint- Jean-le- Vieux , devant le château de Varei , dont il faisait le siège. Entre les prisonniers que fit. le. dauphin , les plus distingués furent Jean de Châlon , comte d'Auxerre ; Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre ; et Guichard, sire de Beau jeu, qu'il ne relâcha que long-tcms après et moyennant de fortes rançons. (Voy. leurs artirles.) L'an 1028, après une trêve conclue avec Edouard , par ordre du roi Philippe de Yalois , Guigues, accompagné de Henri, son oncle, suivit ce monarque en Flandre, avec les troupes qu'il menait à son secours, et combattit à la bataille de iMontcassel , donnée le 28 août de cette année. Henri, son oncle, mourut peu de tems après son retour en Dauphiné. Aymon , successeur d'Edouard , ayant renouvelé la guerre contre le dauphin , Guigues alla assiéger le château de la Perrière. Il y reçut une blessure , dont il mourut le lendemain 28 juillet i333 (i), à l'âge de vingtquatre ans, sans laisser d'enfants de son mariage. Isabelle, sa veuve, se retira en Franche-Comté, où elle épousa, en secondes noces, Jean, baron de Faucognei. {^Vuy. Edouard, dit Aymon , comte de Sm'oie. )

HUMBERT IF , dernier Dauphin.

i333. HuMBERT H, né l'an i3i2, baron de Faucigni depuis i328-, succéda, l'an i333, à Guigues VIII, son frère. Jl était absent depuis i328, qu'il était allé en Hongrie, pour recueillir la succession de Clémence de Hongrie , veuve de Louis Hutin, roi de France, sa tante , qui Tavait insl-lué son héritier universel. De là étant passé à Naples, il; avait épousé.

(i) La plupart de reux qui nni parlé de la mort de Guigues VHl l'ont mise au 25 ou 26 du mois d'août i333. L'inscription de son tombeau qu'on â voulu restituer et qui se lit dans l'église de Saint-André de Grenoble, au-dessus des sièges des chanoines, s'éloigne encore davantage de la véritable date de ceite mort qu'elle suppose arrivée le 3a août. L'hi.vtorien ^ iilani , qui parait avoir été mieux instruit . rapporte cet événement en ces termes: Ncl anno l'ili'h ail' uscita dcl messe di luglio , essenJo ail ' assedio délia Perlera , castello di Sat'Gia , con mille cînque cento cnralieri , etc. ( Citron. Florent. , 1. x , c. 124. ) Mais \e testament que Guigues fit le jour même de sa mort dans une grange où il avait été porté, ne laisse aucun doute là-dessus. Il est d^'tc de l'an i333 , die Mcrcurii post festum B. Narice Magdelcnœ , ce r|ui marque I^l. 2S juillet. ( \aii)Oûnais^ pr. , page 237. )

%Bo CHRONOLOGIE HlSTOniQUE

Tan i332 , Marie de Baux, fille de Bertrand, comte d'Andria-^ et nièce du roi Robert par Béalrix , sa mère. Pendant son absence, Béatrix de Viennois, sa tante, exerça la régence du Dauphiné avec les principaux soigneurs du pays. La victoire remportée par Cuigues VIII, sur le comte de Savoie, l'an iSaS, à Varei , n'avait servi qu'à augmenter la mésintelligence des deux maisons, malgré les soins que s'était donnés la cour de France pour les réconcilier. Enfin, l'an i334, des arbitres choisis de part et d'autre, parvinrent à établir une paix solide entre elles , par un tiaité qu'elles conclurent le y mai. (^Génèal. de Beaumont ^ tom. 1, pag. 5oS. ) L'an i335, l'évê- «|ue de Genève, inquiété et troublé par le comte de Genevois, transporta au dauphin les hommages que ce comte lui devait pour divers châteaux et seigneuries, situés en ce pays. L'acte est du premier octobre. ( Vaîb. , tom. Il, pag. 3oi.) Celte concession fut de très-près suivie de la perte que fit le dauphin de son fils unique, âgé de deux ans et demi, Une ancienne tradition , adoptée par des écrivains modernes, porte que la nourïice de l'enfant , ou le dauphin lui-même , en le balançant sur nue fenêtre du château de Beauvoir, en Royans, sous laquelle ■passait la rivière d'Isère, le laissa tomber dans l'eau, où il se noya. Mais le président de Valbonnais sinscrit en faux contre ce récit , ainsi que contre l'épitaphe du jeune prince , où l'on donne l'an i338 pour la date de sa mort. Il prouve effectivement par un titre de la chambre des comptes de Grenoble, que l'enfant mourut au mois d'octobre i335 ; et de ce qu'un autre titre porte qu'il était malade quelque lems auparavant, il en conclut que ce fut cette maladie qui l'enleva. Quoi qu'il en soit, le père fut inconsolable de cet événement.

