SABIN
763. Sabin , gendre de Comiès , fut e'Iu pour succe'der à Tcle'sis. Dès qu'il fut sur le trône , il demanda la paix aux Romains, et l'obtint. Mais les Bulgares craignant qu'une pareille soumission ne les rendit esclaves des Romains , s'élevèrent contre leur souverain , et l'obligèrent à prendre la fuite. Sabin se relira avec toute sa famille à la cour de Constanliuople.
PAG AN, ou PAGEN.
763 ou 764' Pagan fut substitue^ par les Bulgares à Sabin , après sa fuite. On s'attendait qu'il recommencerait la guerre avec les Romains , mais son premier soin fut au contraire de cimenter la paix que Sabin avait faite avec eux. Il envoya jjour ce sujet des ambassadeurs à la cour de Constanliuople et y vint ensuite lui-même. Copronjme fit semblant de lui accorder sa demande ; mais, l'an 760, il entra à main arme'e sur les terres des Bulgares , où il battit leurs géne'raux , et fit de grands ravages. L'année suivante, ce prince, e'tantvenu parle Danube en Bulgarie, avec une flotte de 600 voiles , une violente tempête brisa , submergea , dissipa ses vaisseaux , et l'obligea de s'en retourner êaus avoir rien fait. Pagan mourut vers l'an 771.
TÉLÉRIC , ou TSÉRIC.
771 , ou environ. Teléric, ou Tsébic succe'da , vers l'an 77T^ à Pagan. L'empereur Copronyme , ayant e'qrripe' une uou-
56 CHRO^'OLOGIE HISTORIQUE
velle flotle , revint en Bulgarie. Arrive à Varna, une frayeur subite le saisit; il e'tait sur le point de fuir lorsque les Bulgares non moins cffraye's que ce prince , lui envoyèrent demander Ja paix. Ils l'obtinrent sans peine, et l'empereur lit aussitôt voile pour Constantinople. Mais l'an 775 , ayant appris , vers le mois .d'octobre , que l'c'le'ric avait assemblé 12 mille hommes pour enlever les habitants de Berzerie , il assembla, de son côté, une grande arme'e , avec laquelle il fondit inopine'ment sur la Bulgarie. Tele'ric, se persuadant qu'il était trahi par ses sujets, e'crit l'anne'e suivante à l'empereur que , ne pouvant plus se fier aux siens , il a dessein d'abandonner son royaume , et de se retirer auprès de Jui; il le prie en même tems que, s'il a quelques amis parmi les Bulgares à qui il puisse de'c ouvrir son dessein , il ne manque pas de les lui nommer. L'empereur, ne se doutant point de la fraude , lui envoie la liste de ses correspondants. Le Bulgare l'ayant reçue , les fait tous mourir par différents supplices. A la nouvelle de ces exe'culions , Copronyrae entre dans un de'pit furieux qui avança le terme de ses jours. Mais ce que Tëlcric feignait alors de vouloir faire , il fut oblige' de le réaliser sous Le'on , successeur de Copronyme. Car appre'hendant les embûches de ses sujets, il prit le parti, l'an 776, de se re'fugier à la cour de Constantinople , où il fut honore' de la dignité' de patrice. Ayant ensuite embrasse' la religion chre'lienne , il reçut le baptême , et e'pousa la nièce de l'impératrice Irène. M. le comte du Buatfait de Te'le'ric deux hommes qu'il nomme Télènes et Tse'ric , et fait re'gner le premier après le second.
CARDAM, ou CORDANE.
776. Catidam, ou Cordane , fut e'iu pour remplacer le roi Te'le'ric après son de'part. L'an 791 , et non pas 778 , comme le marque du Cange , Constantin , fils de Le'on et d'Irène , vint l'attaquer, mais sans succès. Il revint l'anne'e suivante, et fut totalement de'fait. Mais , l'an 794 » i' re'para cette de'faite par une victoire dont il ne sut pas ne'anmoins profiter. L'an 806, les Bulgares passent au fil de l'e'pe'e un corps de troupes romaines. Il paraît nue Cardam mourut cette année.
CREM, ou GRUME, ou CRUMNE.
