X. PIERRE. I
ï56i. Pierre I, fils de Hugues IV et d'Alix, couronne' roi de Chypre l'an i56o, succéda, l'an i56i, à son père, préféra- 1-lemenl à Hugues, son neveu, fils de Gui, son frère aine, décédé, eoiïuae on l'a dit, en lù/fi' La raison de cette préférence est
DES ROIS LATINS, OU FRANCS DE CHYPRE. iZï
(pi en Chypre la représentation n'avait point lieu. Pierre, dès sa jeunesse, avait jure nne haine implacable aux Musulmans ; et pour lie pas laisser refroidir ce sentiment, il portait liabilueilcmcnt une epe'e nue pendue à son cou. Peu de tems après sou in;niî^uralion, apprenant que le roi d'Anne'jiie est puissamment atlacjuc' par ces infidèles, il lui envoie du secours j puis, avec une arme'e navale, assiste' des chevaliers de PJiodes et des Catalans , il va mettre le siège devant Satalie (l'ancienne Attalie ) dont il se rend maître; et après avoir oblige' les petits princes de Cilicie à lui payer Iribut, il fait une entreprise sur Smyrne, qu'il prend et de'mantèle. ChariSfe de de'pouillcs , il revient triomphant, l'an i5(S2, ea Chypre, Tels furent ses premiers essais contre les Musulmans. L'an i565, il s'embarque pour l'Occident, accompagne de son fds et de Philippe de Maizières son chancelier, va trouver le pape Urbain V à Avignon, oii il rencontre, dans la semaine sainte, Jean, roi de France, qui se croise avec lui contre les Musulmans; il parcourt ensuite l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Angleterre, pour exciter les princes et les peuples à la croi.sade; revient en France, où il assiste aux funérailles du roi Jean, de'ce'de' le 8 avril i564, puis au couronnement de Tharles V; s'en retourne par l'Italie, et arrive, le 28 septembre i565, en Chypre. Muni des secours qu'il amenait avec lui eu hommes et en vaisseaux, il conduit peu de jours après son retour , une flotte en Kgypte; fait la descente, le g octobre, au port d'Alexandrie; prend d'assaut, le lendemain , la ville ou plutôt une partie de la ville, la pille durant quatre jours, l'abandonne ensuite après y avoir mis le feu, n'étant pas en force pour s'y maintenir, parla de'fection des Anglais, et revient en Chypre, emportant Tin immeiise butin. Les Egyptiens, irrite's de cet e'vèuement , saisissent les effets des Chrétiens, et mettent aux fers tous ceux qui se trouvent en Egypte. Les Ve'nitiens font une perle coaside'rabie eu cette occasion. Pierre, à leur sollicitation, consent à discontinuer la guerre. On fait un traite' de pais , par lequel ou convient de rendre les prisonniers de part et d'autre, et que le roi de Chvpre aura la moitié des droits que les marchandises payent à Tyr, à Baruth, à Seid, à Alexandrie, à Damiettc , à Triooli, à Je'rusalem , à Damas : ce droit e'tait le dixième denier. Ou convient de plus que tous les Chrétiens , qui auront un passeport du roi de Chypre, ne payeront point les ciuq florins de Florence pour entrer dans Jérusalem. Mais ce traité, mal observé par les Musulmans, fut ouvertement rompu au bout de dix-huit mois. L'an 1360, secouru des Génois et des Rhodiens , le roi Pierre éq'iipe une nouvelle flotte de cent quarante vaisseaux, avec laquelle il fait voile vers "^Fripoli , qu'il emporte l'épéc à la main^ de là il va prendre et brûler
l3-^ CHIlO^'OLOClE ITTSTORTÇUE
