MAHOMET
L'anSSi de l'ère des Grecs , le lo du troisième mois, ( thisri If, ou dius), férié deuxième, suivant Abulféda(i), c'est-à-dire l'au 570 de J. C. , le 10 novembre, (et non pas le 5 mai), un lundi, naquit à la Mecque, grande et ancienne ville de l'Arabie heureuse dans la province de Héjaz , Mahomet, ou Mohammed , qui signifie , loué , comblé de gloire ; nom qui lui fut donné par Elmotalleb, son aïeul paternel. Abdallah, son père, et Amenah , sa mère, étaient l'un et l'autre de la tribu des Khoréishites , la plus distinguée des familles Arabes , qui toutes étaient idolâtres. Devenu orphelin dans l'enfance , il fut recueilli par Aboutaleb , frère utérin de son père, qui le prit et l'éleva dans sa maison. Aboutaleb tenait par héritage de ses ancêtres la préfecture du fameux temple de la Mecque , appelé la Caaba , ou maison
(i) Observez qu'Abulfcda fait commencer l'cie des Grecs 3to ans avaut l'ère chri'tienne. Ainsi l'aa 801 j de la première, commence au mois de septembr* 5;o fie la seconde.
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carrée, fonde, suivant les Arabes, par Ismaël , dont ils pre'tendent descendre; mais ce temple e'tait alors souille' par le culte des idoles. Mahomet suivit ses parents dans les guerres qui s'élevèrent enlre les Rhore'isliites et les autres tribus. A l'âge de vingc ans, on le mit chez une riche veuve , nommée Cadige , qui faisait un grand commerce. En peu de toms , il acquit l'eslime et la confiance de sa maîtresse. Elle le chargea de la direction de son trafic, et finit par l'e'pouser. Cadige e'tait alors âge'e de quarante ans , et Mahomet n'en avait que vingt-cinq. On ignore ce qu'il fît pendanf les quatre anne'es suivantes. AbuH'e'da nous apprend seulement qu'il passait un mois tous les ans dans une grotte de la montagne de Harra pour y me'diler. Ce fut dans cet intervalle qu'il forma le plan d'une nouvelle religion. V Islamisme, ou religion qui sain-c, fut le beau nom dont il de'cora le tissu de ses rêveries ; mc'lange monstrueux de Christianisme et de Judaïsme', imagine' pour détruire l'un et l'autre. Au défaut des miracles , qu'il n'osa contrefaire , il feignit des révélations pour accréditer sa doctrine, et supposa des entretiens avec l'ange Gabriel , qui lui révélait, disait-il, tout Ce qui est contenu dans leCoran, (on dit improprement l'Alcoran,) ou livredeîa lecture: ouvrage distribué par versets qu'il dictait à ses disciples suivant les occurences , et qui ne furent rassemblés et mis en ordre qu'après sa mort. Pour lui, afin de paraître devoir tout à l'inspiration, il prétendait faussement ne savoir pas même écrire. Cadige fut la première conquête qu'il fit à l'Islamisme. La femme séduite entraîna par son exemple toute sa maison. Mahomet commença dès lors à prendre hautement le ton de prophète , et à déclamer publiquement coutre l'idolâtrie qui dominait à '.a Mecque et dans toute l'Arabie. Son éloquence soutenue par une voix agréable , une figure imposante et pau la promesse qu'il faisait de tous les plaisirs des sens dans l'autre vie, à ceux qui suivraient sa loi, lui gagna bientôt de nouveaux disciples. Croire un seul Dieu et Mahomet , son prophète , c'est à quoi se réduisait eu substance la doctrine qu'il leur enseigna. La circoncision , la prière cinq fois le jour , de fréquentes purifications , la sanctification du vendredi et le jeûne du mois ramadhau , semblable au jeune des Chrétiens , l'abstinence du vin , du sang , de la chair de porc , furent les pratiques extérieures qu'il leur recommanda. Le nombre de ses prosélytes devint si grand, que les magistrats delà Mecque, craignant une révolution, prirent le parti de les chasser avec leur lUciitre. C'est à l'éj^oque de cette expulsion , arrivée un vendredi, l{) juillet de l'an de J. C. 622, que les Mahométaus ont attaché leur ère , nommée poiu' cette raison Hégire, ou Fuite. Yatreb , appelée Médine, ville de l'Arabie déserte, à 270 milles de la Mecque ; fiU l'asile où Mahomet se réfugia. Su doclriue y prit
