DES GRANDS-MAITRES DE MALTE
aller conférer avec le pape sur un lieu propre à fixer la vie errante qu'il elait oblige' de mener avec les siens. C'e'tait toujours Adrien VI qui occupait le S. Siège. Ce pontife étant mort le azj. septembre i525, Clément VII. son successeur, accorda au c;rancljnaitre la ville de Viterbe pour y établir la re'sidence de son ordre, en attendant un domicile plus voisin des Turcs. La contagion l'obligea encore d'abandonner cet asile. Les chevaliers se dispersent, puis se rassemblent encore à Messine j tandis que leur chef ne'gocie, par ses commissaires, avec l'empereur Charle- Quint, pour avoir dans ses états l'établissement qu'il cherchai). Enfin rile-Adam , après bien des difficulte's surmonte'cs , oltient de ce prince , en toute propriété' , pour son ordre , l'île de Malte avec celle de Goze , auxquelles on joint la ville de Tripoli, en Afrique, que non seulement il n'avait pas demandée, mais dont il avait toujours craint de se charger, comme devant être plus onéreuse qu'utile à son ordre. L'acte de concession est daté de Castel-Franco, près de Bologne, le 2.4 mars i55o, et celui d'acceptaliou le 25 avril suivant. Il y avait à Malte un évtché. Charles-Quint, toujours attentif à ses intérêts, se réserva, pour lui et ses successeurs au royaume de Sicile, la nomination de l'un des trois sujets que l'ordre présentcraitpour remplir ce siège. Les choses étant ainsi arrangées, le grand-maître s'embarque, et arrive à Malte le 26 octobre de la même année. L'ordre le suit et se transporte svir ce rocher aride que couvre à peine dans quelques endroits une légère superficie de terre. La ville de Malte, et quelques masures répandues dans l'île , tout est à rebâtir. Le grand-maître se roidit contre les difficultés , et tout en comparant le séjour délicieux, les terres fertiles de Rhodes avec ce norveau séjour, travaille à le fortifier. Peu de tems après , deux renégats , l'étant venus trouver, s'engagent à le rendre maître de l'imporlanle place de Modon, dans la Morée. Il accepte leurs offres , et fait pour cette conquête un grand armement qui n'aboutit qu'au pillage de Modou , qu'il fallut aussitôt abandonner. Tandis qu'il se livrait enlièrement au bien de son ordre, la dis=» corde y éleva une querelle qui fut poussée aux dernières extrémités. Ce fut la mort d'un chevalier français, tué l'an 1 535 par un gentilhomme florentin , domestique de Salviati , prieur de Rome, qui l'occasionna. Les confrères nationaux du mort prirent les armes pour venger ce meurtre. Ceux des langues d'Italie , d'Espagne , d'Aragon et de Castille se déclarèrent pour Salviati. Il y eut divers combats entre les deux partis. Le grand-maître eut besoin de toute sa prudence et de sa fermeté pour calmer cet orage et faire rentrer les séditieux dans le devoir. Il ne survécut guère au rétablissement de la paix. L'an 1 534 , il mourut le 22 août, chargé d'années et couyerlde gloire. On grava sur son tombeau
ce peu de mots , qui renferme un éloge complet : C'est ici qu3 REPOSE LA Vertu victorieuse de la Fortune. Sa maison dans la suite tomba dans l'indigence, et l'on a vu dans ce siècle, vers 1750 , un gentilhomme qui en était , réduit à voilurer de la pierre aux environs deTroyes, en Champagne , pour faire subsister son père.