Il n'y avait point encore de tribunal fixe el permanent en Dauphiné, pour juger les causes en dernier ressort. Humbert, par lettres du 22 février i337 (v. st.), établit un conseil delphinal à Saint-Marcellin (Valbonnais, pr. , pag. 328), et trois ans après, il le transporta dans la ville de Grenoble, dont il partageait la seigneurie avec l'évêque. Guillaume de Vienne, seigneur de Saint-Georges, formait, à l'exemple de ses ancêtres, des prétentions sur la ville et le comté de Vienne, comme descendant , disait-il , des comtes de Vienne et de Maçon. Ne pouvant les faire valoir, il en traita , par acte du 9 de novembre ï33'7, avec le dauphin. (Valbonnais, tom. II, pag. 047.) Cette acquisition litigieuse ne fut pas oisive entre les mains de Humbert L'année suivante, pendant l'absence de l'archevêque, il fil une irruption subite dans Vienne , dont il se rendit maître, et obligea les habitants, par traité fait le 22 août, à le reconnaître pour gardien de leur ville. Cinq jours après, îe^

cliapitre métropolitain, qui partagoait rautorlté temporelle avec l'archevêque, lui abandonna ses droits, et le sur-lendemain, il l'associa au nombre de ses chanoines (i). Humbert se piquait de magnificence , et tenait une cour sur le pied de celles des têtes couronnées. Il ambitionna même les honneurs de la royaiîté ; et nous avons une lettre d'Edouard 111, roi d'Angleterre, à l'empereur Louis de Bavière, en date du 3 mars i3o8 , par laquelle il le supplie d'accorder au dauphin, le titre de roi d'Arles, (Rymer, tom. V, pag. lo.) Louis de Bavière se rendit d'autant plus volontiers à cette demande, qu'il acquérait par là un nouveau partisan , dont il avait grand besoin dans les conjonctures critiques où il se trouvait. Mais Humbert, faisant ensuite réllexion , qu'en acceptant cette faveur, il allait se compromettre avec la cour pontiticale, siégeant pour lors à Avignon, et ennemie déclarée de Louis de Bavière, qu'elle refusait de reconnaître pour empereur , ne jugea pas a propos d'en faire usage. Il ne négligea pas de même l'exercice de l'autorité qu'il s'était fait accorder dans Vienne, par le chapitre et les habitants de la ville. L'archevêque , s'étant pourvu contre ses entreprises à la cour d'Avignon , obtint de Benoît XII , une bulle en date du xit des calendes de décembre i34o, qui déclarait nulle la cession que le chapitre avait faite au dauphin de ses droits sur la ville. (Valbonnais, tom. Il, pag. 424-) Humbert avait traité plus solidement, le i-o juin de cette année, avec Ainard II, baron de Clermont. Par l'acte de leurs conventions, Ainard fit au dauphin donation puie et simple des terres de Recoin , de la Chapelle, de la co-seigneurie de Divisin, du domaine supérieur de Montferrat , etc., qui ne relevaient d'aucun seigneur; elle

(i) « Je remarquerai ici, dit M. de Valbonnais, que les dauphin?

» de Viennois ëiaient chanoines nés en plusieurs e'glises, comme en

j> celles de Vienne et d'Embrun. Us assistaient au chœur, de même

» que les autres chanoines , revêtus des marques de cette dignité.

