‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 42 sur 277 · ETIENNE · texte numérisé non relu

ETIENNE

862. Etienne , fils d'un seigneur nommé Hugues , fut Iç successeur de Guillaume II dans le comté d'Auvergne. Avant d'y parvenir , il avait fiancé la fille de Raymond l*^^ , comte de Toulouse , et ne voulut pas ensuite l'épouser sous prétexte qu'ij avait eu commerce , disait-il , avec une proche parente de cette dame. Poursuivi par le comte et sa famille , il consentit enfin BU mariage ; mais après l'avoir célébré, il s'obstina à refuser de le consommer. Raymond Tayant cité pour ce sujet , Tan 860, au concile de Thusei , près de l'oul , l'assemblée renvoya la décision de l'affaire aux évoques d' A(]uitaine , avec une ample instruction d'Hincmar, archevêque de Reims , sur les principe^ d'après lesquels ils devaient prononcer. Quoiqu'Etienue se fut soumis aux pères de ïhusel , il paraît cependant qu'il fit dilficulté de se rendre au concile d'Aquitaine où son affaire devait être définitivement jugée. C'est ce qi'on voit par une lettre que le pape Nicolas lui écrivit pour l'obliger de comparaître à cette assemblée devant les légats ffui devaient y présider. La même lettre nous apprend que ce comte était accusé d'avoir chassé l'évêque de Clermont de son siège et d'avoir mis en sa place un intrus. Nous ignorons, djt D. Vaissète, si le concile d'Aquitaine cassa son mariage ou l'approuva. Quel qu'ait été le jugement , Etienne n'y survécut pas long -tems , ayant été tué , veis la fin de l'an 86?j , en combattant contre les Normands, {Hist. de Lang; tom. I , pag. 563 , 720. )

BERNARD II , dit PLANTEVELUE.

^64 au plus tard. Bernard éîait en possçssion du comté cl'4ï4i

i)ES COMTES D'AUVERGNE* iSJ

Vergne au commencement de l'an 8G4. JNous en avons la preuve dans une charte datée du mois de janvier de la vingt-quatrième année du règne de Charles le Chauve , par laquelle , du consentement de sa femme Hesmengarde , et avec la permission de ce prince, il fait un échange avec Lanfrède , abbé de Mauzac* ( Ga/l. (Jir. , no. tom. 11, cul. 47 1 et 472. ) Mais la question est de savoir quel était ce Bernard ; car il y avait alors un grand nombre de seigneurs qui portaient ce nom. Parmi cette multitude néanmoins de Bernard, nous n'en voyons que trois entra lesquels les savants soient à ce sujet partagés: savoir, i". Bernard, fils de Dodane, et de Bernard l'^'^. , duc de Toulouse et marquiâ de Gothie ; c'est celui pour lequel dora Vaissète se décide ; 2.^. Bernard , fils de Bernard et de Blichilde , et petit-fils, par sa mère , de Roricon ^ comte du Maine ; c'est , au jugement de Besli , celui qiie nous cherchons ; 3". Bernard , dit Plantevelue^ Planta Pilosa ; M. Baluze est pour ce dernier, qu'il fait , mai* sans preuve, fils de Bernard l"^" , comte de Poitiers.^ A cela près , nous n'hésitons point à donner la préférence à son opinion. En effet , il est certain que le fils de Dodane fut proscrit à la diète de Pistes ou Pitres , tenue vers la fin de juin b64 •, et 1). Vaissète avoue qu'il ne rentra en grâce que quelques années après. Ce ne peut donc pas être lui qui fut comte d'Auvergne en ^}64. Ce ne peut être non plus le fils de Blichilde. Il est vrai tjue celte année il obtint le marquisat de Septimanie apr; s la proscription d'Humphrid. Mais si le comté d'Auvergne lui eût été pareillement donné, il l'eût conservé sans doute aussi longtems que son marquisat , c'est-à-dire jusqu'à l'excommunication fulminée contre lui , en 878, au concile de ïroyes. ( Voy, Bef^nard II , marquis ou duc de Septimanie. ) Or, nous voyons que, l'année précédente, la Septimanie et l'Auvergne étaient gouvernées par deux Bernard qui n'avaient de commun que le nom» En effet , parmi les seigneurs qui se révoltèrent contre Charles le Chauve, lorsqu'il eut passé les Alpes ^ en 877 , les Annales de Saint-Bertin nomment l'un et l'autre comme deux personnages différents , Bernardum Arç>enn(:um comitem itemque Bet'" nardum Gotiœ markionem. (Bouquet, tom. VII, pag. 124- ) Ce n'est donc ni le fils de Dodane , ni le fils de Blichilde qu'Etienne eut pour successeur au comté d'Auvergne , mais Bernard Plantevelue dont il s'agit maintenant de trouver l'origine, ainsi que celle d'Hermengarde, sa ferhme. Quoique nous ne voulions rien affirmer positivement, nous sommes très-portés à le croire fils de Bernard l^"". , l'un de ses prédécesseurs ; et câ qui semble le prouver , c'est la charte d'une donation que fit un nommé Pierre à l'église d ' Brloude , pro remedio Bernardi gloriosissùni «omitis necnon eximii ac precellentissimi superstitis Bernardi comili^

