‹ L'art de vérifier les datesChapitre 2 sur 230 · X X^ DYNASTIE · texte numérisé non relu

X X^ DYNASTIE

DES MONGOUS, ou YEN.

HOUPIL.\I-HAN , ou CHJTSOU.

1280. ( 17*, année Kmg-chin, du LXII«. cycle. ) HouPILAÏ ,^ depuis long-tems maître de la Chine septentrionale, réunit cet empire tout entier dans sa main par la mort de Ti-ping. Il prit alors le nom de CuiTSOU ; mais l'hisioire le désigne plus communément sous son premier nom, même depuis qu'il fut parvenu à l'empire. Cependant , maigre rextinction de la dynastie impériale des Song , il s'élevait encore des mécontents j IX. I

2 CHRONOLOGIE HISTORIQTJE

qui , SOUS prétexte de soutenir des princes qui n'étaient plus ,* travaillaient à satisfaire leur propre ambition , en soulevant les peuples. Celui qui se niotrtra le plus redoutable, fut Tchingkoué-long , qui , ayant débauché quelques dixaines de milie hommes dans le Fou-kien , s'empara de la forteresse de Kaongan-tcbaï. Il fut battu par Ouen-tchetou, avec perte de son armée. Mais il eut le bonheur de s'échapper et ne reparut plus.

Houpilaï perdit, l'an i:i8i , à la 2'. lune, l'impératrice HoN- KlLAClll , son épouse , princesse douée des plus belles qualités de cœui- et d'esprit. Les trésors des Song ayant été transportés à la cour des Mongous, Houpilaï l'avait invitée à les venir voir, mais elle ne fit que jeter dessus un coup-d'œil, et se retira. L'empereur la suivit, et demanda ce qu'elle désirait de ces trésors. << Les Song, lui dit-elle, les ont amassés pour leurs n descendants, et ils ne sont à nous, que parce que ces descenj> dants n'ont su les défendre : comment oserais-je en prendre }> la moindre chose! » Lorsque rimpératrice régente des Song, arriva dans le nord , elle se sentit incommodée par le changement de climat. Honkilachl pressa son époux de la renvoyer clans les provinces du sud. Mais ne pouvant obtenir cette grâce ^ elle employa tous ses soins pour rétablir sa santé et lui rendre sa captivité moins dure.

Depuis long-tems Houpilaï méditait la conquête du Japon. L'an 1281, suivant le père de Mailla, ou 128:), selon Kœmpfer, il envoya une flotte de quatre raille voiles et de deux cent quarante mille hommes dans ce royaume. Mais cette expédition ne réussit pas. La Hotte à la hauteur de l'île de Ping-liou,, fut battue par une violente tempête qui en submergea Ta plus grande partie. Les soldats qui purent échapper au naufrage, se sauvèrent dans l'île où les Japonais les massacrèrent à la réserve de trois qu'ils renvoyèrent en Chine.

Le royaume de Tchen-tching formant la partie maritime du Tonquln , s'était reconnu tributaire de Houpilaï dès qu'il eut achevé la conciuète de la Chine. Mais les Mongous y ayant érigé un tribunal pour la perception des tributs, le princehéritier de ce pays prit les aimes pour s'y opposer; et s'etant retranché dans une ville située sur un rocher, il obligea le général Sotou , qui était venu l'assiéger , de se retirer après avoir vainement livré plusieurs assauts. Houpilaï, informé à Chang— tou en Tartarie, que ces troupes n'avalent pu réduire l'héritier de Tchen-tching, fit partir Tohoan, son fils, accompagné du général Liheng, avec une armée, pour faire rentrer les peuples de ce pays sous le joug qu'ils avaient secoué. Mais Tohoan ayant fait demander au roi de ÎNgan-nan , contrée qui comprend le Tonquin et la Cochinchine , le passage sur ses terres, ce piinea

le refusa et se mit en devoir de Tcmpoilier. Tohoan battit les troupes qu'on lui opposa. Mais les maladies s'etant mises dans l'armce des Mongous, ils furent contraiiils de revenir sur leuis pas, continuellement harcelés par les Ngan-nan dans leur retraite. Le général Liheng , bkssé d'une flèche empoisonnée, mourut sur la route.