3) Quoique l'e'glise du Puy fût hors des terres de leur domination, ils

■» V jouissaient toutefois de la même pre'rogative en qualité de comtes

V d'Albon. Lorsqu'ils venaient s'y faire recevoir, l'évêque et le cha—

» pitre allaient en procession au-devant d'eux, et les accompagnaient

î> à l'église au son des cloches et des instruments de musique. Us

3) étaient ensuite installés dans une place de chanoine et admis à la

» distribution du chœur. Ils avaient droit aussi de prendre sur Paulel

}> tout l'argent des offrandes dont i's faisaient part aux assistants. L'an

» 1282, Humbert, étant allé au Puy, prit possession de sa place de

» chanoine , et reconnut la tenir en fief de i'église , ainsi que les terres

j» et revenus qui en dépendaient. » (Tome I, page 2.Z1. )

prince, en échange, lui donna la vicomte de Clermont , en Trièves , le créa grand-maître-d'hôtel de sa maison et de celle de la dauphine, et le déclara capitaine-général de ses armées , ordonnant , qu'en cette qualité , il commanderait toujours, l'avant-garde de ses troupes ; charges qui seraient héréditaire^ dans sa maison, Ainard 11 remontait de père en fds à Siboud , seigneur de Clermont et de Saint-Geoire , dont il est fait mention dans un titre de la chartreuse de Silve-Bénite, del'aa 1060, (Anselme, tom. VllI , pag. 907.) Cependant le faste que Humlert étalait étant au-dessus de ses revenus , il était obligé de recourir aux emprunts pour ie soutenir. Lan i34^ ■> il était redevable , depuis plusieurs années, envers la chambre apostolique, de seize mille florins, qu'il différait toujours de rembourser. Le pape Benoît Xil, las de ses délais, employa , cette année, la voie des censures, fort usitée alors en pareil cas , pour le contraindre à s'acquitter. Elles firent leur effet. Amblard de Beaumont, ministre du dauphin, ayant ramassé cette somme ^ la porta à la chambre apostoli()uc. Mais on refusa de la recevoir, si l'on n'y joignait la terre d'Avisan , sur laquelle sa sainteté avait des prétentions. Ainsi le dauphin resta sons l'anal home jusqu'à la mort de Benoît, arrivée l'an i.i/^'j.. La difficulté s'étant aplanie sous Clément VI, ce pontife, par son bivf du 28 juillet; 1S42, donna pouvoir au confesseur du dauphin de l'absoudre, €n l'exhortant à lui imposer en pénitence quelque œuvre pie. Ce fut ce qui occasiona la fondation que Hunibert fit par ses lettres, du 24 décembre de cette année, d'un monastère à JMonldeuri , près de Grenoble , pour quatre-vingts religieuses de l'ordre de Saint -Dominique. Les dépenses que cet établissertient exigeait , jointes à celles de sa cour, {|ui ne diminuaient pas , dérangèrent tellement ses affaires , qu'il se vit hors d'état de satisfaire ses créanciers. Le roi i^hilippe de Valois , instruit de son embarras, gagna ses officiers, et les engagea à lui persuader de faire cession de ses étals à la France, sous la promesse ii^en recevoir une compensation , qui le mettrait en étal de passer heureusement le reste de ses jours. La négociation réussit au gré du monarque. L'an i343, par un traité, qui fut ratifié, 1". à Vincennes, le 2/i avril ; 2.°. , quelques jours après, à SaintCr Colombe, près de Vienne, où le roi s'était transporté, Humbert fit donation de tous ses états à Philippe, duc d'Orléans, fils puîné du roi, lui substituant, faute d'hoirs, Tun des fils de Jean de France, duc de Normandie, tel qu'il plairait au roi dénommer. Mais, l'année suivante, on fit, en pi-ésence dû pape , le y juin , à Avignon , un autre traité par lequel Humbert faisait donation entre vifs pure et irrévocable de tous ses