laS CHROIS'OLOGIE HISTOftlQÙÉ

ejiisque confugis Irmengardis gratiâ Del comiiissœ hon/rnçue prùUéfJi ( Jjaluze , Hist. de la maison d'Auvergne , tom. 11 , pag. 6 ) il est visible que la fondation énoncée clans cet acte , dont la date est du mois de juin 883 ^ a pour objet la famille de Bernard Plantevelue. Pourquoi donc Bernard l*^ s'y rencontrerait-il, s'il n'était pas le père du second? A l'égard d'Hermengarde , il n'y a pas lieu de douter qu'elle ne fut fille ou sœur du comte Warin. J.a terre de Cluni , qu'elle hérita de lui et porta en dot à son époux, comme on le verra par la suite, en fournit une preuve sans répli(|ue. La révolte de Plantevelue contre Charles le Chauve fiait d'autant plus criminelle, que ce prince en parlant pouf l'Italie Tavail mib au nombre des conseillers qu'il laissait à Louis le Bègue , son fils. Mais il effaça cette tache par les services importants qu'il rendit depuis à l'état. Louis le Bègue , pour lorS assis sur le trôtie, ne les méconnut pas. Ayant retiré, comme on la dit , le marquisat de Septimanie au fils de Blichilde , il le donna au comte d'Auvergne. Mais le prosrrit trouva moyen de s'emparer du comté d'Autun , après avoir fait mourir Bernard "Vitel qui en était pourvu. Le monarque envoya , contre l'usurpateur, son fils Louis à la tête de l'armée de Bourgogne, souâ la conduite de Bernard Plantevelue, d'Hugues-l'Abbé, duc ou marquis d'Outre-Seine, de Boson, duc de Provence, et de l'hierri , grand chambellan , qu'il avait sul)Stiîué à Bernard Vitel dans le comté d'Autun. Maîtres de cette ville après un siège assez court , ils étaient occupés à réduire le reste de l'Aulunois , lorsqu'ils apprirent la mort de Louis le Bègue , arrivée le lo avril 879. Le monarque , par son testament , avait laissé son fils aîné sous la tutelle du comte d'Auvergne. L'événement justifia ce choix; le comte d'Auvergne n'oublia rien pour étouffer les dissensions , prévenir les dessrins des malintentionnés, réprimer les usurpations et affermir l'autorité du nouveau monarque. Déjà Boson, duc de Provence, disputait au chambellan Thierri le comté d'Autun. Le régent et Hugues-l'Abbé les accordèrent en adjugeant au premier sa demande , et en accordant au second pour dédommagement les abbayes de l'Autunois. Il était important , pour imposer aux peuples , de faire sacrer au plutôt le jeune Louis. Bernard ayant assemblé sur ce sujet une diète à Meaux, conduisit Louis et Carloman à Ferrières où l'un et l'autre furent sacrés. Cependant les mécontents , ayant à leur tête Gauzlin, abbé séculier de Saint-Germain , tenaient une autre assemblée à Creil , d'où ils députèrent à Louis, roi de Germanie, pour lui offrir la couronne de France. Louis ayant accepté l'offre, passe le Rhin à la tcte d'une puissante armée , et entre dans le royaume. Bernard et les autres seigneurs attachés au fils du feu roi l'engagent à s'en retourner au moyen d«

