‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 79 sur 416 · IX. GUI DE LUSIGNAN · texte numérisé non relu

IX. GUI DE LUSIGNAN

1186. Gui de Lusignan, beau -père de Baudouin V, se fit couronner roi de Jérusalem à la mi-septembre 11 86, par le crédit de Sibylle , sa femme , mère du roi défunt , et les intrigue» des chevaliers du Temple. Ce couronnement irrita la jalousie de Raimoud, comte de Tripoli , qui prétendait avoir des droit* sur un trône qu'il soutenait depuis trois ans. Plusieurs barons épousèrent sa querellej et c'est ce qui attira la ruine entière du. royaume de Jérusalem. Un autre événement contribua encore à ce malheur. Renaud de Châtillon , prince de Krac , et ci-devant régent d'Antioche, ayant enlevé une caravane de musulmans, qui passait devant sou château pour aller à la Mecque , refusa da

rendre les prisonniers dont Saladin demandait la liberté'. Le Sultan, irrite' de ce refus, entre sur les terres des Chre'ticns avec plus de cinquante mille hommes. Afdhal , son fils, chef de l'avant-garde, défait, le i mai 1187, les deux grands-maîtres de l'Hôpital et du Temple ; après quoi le père marcha vers Tibëriade, emporta d'assaut la ville, et fut arrête' par la brave résistance de la citadelle. Gui de Lusignan, et tous les princes chrétiens, volèrent au secours de la place. Là , ou plutôt à Hittin , dans le voisinage de Tibe'riade , se donna un combat qui commença le 5 juillet et dura trois jours. Les Chrétiens accable's parle nombre et abattus par la soif, la faim et la fatigue , furent entièrement défaits. Du nombre des prisonniers furent le roi, le prince d'Antioclie , le grand-maître du Temple^ et ce qu'il y eut de plus fâcheux, la vraie croix, non pas toute entière, mais la moitié de ce bois sacre', qu'on avait porte'e à cette bataille , tomba entre les mains des infidèles , comme autrefois l'Arche entre les mains des Philistins. Omar, neveu de Saladin, en la pre'sentant à ce prince, lui dit : Il parait , par la désolation des Francs , que te Sois nest pas le moindre fruit de ta victoire. Saladin rentré dans son camp fait amener dans sa tente les prisonniers les plus distingue's de l'arme'e vaincue. Le roi de Je'rusalem , à qui l'excès de la soif permettait à peine de^espirer , parut à leur tête. Le sultan lui fait incontinent verser à boire, dans la crainte d» perdre par sa mort la l'ançon qu'il espérait de lui. Lusignan , après s'être de'salte're' , veut rendre le même office à Renaud de Châtillon, son voisin, en lui pre'sentant la coupe. Saladin s'y opj>ose , accable Renaud de reproches sur les pertes qu'il lui avait fait essuyer, et finit par le massacrer de sa propre main. Tous les clievaliers de l'Hôpital et du Temple , qui se trouvent pre'seuts , subissent ensuite le même sort à ses yeux et par son ordre. Il envoie les autres prisonniers dans les prisons de Damas sous une escorte qui les tourmente en mille manières sur la route. C'est avec cette mode'i-ation qu'il usa de sa victoire. Dans la de'solation où la Palestine se trouvait , prive'e de ses plus braves de'fenseurs , il lui fut aisé d'y poursuivre ses conquêtes. Après avoir soumis par sa seule présence, ou celle de ses lieutenants, un grand nombre de places, dont la principale fut Ptolémaïde ou Saint-Jean d'Acre, prise le 8 juillet; il conduisit son armée devant l'opulente ville de Tyr, qui osa soutenir un siège. Elle était réduite aux abois et commençait à capituler , lorsque dti îiaut de ses murs, les habitants aperçoivent un vaisseau qui cinglait à pleines voiles vers leur port, et qu'ils reconnurent aux signaux pour être monté par des chrétiens. Le courage renaît aussitôt dans la place, et la confiance redouble lorsqu'on voit débarquer Conrad de Montferrat, qui venait cueiUir de nou-

veaux lauriers en Palestine , après avoir délivre' l'empereur grec , I.saac l'Ange , d'une sédition prête à lui faire perdre le trône. La valeur de ce capitaine lut telle , qu'il obligea les Musulmans de lever se sic'ge. Saladin va se dédommager sur Ascalon , qui ne se rendit néanmoins, le 4 septembre 1187, qu'après une brave résistance, et moyennant la délivrance de sou roi. Saladin, après d'autres conquêtes , amène son armée dovant Jérusalem, dont le commandant Balian d'Ibelin lui ouvrit les portes par capitulation, le 2 octobre i 187, après i/j. jours de défense. 11 ne resta plus aux Latins que trois places considérables en Orient, Antioche, Tyr, et Tripoli. Telle fut la fin du royanme de Jérusalem, qu'on doit regarder comme la juste punition des crimes des Chrétiens , et la suite de leurs divisions. Saladia reconnaissait lui-même que sa victoire était moins le fruit de sa valeur, que l'effet de la vengeance divine sur les têtes coupables de ses ennemis. Lusignan , après avoir perdu le royaume de Jérusalem, eu perdit encore le titre par la mort de Sibylle, sa femme, arrivée, avec celle de ses quatre enfants , non l'an 1191 , comme le marque Albéric , mais l'an 1189. Cette année, ou la ju'écédenle, il se fit absoudre du serment qu'il avait fait à Saladin de ne plus porter les armes contre lui. Ainsi dégagé en apparence, il rassemble une petite armée, avec laquelle il ravage la Syrie, et forme le sièeje d'Acre au mois d'août ii8g. Sur ces entrefaites, mie nouvelle croisade, (c'est la troisième), excitée par la perte de Jérusalem, accourt de toutes les parties de l'Europe, sous la conduite de Philippe Auguste, roi de France, et celle de Richard, roi d'Angleterre, au secours de ce prince. Acre , au bout de deux ans de siège, est prise par capitulation , le samedi i5 juillet (i" de dgioumadi elaker, ou If,) de l'an 1 igi. Les vainqueurs étant entrés dans la place, retinrent les habitants prisonniers, jusqu'à ce qu'ils eussent rendu le bois de la vraie Croix, comme il était porté par la capitulation. Mais ce bois ne s'étant point trouvé, le roi d'Angleterre fit faire maiujjasse sur tous les musulmans qui étaient en son pouvoir. Le 7 de septembre suivant, les croisés , après le départ du roi de France, gagnent, sous la conduite du roi d'Angleterre, une grande bataille sur les infidèles dans la plaine d'Arsoph ou d'Assur (l'ancienne Antipatride , à ce qu'on croit) à douze milles de Ramlah et six de Joppé. S'étant rendus maîtres ensuite de Césarée, après une nouvelle victoire remportée près de Ilamlah, ils déconcertent absolument les projets de Saladin. Là coiislernation oii le jetaient sa double détaite et la perte de ses meilleures troupes , semblait inviter les vainqueurs à marcher droit à Jérusalem, C'était à la vérité le dessein du roi d'Angleterre. Mais les partisans du rui de France s'y opposèrent par

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jalousie. Ricliard , se voyant ainsi contrarie, prit 1c parti de conclure une trêve de trois ans avec Saladin. ( Voj , Saladin *ultan de Damas.)

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