Ce revers ne fit pas oublier à Houpilaï l'affront qu'il avait reçu des Japonais à l'île de Ping hou , et sans cesse il pensait à en tirer une vengeance éclatante. Les préparatifs qu'il fil pour cette nouvelle expédition interrompant le commerce, occasionnèrent plusieurs révoltes, qu'il vint à bout de réprimer. La mort de Tchinkin, son fils aîné, qu'il avait nommé prince-héritier, étant arrivée dans ces entrefaites, le plongea dans un deuil, que tous les ordres deFétat partag.'rent avec lui. Les grands saisirent cette occasion pour lui remontrer le danger de l'entreprise qu'il projetait, et ils le firent efficacement. Dès lors il n'y pensa plus, ^iais , l'an 121S7 , il reprit la guerre contre le Ngan-nan. Tohoan, son fils, la fil d'abord heureusement, 'Vainqueur en plusieurs rencontres, il obligea à la fin le roi de Ngan-nan à se sauver par la mer. Il aurait dû s'en tenir là , et prévenir, par son retour, l'incommodité des chaleurs du climat , auxquelles les Mongous n'étaient point habitués. En s'obstinant à y rester , il eut le chagrin de voir son armée dépérir pr;r les maladies qu'elles y causèrent. Le roi de Ngan-nan, instruit de ce desastre , reparut , et remporta sur les Mongous une grande victoire, qui le remit- en possession de ses états. Il continua néanmoins de se regarder comme vassal de l'empereur, et en signe de dépendance, il lui envoya une statue massive d'or.

En 128g, Houpilaï fit ouvrir un grand canal, qui commençait, suivant le père Martini, au nord de la ville de Sotsiuen , sur les bords du Hoang-ho, allait à Tsi-ning, de-là à Lit-sing, où il se déchargeait dans la rivière de Oueï. Ce canal , long as deux cent cinquante /j, subsiste encore, et le père Martini dit en avoir admiré vingt semblables , d'une grande beauté (1).

(i) De la jonction de plusieurs de ces canaux par le moyen des lacs et des rivières où les uns commencent et les autres aboutissent , est foimé le grand canal ùppelê. yun-/eang . ou canal, dont le cours ouvre une communication facile d'une extre'mité de la Chine à l'autre , de manière qu'on peut voyager très-commodement . et transporter avec facilité toutes sortes de marcliandlses depuis Pé-klng jusqu'à Canton , c est -à-dire dans l'espace de six cents lieues et plus, quoique le canal royal proprement dit n'en ait que trois cents. On prétend que dans une «i grande étendue de pays la terre s'est trouvée si molle et le terrain si

Le prince Haïlou , chef de la horde Palhou , avait cepenrlant élevé une grande révolte en Tartarie. Battu par le général Peyen , il répara cet échec par une victoire qu'il remporta sur l'armée impériale. Mais Peyen le contraignit ensuite de se retirer dans les montagnes. Le général Peyen continua de £;iire la guerre aux alliés de Haïlou. Depuis quatre ans. Houpilaï avait pour principal ministre , Sang-ko , qui désolait les peuples par ses injustices et ses concussions. L'empereur, apr^s avoir plusieurs fois rejeté , comme des calomnies, les plaintes qu'on lui faisait contre cet homme dangereux ,. ouvrit enfin les yeux sur sa conduite, et l'ayant condamné à mort l'an 1291 , il cassa tous les m^tndarins qui avaient eu part à ses déprédations.

Peyen , ajant été desservi auprès de l'empereur par des envieux , fut rappelé de Tartarie par ce monarque qui fit partir Tiinour, son petit-fils, avec Yu-si-temour, pour le remplacer. Mais, à leur arrivée, Peyen rechassa dans les montagnes ilaïlou qui avait reparu, après quoi il remit le commandement au jeune prince , qui le caressa beaucoup et lui fit de riches présents.