ftivenr. LesMcilinois le reconuurenl pour apôtre , et lui de'fe'rèrcî::t le gouvernement de leur ville. La seconde anne'e de i'he'gire , (^ de J. C.) , il lève des troupes, avec lesquelles il parcourt le pavs pour appuyer ses pre'dicalions. La victoire suivit pre^^que toujours ses étendards. Jusqu'alors il avait prêche' la tole'rance. ]Vîais , devenu le plus fort , il chargea de principes. L'e'pe'e devint alors , suivant le langage des JMahomeîans , la clef du ciel. Tuez les idolâtres , dit-il aux siens dans l'Alcoran , par-tout ou vous les trouverez ; assiégez-les ; n épargnez rien pour les faire périr; et par idolâtres , il entend tous ceux qui u'e'taicnt pas de sa secte. Pour animer le courage de ses discijîles , il de'clara que la guerre faite aux infidèles ctait d'un grand me'rite aux yeux de Dieu , et que la couronne du martyre serait la rcconipeuse de ceux qui perdraient la vie dans ces combats : dogme fe'ccnd en victoires , et qui contribua plus que tout autre chose aux progrès de sa secte et à rétablissement de lapuissance des ^Jahonielans qu'on nomme aussi ?rîusulmans. Mahomet , ennemi de la religion chrétienne , l'était encore plus de la juive. L'an 8 de I'he'gire, après onze combats 5 il défait entièrement les juifs e'tablis en Arabie, prend toutes les places qu'ils y posse'daient, et traite cette nation avec la dernière rigueur. La même anue'e , (65o de J. C), la ville de la Mecque, eliVaye'e des progrès de Mahomet , lui ouvre ses portes le 21 de raniadhan ( 12 janvier.) Maitre de la place, il se rend au temple de la Caaba, le purifie des idoles qu'il renfermait, et y ètablit le culte de sa religion. L'au Cj de l'hcgire^ il passe dans la Syrie , où il remporte quelques avantages. De retour à Me'dine , il reçoit diverses de'puta'ions de plusieurs tribus arabes , qui demandent à embrasser l'Islamisme. Ali, son cousin, est envoyé' ]irur les instruire. Celte anne'e est appele'e par les IMusulmans Vannée des -'^rnbassades. L'an 10 de I'he'gire, îeaode dzoulcaada, ( 22 février 652 de J. C ) Mahomet fait en grande pompe à la Mecque le voyage appelé' par les JMusuImans le pèlerinage de V adieu. Il meurt à idc'dine l'année suivante de l'hégire , à l'âge dcG5ans accomplis, dans la maison d'AiESn^, fille d'Aboubecr, la plus chérie de ses femmes j (il en eut à la fois jusqu'à quinze, quoiqu'il n'en accordât que quatre à ses disciples, leurnermettant, à la vérité , de prendre pour concubines autant d'esclaves qu'ils juc;eraient à propos.) L'époque précise de sa mort fait, parmi lo» savants , une difficulté qu'Abulféda résout en disant qu'il inouruî im lundi , treizième jour du mois rabié I ; [ Vit. Mahiim., p. 1 58, et Annal. Arab., p. 56.) ce qui revient au 8 juin 6d2 de J. C. Sa mort fut la suite d'un poison subtil, répandu sur ime épaule de mouton , qui lui avait été servie trois ans auparavant par une fdle juive , sa maîtresse, pour venger son frère qu'il avait fait mourir, et sa nation qu'il avait exterminée. Le coprs de cet
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illustre imposteur fut inhume' dans la chambre où il e'tait mort , et qui depuis a e'te' convertie en mosque'e. Un croissant de fer, charge' de pierreries, suspendu par un aimant sur son tombeau, a donne' lieu de publier que cet aimant soutenait en l'air ce tombeau même. On ne doit pas oublier que son manteau, dont il avait fait pre'sent à la ville d'Aila , située au fond de la mer Rouge , a passe' aux sultans ottomans, qui le conservent, comme une relique pre'cieuse, dans une cassette d'or. Mahomet ne laissa qu'une fille, nomme'e Fatime , qu'il avait marie'e à son cousin Ali. Tous ceux qui sont cense's être de la ligne'e de Mahomet par cette fille sont qualifie's ewiV^, ou commandants , et portent le turban vert pour être distingues et respecte's. On les appelle en Afrique schérifs. ( d'Herbelot. )
ABOUBECR, PREMIER CALIFE.
