GUIGUES
lio-j. Guigues III, fils de Guigues II, lui succéda on bas-âge , sous la garde-noble du roi Louis le Jeune, à qui son père l'avait recommandé en mourant. Devenu majeur , il fut obligé de prendre les armes contre Guillaume II , comte de Nevers, qui faisait des entreprises sur le Forez. Saint Bernard vint sur les lieux pour pacifier la querelle des deux comtes. Il trouva dans celui du Forez toute la docilité qu'il pouvait espérer ; mais le comte de Nevers protesta qu'il n'accorderait aucune paix à son ennemi qu'il ne l'eût chassé de sa terre; et aussitôt, ayant rassemblé ses troupes, il entra dans le Forez. Le comte Guigues, ne pouvant éviter le combat, se recommanda aux prières du saint homme, qui lui promit la victoire. L'événement vérifia la promesse. Guigues, rempli de foi, se jette comme un lion sur les ennemis, fait prisonnier le comte de Nevers , et taille en pièces ses gens , de manière qu'à peine deux ou trois purent échapper au carnage. Voilà ce que raconte Jean l'Hermite dans la vie de saint Bernard, sans marquer l'année où ceci arriva. (^Bernardi op. vo\. 11^ col. 1288.) Cette faveur ne rendit pas Guigues plus équitable envers l'église de Lyon. Egaré parson ambition, il revint contre le traité qu'Artaud IV avait fait avec l'archevêque Humbert , prétendit être seigneur de Lyon, ou du moins y avoir l'autorité prépondérante , et ne voulut point reconnaître d'autre seigneur que le roi de France au-dessus de lui. Héraclius de Montboissier ,
farchievêque de Lyon, ayant obtenu, l'an iiSyj de l'empereur Frédéric I, par sa bulle d'or datée d'Arbois , le 19 novembre , l'exarchat du royaume de Bourgogne avec tous les droits régaliens sur la ville de Lyon, Guigues s'en offensa au point qu'étant entré à main armée dans Lyon , il maltraita les partisans du
Erélat, sur-tout les clercs dont il pilla les maisons, et l'oligea lui-même d'aller chercher un asile dans la Chartreuse des Portes ,,d'où il ne revint qu'au milieu de Tannée suivante. Guigues continua de molester Héraclius jusqu'au décès de ce prélat, arrivé Tan ii6'6.
L'année suivante, le chancelier de l'empereur s'étant avisé de vouloir faire élever une citadelle dans le territoire de Lyon, le comte de Forez s'opposa vigoureusement à cette entreprise , chassa les ouvriers les armes à la main, et les menaça, s'ils revenaient pour la prendre, de ne leur faire aucun quartier. C'est ce que niande, de Sens, le pape Alexandre III au roi Louis le Jeune , par une lettre datée du 3o juillet de cette année (Duchesne, Scrip. franc. ^ tom. IV, p. 622.) Guigues ne cherchait
Î>ar- là qu'à se rendre le maître absolu dans le Lyonnais ; es conjonctures ne pouvaient lui être plus favorables. Deux concurrents depuis la mort d'Heraclius ^ munis chacun d'une partie des suffrages du chapitre, Drogon et Guichard , se disputaient le siège de Lyon. Guigues profita de ce schisme pour se rendre le maître absolu dans la ville , et empêcher que ni Drogon ni Guichard n'exerçassent aucune juridiction temporelle sur les Lyonnais. Mais le premier, dont l'élection prévalut pendant quelque tems, ayant mis dans ses intérêt, Gérard, comte de Màcon , opposa une vigoureuse résistance au comte de Forez, et le mena si rudement, qu'il le contraignit d'abandonner la ville de Lyon , et le poursuivit même jusques dans le Forez. C'est ce que Guigues lui-même marque dans une lettre qu'il écrivit au roi Louis le Jeune , qui était pour lors en Auvergne, occupée réduire le comte Guillaume: « Je m'é— w tonne ^ sire, lui dit- il, qu'étant votre homme par tant de » titres, qu'ayant été fait chevalier par. votre majesté, que » mon père mi'ayant laissé sous votre conduite et en votre » garde, que toute ma terre d'ailleurs vous appartenant, vous j) ne m'ayez rien marqué de votre arrivée en Auvergne. j) Malgré cela je serais actuellement dans votre armée, si le » comte Girard et les schismatiques de Lyon ne fussent entrés » à main armée sur ma terre. Or ils y sont venus non seule- » ment pour me dépouiller , s'ils le pouvaient , mais encore » pour transporter mon comté, qui relève de votre couronne , » à l'empire teutonique. S'ils y réussissaient, ce serait un a» outrage saoglant qu'ils vous feraient en face et au méprig
3) des armes que vous avez actuellement entre les mains. Que- 3> votre majesté prenne donc les mesures convenables pour » mettre son honneur à couvert et mes domaines en sûreté. Je 3> la supplie de vouloir bien donner une créance entière au M porteur de la présente lettre, et, en lui ajoutant foi, de 3) vouloir bien exaucer ma prière, v (Ducbesne, Scrip. Jranc. tom. IV, p. y 08 et 709.)