Le premier jour de l'an 121.J4 , Houpilaï tomba malade, et mourut quatre jours aorès, dans la quatre-vingtième année de son âge et la trente-cinquième île son règne. « Houpilaï, j> dit le père de Mailla , doit être considéré comme un des plus » grands princes qui ait existe, et dont les succès aient été plus » constants. Il les dut au talent qu'il avait de connaître ses i> officiers et de les commander. Il porta ses armes dans les a contrées les plus éloignées, et rendit son nom si formidable, i> que plusieurs peuples vinrep.t d'eux-mêmes se soumettre à w son empire ; aussi n'y en a-t-il jamais eu d'une si vaste éten-» » due ». (et empire, selon la remarque de M. Deshautesrayes , comprenait la Chine, la Tartarie chinoise , le Tibet, le Tongting, la Cochinchine ; plusieurs autres royaumes à l'occident et au midi de la Chine , ainsi que ie Léao-tong et la Corée au nord, lui payaient tribut. Outre cela, tous les princes mogols

«ni , qu'il n'y a eu ni montagnes h aplanir , ni rochers à couper. Les Cliinois ignorent l'art de nos écluses. ï!s y suppléent par une inventiou assez grossière, mais qui ne laisse pas d'avoir son utilité. Pour favoriser la jonction de deux canaux dont le niveau est quelquefois inégal dç douze à quinze piedj , ils élèvent entre l'un et l'autie canal un massif de pierre , consistant en deux glacis ou plans inclinés Lorsqu'on veut faire monter ou descendre un bateau , on le guindé par le moyen d un cabestan sur une pointe de ce double glacis. d'(U «m le laisse glisser dans le canal de la même manière qu'on lance un vaisseau dans la mer. On a soin de mouiller auparavant le glacis. D'ailleurs on ne fait fair© uu tel saut qu'à des bateaux légers.

DFS ESrPERÏÏURS DE LA CHINE. 5

qui régnaient en Perse, dans le Tiirqueslan , dans la grande et petite ïartarie , depuis le iNieper jusqu'au détroit d'Anian , et depuis les Indes jusqu'à la mer glaciale , étaient ses vassaux et lui payaient tribut comme à leur seigneur suzerain , en qualité d'empereur des Mogols et de possesseur du trône d'Oloughiurt. « Houpilaï, ajoute- t-il, est loue d'avoir été fort modéré dans ses passions, d'avoir aimé et gratifié les gens de lettres de toutes les nations et de toutes les sectes, à qui il accorda plusieurs privilèges et qu'il exempta de tributs et de subsides... Ce prince rougit de la barbarie des Mongous, et adopta les mœurs des (Chinois , dont il étudia les livres ei de qui il apprit le grand art de gouverner. 11 ne négligea rien de ce qui pouvait contribuer à la gloire de sou empire, au boidieurde ses peuples et à rendre son nom immortel. Les canaux qu il fit creuser de toutes parts dans la Chine, pour la jonction des rivières et le transport des marchandises; les académies et les collèges qu'il fonda en grand nombre ; les soins qu'il donna aux progrès de 1 agriculture , de l'astronomie et des mathématiques ; les grands hommes en tout genre qu'il attira à sa cour, et la multitude des livres étrangers qu'il fit traduire en mongou , les manufactures qu'il encouragea , les ports qu'il ouvrit aux éliangers et la liberté du trafic qu'il leur accorda ; les vaisseaux qu'il fit construire pour faire fleurir le commerce, enfin le code des lois qu'il fit publier : telles ont été les occupations de ce prince, malgré la multitude de ses conquêtes et des guerres qu'il eut à soutenir en Tartarie contre des princes de son sang. Ces occupations et les qualités particulières qui distinguaient Houpilaï, font oublier les reproches qu'on lui .i faits d'avoir été trop attaché à l'argent , aux femmes et aux bonzes , et le font placer à juste titre au nombre des plus grands monarques de la Chine. »

Eclipses du soleil arrii>ées sous ce règne.

L'an 1282 , le premier jour de la septième lune , 5 août. L'an 1287 , le premier jour de la dixième lune, 7 novembre. L'an 1289 , le premier jour de la troisième lune , 2H mars. L'an i2cjo, le premier jour de la huitième lune , 5 septembre.

L'an 1292, le premier jour de la première lune , 21 janvier.

TLMOUR-HAN, ou TCHING-TSONG.