1 1 de l'He'gire. (65?. deJ. C.) Apres la mort de Maliometon fut embarrasse sur le choix de son successeur, parce qu'il n'avait fait aucune disposition à ce sujet. Pour trancher les difficulte's, Omar, son beau-père, nomme calife Aboubecr, beau -père comme lui de Mahomet , et lui prête serment de fidélité' sur-le-champ. Sou exemple est suivi par les différents partis de Me'dine. Le .seul Ali , cendre du prophète , réclame contre cette élection , faite en son absence. Omar va le trouver, et le contraint d'y accéder. Tout ceci se passa le jour même de la mort de Mahomet. Bientôt on apprend que plusieurs tribus arabes veulent secouer le joug qu'il leur avait imposé. Khaled , général expérimenté, que Mahomet r.ommait Vépée de Dieu , les fait rentrer dans le devoir. Les troubles intérieurs étant pacifiés , le même général est envoyé dans l'Irak, ou la Chaldée , pour en faire la conquête sur les Persans. lien soumet la meilleure partie. De là il mène son armée en Syrie l'an 1 5 de l'hégire , ( de J. C. 654 > ) pour secourir Abou Obeidah , fils de Walid , autre général musulman , occupé contre les Grecs. Il bat les troupes de ceux-ci, commandées par le patrice romain , prend Bostra par la trahison du gouverneur, et ensuite Damas après vme vigoureuse et assez longue résistance des assiégés. Aboubecr meurt sur ces entrefaites, à l'âge de 65 ans , le 22 de dgioumadi I de l'an i5 de l'hégire, ( ai juillet 654 de J. C. ) , suivant Abulféda , le joiir même de la prise de Damas. Ce fut lui qui rassembla et réduisit en un volume les feuilles eparses de l'Alcoran , dont Mahomet , comme on l'a dit jîlus liaut, dictait les versets à mesure que les circonstances le demandaient ; ouvrage , où règne la plus grande confusion , rempli de fables, semé de répétitions et de contradictions, mais écrit avec enthousiasme; et séduisant parles charmes de la diction et
les ornements de la poe'sie , qui couvrent les vices du fond. Aboubecr laissa un testament , dont les premières paroles sont remarquables : Ceci est le testament d' Abonhecr quil a fait sur le point de passer en Vautre moJide ; dans le tems oii les incrédules commencent à croire y oii les impies ne doutent plus , oh les menteurs disent la vérité. Il mourut pauvre comme il avait ve'cu.Sa dépense journalière ne montait qu'à cinquante sous de notre monnaie.
OMAR , ir CALIFE.
i5 de l'He'gire, (654 de J. C- ) Omar , beau-père de Mahomet, remplace Aboubecr sur le trône, comme celui-ci l'avait luarque' ]3ar son testament. On lui donna le titre d'e'mir almoumenin, ou de commandant des fidèles , qui passa à tous ses successeurs. Omar ne marcha point à la tête de ses arme'es j mais elles n'eu furent pas moins victorieuses sous les chefs qu'il leur donna , et dont il dirigeait de loin les expéditions. L'an i5, (656 de J. C. ), Saïd, ou Saad , l'un d'entr'eux , neuf mois après s'être vendu maitre de iMadain, capitale de Perse , gagne dans l'Irak persique , sur le roi Isdcgcrde , la célèbre bataille de Cadesiah , qui dura trois jours avec un acharnement incroyable do part et d'autre. Les Musulmans la nomment le jour de V ébranlement , parce que le glorieux succès de cette bataille ébranla la puissance des Perses, Elmacin la met dans la treizième anne'ede l'he'gire; les e'crivains orientaux la placent dans la quinzième. Cette anne'c, l5 de l'he'gire J est encore me'morable par une autre bataille qui dura pareil nombre de jours entre les Grecs, commandos par le ge'nc'ral Manuel, et les ^lusulmans, conduits par Khaled. Elle se donna dans le mois de novembre, près d'\armouc, ville situc'e sur une rivière de ce nom, dans la haute Syrie. Le succès en fut encore heureux pour les infidèles qui n'y perdirent pas cinq mille hommes , taudis qu'il y en eut près de cent mille tant tues que prisonniers du côle' des Grecs. Je'rusalem, la ville sainte, également rève'rée des Chrétiens , des Juifs et des Musulmans , excitait d'autant plus la convoitise de ces derniers, qu'ils en préjugeaient la conquête facile. L'an j6 de l'hégire, (657 de J. C.) Amrou et Sordgil, deux de leurs généraux , en forment le siège au printems. Omar se rend en personne devant cette place , lorsqu'il apprend qu'elle est aitx abois ; elle capitule , suivant Elmacin , vers la fin de la même année , c'est-à-dire au commencement de l'an de J. C. 658, par l'entremise du patriarche Sophrone. Théophane ditnéanmoins que ce siège dura deux ans. On nepeut refuser des doges à la modération du vainqueur. jMaitre de Jérusalem , il conserve aux habitants leur liberté, leurs biens , leurs églises et
