PHILIPPE DE ROUVRE
i36o. PHiLiPPi" , surnommé de Rouvre, né l'an i346, émancipé par le roi Jean, le 20 novembre i35o , joignit, après la mort de Jeanne, sa mère, les comtés d'Auvergne et de Boulogne, aux duché et comté de Bourgogne, et au comté d'Artois, qu'il avait hérités de ses aïeux-, le duc Eudes IV et Jeanne, sa femme. Il ne jouit pas long tems de cette opulente succession, étant mort le 20 novembre de l'an i36i. Il ne laissa point d'enfants de son épouse Marguerite, fille de Louis de Mâle , comte de Flandre. ( Voy. les ducs de Bourgogne. )
JEAN I, COMTE d'Auvergne et de Boulogne.
i36i. Jean I , frère du comte Guillaume XIII, appelé du vivant de celui-ci , seigneur de Montgascon , et ensuite comte de Montfort , céda ce dernier titre, avec le comté qui le lui donnait, à Jean, duc de Bretagne, et succéda presque eu même tems à Philippe de Rouvre, son neveu, dans les comtés d'Auvergne et de Boulogne. Bon guerrier , et habile dans le maniement des affaires, il fut en grand crédit sous le règne du roi Jean, époux de sa nièce, qui Te fit ministre d'état, et sous celui du roi Charles V, successeur de Jean. On le voit présent, dans le mois de juin i365, au conseil où ce prince ratifia le traité conclu le 6 mars de l'année précédente, avec le roi ds jNavane. L'année suivante, Charles V, par lettres du mois de décembre, appliqua à son domaine et à la couronne l'hommage et le serment de la terre Je Brlot, près de Péronne, qai
l4^ CHRONOLOGIE lîîSTOrjQU-E.
avait accoutumé de ressortir à Saint-Quentin ; ce qii'i4 fit en, faveur di'. son cher et féal parent et r.unseiller Jean , comte de Boulogne et d'Aui'ergne, et seigneur de Hn'ot en yermundais ^ QUEM OUGTIDIE, ajoute-t-il , FORNAX EXPEftlENTI^ P >OB\T NOBIS
ET REGNO Francis utilem et fidelem. {Rec de Colbert , vol. 2H, fol. 9<S6, v". ) Le comte Jean fit son testament le 2.2 mars i386, et mourut deux jours après dans son château de Uemin , prè-s de Compiègne. Il avait épousé Jeanne de Glermont, princesse du sang royal, fille de Jean de Clermont, comte de Charolais, dont il eut un fils , Jean , qui lui succéda : et deux filles, Jeanne, mariée, l'an i^ji , à Beraud II, dauphin d'Auvergne; Marie, qui épousa, l'an i3y5, Haymond-Louis ^ vicomte de Turenne , neveu des papes Clément VI et Grégoire XI.
JEAN II, COMTE d'Auvergne et de Boulogne.