806 , ou environ. Crem , ou Grume , ou Crumne , succe'da , vers l'an 806 au roi Cardam. L'an 807 , il fit une irruption sur les terres de l'empire , prit Sardique d'assaut , et battit un corps de six mille Grecs. L'an 811, l'cmpei'eur Nicéphore entra sur les terres des Bulgares , et intimida Crumne au point qu'il vint lui
DFS ROIS DES BULGARES. o7
demander la poix. Nicepliore , l'ayant refusée , avança dans le pays, et remporta d'nhord quelques avantages , qui engagèrent le roi bulgare à solliciter la paix de nouveau. Ne pouvant encore l'obtenir, il s'arme de son désespoir , ferme les passages ù l'arme'e ennemie avec de grands abattis d'arbres , fond sur elle le 25 juillet, la taille en pièces, et l'empereur est du nondjre des morts. Crumne, s'e'tant fait apporter la tète de Nicepliorc, fit du cranc une coupe à boire , suivant l'usage des barbares. Miclu-l Rliangabe', successeur de Nicéphore, voulut reparer l'honneur des armes romaines contre les Bulgares , et n'y re'ussit pas. L'an 812, étant parti de Constanlinople le 17 juillet , sur la nouvelle que Crumne assiégeait Debelt avec une arme'e de 5oo mille hommes, il s'avance jusqu'à Zorlich, en Thrace, et ne peut agir par la dissension des chefs de son arme'e. Les lîulgares pillent cependant la Thrace et la Mace'doine. Crumne fait offrir à l'empereur de renoticr l'alliance qui avait été' conclue avec Cormes , à deux conditions : la première de rendre les transfuges , tant les Bulgares qui s'étaient réfugiés sur les terres de l'empire, et y avaient reçu le baptême , que les Grecs qui , ayant été faits prisonniers , avaient trouvé moyen de se sauver; la 2° que les marchaudï grecs qui venaient commercer en Hulgai'ie feraient la déclaration de leurs marchandises pour payer la taxe qui leur serait imposée , à peine de confiscation. Sur le refus de l'empereur , il rentre dans la Thrace au mois d'octobre de la même année , prend Debelt , emporte d'assaut Mésimljcr le 2 nove.mbre , et achève de ruiner cette province. Au mois de février 8i5, il bat l'empereur, et le 12. juillet suivant, il met son armée eu déroute au premier choc , dans la plaine d'Andrinople , par la trahison de Léon l'Arménien , général des troupes impériales. Ces défaites rendirent Michel fort méjirisable aux yeux de ses peuples , et furent l'occasion d'une révolte qui eulraina sa déposition. Crunme , iier de ses victoires , s'avance jusqu'aux portes de Constanlinople. On voit du haut des murs ce prince idolâtre immoler des hommes et des animaux , et pratiquer d'autres superstitions usitées chez les Bulgares , pour se rendre ses dieux favorables. Léon l'Arménien, nouvel empereur, l'engage dans Une conférence oii il tâche de le faire périr. Crumne , s'etant échappé, non sans quelques blessures, se venge de cette perfidie par le saccagement des environs de Constanlinople depuis le Bospbore jusqu'au Pont - Euxin et jusqu'à la Chersonèse de Thrace. En s'en retovirnant il se rend maître d'Andrinople, que son frère tenait assiégée depuis quelque tems , et emmène de là un grand nombre de prisonniers en Bulgarie. Crumne revient en Thrace dans le cours de l'hiver • et ayant passé le ileuvc Rhigias , il attaque Arcadiopolis , ville riche et peuplée sur la rive
gauche de ce fleuve, à trente lieues de Constantinople. Il la prend, met aux fers tous ses habitants . et les fait transporter dans ses états avec leurs effets et leurs troupeaux. Cette course n'e'tait que le prélude d'une expe'dilion plus importante. Résolu de pe'rir ou de prendre Constantinople, et d'assouvir son ressentiment sur ]a personne même de Tempereur , il met sous les armes tout ce qu'il a de sujets Bulgares, Abares et Esclavons. (C'est ici la dernière fois qu'il est parle des Abares, dont les restes, comme on le voit, avaient subi le joug des Bulgares autrefois leurs sujets, et Crumne avait consomme' cettra grande re'volution.) Il e'tait prêt à se mettre en marche avec le plus formidable apareil , lorsqu'une licmorrhagie l'etouffa le i5 avril 814, à quatre heures du matin. j\insi finit, comme Attila , le hc'ros des Bulgares, qui avait bien d'autres traits de ressemblance avec celui des Huns. La politique de ce prince e'tait de transporter sur la frontière septentrionale de ses e'tats les habitants des villes qu'il prenait sur l'empire roinaiii , et de les remplacer par des colonies des barbares qu'il avait soumis , afin que ces villes ne fussent pas tente'es de retourner sous leurs anciens maitres.
DOUCOM.
81 4- Doucoi\i succe'da , l'an 8 f 4 > ^* Crumne. L'empereur , persuade' que la mort de Crumne avait de'concerte' les Bidgares , leur envoya faire des proposiîious d'accommodement. Doucomles r.'jcta avec hauteur , et déclara qu'il n'e'tait pas moins de'termine à venger son pre'de'cesseur , que Crumne l'avait e'te' à se venger Ini-même. Il fallut donc en venir à une guerre qui devait être sanglante. Les deux princes marchèrent avec toutes leurs forces , et se rencontrèrent près de Me'simber. Les Bulgares . vainqueurs au premier choc , se de'bandent en poursuivant les fi'.vards. Léon, profitant de ce de'sordre, tombe avec un corps cil", reserve sur l'ennemi , le met à son tour en de'route et s'en retourne à Constantinople, traînant avec lui un grand nombre de prisonniers. L'an 81 5 Doucomramèneses troupes sur les terres de l'empire. Il ne tarde point à rencontrer l'empereur qui venait en forces au devant de lui. Léon , à la vue des Bulgares , affecte tous les dehors de la peur , et par là il leur inspire la plus grande sécurité'. Elle leur devint funeste. Un jour , du grand matin , l'empereur ayant pe'ne'tré sans bruit dans leur camp, les surprend dans le sommeil , et en fait un si grand carnage , que pas un seul n'e'chappa. Le roi Dovicom ne fut pas même e'pargnc'. Léon se jeta ensuite dans la Bulgarie , et les Grecs rendirent aux Bulgares les ciuaulcs qu'ils en avaient eprouvc'es.