Tortose , Laodif ce , Bélinas , et autrts villes sur la cote cTe Sjricj après quoi, se voyant ahatidiniië de ses allie's , il fait la jisix avec Schaban , sultan d'Egypte. L'an i568, pendant qu'il est à Piome ponr obtenir de nouveaux secours. If s Arme'nicns, se voyant sans roi , lui rle'fèrenl le trône vacant de leur monarchie réduite presque à rien. Jacques^ son frère, en va prendre aussitôt possession ponr lui. Pierre quitte Rome, et s'embarque, le 28 .septembre de la même anne'e, pour retourner en Chypre. Peu de tems après son arrive'e, il y tomba malade sèrieusemenl , et sa maladie dura sept semaines. Pendant sa convalescence , il voulut aller à la chasse, et fit enlever par son fil; doux beaux chiens au chevalier Henri Giblet , vicomte de Nicosie; ce qui occasionna une rixe entre le fils de ce dernier et le jeune prince. Le roi premnt le parti de son fi's , se vengt-a non seulement sur celui de Giblct, mais encore sur sa fille. 11 condamna le premier à travailler avec ses esclaves à une maison qu'il faisait b^lir, et fit mettre sa sœur à la qne-tion en pre'sence de son père, des frèrrs du roi, et d'iiutres seigïieurs ; et cela, pour avoir refusé d'épouser un de ses domestiques , auquel il voulait la marier. Les te'moins de cette seènc (excepîe' les princes), outrés d'indigtiation , jurent ensemble d'en faire pe'rir l'auteur; et, la nuit suivante, c'tant enlre's dans l'appartement du roi , ils l'assassinèrent de cinquante coups de poii^nard , dans son lit à côte' de la reine. Leur fureur ne se termina point là. Après sa mort, ils mirent sur sa tête une couronne de parchemin, un sceptre et une ponuîie de même [)arure dans ses m=iins . l'habillèrent d'un liabit lo'il Irouè, le ch.r.is èrrnt de vieux souliers tout crotle's , cl le portèrent en cet e'Iat à Sainte- Sophie de Nicosie, et de là, aux Dominicains, se'pnîture ordinaire des rois de Chypre. Presqiie tous les historiens nicMcnt l.i mort du roi Pierre au 18 janvier i3S8. Mais le poète Guillaume de Mâchant, qui écrivait d'après des témoins oculaires , dans le re'cit qu'il a fait des principaux e'vcnements de la vie de ce prince, place celui-ci aa r6 janvier de l'anne'c suivante:
L'an mil trois cens ntnf et soixante, En temps rjne froitle bise vente,...
Droit (le J.invier le join- seizième Et environ Tlieure quinzième-
( Mem. de l'Ac. des B. L. , T. XX , p. 43g. )
Ce prince eut d'ÉLÉoivoRE d'Aragok , son épouse, Pierre, son successeur, et trois filles. Esquive; Marie, femme de Jacques do Chypre, seigneur de Bartitlij et Marguerite, épouse de Charles
DFS FxOIS LATINS, OTT FRANCS DE CHYPRE. 10^
Tisconti , seigneur de Pi<rme. Pierre ternit, par ses débauches et sa cruauté', dans les dernières années de sa vie, la gloire qu'il avait jusqu'alors acquise par ses exploits.
XL PIERRE II, DIT PETRIISr.
\36c). Pierre II, fils de Pierre I, monta sur le trône, l'an l56<) , à rà^e de treize ans , sous la régence du prince Jean , son oncle , à l'exc lusion de sa mère Cette même année , à l'occasion de son couronnement , qui se fit le lo octobre , il y eut contestalion pour la préséance entre les bailcs de Venise et les consuls de Gênes. La cour avant de'cide' en faveur des premiers, les Génois se vengèrent de cet affront , l'an i375, par la prise de 1 île entière. 11 n'y eut que deux places, Famagnusie et Cêrines , qui firent de la re'sistance. La première se rendil le lo octobre, et fut pille'e durant trois jours. Ln deuxième subit le joug de même vers la mi-mars i574. Le roi Pierre, fait prisonnier, ne recouvra sa liberté' que par la cession de Famagouste jusqu'au payement d'un iiiillion de ducats, qu'il promit aux Ge'nois en leur donnant des otages. L'an lô'jS, à la sollicitation de sa mère , il fait égorger, en sa présence, Jean, son oncle, pour venger la mort de son père , dont ce prince e'tait le principal auteur. Pierre n-.nurut le 17 octobre 1082, à l'âge de vingt-six ans , sans laisser d'enfants de sa femme Valevtine , fille de Rernabo Yisconti , seigneur de Milan , qu'il avait e'pouse'e par traité du g mars 1378 ( morte en i5c)).) (Gibkl, Muralori.)