1294. ( 3i«. année Kia-ou , du LXii«. cycle. ) TiMOUR, fiU de Tchinkin et petit-fils de Houpilaï , était, à la mort de son aïeul , en ïartarie occupé à réduire des hordes rebelles. Peyen ^ f[ue le leu empereur avait fs^il son premier muiistrej lui ayant

anandé que ce prince l'avait déclaré son hérifler, convoqua une grande assemblée des princes du san» el des autres seigneurs mongous , pour y faire confirmer ce chois en présence de "J'imour lui-même. Ceux qui formaient des prétentions au trône n'élaienl pas disposés à seconder les vues du ministre, et trois mois se passèrent en contestations sans qu'on put rien conclure. Peyen , appuyé de Yésun-témuur , n)it fin à ces querelles en déclarant, d un ton menaçant el le sabre à la main y que les dernières volontés du fu eiupereur sur son successeur étant connues, elles devaient s'expcuicr. L'action ue Peyen fit trembler les princes, et aussitôt Canusala se mil à getioux devant ïimour, son frère cadet ; et les aisin's princes ayant suivi cet exemple , ïimour fut proclamé empereur d'une voix uîiaîiime : c'est ce prince qui est connu sous le nom de Tchinc- T50NG. Ceci arriva dans la 4°> lune de l'an i2.^4- l--^ nouvel empereur, au lieu de se transporter à Yen-king, siège de son empire, alla faire la visite de Sampoula. Mais sur les représentalions de ses conseillers, il revint bientôt dans cette capitale. A la 12.^. lune de la même année , mourut Peyen, général et ministre , après avoir parfaitement rempli ces deux emplois. On le compte parmi les grands hommes de la Chine. Le prince liaïtou persévérait toujours dans sa révolte. L'empereurapprenant qu'il s'était emparé de la ville de Palia ( Parin ), fit marcher contre lui, l'an 1297 , le général Tchoangour , qui remporta d'Mix victoires complètes sur deux de ses généraux, et l'obligea d'abandonner sa conquête. Mais Haïtou s'étant joint ensuite à d'autres ])îinces rebelles de ïartarie , il entra . l'an i3oi , sur les terres de la Chine avec une armée formidable. Il y eut encore en tête le général Tchoangour, qui, après une bataille sanglante , le contraignit d'aller chercher une retraite dans les montagnes, où peu de lems après il mourut de chagrin. Les armes de l empereur lie prospéraient pas également dans le royaume de Papésifou , pays situé au sud-ouest de la Chine , où de mauvais conseils et le désir de rendre son nom célèbre l'avaient engagé à porter la guerre. Il eut lieu de se repentir de cette expédition dont il avait chargé son général Lieouchin. Songlougtsi, qui se mit à la tf^te des barbares , remporta plusieurs avantages considérables sur les Impériaux ; et Lieouchin était près de tomber avec toute son armée entre les mains de l'ennemi sans le secours que Yesoulaï lui amena. Celui-ci, ayant pénétré par divers chemins dans le pays des rebelles, parvint à les faire rentrer dans le de- A'oir.

L'empereur, étant tombé malade à la 12*. lune de l'an i3o6, mourut le 8 de la i^^. lune de l'année suivante, âgé seulement de quarante-deux iins , dans la trei/.ièrûe aniiée de son règne.

DES EStPEflEUES DE XA CHISE, 7

Ce prince était digne Au trône qu'il occupait. « lient la gloire, » dit le P. de Mailla, de voir tonte la Tari.irie reunie a son eui- » pire. Sa clémfnce , sa droiture et sa libéralité, le rendiient }> cher à ses peuples, convaincus qu'il ne travaillait qu'à leur » honneur. » iNayant point laissé de postérité légitime ni nommf' de prince-Keiilier, ledroit de lui succéder appartenait à ses deux iic-eux, Haïchan et Aï-yuîi palipata, fils de son frère Talamapala , mort avant lui. Le premier était en Tartarie , à la tête d'une grande armée, chéri et estimé des princes de sa famille, idais l'ijnpérafrice veuve, qui ne l'aimait pas, voulait faire tomber la couronne à Honanla , prince de ISgan-si, fils naturel de son époux. Ses mesin-es étaient si bien concertées, qu'elles eussent réussi sans Topposition du ministre ïlalahasun. Celui-ci a-, ant mandé au prince Haïchan et à son frère, de venir incessamment à Tatou ( Fé-king), où Téleclion devait se faire, détermina le second, qui arriva le premier, à céder le trôna qui lui fut offi'rt à son aine qui était encore en roule» Celte voix entraîna celles de louLe l'assemblée.

