GUILLAUME TAILLEFER II
100 1 au plutôt, Guillaume II , fils d'Arnaud Manzer , lui succéda au comté d'Angoulême vers la fin de l'an 9S7. Le plus ancien acte qu'on ait de lui est une charte qu'il donna en faveur de l'abbave de Saint-Amand de Boissac , au diocèse d'Angoulême , laquelle est datée de l'an de l'Incarnation 988 , indiction I. {Gall. Christ.., nov. lom. II, col. io35.) Ce comte accompagna Guillaume le Grand , duc d'Aquitaine , au siège de Rocbemeaux, et l'aida à se rendre maître de la place. Le duc lui fut aussi redevable de la prise de Blaye , dont ils firent le siège ensemble. i,a bravoure , dont le comte d'Angoulême fit preuve en celte expédition , ne fut pas sans récompense ; elle lui valut celte même place dont il avait rendu maître le duc , qui la lui donna en bénéfice, avec d'autres terres situées dans l'Aunis. (Adèmar.) Telle était l'opinion de sagesse où il était dans l'esprit de Guillaume le Grand, que ce prince ne faisait aucune entreprise sans le consulter. Il le mettait aussi de la partie dans sts pèlerinages , et surtout dans ceux qu'il faisait fréquemment
182 CHRONOIOGIE HISTORIQUE
n Rome. Durant un de ces voyages, Henri, prince de Rancogne, son vassal, profita de son absence pour élever à la hâte , l'aa 1024, dans la semaine de Pâques , un château cju'Adémar de f.habannajs appelle Fractarbot, dans la Sainîonge. C'était, dit ce chroniqueur, fausser la ioi qu'd avait faite à Guillaume avec Si-riTient prêté sur la chaussure de saint Cybar. Geoffrol , fils du comte, vengea cette félonie en passant son épée au travers du corps à Henri dans une occasion où ils se rencontrèrent. Le comte, à son retour, approuva la conduite de son fils, et ayant éîé faire avec lui le siège du château litigieux, il le prit , le rasa, le rétaullt ensuite, et le donna à Geolfroi. Dans la même absence du comte d'AR;i,oulème , Guillaume, vicomte de Mar— tiîlac , et son fière Odolric , commirent une atrocité détestable envers Alduin , leur frère. Après une querelle qu'ils avaient eue avec lui au sujet du château de Rouffiac , en Salntonge , le comte les avait réconciliés avant son départ , et leur avait fait jurer amitié sur le corps de saint Cybar. Mais lorsqu'il fut parti, ayant invité Alduin chez eux, ils le surprirent dans son lit , lui arrachèrent la langue et lui crevèrent les yeux , après quoi ib 'allèrent se mettre en possession de Roufficsc. Guillaume Tcillefer , à son retour , ne laissa pas ce forfait impuni. Il était en droit ti'ôler la vie aux coupables ; mais ils se contenta de les priver de leurs honneurs, et rendit le châîeau de Rouffiac au malheureux Alduin. Celui-ci avait un fils de même nom que lui , à qui le comte , quelques années après , fit présent de la terre de Martillac. ( Bouquet , tom. X , pag. i(3o. ) L'an 1026 , Guillaume Taillefer entreprit le voyage de la Terre-Sainte, accompagné d'une nombreuse cavalcade , et prit sa route par la Bavière, la Hongrie et rEsclavonlc. De retour l'année suivante, au mois de juin , il tomba dans une maladie de langueur qu'on attribua aux maléfices d'une femme , laquelle , disait-on , avait fait de certaines figures de cire pour l eiu'ouicr. Arrêtée pour ce sujet par les enfants du comte , elle nia le fait. On prit le parti de s'en rapporter au jugement de Dfeu. Le champion qu'elle fournit fut battu. Cependant elle persista à se dire innocente, et la question qu'on lui fit subir ensuite ne put lui arracher aucun aveu. Le comte, à l insu de cjui cela s'était fait, ordonna, aussitôt qu'il en fût Informé, de la renvoyer, et lui pardonna. iMais son successeur l'ayant depuis fait reprendre, la fit brûler vive avec d'autres personnes qu'on regardait comme ses complices. Guillaume cependant, tout occupé de l'affaire de son salut, reçut de la main de Rohon , son évéque , les dernierssacrements et mourut la veille des Rameaux , G avril 1028, laissant de Gercerge, son épouse, fille de Geoffioi Grisegonelle, comte d'Anjou, deux (ils, Alduin et Geoffrol. ( c comte GuiU
DES COMTES D*A^■GOULÊME. l83
laume fut enterré à l'abbaye de Salnl-Cvbar, Heu de la st'-pultura de sa famille.
ALDUIN II, ou FilLDUIN.
1028. Alduin II, fils de Guillaume II , lui succéda au comté d'Angoulème. Le lendemain de la sépulture de son père, Geoffroi , son frère, lui enleva le château de Blave, dont Guillaume le Grand avait fait présent à son père qui l'avait aidé à le prendre. Mais Alduin y étant accouru avec des troupes, le reprit aussitôt, et revint célébrer les fêtes de Pâques à Angoulème. Geoffroi cependant employa le vendredi-saint et les deux jours suivants à construire un foit vis-à-vis de Blaye. Alduin, après les fêtes, se mit en marche pour détruire cet ouvrage, et y réussit au bout de huit jours. Son frère alors étant venu lui demander pardon , Alduin, non-seulem"nl le reçut en grâce , mais il voulut partager avec lui la terre de Blaye. Ce comte , recommaudable par sa vertu et son courage , fut empoisonné , l'an 1082 , par sa femme Alausie, fille de Sanche, duc de Gascogne, dont il avait deux fils, Guillaume, surnomme Chaussard , comte de Maslas , que Geoffroi, son oncle , priva du comté d' Angoulème ; et Arnaud , dont on ne sait que le nom. L'historien des comtes et des évêques d'Angoulème se contredit en disant qu'Alduin survécut quatre ans à son père , et mourut en 10^0. Le P. Labbe , éditeur de cet écrivain, soupçonne qu il y a ici quelque altération dans le texte, et s'en tient, comme nous , à l'an io32 pour l'époque de la mort d' Alduin.