DES COMTES d'aUVERGîîE. 129

la cession qu'ils lui font de la partie du royaume de Lothaire , située le long de l'Escaut et de la Rieuse, portion qui était échue à Charles le Chauve par le partage qu'il avait fait de ce royaume avec Louis le Germanique , son frère. Cette affaire était à peine terminée, que Boson, à l'instigation de sa femme, se fit déclarer roi de Bourgogne ou de Provence par les évêques de son département , assemblés à Mantaille. Bernard, l'année suivante , marche contre le tyran avec les deux rois , et débute par le siège de Mâcon , dont le comté avait été donné par Boson au fils de Blichilde. La place , ayant été prise, est adjugée avec son département au comte d'Auvergne, On fit ensuite le siège de Vienne, qui fut soutenu pendant deux ans , comme on l'a dit ailleurs , par la femme de Boson , avec la valeur d'une héroïne et l'habileté du commandant le plus expérimenté. Bernard , après la reddition de la place, continua de faire la guerre à Boson , et perdit la vie dans une bataille qu'il lui livra , l'an 886, avant le mois d'août. De son mariage il eut deux fils , Guillaume et Warin , qui moururent jeunes, un autre Guillaume qui suit, et deux filles, Adelinde ou Adélaïde, dite aussi Adalvis, mariée avec Acfred , comte de Carcassonne, et Ave, qui fut abbesse après être devenue veuve d'un comte.

GUILLAUME I ou III, dit LE PIEUX, premier comte

HÉRÉDITAIRE d'AuVERGNE , ET DUC d'AquITAINE.

886. Guillaume, à qui son amour pour la religion mérita le surnom de Pieux, succéda, vers le milieu de 886, à Bernard, son père, dans le comté d'Auvergne et le marquisat de Gothie : il était aussi comte de Vêlai , soit qu'il tînt cette dignité de son père, soit qu'il l'eut acquise d'ailleurs. (Vaissète.) Une charte de l'an 887, rapportée parla Thaumassière, prouve qu'il était de plus comte de Bourges, dès l'année précédente. Guillaume, l'an 888, s'étant déclaré contre le roi Eudes, ce prince le dépouilla de ce dernier comté pour en revêtir un nommé Hugues. Guerre à cette occasion entre les deux compétiteurs , dans laquelle Hugues périt de la propre main de Guillaume. Ce dernier se réconcilia peu après avec Eudes, et demeura paisible possesseur de ses états. L'an 8r,3 , Eudes le nomma duc d'Aquitaine. Guillaume fonda, l'an ijio, l'abbaye deCluni, par un diplôme daté du 11 septembre, et non décembre, comme le marque Pagi. Los fonds dont il dota ce monastère lui venaient d'Ave, sa sœur, qui lui en avait fait cession en quittant le monde pour entrer en religion. Le prieuré de Soucilanges, de Celsiniis, fut une autre fondation que Guillaume fit pour le même ordre en 916. Ce prince mou* X. 17

l3o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

rut le 6 juillet 918, sans laisser d'enfants de sa femme IngêL- TRUDE ou Angelberge, fille de lioson , roi de Provence, la- (]',ielle décéda l'année suivante. Guillaume est enterré dans l'église de Saint-Julien de Brioude, dont il est regardé comme le second fondateur.

GUILLAUME II ou IV, dit LE JEUNE, comte d'Auvergne et duc d'Aquitaine.

