‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 38 sur 277 · OTTON DE BRUNSWICK · texte numérisé non relu

OTTON DE BRUNSWICK

L'an I ic)6, Richard , du consentement d'Éléonore, sa mère, donna l'usufruit ( et non la propriété foncière ) du duché d'Aquitaine avec le comté de Poitiers, à Otton , son neveu, troisième fils de Henri le Lion, duc de Saxe, et de Malhilde, sœur de Richard. Otton jouissait déjà de plusieurs terres en Poitou, comme il paraît par l'hommage qu'il rendit, l'an J190, à Guillaume , évéque de Poitiers, pour les seigneuries de Sivrai, de l'Ue-Jourdaln et de Dorât. {Gai. Ch.no., lom. H, t.ol. 1181.) Cette prestation se fit en personne dans le bourg de "Vœc en Poitou , ce qui prouve qu'Otton était dès-lors en France. Ôlîon fut investi la même année du comté d'Yorck , en Angleterre, par le roi Richard, avant que de l'être du comté de Poitou. Il est certain qu'il garda ce dernier jusqu'à la fin de l'an 1 197, comme il paraît par une charte qu'il expédia , le 29 décembre de cette année , à Bénaon , dans le Poitou , en faveur d(-s habitants d'Oléron. Cette charte, il est vrai, porte l'an 1198 : mais c'est suivant le style d'Angleterre ou l'année commençait à Noël. Avant ce diplôme et dans la même année , Otîon avait reçu du pape Célestin 111, un bref par lequel il lui annonçait qu'il venait de canoniser le bienheureux Gérard , ;ii)hé de la Seauve , mort en 1096. En conséquence, il écrivit deux lettres, l'une aux archevêques et évêques d Aquitaine ,

pour les exhorter à faire célébrer la fête de ce saint dans leurs diocèses ; l'autre à ses sénéchaux , prévôts et baillis , par laquelle il leur enjoignait de tenir la main à l'observation de cette solennité. Dans l'une et l'autre lettres, conservées aux archiver de la Seauve , en original et transcrites par D. Etiennot , au neuvième volume , manuscrit de ses fragments , pag. 335-337 » Otton prend les titres de duc d'Aquitaine et de comte de Poitou : Olho dux Aquitaniœ et cornes Pirimncc. A la deuxième, datée de Bazas, le 9 de mars, pend un sceau sur l'une des faces duquel on voit un lion rampant , et sur l'autre un cavalier qui

ftoursuit ses ennemis. Otton, l'année suivante, étant parti pour 'Allemagne, y fut élu au mois de mars , roi des Homains. Les embarras que cette dignité lui occasiona , ne lui permirent plus de revenir en France. Avant de quitter ce rovaume, il avait vendu , suivant la chronique d'Halberstad , les provinces qu'il y possédait, au roi d'Angleterre, moyennant une somme qu^il dépensa pour acquérir les suffrages des électeurs. Oflo pcruniam ab avunculo suo Anglicorum rege pro comitia sua datam electoribus suis, quod sitwerani , erogai'it. Après la mort du roi Richard, arrivée le 6 avril de l'an 1 199 , la reine Eléonore se ressaisit du duché d'Aquitaine et du comté de Poitou , comme d'un bien patrimonial. Elle en fit hommage la même année , dans la ville de Tours , à Philippe Auguste, roi de France , et peu de tems après , elle s'associa dans ce duché , le roi Jean-sans-Terre » son fils. Nous avons des actes qu'elle fit seule, l'an 1 199 , en son nom de duchesse d'Aquitaine ; et nous en avons d'autres de la même année, qu'elle fit au même titre, de concert avec ce

{)rince. Du nombre des premiers sont deux chartes en faveur de avilie de Poitiers, doimées , l'une et l'autre, à Niort, et, par une double erreur typographique , datées toutes deux de l'an 1149, dans le nouvel abrégé de l'Histoire de Poitou , tom. I, p. 337 et 338. Par l'une , Eléonore confirma aux habitants de Poitiers la liberté que les ducs ses prédécesseurs leur avaient accordée de marier leurs filles comme ils jugeraient a propos , et d'ester en justice sans pouvoir être arrêtes, à moins qu'ils ne fussent coupables de meurtre ou de vol. La deuxième est l'établissement d'une commune à Poitiers. Eléonore et le roi Jean firent la même année, une semblable concession à la ville de la Rochelle. ( Arcere , Hist. de la iioc/i.) Otton cependant n'avait pas renoncé au comté de Poitiers, il envoya, l'an 1200. ses deux frères au roi d'Angleterre pour répéter ce comté et celui d'York. C'est Roger d'Hoveden qui nous l'assure. Otto lex AUemanonim^ dit-il sur l'an \2.Qo^Elcct.us Komanoriiminiperaiur^ mmtHenrùum et Willeîmumfratres suos ad Joanuem regeniAnglicc avuuculum suum^ petens ah eo comitatumEboraci et comitatum Fictayis^ e/uos Ricardui