i38G. Jean II , fils de Jean I , et son successeur aux comtés d'Auvergne et de Boulogne, n'administra point avec économie ce riche patiimoine. Four acquitter ses dettes, il vendit, au ^rand regret de sa maison , à Pierre de Giac, chancelier de France, la baronnie de Comhraille, qui fut revendiquée et retirée en 1400, par Louis II, duc de Bourbon. Sa réputation toutefois ne souffrit point de sa prodigalité. H passa toujours pour nn homme sage et de bon conseil. C'est en cette qualité qu'il fut mis auprès du roi Charles VI, lorsque l'esprit de ce prince fut aliéné. Jean eut été capable de rendre des services importants a l'état, s'il n'eût pas été empoisonné dans sa jeunesse; malheur qui lui arriva, l'an i.-j84, à la table du cardinal de Saint-Martial , dans la ville d'Avignon, et dont il se ressentit le reste de ses jours : il revenait alors de Catalogne , où il avait été .secourir le comte d'Ampurias , son cousin , assiégé par les troupes de don Pèdre IV, roi d'Aragon: il avait auparavant servi, l'an «3;9 , sous le duc de Berri , contre les Routiers-en Limosin; il était, en i382, à la guerre de l' landre ; mais on ne voit plus d'exploit militaire de ce comte depuis , son empoisonnement. Il mourut, Tau i3c)4i ^^ lundi, 28 septembre, au faubourg Saint-Marceau de Paris. Ihi vivant de son père il avait épouse, par contrat du 9 août i^y.-), LlÉonore , liile de Pierre- Kaymond 11 , comte de Comminges. Ce mariage ne fut point heureux. Offensée des mépris de son époux et de ses prodigalités, Eléonore se retira, vers l'an i38o, auprès de son oncle , le comte d'Urgel , fils du roi d'Aragon. Sur sa loiile elle descendit au château d'Ortez, chez le comte de Foix, ( Gaston Phébus ) , son cousin , ayant avec eile sa fille, née de
t)F.S COMTES D \î:vEaGNE. 1^[)
son mariage et âgée de trois ans. « Le comte, dit Froissart , » lui fit bonne chère, et lui demanda le sujet de son voyage, » et où elle allait. Monseigneur , dit-elle, ye m^en vas en Aragon » devers mon oncle et ma tante , ie comte et ta comtesse d 'Urgel , " oh je me ceux tenir. Car je prends grand desplaisance à esfre » rti'e*:- mon mari messire Jean de Boulogne , fils au comte Jean de >* Houlogne. Car je cuidois cju il deust recom^rer mon héritage de » Comminge devers le comte d\irmagnac qui le tient ; mais il n 'en » juira rien ; car il est un trop mol che\mli€r , qui ne veut aultres " choses que ses aises ^ de boire., de manger et d'allouer le sien " jotlement ,• et sitost connue il sera comte , il vendra du meilleur " et du plus bel pour faire ses volon'és ; et pourtant ne puis-je de- " meiirer avec luy. Si ay pris ma fille, que je vous en charge ei
* délivre et vous jais tuteur et curateur d'elle pour la nourrir et " garder. Je t'av à granl peine mise et extraite hors des mains
* et du pays du pèrv mon mary et l'ay amenée devers vous ^ et
* bien crois que son père mon mary ., quand il sçaura que je vous " i 'uy laissés en sera tout resjoui. Car ja pieça m ' avait-il-dit que " celte fille le mettait en grand doubte. Quand le comte de Foix *> eut ainsi ouï parler madame Alienor sa cousine , il fut moult » resjoui , et lui dit : Madame et cousine , je fairay volontiers ce »* dont vous me piiei. Car j'y suis tenu par lignage i^ et pour ce » vostre fuie ma cousine je garderay ^ et penseray bien d'elle comme >' si ce fust ma propre fille — Grand mercy ., monseigneur^ dit la » dame. Ainsy demeura la jeune fille de Boulogne en l'hôtel » du comte de Foix à Ortez, et sa dame de mère s'en alla au '> royaume d Aragon. Elle l'est bien venu voir deux ou trois >> fois; ruais point ne l'a demandé à ravoir ; car le comte de *» Foix s'en acquitte en telle manière comme si elle fust sa » fille, w Cette fdle , nommée Jeanne, épousa, Tan i3(Sg, à l'âge de douze ans, le duc de Berri, âgé pour lors de 5o. {i^oy. Ixjuis de Mâle, comte de Flandre.^