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se contente de demander la permission d'e'Ievcr une mosque'e dans l'endroit où avait e'te' bâti le temple de Salomon. La conquête de ïa Palestine acheve'e , il envoie en Syrie le géne'ral Abou Obe'idali qui met le siège devant iintiocbe , où Constantin, fils et collègue de l'empereur Hc'raclius, s'e'tait renferme'. La place se rend, après une bataille perdue et la retraite de ce prince , le 1 2 de scbaban de l'an 1^ de l'he'gire, (21 août 658 de J. C. ) L'an ig , ( de J. C. 640 ) , après avoir subjugue' la Syrie, le ge'ne'ral Amrou va faire Tine descente en Egvpte par ordre du calife , avec quatre mille hommes seulement de troupes. Ce petit nombre, anime' par le fanatisme , lui suffit jiour tailler en pièces l'arme'e romaine commande'e par deux géne'raux, dont l'un périt dans la raêle'e. Mesr, ou la Babylone d'Egypte (et non pas Mcmpbis, comme plusieurs le supposent) , lui est ensuite livre'e, après sept mois de siège , par la perfidie du gouverneur. De là il mène son arrae'e devant Alexandrie , qui l'occupe , suivant Elmacin , durant quatorze mois. Dans cet intervalle , prise par les Arabes , et reprise par les Grecs, elle retombe enfin sous la puissance des i^remiers le i5 de moubarram , de la 21® anne'e de l'iiegire, (22 décembre 64 ' de J. C.) Amrou, sur les remontrances de Jean Pbilopone , dit le Grammairien , veutconserver la ricbebibliotbèque de cette ville, appelée Sèrapion. Il en écrit au calife. Omar re'pond : «Ce que X contiennent les livres dont vous me parlez, s'accorde avec ce » qui est écrit dans le livre de Dieu, ou ne s'y accorde pas. S'il M s'y accorde , alors l'Alcoran suffit , et ces livres son inutiles. )) S'il ne s'y accorde pas , il faut les détruire ». Sur cet ordre , dicte' par le fanatisme, les livres sont dislribue's dans tous les q-iartiers de la ville, où ils servent, pendant six mois, à cliauftcr quatre mille baius. On impose aux Egyptiens un tribut annuel de deux cents ducats par tête, et à ce prix ils conservèrent leur liberté, leur vie, leurs biens et leur religion. L'an 22 de l'he'gire, grande famine à Mèdiue. Omar fait rouvrir, à cette occasion , le canal que les Romains avaient fait creuser du Nil à la mer Rouge, afin de faciliter le convoi des ble's pour l'Arabie. L'anne'e suivante (640 de J. C. ) , ne fut pas moins glorieuse pour les armes des Arabes , par la victoire qu'ils remportèrent sur cent cinquante mille perses, dont le ge'ne'ral Firzen fut tue' en fuyant. (Abulfe'da.) L'an 23 de l'he'gire, le 26 de dzouledge' (5 novembre 644 de J. C), Omar est poignarde' dans la mosque'e de Me'dine par nu esclave persan dont il avait refuse' d'e'couter les plaintes , et meurt trois jours après de sa blessure. Pendant son règne, qui fat de dix ans et sept mois, il avait conquis , si l'on en croit Rcndhemir, 1 trente-six mille places, de'lruit quatre mille temple de chre'tiens, de mages et d'idolâtres, et e'difië quatre cents mosque'es. Mahomet n'a point eu de successeur plus religieux observateur de sa loi ,
plus frugal , pins éloigne du faste, pins zélé pour la justice , plus fidèle à sa parole. Ce fut lui qui bâtit, l'an 656 de J. C. , la ville de Balsora , ou Basra , au-dessous du confluent du Tigre et de l'Euphratc , à trois lieues du golfe qui porte son nom , et cela pour ôlcr aux Tersans , qu'il n'avait pas encore soumis , toute communication avec les Indes. Depuis ce tems Balsora a toujours e'te' une place très-importante pour le commerce.