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■rex Anglœ eidederat. Il fallait donc que Richard ne lui eut payé qu'une partie du prix de la vente de ces domaines , puisqu'il se croyait en droit de les réclamer. Quoi qu'il en soit, il ne put rien obtenir. Peut-être les sommes d'argent que Jean-sans- Terre lui envoya dans la suite pour l'aider à se maintenir sur le^trône impérial, furent-elles un dédommagement des comtés qu'il refusait de lui rendre. Ce sont les écrivains allemands et anglais qui nous apprennent tous ces détails, sur lesquels nos historiens français, anciens et modernes, gardent le silence , ou du moins ne s'expliquent que tros-obscurement. Une preuve qu'Eléonore conserva l'Aquitaine jusqu'à la fin de ses jours , c'qst la charte de commune qu'elle accorda en 12.06 , dernière année de sa vie, à la ville de Niort. (^Arch. de Niort. ) L'an 1204, le duché d'x\qiiitaine, avec toutes les terres qui appartenaient aux Anglais en-deçà de la mer, fut confisque sur Jean -sans-Terre par la cour des pairs de France , pour crime de félonie et de parricide. Le roi Philippe Auguste exécuta cet arrêt en partie, les armes à la main, dans les années 1204 et i2o5, par la conquête qu'il fit de la Normandie, de l'Anjou , du Berri et du Poitou. Saint Louis, l'an 1241 , donna le comté de Poitou à son frère Alfonse. Ce prince étant mort sans enfants , le 21 août 1271, le roi Philippe le Hardi, son neveu, mit sous sa main le comté de Poitiers pour le réunir à la couronne. Charles d'Anjou, roi de Naples et frère d'Alfonse, réclama de son côté cette succession comme plus proche héritier de ce prince. Mais on lui opposa que , n'étant que collatéral , il ne pouvait empêcher la réversion au domaine royal. La contestation dura l'espace de douze ans , au bout desquels intervint , le 2 novembre 1283 , un arrêt qui adjugeait le comté en litige à Philippe le Hardi, el cet arrêt fut un règlement pour la suite. C'est ainsi que les apanages commencèrent à s'établir. Mais il restait, dit M. Gaillard, l'équivoque du mot héritiers^ et la distinction des fiefs masculins et féminins. Quand la réversion devait-elle avoir lieu i* était-ce à défaut d'héritiers mâles, ou seulement après l'extincîion de la postérité entière, tant masculine que féminine du premier apanage ? Philippe le Bel leva cette difficulté , et acheva de perfectionner à cet égard la théorie des apanages. En donnant le même comté de Poitiers avec titre de pairie par lettre du mois de décembre i3ii (et non i3i4, comme le marque un moderne) à l'hilippe le Long, son second fils, il ordonna que la réversion aurait lieu à dt^faut d'enfunts mâles ; cet exemple servit encore de règlement pour la suite. Celait un complément nécessaire à la loi salique : jusque-là les apanages auraient pu être bien plus contraires à la loi salique que ne l'avaient été les partages sous les deux

^' Î)ES COMfES DE POmEBS» tSti

premières races, puisque ces partages ne regardaient jamais tjue des princes issus de mâle en maie de la race rovale ; au lieu que les apanages, sans la dernière restriction introduite par Philippe le Bel , avaient le même inconvénient que les fiefs féminins, celui de pouvoir passer à l'étranger. Mais il fallait que cette restriction fût exprimée formellement dans les lettres expédiées pour la concesbion de l'apanage, sans quoi les femmes descendant en ligne directe de l'apanage, pouvaient, au défaut des mâles , lui succéder. C'est sur son omission que se fondait Marie, fille unique de Charles le Téméraire, pour revendiquer \ù duché de Bourgogne. {Foy, à Tarlicle de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, les lettres par lesquelles son père, le roi Jean , lui fait donation de ce duchv" , et celles par lesquelles le roi Charles V confirme celle donation. )