JILANNE II, co>iTESS!î d'Auvergne et de Boulogne, lt
JEAN, DUC DE lÎERRl,
Jea'NNE , mariée, comme on ^ient de le dire, en i38l) , à Jean, duc de Berri, fils du roi Jean, recueillit en i3i^4 1^ succession de Jean II , son père, comte d'Auvergne et de Boulogne. Ce fut elle, suivant la plupart des auteurs, qui sauva la vie au roi Charles \'I, dans ce funeste bol donné la nuit du 27 au 28 janvier i3ty^, où ce prince, dég-iisé en sauvage , pensa périr, par le feu qui prit aux habillomeiils poissés de cinq de ses compagnons, avec lesquels il était enchaîne. Cette princesse a\ait l'àme grande et sensible. Elle le lii paraître surtout à
i5o CHRO^'OLOGIE HISTORIQUE
Tégar J de Bureau de la Rivière , qui lui avait procuré l'honneur d'épouser l'oncle du roi. Ce ministre étant tombé du faîte de la fortune dans la plus humillanle disgrâce, était sur le point de se voir condamné à perdre la tête. Jeanne employa pour le sauver les prières et les larmes auprès de son époux (i) , l'un des ennemis de la Rivière , et vint à bout de l'engager à demander au roi la grâce de cet infortuné, qui lui fut accordée l'an iHc)2, malgré l'opposition du duc de Bourgogne. ( Baluze , lîhl. Je la M. iVAw^. , t. 1, page iSa. ) Le duc de Berri étant à Paris, donna, le 9 octobre i3i,8, ses lettres-patentes par les- <ju!lk's il confirma en qualité de comte de Boulogne les privilèges (|ue le comte Renaud et la comtesse Ide avaient autrefois accordés à la ville d'Ambletnse , en Boulonais. Ce prince mourut à Paris , dans son hôtel de Nesle , le i5 juin i4i6, à l'âge de soixante-dix-sept ans , et fut inhumé dans sa chapelle de Bourges. (^Ibid. ) Jeanne se remaria le 16 novembre suivant (et non pas l'année de deuil expirée, comme le dit un moderne) avec Georges de la Trémoille. Par le contrat de mariage, les deux époux se firent une donation réciproque de tous leurs biens : mais bientôt la division s'étant mise entre eux, Jeanne, au îTiépris de cet acte, institua , le 12 octobre i4i8 , son unique héritière, Marie de Boulogne, dame de la Tour, sa cousine. S'élant ensuite retirée au château de Saint-Sulpice sur le Tarn, elle y mourut vers la fin de 1422. Apres sa mort elle fut accusée d'avoir fait battre de la fausse monnaie dans ce château, et d'avoir fait alliance avec le roi de Portugal, ami des Anglais. Sous ce prétexte , les officiers du roi , en Languedoc , saisirent tous les biens que la comtesse avait dans leur district. Mais le roi Charles Vil en donna aussitôt main-levée à l'héritière de la
(i) « Trop de fois la bonne dame, dît Froissart, se mist à genoux » anx pieds de son niaiy, et lui disoit en priant à main jointes : Haa , »> monseigneur, à tort et péché vous vous laissez des ennemis et haï— )) neux inlormer diversement sur ce vaillant chevalier et prudhomme » le seigeur de la Rivière. On lui fait purement tort, ne nul n'ose » parler pour luy fors moy. Je veulx hien tjue vous le sçarhiez, que » s'on, le fait mourir, jamais je n'auray joye, mais seray tous les jours « que je vivray en tristesse et douleur. D'autres lois elle lui disoit : Haa, » monseigneur, il eut tant de peine et travail pour nous mettre en— >• semble. Vous l'en rémunérez bien petitement qui consentez sa mort » et destruction. A tout le moins si on lui oste sa chevance, qu'on lui » laisse la vie. Car s'il meurt sur la forme et estât dont ainsi l'esclan- » drez , je n'auray jamais joye. iNIonseigneur , je ne le dis pas de leint )< courage , mais de grande volonté'. Si vous prie pour Dieu que vous y » veuillez pourvoir et penser à sa délivrance. »
DES COMTES D'aUVERCNE. iSt
comtesse, se réservant néanmoins le chùtel et la terre de Samf- Sulpice ^ qu'il rendit dans la suite à Bertrand 1, comte d'Auvergne, ( Voyez Jean , comte d 'Etampes. )
MARIE , COMTESSE d'Auvergne et de Boulogne.