Guigues eut l'honneur de recevoir, peu après, dans son château de Montbrison, ce monarque au retour de son expédition dans le Yélai , d'où il emmenait prisonnier le vicomte de Polignac et son fils. Louis, en reconnaissance de la bonne léception qiie le comte lui avait faite, lui accorda, comme il l'avait demandé , l'investiture de l'abbaye de Savigni. Mais JHuinbert 151, sire de Beaujeu , patron né de Savigni, s'opposa à cette concession , et obligea Guigues d'y renoncer solennel^ lement dans l'église principale de Montbrison , en présence de Louis et de sa cour. ( Pérard , p. 586. ) Le monarque, pour dédommager Guigues , lui donna la garde des grands chemins dans retendue du comté de Forez et des terres qui en relevaient , sauf le droit de l'église de Lyon ; ce qui fut eonfirmé , Tan iig8, par un diplôme du roi Philippe Auguste. (Ménétrier, hist. de Lyon-, p. 36.) On voit par-là que nos rois avalent la garde des grands chemins dans toute l'étendue du royaume, et que les seigneurs particuliers ne la tenaient dans leurs districts que du bienfait du monarque et en fief. Ce droit était important en ce qu'il attribuait à celui qui en jouissait la connaissance et justice des crimes commis sur les grands chemins. C'était en quelque sorte le comble des droits régaliens.
Après que Drogon , de l'autorité du saint-siége , eut été chassé par Guichard , la querelle continua toujours entre celui-ci et le comte Guigues. Sur les plaintes que Guichard
f>orta au pape Alexandre 111 contre ce dernier, le pontife commit 'archevêque de Tarentaise pour examiner les prétentions respectives des parties. On fit, le i5 octoijre de l'an i i6y, un traité par lequel il était dit que la monnaie , les péages , et d'autres droits , seraient communs entre l'archevf^que et le comte , et qu'ils ne pourraient acquérir des ficfs l'un sans l'autre dans la ville et ses dépendances. (Spicil. , tom. IX , p. 149-) Loin d'avoir le succès qu'on s'en était promis, ce traité ne servit qu'à fournir matière à de nouvelles disputes. Enfin , l'an 1 1']'6 , le comte Guigues consentit à céder à l'archevêque Guichard le comté de Lyon , comme il se comportait, pour lui et son église, à perpétuité, moyennant onze cents marcs d'argent et un certain nombre de terres , dans le Forez , que le prélat et son chapitre lui abandonnèrent. L'acte de cet «change , approuvé par les papes Alexandre III
€t ' Luelus m, son successeur, ratifié, l'an ii83, par le roi Philippe Auguste, après avoir reçu de Jean aux belles mains ^ pour lors archevêque , l'hommage pour la partie de Lyon située sur la rive droite de la Saône, confirmé, l'an itH4, par l'empereur Frédéric I, comme suzerain de l'autre partie de la ville, établit l'archevêque et les chanoines de Lyon, comtes de cette ville , aux mêmes droits que l'étaient les comtes de Forez, Mais les officiers des nouveaux comtes ne tardèrent pas à indisposer les habitants de Lyon , par les impôts qu'ils levèrent sur eux, et par d'autres atteintes qu'ils donnèrent aux privilèges de cette vHle, qui était en possession de se gouverner en forme de république. On en vint sous le gouvernement de l'archevêque Renaud de Forez, successeur de Guichard , à une sédition qui fut appaiséc par une composition faite entre les Lyonnais et le cnapitre. Mais ce fut un feu qui couva sous la cendre , et qu'on vit éclater de nouveau sous l'episcopat de Robert de la Tour-d'Auvergne , qui remplaça Renaud. Un nouvel accommodement , fait en 1228, par la médiation de Hugues IV , duc de Bourgogne , suspendit pour quelque tems les animosités. Elles se renouvellèrent , en 1272, pendant la vacance du siège de Lyon. Le pape Grégoire X, donna, l'année suivante, sur ce sujet , une constitution qui semblait devoir couper la source des dissentions. Mais les Lyonnais , voyant les chanoines eux-mêmes divisés avec l'archevêque Béraud de Goth louchant l'exercice de la justice, prirent de-là occasion de se mettre sous la protection du roi de France. Philippe le Bel en conséquence établit , l'an 1292, un Gardiateur de la ville, pour recevoir et juger en son nom les appels des bourgeois. La résidence de cet officier