CLOVIS L
481 . Clovis I , né l'an 4^5, succéda, l'an 481 , à Childéric, son pore. Pendant un rcgue d'environ trente ans, il acheva d'enlever
aux Romains ce qui leur restait dans les Gaules. L'an /^S6 , il ga^aia la bataille de Soissons contre Siagrius, fils de Giion, qualifie', par Grégoire de Tours, Romanorurn Rex j ce qui veut dire souverain , et non pas , comme le prétendent quelques-uns, simple gouverneur des provinces romaiiîes dans les Gaules. Siagrius s'e'tant réfugié cîiez Alaric, roi des Visigollis, fut renvoyé par ce prince à Clovis , qui le redemandait avec menaces , et peu de tems après mis à mort par le commandement secret de son vainqueur. Mais avant de s'en défaire , Clovis eut l'adresse de l'engager à lui remettre , pour les garnisons romaines qui occupaient encore des places considérables dans les Gaules, des ordres de lui obéir; artifice qui hâta ses conquêtes et l'extinction de la puissance romaine en de-çà des Alpes. Basin , roi de ïhuringe , n'avait pas oublié l'affront que Childéric lui avait fait en lui enlevantBasine, sa femme, et en l'épousant. L'an 401 , voyant Clovis éloigné du Rhin avec ses ineilleurcs troupes, il fait une irruption subite sur les (erres des Francs situées audelà de ce fleuve , et ravage une grande étendue de pays. On lui demande la paix qu'il feint d'accorder eu recevant des ùtages, dont il fait ensuite un horrible massacre. Mais il ne tarda pas à subir la peine d'une si cruelle perfidie. Clovis ayant rassemblé promptement son armée, la conduit en Thuringe , et réduit ce pays entier sous ses lois. Cependant, soit de force, soit par accommodement, Basin y rentra, et s'en remit en possession. On ne peut en douter , puisqu'on voit ses enfants régner en Thuringe sous les successeurs de Clovis. Il manquait à ce dernier uire fcmme légitime L'an 49^ , il fait demander à Goudebaud , roi des Boirrguignons , Clotilde , sa nièce , fille du roi Chilpéric dont il était le meurtrier. Elle lui est accordée moins par inclination que par la crainte des suiles fâcheuse d'un refus. Cette princesse , qui était chrétienne , disposa peu à peu sou c'poiix à renoncer aux superstitions du Paganisme. ]l elait encore flottant , lorsqu'en 496 il marcha conire les Allemands, nation belliqueuse qui s'était jetée dans les Gaules pour y faire un établissement. En étant venu aux mains avec eux , il s'avisa, comme il était près de succomber dans le fort de la iiaêlée , d'invoquer le Dieu que Clotilde adorait. Il ne le fit pas en vain; une victoire complète fut le fruit de sa prière. C'est à Tolbiac , aujourd'hui Zulpich , entre Bonn et Juliers, à dix lieues du Rhin , que la plupart des modernes placent cette bataille. Mais les pères Henschenius, Bertholet, la Ouille et Barre sont d'avis qu'elle se donna près de Strasbourg ; et ce sentiment est adopté par M. l'abbé Grandidier qui l'appuie de solides raisons. Ces Allemands au reste sur lesquels elle fut gagnée , étaient les peuples qui habitaient la Franconie, la Si.abc, l'Helvélie et la
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PJietie. Les Boïens, ou Bavarois, qui s'étendaient Jusqu'au Rliin, craignant que Clovis n'entrât sur leurs territoires , vinrent lui faire leurs souinissions , mais à condition d'être maintenus dans leurs lois et coutumes sous le gouvernement d'un duc. Pe'ne'lre' de reconnaissance envers le ciel , Clovis se fait instruire de la religion che'tienne , et reçoit le hapfème le jour de INoèl 496 par les mains de S. Pemi. Alboflède etLantiiilde , sœurs de Clovis, et 0000 Français furent en mème-tems baptises. Clovis vint ensuite mettre le sie'ge devant la ville de Verdun qui s'e'tait re'volte'e, bien rc'solu d'en faire un exemple de se've'rite'. Mais , sur le point de s'en rendre maitre, il se laisse fléchir par les prières du prêtre Euspice que les habitants lui avaient députe'. Il entre en procession dans la ville , pre'ce'dë du cierge' et aux acclamations du peuple. Euspice et Blasimin, ou Mesmin , neveu d'Euspice, suivent ce prince à Orle'ans , où il fonde , sur les bords de la Loire , le