1422. Marie, fille et imique héritière de Godefroi de Boulogne et de Jeanne de Ventadour, et pelite-fille de Robert VII, comte d'Auvergne , et de Marie de Flandre , avait épousé , l'an l388, Bertrand, "V^. du nom, seigneur de la Tour. Après la mort de la comtesse Jeanne II , étant veuve pour lors, elle se mit en possession réelle des comtés d'Auvergne et de Boulogne, et par le droit de sa naissance, et en vertu de la donation de Jeanne. Georges de la Trémoille, mari de Jeanne, fit valoir de son côté le contrat de mariage , par lequel ils s'étaient réciproquement donné, comme on Ta dit ci-dessus, tous leurs biens. Les voies de fait furent les premiers moyens iju'il employa contre sa rivale; mais trop faible pour la déposséder, il lui intenta procès dans les règles. L'affaire, après avoir duré longtems, fut terminée de la manière dont on le dira ci-après. Durant ces contestations, Philippe le Bon, duc de Bourgogne , s'empara du comté de Boulogne (i), qui lui fut cédé par le traité d'Arras du 2.2. septembre de l'an i435 (2). L'an li'à-j^ Marie meurt, le 7 avril, à Clermont, où elle est inhumée. Celle princesse laissa de son époux un fils, nommé Bertrand, qui lui snccéda, et trois filles, dont l'aînée, Jeanne, épousa Béraud II!, dauphin d'Auvergne.
(i) On prétend qu'il s'en e'tait saisi dès l'an i4'9> '!" vivant même ■^e Jeanne de Boulogne.
(2) Ce traite' portait dans un de ses articles que le duc de Tîour- » gogne pre'tend avoir droit en la comté de Boulogne sur la mer, 3» laquelle il tient et possède : et poin- le bien de paix ycelle comté
V de Boulogne sera et demourera à mondict seigneur de Bourgogne >» et en jouira en tous profits et émolumens quelconques pour luy. ses r enfans et hoirs masies procréez de son corps seulement : en' après •» demourera ycelle comté à ceulx qui droit y ont ou auront ; et sera
V tenu le roy d'appaiser et contenter lesdictes parties prétendant avoir y> droit en ycelle comté : tellement qu'en cependant ne le denwndent, > ne querellent rien , ne fassent aucune poursuite à l'cncontre c!e » mondict seigneur de Bourgogne et ses enfants. » Mais dans le traité fait pour terminer la guerre du bien public en i4'35 , on glissa un mot en faveur de la ligne féminine des ducs de Bourgogne , qui dérogeait au traité d'Arras , dans l'endroit même où il paraissait qu'on le o^nfumalt. Le roi Louis XI , comme on le verra ci-après , n'y eut aucun égard.
iSi i:hronologie historique
BERTRAND I, comte l'Auvergne et seigneur de la Tour , VP. du nom.
1437- Bertrand, héritier, nar Bertrand V, son père, ilcs seigneuries de la maison de la Tour, recueillit, après la mort <le Marie , sa mère, le comté d'Auvergne, avec la baronnie de Montgascon. La même année, pendant la mesinlelllgence du comte d'Armagnac et du duc de Bourgogne, il deleiidll la ville de Corbell , assiégée par ce dernier. Dedans celte ville ^ dit Jnvénal des Ursins, étaient le sire de tUirljazan ^ et Bertrand de la Tour ^ fils au seigneur de la Tour d 'Auvergne , accompagnés dg belle compagnèe de gens d^ armes , lestfueh se comportèrent Jort sagement à la garde d 'iceile oillc , tellement que ledit duc fut contraint de lever le siège devant cette ville. Bertrand montra uuç fidélité constante pour le roi Charles VII. 1/an i44o, H reçut ce prince à Clermont, et contribua à lui faire obtenir les secours d'hommes et d'argent qu'il était venu chercher, pour mettre à la raison le dauphin, son fils, révolté contre lui. Il était , l'an 1444, dans l'armée que Charles conduisit en Lorraine, pour aider le duc René à soumettre ses sujets rebelles. Bertrand mourut dans ses terres le 22 mars 1461. Il est qualifié prince illustre dans un acte du sénéchal de Beaucalre, donné en i44'' Sa femme Jacquetie du Peschin , qu'il avait épousée en i4i6, lui donna Bertrand , qui suit, Godefroi, seigneur de Montgascon ; Gabrielle, femme de Louis de Montpensier, dauphin d'Auvergne, son cousin germain ; Louise , mariée , l'an 1446 , à Jean , V*. du nom , sire de Crequl ; Blanche , abbesse ; Isabelle, qui épousa en premières noces Guillaume de Bretagne, comte de Penthièvre et de Périgord , vicomte de Limoges et seigneur d'Avenes , et en secondes noces Arnaud- Amanleu d'Albret , sire d'Orval , fils puîné de Charles 11 , sire d'Albret et comte de Dreux.