Eclipses du soleil arrivées sous ce règne.

L'an 1294, le premier jour de la sixième lune, 2S juin. L'an 1297 ■> le premier jour de la quatrième lune, aS avril. L'an i3oo, le [»remier jour de la deuxième lune, ai février. L'an i.^oi , le premier jour de la cinquième lune , et non pas lie la dixième, iS juin.

L an i>>o4 , le premier jour de la cinquième lune , 4 juin.

IIAICHAN , ou OUTSONG.

1.S07. (44"- année Ting-ouy ^ du LKiii^. cycle.) Haïchan, à la nouvelle de son élection , se rendit à Tatou pour la cérémonie de son couronnement. Il prit alors le nom de Outsong , et donna le titre d'impératrice à sa mère. Ses premiers soins furent ensuite d'honorer ses ancêtres dans le palais construit exprès pour y placer leurs tablettes. Il reconnut la générosité de son Frère envers lui, en le déclarant son successeur le premier jour de la sixième lune, préférablement à son propre fds. A la sep~ tième lune , il décerna de nouveaux honneurs à Confucius, alléguant pour motif que sans h's soins que ce philosophe a pris de f;iire connaître les anciens sages , ils seraient demeurés dans l'oubli, et (|ue les grands hommes, qui ont paru depuis , auraient été privés de si beaux modèles à imiter.

H;iÏ!-han n'était point exempt de défauts. Ses amis se plaignaient qu'il était trop adonné au vin et aux femmes. Un mantkrin lui ayant représenté qu'il ruinait par là son tempera—

ii^enJ, il reçut docilement ses remontrances, et le traita îiono-* mblement. On lui reprochait aussi son trop grand attachemenî aux lama; et à l'occasion de cette faiblesse, un des historiens a remarqué que la dynastie des Han occidentaux ayant été renversée par les parents des reines, celle des Han orlenlaux par les eunuques, celle des ïang par les grands mandarins, celle des Song par de perfides ministres, celle des Mongous le fut par les lama. Haïchan pensa lui-même devenir la victime de son dévouement aveugle pour ces hypocrites. L'an i.^io , Kokotchu , fils du prince ^J oula , que 1 empereur avait condamné à mort l'année précédente pour cause de révolte , voulant venger la mort de son père par un semblable crime, se fit un parti considérable dans lequel entrèrent les lama d'occident au nombre de vingt-quatre. Le complot étant découvert , les lama furent condamnés à mort , et Kol^otchu envoyé en exil. Mais l'empereur enveloppa dans la condamnation des premiers, Tching Arslan, capitaine de ses gardes, sur de pareilles accusations dont la vérité fut démontrée. Haïchan ne survécut guère à ces exécutions , étant mort sur la fin de la première lune de l'an i3i i. Il ne régna donc qu'environ quatre ans. « Mais, suivant lusage » assez constamment suivi d'attribuer à un empereur défunt i> l'année entière dans laquelle il meurt, l'année i.^ii est cen- » sée appartenir en entier à son règne. » (M. Deshaut esrayes. ) Il laissa deux fils, Hochlla et Tou-témour , ou Daoutmour, qu'il avait eus des deux reines; car l'impératrice Tcufnko, son épouse, ne lui donna point d'enfants. Ces deux princes parvinrent successivement au trône sous les noms de Ming-tsong et d'Ouen-tsong, après la mort de Yésun témour. Le penchant excessif de Haïchan pour les plaisirs l'avait distrait sur la conduite de ses ministres, dorit plusieurs abusèrent de leur pouvoir et commirent des injustices pour s'enrichir.