n'était cependant pas à Lyon , mais à l'Isle-Barbc ou à Mâcon. Philippe, l'an 1298, se portant pour unique souverain, de Lyon , exigea de Henri de Villars , nouvel archevêque , l'hommage illimité et le serment de fidélité, tel que le prêtaient les auti-es prélats du royaume. Henri se pourvut depuis auprès du pape Boniface VllI contre l'autorité que le roi de France exerçait dans la ville de Lyon , et en fut favoraljlemtnit écouté. Cette rupture occasionnant desenticprises réciproques des officiers de l'église et de ceux du roi , ce prince , l'an iSoy , donna deux édits connus sous le nom de Philippines , datés l'un et l'autre de Pontoise , au mois de septeml>re, par lesqueU il détermine l'exercice de l'une et de l'sutre juridiction. Ces édits étalent rendus en conséquence d'un traité fait dans Ifi même mois de septembre entre le roi, lepiésenté par Pi^^rrc de Belleperche, doyen de Paris , et les agens de ^archevêque. Il était dit par ce traité q)je le roi, dans toute la ville et cmâ
de Lyon et dans toute la baronnie de l'église de Lyon en-deça de la Saône, connaîtrait des appellations et des sentences définitives données par le juge Lay ^ lesquelles appellations se-rraicnt jugées au parlement par deux ou trois du conseil du roi suivant le droit écrit ; et que l'archevêque ferait au roi serment de ridélilé, sans toutefois que les biens de son église fussent censés être du fief du roi. ( Manuscr. de Béthune, n°. 9420, JuL 142. ) Mais Pierre de Savoie, étant monté sur le siège de Lyon à b fin de i3o8, débuta par réclamer contre les deux édits, ainsi que contre le traité sur lequel ils étaient fondés , et refusa obstinément de prêter serment de fidélité. Louis Hutin, fils aîné du roi, fut envoyé, l'an i3io, pour réduire ce prélat qui s'était fortifié dans sa ville. Il osa soutenir un siège; mais, le 2.1 juillet de la même année, par le conseil du comte de Savoie , son parent, qui était dans l'armée des assiégeants, il se rendit à lui comme prisonnier de guerre, et fut conduit à Paris, où il demanda pardon au roi, qui lui fit grâce à la prière de deux cardinaux envoyés par le pape. Le différend néanmoins ne fut entièrement terminéqu'en i3i3. Cette année, le lundi après Misericord'ia Domini{ 3o avril), le prélat fit avec le roi un traité d'échange , par lequel il lui abandonna la juridiction temporelle sur Lyon , excepté le château de Pierre- Lncise et re^ut certaines terres en compensation. C'est ainsi que la ville de Lyon, après avoir éprouvé diverses révolutions depuis qu'elle eut été delachce de la couronne de France parle mariage de Malhilde , fille du roi Louis d'Outremer, avec Conrad le Pacifique, roi de Bourgogne, fut enfin réunie au corps de cette monarchie pour n'en être plus séparée. Car un iXi;!, articles du traité portait que jamais le roi n'aliénerait cette ville, ni ne la donnerait en apanage,
Revenons à Guignes IIL L'an 1167, il rendit hommage à Louis le Jeune des châteaux de Montbrison et de Mont-Supt, et mit en l'hommage de sa majesté les châteaux et fiefs de Montarcher, de Saint-Chaumont , de la Tour de Jares et de Chainousset , le roi lui ayant de son côté cédé les droits qu'il avait sur les châteaux de Mareille, de Donzieux , de Clcpieu, de Lavieu, de Saint-Romain, et de leurs dépendances, pour les tenir en augmentation de fief. ( Ménétrier, Hist. de Lyon, pr. , pari. 1 1 , p. 36. ) Cette concession, attestée par un diplôme de ce monarque, nous fait connaître que Inouïs Vil avait dans le Lyonnais un domaine qu il céda au comte de Forez.
L'an H99, Guignes fonda, de concert avec sa femme Er- 2HENCARDE, l'abbaye de Bonlieu , sur la rivière de Lignon , à deux lieues de Montbrison, pour des filles de l'ordre de Cîteaux. Lrifin , après avoir fait ratifier par son fils aîné le traité d'échange.
DES COMTES DE LYONNAIS ET DE FOREZ. 4î)3
qu'il avait fait avec l'archevêque de Lyon , il se retira dans l'abbaye de la Bénissons-Dieu , ordre de Oteaux, où il mourut, dans un âge très-avancé, le 2+ janvier de l'an 1226. De son mariage il laissa trois fils, Guignes, Renaud, qui devint,^ en 1 it)3, archevêque de Lyon, et Humbert, chanoine de la même église, '