BERTRAND II , comte d'Auvergne et de Boulogne ,
ET seigneur de LA ToUR , VII*. DU NOM.
1461. Bertrand II , fils de Bertrand de la Tour, et de .Jacquetie du l'eschin, seigneur de Montgascon du vivant de son père , devint, après sa mort, héritier du comté d'Auvergne et de la seigneurie de la Tour. Bertrand servit avec honneur , depuis 1441 jusqu'en i4>^i ■> <lans la guerre contre les Anglais. L'an i46y , il fut envoyé dans la Bresse , à la tête de deux mille hommes, pour s'emparer de ce pays au nom du roi de France , et punir par-la Philippe , duc de Savoie , qui avait pris parti
DES COMTES d'AUVERGNÉ.' i53
Incurie duc de Bourgogne. L'an 1477 , après la mort de Charles ^ «uc de Bourgogne , le roi Louis XI ayant repris le com^é de Boulogne sur Marie, fille et héritière de Charles, le rendit au comte Bertrand, comme unancienhéritagedesaniaison. On a les leltres-palentcsdece monarque en date du 5 janvier 1477 C^'^^O» adressées aux sénéchal , hailli et hommes de fief du comté d'Artois , par lesquelles il leur mande qu'ils aient à recevoir Bertrand de la Tour^ comte de Boulogne, à foi et hommage pour ledit comté , et à le lui délivrer. ( lMss. de Béthune, n. c)4iq.) Mais l'atinée suivante , par traité du a4 janvier , Bertrand échangea le comté de Boulogiie <, avec ce prince pour la jugerie de Lauragiiais eu f.angut loc , qui fut depuis érigée en comté. Maître du Boulonnais sans retour, Louis imagina un expédient singulier pour l'alfraiicliir de la suzeraineté du comte d'Artois dont il relevait , el qui par un droit incontestable, appartenait à Marie de Bourgogne. Il en avait envahi sur elle, il est vrai, la plus grande [)artie ; mais il prévoyait que cette princesse ou ses héritiers reviendraient un jour contre cette usurpation. Pour assurer l'indépendance du iioulonnais , ce cas arrivant , voici le parti qu'il prit : ce fut de transporter , de son autorité royale , l'hommage du comte de Boulogne , à l'image de Notre-Dame , révérée à Boulogne. En conséquence , il voulut que la Sainte- "Vierge fût reconnue pour la seule souveraine de la ville et du comté de Boulogne, et se déclara son vassal par le relief d'un cœur d'or du poids de treize marcs , que lui et chacun de ses successeurs , rois de France , lui payeraient à leur avènement à la couronne, en lui faisant hommage du Boulonnais. Il en fit expédier d'Hcsdin au mois d'avril (47'^? avant Pâques, les lettres-patentes qui furent enregistrées au parlement le 18 août suivant, après quoi il fit lui même l'hommage entre les mains de l'abbé de Notre - Dame , qui est aujourd'hui la cathédrale, dans la chapelle de la Vierge , devant son image , en présence de toute la cour, La même année 14.7S , Louis étant à Arras ,' donna le 18 avril d'autres lettres-patentes pour Térection de la sénéchaussée du Boulonnais, et voulut qu'elle ne fut plus responsable ne à la couronne d' Artois , ne àaultre quelconque justice y sauf ^ dit -il, à notre cour de parlement. L'an 1-+94 , le comte Bertrand meurt le 26 septembre en son château de Saint-Saturnin. Il avait épousé, l'an i44^ •> LouiSR, fille de Georges de la Trémoille ; mariage , au moyen duquel la Tiémoille renonça aux prétentions qu'il avait sur le comté d Auvergne, par la donation de la comtesse Jeanne , son épouse. De cette alliance naquit un fils, Jean III, qui suit, et quatre filles, dont l'aînée, ïrançoise de la Tour, épousa, le 26 novembre 1461), Gilbert de Cbabannes , seigneur de Curton , et grand-senéchal de