Ce fut sous le califat d'Omar que les Arabes inventèrent les points pour tenir lieu de voyelles , afin de faciliter la manière de lire l'Alcorau.
OTÎÎMAN, IIP CALIFE.
25 de l'He'gire , (G44 de J. C.) Othman, ou Otschjîaw , fut élu le 2f) dzouleJge (6 novembre) , pour succéder au calife Omar. Les armes musulmanes firent de nouveaux progrès sous ce règne. L'an 27 de l'he'gire , Mohvie, l'un des généraux d'Otlnnan, fait une descente dans l'île de Chypre , qu'il rend tributaire. La même anne'e , Abdoullali , frère utérin du calife, et gouverneur d'Egypte à la place d'Amrou, qu'Otiimaa avait révoqué, passe en Afrique pa- ses ordres. Il gagne, sur le patrice Grégoire , la f'imeuse bataille d'Iacoubé, dans laquelle ce général grec périt , après plusieurs jours de combat. De là il va faire le siège de Sabtelé , qu'il emporte d'assaut. Il prend d'autres villes par composition , et revient d'Afrique , au bout de quinze mois , chargé d'un immense butin. Ces succès piquèrent d'émulation Moavie. L'an 59 il enleva aux Grecs la ville de Rhodes , et fît mettre en pièces le fameux colosse de bronze , qui avait été élevé, l'an 280 avant J. C., en l'honneur du soleil j puis renversé , cinquante-six ans après , par un tremblement de terre. Sa hauteur était d'environ cent vingt-huit pieds , et ses jambes, y compris les cuisses, de soixante. Les débris en fui'ent vendus à un juif d'Emyse , qui en chargea neuf cents chameaux. L'année suivante, 5i de l'hégire, (652), la mort d'Isdegerde, dernier roi de Perse, assure au caUfe la possession tranquille de ce vaste empire, que ses armes et celles de sçs prédécesseurs avaient conquis en détail. Les Musulmans portèrent alors leurs vues sur Conslantinople. L'an 55 de l'hégii^e (655deJ.C.) Moavie équipe une Hotte pour aller attaquer celte capitale. L'empereur Constant vient à sa rencontre avec toutes les forces navales qu'il avait pu ramasser^ et l'ayant atteint sur les côtes de Lycie, il engage un combat, dont le général musulman sort victorieux. Peu s'en fallut même que l'empereur ne tombât entre ses mains. Il était pris sans un ofHcier qui l'enleva et lui donna moyen de regagner Conslantinople. Moavie ne poursuivit point sa victoire. Il en fut dctouraé par la, nouycUe de la mort d'Othraaa. Ce calife ,
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ayant excite contre lui une se'dition pai* la durefe de son gouvernement, fut force' dans son palais de Me'dine après un mois de résistance, et assassiné par Mahomet, fils d'Aboubecr. Ce fut l'esprit de vengeance qui inspira cet attentat. Othman avait voulu faire périr Mahomet , après avoir été contraint de lui donner le gouvernement d'Egypte, à la place d'Abdallah, son frère, dont les Egyptiens étaient fort mécontents. La mort du calife est datée du 28 de dzouledgé de l'an 55 de l'hégire, (28 j uin 656 de J. C. ) Othman était âgé pour lors de 82 ans. Un trait d'orgueil, qui scandalisa le plus en lui, fut de s'être assis à la mosquée dans la chaire de Mahomet j au lieu qu'Aboubecr et Omar s'étaient toujours assis au-dessous.