AI-YULI-PALIPATA, ou GIN-TSONG.

i3m. (48^. année Sin-hay^ du LXII^ cycle.) Aï-YULI-PALI- PATA ayant succédé , par le choix des grands , à l'empereur Haïchan, son frère, commença par faire justice des ministres qui avaient malversé sous le dernier règne , en les cassant de leurs emplois, pour leur en substituer d'autres plus capables et mieux Intentionnés. A son inauguration , qui se fit le i8 de la H'î. lune, il prit le nom de GilN-TSOlSG. Ce prince, d'un naturel doux et bienfaisant, avait l'esprit droit et solide; ermemi du faste et du luxe , il était modeste dans ses habits, affable, particulièrement à l'égard des personnes de mérite , et ne souffrait pas que ses courtisans se prévalussent de l'honneur qu'ils avaieut

d'anprocher de sa personne pour enfreindre les lois. Il accorda sa piotection aux sciences, et rétablit l'examen des gens de lettres sur le même pied où 11 était sous la dynastie des Song, il s'appliqua beaucoup à la lecture, et acquit une grande connaissance de l'bistoire, surtout de celle des Mongous. Livré uniquement aux affaires, il marqua beaucoup d'éloignement pour la chasse , la promenade et les plaisirs. La paix dont jouit son empire ne fut point capable de l'amollir, ni de le distraire de ses occupations utiles. Des marchands mahométans ayant apporté, l'an i3i3, des bijoux à la cour, il dit aux grands ce que quelques-uns de ses prédécesseurs avaient répondu en pareille conjoncture, que les seuls bijoux dignes de son estime étaient les hommes de mérite qui pouvaient Taider dans le gouvernement. Depuis que los Mongous étalent maîtres de l'empire, on n'admettait que rarement des Chinois dans les tribunaux. Gln-tsong , pour tenir la balance égale entre les deux nations , voulut qu'il y eût un pareil nombre dans chaque tribunal , et doubla pour cela les offices. Il n'y avait point , jusqu'.à lui , de distinction extérieure entre les différents états. Les mandarins et le peuple , les gens de lettres et ceux qui ne l'étaient pas , les maîtres et les esclaves , étalent confondus. L'empereur x'Cmédia à cet abus, et fixa l'habit que chacun porterait a l'avenir : mandarins, lettrés, soldats, peuple et esclaves, tout fut obligé de se conformer à ce nouveau règlement. Le prince Hochila , fds de l'empereur Haïchan , parvenu à un âge mûr, paraissait fort niccoutent de ce que son oncle avait nommé prince-héritier Clioulepala, son fils , contre la condition qu'on lui avait imposée à sou avènement à la couronne , de la faire passer après lui sur la tête d'un de ses neveux. L'empereur, commençant à se défier de ce prince, le nomma gouverneur de l'Yun-nan , et l'envoya résider en cette province , la plus éloignée de la cour , pour lui ôter ensuite toute espérance de lui succéder.

Malgré 5on zèle pour le bien public et son attention à le procurer, Gln-tsong avait pour premier ministre un tyran , nommé Tiémoutier , qui ne s'étudiait qu'à exercer mille concussions sur le peuple. Les créatures de cette âme noire se permettaient , à l'abri de son autorité , les plus grands désordres et les injustices les plus criantes. Les censeurs de l'empire et les mandarins les plus respectables , ayant présenté des mémoires à l'empereur contre la conduite atroce de ce ministre, il consentit à lui donner des juges. Mais l'impératrice mère, auprès de laquelle il avait trouvé un asile, refusait de le livrer et s'opposait à sa condamnation. Le chagrin que causa cette contradiction au monarque, lui occasionna une maladie qui le conduisit au tombeau le 1 1 de la 2'=. lune de l'an 1020, à l'âge de trente-trois IX. a

10 CHROîsOLOGlE HISTORIQUE

ans. De Vimpératrice Anochéli , sa femme , princesse de Honi;liila , il laissa, outiele prince-héritier, un autre fils nommé Outou-ssc-pouhoa. L'iiTip'.'ratrice, après la mort de son époux , s'empara du gouvernement jusqu'au couronnement du princehéritier , qui n'était occupé qu'à verser des larmes sur le cercupil de son père, Tiémoutier , conservé dans son poste par cette princesse , profita de rinterrègne pour se venger de ses accusateurs, dont il fit mourir un grand nombre sous divers prétextes.

Eclipses du soleil arriiiées sous ce règne.

L'an i3i2, le premier jour de la sixième lune , S juillet. L'an i3i5 , le premier jour de la quatrième lune , 4înai. L'an iSig, le premier jour de la lieuxième lune , 21 février. , L'an i320, le premier jour de la première lune , 10 février.