i^i CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Gulenne. Jeanne de la Tour, la seconde, fut mariée par cori-J tiiit (lu 2.S novembre i47-i ^ y^ymar de Poitiers, seigneur <ie Saiat-Vallii-r ; Anne, la tioisièmc, épousa , i'\ , le i6 février 14^0 , Alexandre Stuart , duc d'Albaiiie , mort , Tan i4H5 , des blessures reçues dans un tournoi ; 2.". , Tan 14^^77 i>ouis, comte cle la Chambre, vicomte de Maurienne; Louise de la Tour, la «lernière, eut pour époux, l'an 14^6 , Claude de lilaisi, vicomte d'Arnai. La comtesse Louise, mère de ces enfants, mourut ie 10 avril 1474- comme porte son épitaphe , gravée sur une lame de cuivre, près de son tombeau , dans l'église de l'abbayer de Salnt-Genes de Clermont, où elle est inhumée.
JEAN 1!I , COMTE d'Auvergne , seigiseur de la Tour.
i494- Jean 111 , fils de Bertrand , dernier rejeton de la pre-» îrdère branche de la maison de la Tour d'Auvergne , succédât aux seigneuries de son père , non en 14^7 > comme l'a crii M. Justel , mais en i494 • il était âgé pour lors de vingt-huit ans, étant né l'an i4t>7- Le roi Louis XI 1 le créa chevalier de son ordre , le wj mai i49^ ■> jour de son sacre. Le comte Jean ne survécut que trois ans à cet honneur, étant mort le 28 mai i5oi. Il avait épousé, l'an 1494^ Jeaisne de Bourbon, iille de Jean de Bourbon , II', du nom , comte de Vendôme , et veuve de Jean 11 , duc de Bourbon , appelée communément la. douairière de Bourbon. Il est à remarquer que dans son coutrat de mariage, daté du 2. janvier 1494^ ainsi que dans d'autres actes, il prend la qualité de comte de Boulogne , ajoutant iTiémc que Vainé mâle , descendant dudit mariage , parlera les nuiri et' annes de Boii/ugne el d'yliivergne ou la récumpense de ladite cuiulé de Boulogne. « Ce qui fait voir, dit M. Baluze, (ju'd ne jouissait j) pas alors de la comté de Lauraguais, y ayant été troublé par le » roi Louis Xll, sous prétexte d'une réunion des biens aliénés de j) la couronne ». De son mariage naquiient trois filles,: Anne , qui lui succéda; Madeleine, mariée, en i5i8, à Laurent de, Médicis , duc d'Urbin , neveu du pape Léon X, et mère de. Catherine de Medicis reine de France ; et ÎN. née après la mort de son père , et décédée au berceau.
A.NISE DE LA TOUR, comtesse d'Auvergne.
i5oi. Anne, fille aînée du comte Jean 111 , et son héritière' au comté d'Auvefgne , épousa Jean Stuaut, duc d'vUbanie en f' cosse , par contrat du lo juillet iSoS. L'an 15^4, étant malade , et se voyant sans enfants , elle Ut son testament le i(>. juin, par lequel elle Iriinsiiiil le comté d'Auvergne à CatherinS'
DES «OMTES D AUVER'^.NE. lo»
.îîeMÉDICIS , sa nièce , c|ul épousa depiiis le roi Henri II. Anne •ïTiourut dans le même mois.