918. Guillaume II, surnommé le Jeune, fils d'Acfred, comte de Carcassonne, et d'Adélinde , sœur de Guillaume le Pieux, et cousin de Raymond-Pons, duc de Toulouse, succéda à Guillaume le Pieux, son oncle, dans ses états; mais il ne paraît pas avoir succédé à son père dans le comté de Carcassonne. Incontinent après avoir été revêtu du comté d'Auvergne, il se rendit maître, par les armes, de la ville de Bourges; mais il la perdit presqu'aussitôt par la révolte des habitants qui le chassèrent. Guillaume l'ayant reprise ensuite , elle lui fut enlevée de nouveau, (l'an 922, au plus tard) par Raoul, duc de Bourgogne, et Robert, duc de France. L'an 92^, il battit , avec le secours que lui amena Raymond II, duc de Toulouse, les Normands qui étaient entrés en Aquitaine. L'an 924, Raoul, qu'il refusait de reconnaître pour roi de France, s'achemina au mois de janvier vers l'Auvergne pour le réduire. Guillaume, averti qu'il est campé près de la Loire, aux extrémités du diocèse d'Autun , vient se présenter vis-à-vis de lui sur l'autre bord du fleuve. Le monarque, n'osant tenter le passage, prend le parti de la négociation. Il envoie des ambassadeurs au duc, qui écoute ses propositions. On convient d'une entrevue. Guillaume passe la Loire , entre dans le camp du roi, et met pied à terre dès qu'il l'aperçoit. Raoul le reçoit à cheval , l'embrasse et renvoie la conclusion de leur traité au lendemain. Le duc étant revenu ce jour là, demande un délai de huit jours pour délibérer sur les demandes du monarque ; ce qui lui fut accordé. Enfin ils s'accommodent à des conditions f|u'on ignore. Tout ce que l'histoire nous apprend, c'est que le roi rendit au duc Bourges et le Berri , dont il s'était emparé sur lui avant son élévation au trône de France. Celle réconciliation ne fut pas durable. L'an 92B, Guillaume et son frère Acfred, s'attirèrent, par un nouveau soulèvement, les armes de Raoul : il vint en Aquitaine, et mit en fuite Guill.Tume ; mais celui-ci rentra presqu'aussitôt dans ses états, par la retraite du roi, qu'une irruption subite des Hongrois, appela du côté du Rhin. Guillaume mourut le 16 décembre de ia même année, suivant l'ancien obituaire de Brioude, profé-

DES COMTES D'AUVERGTïE. l3l

rablc en ce point à Frodoard , qui met cet événement au même jour de l'année suivante. H ne laissa point d'enfants , et ne

})araît pas même avoir été marié. On a des chartes où Guilaume prend les titres de marquis d'Auvergne et de comte de Mâcon.

ACFRED, COMTE d'Auvergne et duc d'Aquitaine.

926. AcFRED succéda, suivant M. Baluze , dans les comtés d'Auvergne et de Vêlai et dans le duché d'Aquitaine, à Guillaume , son frère. Il portait , du vivant de celui-ci , le titre de comte; « et nous avons lieu de croire, dit D. Vaissète (t. II, » p. 63 ) qu'il était pourvu des comtés de Brioude et de Ta- » landes, qui faisaient partie de l'Auvergne et du comté de »» Gévaudan. Nous savons du moins qu'il possédait de grands » biens dans ce pays. » Toujours fidèle au roi Charles le Simple, il ne voulut jamais reconnaître Raoul, son compétileur. Nous avons de lui une charte de l'an 927, ainsi datée : Anno y quo Franci dehuneslaverunt regem suum Carolum. Cependant, à Poitiers, cette même année, on reconnaissait Raoul pour roi, comme le prouvent d'autres chartres que nous avons sous les yeux. Ce fut Acfred qui défendit la ville de Nevei-s contre Raoul, l'an 926, lorsqu'il s'avança vers la Loire pour entrer en Aquitaine, et réduire le duc Guillaume : il rendit, à la vérité , la place , et donna même des otages au vainqueur ; mais son cœur fut toujours pour le roi Charles. Il survécut au

lus deux ans à son frère , et mourut comme lui sans enlanis

'an 928. ( Vaissète , jiôiA. )

EBLES.

92S. Ebles, comte de Poitiers , fut gratifié, sviivant Adémar de Chabannais , des comtés d'Auvergne et de Limosin , et du duché d'Aquitaine, par le roi Charles le Simple, après que Herbert, comte de Vermandois, eut tiré ce prince, 1 an 927, de sa prison . où il rentra l'année suivante. Robert du Mont {Access, ad Sis;eb.) dit que ce fut la veuve de Guillaume le Pieux, qui lui procura le duché «l'Aquitaine ( par sa recommandation auprès du roi). Ebles paraît avoir joui de ces bénéfices jusqu'en gSa. ( Voy. Ebles, comte de Poitiers. )

Page 1