monastère de Mici , dit aujourd hui de S. Mesmin. Ce fut encore cette anne'e qu'il confirma et augmenta par de nouveaux dons la fondation du monastère de Piëome , à deux lieues audessous de Se'mur, en conside'ration de l'abbe' Jean. Le diplôme, qu'il fit expe'dier à ce sujet , est date' de la première année de son christianisme , pn'wo nostro susceplœ Chrisiionilalis anno , le 2g de'cembre , indiction V. (Voy. les lettres à lil. JMilles pour la défense de ce diplôme )• Vers le même tems fut faite , à ce qu'on croit , la première re'daction par eVrit de la loi salique que les Francs avaient suivie jusqu'alors par tradition. ISous en parlerons plus amplement ci-après. L'an 497 > les Francs invitent les cites arnioriques à s'unir à eux , pour ne faire qu'une même nation. L'Armorique , Arinoricanits Iraclus , comprenait alors toute- la côte de la Gaule occidentale. « Mais « cette de'nomination ge'ne'rale , dit M. Danville , parait avoir « e'té appliquée plus particulièrement aux peuples situe's depuis « les bords de la Seine jusqu'à la Loire. Dans la suite, le nom <( d'Armorique , ajoute-t-il , s'est i-cnfermë dans la Bretagne , « après que les Bretons d'butremer , fuyant le joug des Saxons « et des Anglais, s'v furent e'tablis ». Les Armoricains qui , depuis l'an 400 , s'c'taienl forme's en re'publique pour se soustraire aux vexations des officiers romains , se rendirent aux invitations des Francs , et ne tirent aucune difficulté' de s'incorporer à cette nation, dont les mœurs , suivant le témoignage des historiens les plus e'quitabk's , e'taient incomparablement plus douces que celles des autres barbares. L'an 5oo , maitre des provinces romaines , depuis le Rhin jusqu'aux confins du royaume n'e Bourgogne , Clovis se joint à Godegcsile pour faire la guerre à Gondebaud, sou frère , roi des Bouguiguons. Gondebaud, mis ea
fuite , entre dans Avignon , oii il est assiège par Clovîs , mais étant près de le forcer dans cette place , Clovis lui rend son royaume , et se contente de lui imposer un tribut, sous la promesse qu'il lira de lui de faire cesser la perse'cution qu'il faisait aux Catholiques. Cette promesse fut le prétexte qu'alle'gua Clovis à Godegcsile pour se jusliiier , disant que l'inte'rèt de la religion , qui lui avait fait entreprendre cette guerre , ne subsistant , plus , il était juste de re'tablir Gondebaud dans son premier e'tat. Mais dans le vrai ce prince aimait mieux voir les deux frères s'entre-de'truire , que d'en laisser un seul jouir paisiblement de la Bourgogne. La politique de Clovis se démasqua , lorsque Gondebaud se fut défait de Godegësile. 'Alors il s'allie avec Tliéodoric , roi d'Italie , pour le dépouiller et partager ensuite entre eux ses e'tats. Tbe'odoric le laisse combattre et vaincre seul. Clovis , maigre' ce trait de mauvaise foi , n'he'site point à lui abandonner la part de la conquête qui lui revient. Mais bientôt après > craignant d'avoir un dangereux voisin dans un prince si puissant, il remet à Gondebaud la portion de la Bourgogne qui lui était e'chue , et persuade à The'odoric d'en faire autant de la sienne. Il fit sagement ^ car il avait sujet d'appréhender que , maître d'une partie de la Bourgogne, The'odoric n'employât le secours d'Alaric , son gendre, roi des Visigoths , pour envahit l'autre. Clovis et ce dernier, trop puissants et trop voisins pour s'entr'aimer , s'observaient avec une jalousie et une de'fiancc muluelles. Le monarque français , plus entreprenant que son rival , fit à la fin éclater ses desseins ambitieux contre lui. La religion fut encore le prétexte de la guerre qu'il lui de'clara. L'an 607 , ayant assemblé les grands de son royaume : « C'est une « honte, leur dit-il, qu'un prince arien, tel que cet Alaric , « roi des Visigoths, possède la meilleure partie des Gaules». Tous en même tems lèvent les mains , et protestent qu'aucun d'eux ne se fera la barbe, qu'ils n'aient vaincu et chasse' Alaric. On se met en campagne , et Clovis ,1a même année ( aoy ) , gagne sur Alaric une grande bataille à Vougle', près de Champagné- Saint-Hilaire , sur le Clain , à 10 mille de Poitiers ( les auteurs du tems disent in campo ou campanîa V^ocladensi) ; il tue ce roi de sa main ; et ayant ensuite divise' son armée , il en donne une partie à Thierri , son fils , pour aller se rendre maître de l'Albigeois , du Rouergue , du Qucrci et de l'Auvergne, à quoi il réussit , tandis que lui-même va faire la conquête du Poitou, de la Saintonge et du Bordelais , où il passa l'hiver. Au printems suivant , après avoir soumis la Novempopulanie , il paraît devant Toulouse, qui lui ouvre ses portes sans résistance. Il eu tire le reste des trésors d'Alaric , que Gésaîric , son successeur ,
n'avait pu emporter eu se retirant à Carcassonnc , et les fait transporler à Paris. Re'solu de chasser entièrement les Visigollis des Gaules, il marche vers Carcassonnc , dont il fait le siège. Son jlls Thierri, auquel s'e'tait joint Gondebaud , roi de Bourgogne, f;!isait cependant ses efi'orls pour s'emparer de la ville d'Arles. Mais il est battu et mis en fuite par le ge'iie'nil Ibbas , que The'odoric , roi d'Italie , avait envoyé au secours de la place. Sur l'avis de cette de'faite, Clovis lève le sie'ge de Carcassonnc, et repasse en Aquitaine, où iUassiége la ville d'Angoulème qui se rend après avoir vu tojnber comme par miracle une partie de ses murs. De-!à il se rend à Tours , où il trouve les ambassadeurs de l'empereur Anastase, qui lui présentent, au uom dcceprincc, le brevet du patriciat et du consulat honoraire , dont il prit les ornements dans l'église de S. Martin. Il avait fait porter la chape de ce saint à la bataille où il vainquit Alaric , et lui avait fait ua vœu dont il s'acquitta sur son tombeau par de riches offrandes. Sur quoi l'on rapporte qu'il lui e'chappa de dire ; S. Martin sert h! en ses amis ; mais il leur fait parer ses services un peu cher. De Tours il arrive à Paris dont il fait le sie'ge de son empire. L'anne'e 609 re'pand de grandes taches sur la mémoire de Clovis. J\près avoir combattu jusqu'alors pour l'iute'rèt des Francs , sou ambition se porte sur les princes de sa nation et de son sang. Voulant envahir les e'tats de Cararic, roi des Morins , suivant Malbrancq , il lui de'clare la guerre , sous prétexte qu'étant avec lui ù la bataille de Soissons , donnée 23 ans auparavant , contre Siagrius , il avait attendu l'événement sans combattre. La victoire couronna cette cntrci^'-'se injuste. Clovis, dans le même dessein, engage Clodéric , fils de Sigebert , ix)i de Cologne ou des Ripuariens , à tuer son père, et venge ensuite cepnrricide en faisant assassiner Clodéric lui-même par ses domestiques dans une chasse , après quoi il s'empare de son royaume. Ragnacaire , roi de Cambrai, et Rignomcr , roi du Mans , furent également les victimes de son ambition , et , en succombant à sa perfidie , ils le laissèrent maître de leiu-s domaines. Piemarquez bien que tous ces petits rois étaient des parents de Clovis ; et c'était par «:ette raison même qu'il cherchait à s'en défaire, de crainte qu'après sa mort ils ne prétendissent avoir la préférence sur sa postérité ; car la couronne de France n'était point encore alors allachée , et ne le fut que long- tems après, à la primogénituro. L'an 5 10 , les Francs et les Bourguignons reviennent devant Arles, dont ils forment le siège. Mais ils sont battus par ]\larobaudus , gouverneur de Marseille pour le roi Théodoric , et poursuivis jusqu'au dc-là de la Durance. L'an 5i i , Clovis meurt à Paris au palais des Therraes , où il faisait sa résidence , le 27 no»
vembrc , âge de ^5 ans , et dans la 5o* année de son règne. Le Jieii de sa se'puUure fut l'e'glise de saint Pierre et saint Paul (aujourd'hui sainte Geneviève) , bâtie par Clotilde , sa femme, oui lui survécut. Ce prince laissa quatre fils qui suivent, ne's de son mariage, à l'exception du premier , et une fille nomnie'e Clotildc comme sa mère et mariée , l'an 026 , avec Anialaric , roi d'Espagne. Quelques-uns donnent à Ciovis , pour deuxième fille , Amalberge , femme d'Hermenfroi , duc de Thuringe , ce qui paraît fort douteux. .