Depuis que le comte Gui II avait donné en dépôt , l'an 1202 , xomme ou l'a dit plus haul , la seigneurie de Clermont à J'évoque Robert , son frère , les successeurs de ce prélat en demeurèrent paisibles possesseurs jusqu'à (Tuillaume du Prat, qui monta sur le siège de Clermont en i5H5. Tatherine de Médicis lui ayant disputé la seigneurie de cette ville, il allégua parmi ses moyens de défense la prescription. Mais on lui répondit que ce moyen n'a lieu que lors([ue le possesseur est fondé à se croire le maître et le propriétaire légitime de la chose qu'il ;possède. Or le dépôt, disait -on, est un titre qui s'oppose à ,cetle persuasion: car le dépositaire sait parfaitement bien qu'il .n'e^l ni le maître ni le propriétaire de la chose déposée. L'évéqui*. de Clermont fut donc évincé par arrêt du parlement , rendu .J'an i552 , en faveur de Catherine de Médicis. Cette princesse, l'an i5'Sl), sous le nom du roi Henri III , son fils, transporta 'en pur don le comté d'Auvergne, à Charles de V^alois, fils naturel de Charles IX. Mais en 1606, 31arguerite de Valois, sœur de Henri III, s'étant pourvue au parlement contre cette donation , se fit adjuger le comté d'Auvergne , qu'elle céda ensuite au dauphin, depuis le roi î.ouis XIII , qui le réunit à la couronne. ( Voy- Charles de Valois , dur d'Angoulcme. )
En 1601 , le roi Louis XIV, alors imineur , donna au duc de Bouillon , en échange de Sedan et de Kaucour , le comté d'Auvergne avec le comté de Clermont , proprement dit , et les baronnies de Montrognon et de Chamalière. ^lais cet échange éprouva deux oppositions qui le firent échouer. « La première » de ces oppositions fut de la part des villes de la province , j> qui soutinrent dans leurs movens qu'elles ne pouvaient êtr« » en aucune manière distraites ni désunies du domaine de la j) couronne , non-seulement parce qu elles y avaient été insé- » parablement unies , mois encore à cause de plusie\irs conces- » sions et privilèges, que nos rois leur avaient successivement » accordés.
» L'autre opposition fut faite \>av le duc de Chaulnes , alors ï) gouverneur en chef de la province du haut et bas pays d'Au- >) vergue. Quelle sera désormais ^ disait-il dans sa requête pre - }) sentée au conseil , la fonction d'un gouverneur , qui ne pouonnf: » jamais , dan<> l'ordre politique ^ rien voir au — dessus de lui que i> la personne du roi , au nom duquel il commande , commencera » d'entendre un nouveau langage de supériorité ^ d'un duc en tîtrf. » et en puissance ^ qui confond/ a facilement les droits du gouvernent m»nt avec ceux de la seigneurie et de la propriété ! Le roi rie se » réservant de toutes les villes de la province que celle de Clermoni ,
l5G CHRON. HIST. DES COMTES d'AUVERGNE;
» ce sera-la qu 'on bornera l'étendue du pouvoir du gouverneur. Par-^ i> tout ai/leurs , le nouveau dite sera le maître absolu , et pour une )> portion d 'échange d 'un petit coin de terre , il sera le maître de j» (quarante ou cinquante villes , de plus de vingt-cinq inities impor^ i* tantes , dans lesquelles il y a divers prèsidiaux et sièges rojauco 3> des plus considérables du royaume , pour arracher par - tout le 3) sacié caractère de l'autorité souveraine , qui les rend officiers du -» roi , et leur faire prendre une condition inférieure de petits juges >> de seigneurs....
}> Ces oppositions réunies furent cause que le roi ayant réuni i> la principauté de Sedan au domaine de sa couronne, au lieu a> de donner au duc de Bouillon la province d'Auvergne en j» entier, comme on l'avait projeté d'abord , ne4iii en donna » qu'une partie , savoir le comté d' Auvergne. Mais pour dédom- » mager du reste le duc de Bouillon , sa majesté lui donna en 3» échange , le u.o mars i65i , le duché d'Albret , le duché de î> Château-Thierri , et le comté d'Evreux ». (M. l'abbé Expilli , Ui'ci. de ia Fr- art. Auvergne.)
DES