CHOUTÉFALA, ou \NG-TSONG.

\'6-j.o. ( 57^ d^nnéeKeng cliiii, du rxii*^. cycle.) CriorTÉPALA; fils aîné de Aï-yuli-palipata, s étant fait couronner à la troisième lune de l'an i320,prit à cette cérémonie le nom de Yng-tsong. \a' respect qu'il avait pour sa mère ne lui permit pas de destituer le ministre Tiémoutier, à qui elle continuait toujours sa piotection. Mais il lui refusa sa confiance, dont il honora Péitcliou , qu'il lui avait donné pour collègue. Celui-ci descendant du fameux Mouholi , qui avait si puissamment secondé Tchlnkis-han lors de la fondation de l'empire des INlongous , el.iit rempli de fermeté, zélé pour les inlerêts de son maître , instruit , modeste et irréprochable dans ses mœurs. Tiémoutier, pendant une absence de Péî-tchou , s'étant présenté aux portes du palais, dans le dessein de le supplanter , l'empereur lui en fil interdire l'entrée. Confus de cet affront, il rentre cisez lui presque sans vie. S'étant mis au lit , il n'en releva pas, e.l mourut dans la 8^. lune de l'an i322. L'impératrice-mère le suivit de très-près au tombeau. L'empereur libre, après la mort d(; sa mère, de rechercher les complices des violences de Tiémoutier, chargea Péî-tchou de cette commission. Les plus coupables désespérant de pouvoir écliapper au châtiment qu'ils luérltaienl , complotèrent de s'affranchir de cette ciainle eh' assassinant l'empereur et son ministre, et en élevant sur le trrtne Yésun-lemour , petit-fils de l'empereur Houpilaï. Yésun-te— .mour t loin d'approuver ce dessein , en avertit l'empereur. Mais la vigilance de ce monarque ne put le soustraire au sort qui lui était préparé. S'étant mis en route pour relournei" de Changtou à la cour , il fut poignarde à Nanpo , dans son lit , par

'l'ioclié, fils adopllf (le Tiémoutier , escorté d'une troupe tic soldats , Tan loao. Il n'avait encore que vingt et un ans , et ne laissa point d'enfants de Soutopola , son épouse, fille de renipereur Tclieng-tsong ou ïimour. Il fut sincèrement regretté de ses peuples, parce qu'il s'occupait de leur bonheur. Le fidèle l'ei-ichou fut massacré en mème-lems que son maître.

Eclipses du soleil arm'ées sous ce règne.

I/an 1021 , le premier jour de la sixième lune , 26 juin. L'an 1622. , le premier jour de la onzième lune , 9 décembre.

YESUN-TEMOUR , ou TAI-TING.

i323, (Go«. année Quey-hay , du LXIF. cycle. ) YÉSUN-TE- IIOUR reçut en Tartarie les marques de la dignité impériale , que lui apportèrent deux princes mongous après l'assassinat de Choulépala. Personne ne s'étant présenté pour lui disputer le trône, il en prit tranquillement possession sur les bords de la rivière de Lang-ku , où il avait son camp. La lenteur et la mollesse avec laquelÎG il poursuivit d'abord les assassins de son prédécesseur et leurs complices, jeta quelques nuages sur son innocence à l'égard de ce crime. Mais on lui rendit justice en- S'iite, lorsqu'on le vit sévir contre ces scélérats. Son règne ne fut remarquable que par des famines que l'intempérie de l'air occasionna. On lui doit néanmoins la justice de dire qu'il ne fut pas insensible aux maux de ses peuples. Il y aurait plus efficacement pourvu , s'il avait eu l'esprit plus fécond en ressources. Mais on convient qu'il eût été mieux à la tête d'une armée que sur le trône. Il mourut à la 7'=. iune de Fan 1H28, dans la trentesixième année de son âge, à Chang-tou en Tartarie, où il avait été passer les chaleurs de l'été, suivant la conlume de ses prédécesseurs. De Papouiian , princesse de Ilongkila , sa femme, qui juîilssail du titre et des honneurs d"i;u^î{'rat!lce , il laissa quatre fiis , dont l'aîné, Asouképa, avait été nommé quelques années auparavant, prince-héritier. Mais Yen-lémonr réclama le trône, en favein- des deux fils de l'empereur Haïchan , llochila et Tout''nîoin- , (p;i tous deux étaient éloignés, voyant mandé à Touténiour , qui était le plus voisin , de venir incessamment se nffltîe à la tête d'un parti considérable ffu'il lui avait fait, i! injicjua, en l'attendant, une assemblée de tous les mandarins de Pe-king ou Tatou, dans laquelle il fit concluseà rétablir le.; IJls d'iiaïchau dans les droits dont on les avait injustement dépouillés. Cejjendant l'impératrice avait fait déclarer cmpereui" Asoukéoaà Cbang-tou. Mais celte démarc'iC fut inutile. Touteraour éiaaî arrivé du Ilou-kouang à Pé-king ou Talon, y fut