Ciovis et ses successeurs permirent aux nations qu'ils subjuguèrent de vivre conforme'ment aux lois qu'ils trouvèrent e'tablies parmi elles. Ainsi les Gaulois continuèrent à suivre les lois romaines ; les Yisii;otlis , les Bourguignons , les Allemands , les Bavarois leur code national , et furent juge's suivant ce code dans les tribunaux. La distribution des provinces gauloises demeura la même , dans l'ordre ecclésiastique , qu'elle avait e'te' dresse'e par les empereurs. Mais dans l'ordre civil le royaume fut partagé en comtes et en ducbe's. Chaque cite' , divise'e en cantons {Pagi) , ayant à leur tète un ccnlenier , e'tait gouvernée par un comte , et un nombre de cités formaient un duché' , ce qui n'était cependant pas néanmoins imiforme ; car il y avait des duchés qui n'étaient composés que d'une cité, et des comtés qui n'étaient compris dans aucun duché. Quelquefois aussi le duc était inférieur au co.mte , et de -là vient qu'on ne faisait pas difficulté de quitter le premier litre pour prendre le second. Le duc de Toulouse devenu comte en est une preuve.
On a vu ci-devant que l'une des réformes que fit Constantin fut de séparer l'exercice du pouvoir militaire de celui du pouvoir civil. Ciovis les réunit, et par un mélange de la coutume des Francs avec les coutumes romaines , il rassembla la puissance des lois et celle des armes dans la personne des ducs et des comtes. A l'égard des impositions , il les laissa subsister sur le pied qu'elles avaient été établies par les Romains , parce que son intérêt ne lui permit pas d'agir autrement, l-es Francs ne se connaissaient guère en finance , et les Romains avaient porte" cette science à sa perfection.
Les terres saliques étaient exemptes de toute imposition , et leurs possesseurs ne furent tenus qu'au service militaire. La personne même du franc ne fut point dispensée des dons que la nation faisait annuellement aux i-ois dans les assemblées solennelles , et que l'usage avait convertis en redevances.
La justice fut sommaire chez les Fi'ancs jusqu'au treizième
siècle. Malliim est le nom qu'on donnait au tribunal où elle se rendait-, ceux qui le composaient avec le comte ou le vicomte s'appelaient Rachimbitrges sous la première race de nos rois , et Scabini ou Scavini sous la deuxiènie , et bien avant sous la troisième ; et Placitum s'employait pour désigner cbacunc de leurs séances ainsi que le jugement qui en émanait.
On a prétendu que dans l'origine de la monarcbic , il n'y avait ])oint de noblesse héréditaire : « ce sont les emplois et les « titres qui ne Tétaient pas. On ne devenait pas duc , comte , « vicaire , scabin , centenier par héritage •. mais il y avait une <( classe où l'on naissait avec le pouvoir de parvenir à tous ces « offices , et cette classe était celle des ingénus , cjui formait dans )) l'état celle de la noblesse » (M. Ledrague). Tout ce qui n'était pas du nombre des ingénus était serf. Mais il y avait trois différentes sortes de servitudes : les serfs , proprement dits ou les esclaves , étaient dans une dépendance absolue de leurs maîtres , qui pouvaient disposer de leur fortune et même , en cas d'insubordination et d'infidélité, de leur vie. C'était le servitude de corps. Les serfs attachés à la glèbe , servi adscripti glebœ , c'est-à-dire , attaciiés à un fonds de terre pour le cultiver, étaient des espèces ds fermiers perpétuels, qui cultivaient pour leur compte moyennant une certaine rétribution c[u'i!s pavaient au propriétaire. Ils faisaient partie de la terre confiée à leurs soins , de manière qu'ils ne pouvaient la quitter et qu'ils étaient vendus avec le fonds comme les bestiaux employés à le mettre en valeur. Enfin , il y avait les fiscalins, qui étaient de deux espèces ; les uns étaient serfs proprement dits du fisc royal ; les autres avaient la propriété de certains fonds dont ils pouvaient disposer sous le bon plaisir du roi ( T^oj. le Gloss. de du Cange au mot Fiscus).
Clovis et ses successeurs mérovingiens dataient communément leurs diplômes des années de leur règne , du Jour , du mois ^ du lieu où ils les expédiaient ; à quoi ils ajoutaient quelquefois , mais très-rarement .l'indiclion. Souvent aussi leurs diplômes n'avaient aucune date. Nous remarquerons encore que ces diplômes sont écrits pour la plupart sur papier d'Egypte. Clovis à la tète de» siens, se cpalifiait Vir inluslery ea quoi ses successeurs de la première race Tout imité.
THEOnORTC I , 1 ouTlIlERRI,
ilOI DE METZ,
En. Thief.ri , Jié de Clovis et d'une concubine avant le mariage de Clovis avec Clotilde , commença , par le choix des Francs, h régner à Metz au mois de novembre 5i i. Il posse'da , outre les provinces d'au-delà du Rhin , et les villes situJes entre leRhinetlaMeUie, Reims, Chàlonssur-Marnc,Troye3; et dans l'Aquitaine première , Ciermont , Rodez, Cahors, Aibi . avec Usez dans la Gaule narboauaise.