bES COMrES ET DAUPHINS i)E VIENNOIS. 463

«lats en faveur de Jean, dac de Normandie , ou de I'uti de ses enfants, sous la condition que son successeur auxdils états conserverait aux Dauphinois leurs privilèges ; ce qui fut confirmé par deux bulles du pape Clément VI, données le 9 juillet et le 1 1 septembre suivants. Il est remarquable que le pape donna ces bulles par Tautorité tant impériale que pontificale, regardant la première de ces deux autorités comme dévolue au saint siéi^e par l'excommunication de Louis de Bavière, qi.\ rendait, selon ïui , l'empire vacant. Auctorilate ^ dit-il, tam Apostulicâ quam. VHperiali , ciim imperii regimen , eo vacante , sicut nunc vacal , /'/» rto/ji's et in Rornana etxlesia residens noscatur. ( Mém. de l'Ac. des Belles-Lettres , tome XXXVII , page 4t)o.) Cent vingt mille florins d'or et dix mille livres de pension viagère furent le prix de ta libéralité du dauphin envers la France. Amblard de Beau* mont, qui fut l'âme de cette négociation , avait été récompensé dès Tan i343 par une pension de six cents livres que lui avait assignée le monarque français. La légèreté et l'inquiétude de Humbert ne lui permirent pas de vivre en repos après le sacrifice qu'il venait de faire. Le pape ayant publié une croisade contre les Turcs, il demanda et obtint d'en être nommé le chef. Revêtu de ce titre, il reçoit , le 2.^ mai i346 , des mains du pape , à Avignon, l'étendard de l'église, et va s'embarquer, le 2 septembre , à Marseille. Ayant abordé a Négrepont , il entre de là en Asie. Après quelques avantages remportés l'année suivante sur les infidèles, il reçoit un ordre du pape de faire une trêve avec eux. Alors il remet à la voile pour son retour , et perd à Rhodes, dans le mois de mars ou d'avril i347, son épouse, (jui l'avait accompagné. On parla, quand 11 fut revenu, de le remarier; et comme les traités qu'il avait faits avec la France n'offraient qu'une succession éventuelle, ce projet donna de l'inquiétude à cette couronne. Il fallut négocier avec lui de nouveau, et l'on vint à bout de lui lier entièrement les mains par un dernier traité dressé, le 29 mars 1849, à Romans; après quoi, dans une assemblée solennelle, tenue , le 16 juillet, à Lyon , en présence de Jean, duc de Normandie, fils aîné du roi de France, Humbert fit une abdication solennelle de tous s&s états en faveur de Charles de France, fils aîné du duc de Normandie , qu'il investit sur le champ , en lui donnant l'ancienne épée du Dauphiné et la bannière de Saint-Georges, avec un sceptre et un anneau. ( Valbonnais, tome I , p. 3^.9 et 35o. ) Le même jour, le nouveau dauphin , par un acte particulier, fit entre les mains de l'évêque de Grenoble, représentant le corps de l'état, le serment de conserver les libertés , coutumes et privilèges du Dauphiné conformément à la dernière

ordonnance dressée le i4 mars précédent, par ordre du Hutn-^ Lert : c'est ce qu'on appelle statut delplùnal. Le lendemain ^ lïumbert, à la persuasion de Jean Birel , général des Char— Ireux, son confesseur, prend l'habit de Saint-Dominique. Le 'j.'^ du même mois, Charles rendit hommage devant le grand autel de l'église cathédrale de Lyon à l'archevêque Henri de Villars et à son chapitre, les mains jointes entre celles du prélat, pour différentes parties du Dauphiné qui relevaient de cette église, et qui sont énoncées dans l'acte qu'on dressa de cette cérémonie. Le 2 août de la même année il rendit un semblable hommage à l'église de Vienne (iiec. de Fontameu , vol. 77), et dans le mois de décembre suivant il fit à Grenoble son entrée à laquelle Humbert assista avec l'habit de son ordre. ( Valbon— nais, tome I, page 36 1.) L'abdication d'Humbert n'était point encore solennellement notifiée à ses sujets. C'est une formalité qu'il remplit le i février i35o , en présence des principaux seigneurs du pays assemblés dans le couvent des Dominicains de Grenoble, auxquels il déclara par un discours également ferme et touchant , dit le père Texte, (ju'à l'avenir ils eussent à reconnaître Charles de France pour leur légitime souverain. {Journ. de Verd.^ oct. \']^S, page 254.)

La même année, Humbert s'etant rendu à Avignon pour être promu aux ordres sacrés, il les reçoit tous, dans l'intervalle des trois messes solennelles de Moël, de la main du pape. Cette précipitation, dont le prétexte était d'honorer davantage le dauphin, et le vrai motif de l'empêcher de rentrer dans le monde, comme le bruit courait qu'il en avait le dessein, fut suggérée par la cour de France, avec laquelle Clément VI agit toujours de concert dans celle affaire. Pour la tranquilliser parfaitement sur le compte de Humbert, huit jours après il le sacra patriarche-latin d Alexandiie. J^e roi le fit pourvoir, en i352, de l'administi-ation de l'archevêché de Reims, et le nomma , le aS janvier i'')54 -, évêque de Paris Mais Humbert se démit du soin de Téglise de Reims, le 22 février suivant , entre les mains du pape, renonça à l'evêché de Paris, et se retira à Clermont en Auvergtie , dans le couvent de son ordre ^ où il mourut le 22 mai i '-55 , comme porte l'epitaphe gravée sur sa tombe , dans la quarante-troisième année de son âge. Son corps fut transporté chez les Dominicains de Saint- Jcicques à Paris, et inhumé dans le cœur de leur église, près delà reine Clémence de Hongrie , sa tante. Outre le fils qu'il avait eu de son mariaj^e , mort , comme on l'a dit , en i335 , il laissa un fils naturel, Amédée , avoué de Viennois, duquel descendent les seigneurs de Viennois, et deux filles naturelles ^^