Pour achever le dénombrement de ceijx qui ont été apanages du comté de Poitiers, nous dirons que Philippe le Long étant parvenu à la couronne, en i.Siti, y réunit ce comté: et qu'au mois de juin i3Ô7 , il en fut détaché par < harles , regeiit de France (depuis le roi Charles V ) pour faire l'apanage de Je.aîÎ de France, son frère ; que par le traité de Breiigni du 8 mai i36o, le roi Jean céda ce comté à l-douard lli, roi d'Angleterre ; mais que Charles V, ayant retire le Hoitou des mains des Anglais, le rendit à son frère Jean, pour lors duc de Berri , par ses lettres de novembre iM^Cf ; que ce dernier étant mort , iè i5 juin i4i(i , sans laisser de postérité mâle, le comte de Poitou revint à la couronne; et qu'enfin , le 17 mai I417, il fut donné à Charles de France, dauphin de Viennois, depuis roi de France, \1I'=. du nom, qui le réunit à la couronae dont il n'a plus été séparé depuis.

DES

COMTES D'AUVERGNE

Ij'Auvergi^e , Aroérnia, et plus anciennement dite Avemia^

Erovince de trente lieues de longueur sur (parante de largeur, ornée au septentrion par le Bom Lonnais , au levant par le Forez et le Vêlai , au midi par le Houergue , et au couchant par le Limosin , le Querci et la Marche , tire son nom des peuples nommes Arverni , qui étaient les plus puissants et les plus aguerris entre les Celtes. Ils se vantaient d'être issus , Comme les Romains , des Troïens , suivant la remarque de Lucain y lib. II.

Avernique ausi Latios se fingere fratres, Sanguine ab ilitico populi;

Souvent leurs rois ont été choisis pour eommarïder à toute l«l- Gaule celtique. L'histoire romaine nous a conservé les noms de la plupart de ces rois. César , Titc-Live et Florus parlent des rois Ambigatus , Lucrius , Bituilus et Yercingelorix. Home arma toutes ses forces contre Bituitus, qui fut vaincu parFabiu» Maximus dans une bataille où ce général eut cent vingt mille hommes tués sur la place. Athénée, d'après Possidonius, dit que Lucrius était si puissant que, lorsqu'il marcViait en public , il était monté sur un char plein de sacs d'or et d'argent qu'il répandait sur une foule innombrable de peuple qui le suivait. Le royaume n'était pis héréditaire chez les Auvergnats. Ils choisissaient leurs rois parmi la noblesse. César dit que Caltellus , père de Yercingetorix , fui mis à mort pour avoir brigué laf couronne. Yercingetorix mit sous les armes quatre cent mille hommes pour défendre sa pairie contre César. Il obligea ce l^éucral à lever le siège de Gergovie, et monlia la plus grande

CHRON. HIST. DES COMTES D'aUVERGNE. Iî3

iraleur à la défense d'Alexia , où il fut pris , et de là mené à iiome Tan 70a de sa fondation. L'Auvergne , vers ce même îems , fut réduite en province romaine avtc le reste de la Celtique; mais elle fut distinguée par des privilèges qu'elle obtint, dont le plus remarquable fut l'établissement d'un sénat sur le modèle de celui de Rome. Auguste, néanmoins, craignant que Gergovie , située sur une montagne de très-difficile accès , ne (devint un asile inexpugnable pour les Auvergnats dans le cas d'une révolte , prit le parti de rebâtir l'ancienne ville de Ne-metum, située à une lieue de là , qui fut appelée du nom de son restaurateur Aiigustonemetum , et en fit la métropole de l'Auvergne, ce qui la fit aussi nommer Aroerni. ( C'est aujourd'hui Clermont. ) Gergovie, privée de ses privilèges, devint bientôt déserte , et il n'en reste aujourd'hui qu'un petit village qui porte le nom de Gergoie. Le Vêlai avec le Bourbonnais faisaient originairement partie de l'Auvergne, dont ils ne furent séparés qu'après l'établissement de fa féodalité. Les Visigoths, ayant enlevé TAuvergne aux Romains vers Tan ^.jS , la possédèrent jusqu'en 5oj , qu'elle fut conquise par Clovis. Dans la suite, elle devint le partage des rois d'Austrasie ; et après que ces roi» eurent cessé , TAuvergne vint au pouvoir du duc Eudes avec toute l'Aquitaine. Waifre, petit-fils d'Eudes, ayant été dépouillé par le roi Pépin , l'Auvergne fut gouvernée par des comtes , d'abord amovibles, ensuite propriétaires, qui relevaient des ducs de la première Aquitaine. L'Auvergne se divise aujourd'hui en haute et basse. Clermont est la capitale de la basse Auvergne, et Aurillac celle de la haute. Elle se partageait auparavant , comme on le veri-a ci-après, en comté, dauphlné et duché.

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