îîont la seconde, nommée Catherine, fut mariée à Pierre Lusinge.

Ce prince avait ordonné , l'an i34ô , suivant Chorier, qu'on mît à la première sjUabe de son nom un Y , et qu'on écrivit Ymhertus au lieu de Humbertus. On trouve néanmoins des actes postérieurs à cette ordonnance , dans lesquels il est nommé Humbertus. Mais il paraît qu'en plusieurs occasions on se conforma à sa volonté , puisqu'on a aussi des actes où il est appelé 1 mbertus. Il y a deux remarques encore à faire sur le trailé qui ajouta le Dauphiné aux domaines de la maison de France, x". Que ce traité porte expressément que « les j> armes et le nom des dauphins seront conservés à perpétuité H par ceux qui leur succéderont ; et que leurs états , quoique » faisant partie dès-lors du royaume de France , seront possédés » séparément et à titre différent par leurs successeurs , à moins » que l'empire ne se trouve réuni en leur personne. » (C'est par cette raison que , dans leurs déclarations et aux lettres expédiées pour le Dauphiné, nos rois n'ordonnent l'exécution de leurs volontés qu'en qualité de dauphins, et sous le sceau et les armes des anciens princes de ce nom. ) 2.'^. Que ce ne fut pas une des conditions du traité que les seuls fils aînés de pos rois porteraient le titre de dauphin , quoique cela ait toujours été ainsi.

L'an iSSy , l'empereur Charles IV , en qualité de roi d'Arles, accorda, par lettres du i^'. janvier, à Charles, dauphin et duc de Normandie, la confirmation de tous les droits et privilèges que les dauphins de Viennois tenaient de ses prédécesseurs. (^CarluL De?^A/rt. ) L'an iSjS, le même empereur, par lettres données à Paris, le 7 janvier, nomma son lieutenant ou vicaire au royaume d'Arles le dauphin Charles , fils du roi Charles V , quoiqu'il n'eût pas l'âge d'exercer les fonctions de cet emploi ; et le aS du même mois , ce jeune prince donna commission au gouverneur du Dauphiné d'exécuter les lettres de l'empereur, son oncle, et de se mettre en possession du château Pupet et de la maison de Chanaux. (/îec. de Fontanicu , vol. 96..)

En i4-6, le roi Charles VII céda le Dauphiné au dauphin Louis, son fils, qui n'avait que trois ans ; cession qu'il confirma l'an i440' Mais c'est la dernière de toutes. Dans la suite nos rois se sont contentés de faire porter à leurs aînés le nom des dauphins avec leurs armes écartelées.

Le dauphin ( qui fut depuis le roi Louis XI ) , s'étant retiré, mécontent du roi Charles VII, son père, en Dauphiné, y érigea, par lettres-patentes du 29 juillet i453, le conseil X. 59

delphinal en parlement. Charles , n'ayant point désavoué par aucun acte formel cet établissement , le parlement de Dauphiné date son érection de l'an i453. Mais le parlement de Bordeaux soutient qu'elle ne doit se compter cjue de la confirmation que Charles VII en fit par son éuit du 4 août i455. Il est cependant vrai que le parlement de Dauphiné a toujours été nommé immédiatement après ceux de Paris et de Toulouse, et qu'il a précédé celui de Bordeaux en plusieurs occasions ; par exemple , dans les assemblées des notables , tenues à Paris , à Moulins et à Rouen , en iSSy , i566 et iBiy , auési bien

3ue dans la chambre de justice établie à Paris en 1626. Mais, ans la chambre de justice de l'an 1661 , les commissaires des deux parlements alternèrent, l'un ayant la préséance un jour , et l'autre le jour suivant. ( M. Expilli. )

DES

Page 1