î:i CHRONOLOGIE rUSTOFiIQUE

reçu avec applaiulissemPDt , et donna ses soins nnx affaires âa gouvernement. Mais il déclara en même-terns que le trône np-

fartenait à llochila , son aîné , et qu'à son retour il comptait en mettre en possession. Yentémour lui remontra que dans les conjonctures présentes cette modér^ation était hors de saison , et que le Lien public exigeait qu'il se fil proclamer. Il se rendit alors, mais en prolestant qu'il n'acceptait le trône que pour l'assurer à son frère. Ce fui dans cette disposition qu'il se fit couronner. Il y eut dès ce moment une guerre ouverte entre les deux partis. Celui de Tou-lémour prévalut , et le prince Asouképa fut tué ; l'on ne sait en quelle occasion ni en quel lieu. Sa mère , à la prise de Cliang-sou , dont Yuélou se rendit maître , étant tombée entre les mains de ce général , fut conduite prisonnière à la cour avec plusieurs dé ses plus illustres partisans. Tou-témour cependant souffrait avec impatience les retardements de son frère. Ayant enfin appris qu'il était arrivé à Ho— ning , il chargea Yen-témour de lui porter le sceau de l'empire avec les habits et les ornements impériaux.

L'an iSay , le premier jour de la neuvième lune , i6 septembre, arriva une éclipse de soleil.

HOCHILA, ou MING-TSONG.

iSag, ( G^. année Ki-se , du Lxiiie. cycle.) HocHiiA ayant dirigé sa route vers Chang-tou , son frère s'avance à sa rencontre jusqu'à Tcheouhouchatou où ils se virent le 6 de la 8^. lune de l'an i^ag. Le soir même , dans un grand repas que Hochila donna aux princes et aux grands de la cour , il fut saisi d'une attaque violente d'apoplexie , qui l'emporta subitement dans la trentième année de son âge. Le bruit se répandit qu'il avait été empoisonné, et le soupçon tomba sur Yen-témour qui s'était plaint hautement du peu de considération que les grands lui avaient marque lorsqu'il était venu apporter le sceau de l'empire. jMais ces conjectures ne purent être vérifiées. Hcchila avait eu juinr pi ornière femme MaÏlaïti , après la mort de laquelle il épousa Papoucha qu'il déclara impératrice. Celle-ci lui donna deux (ils, Tohoan et Ilinlcliépaa.

L'an i3:>(), le premier jour de la septième lune , 27 juillet , arriva une éclipse de soleil.

TOU-TÉMOUR, ou OUEN-1'SONG.

1339. ( G^ année Ki-se , du Lxiii^. cycle. ) Tou-tÉmour , .iprès rinhumalion de son frère, qui se fit à Chang-tou le ï5 lie la 8*=. lune, prit de nouveau possession de l'empire sous le nom de OuEN-TSOWG. Il était à peine bur le liône qu'il- or-

DES EMPEREURS DE LA CHINE. ï5

donna de faire une collection des coutumes de la dynastie des Mongoiis. Peu de lems après il supprima tous les ministres d'état, et ne conserva que Yucn-témour. TTne distinction si honorîiMe pour celui-ci excita la jalousie des grands, et les piqua, d'autant pins A'ivement contre lui , qu'il traitait tout le monde avec une hauteur révoltante. Plusieurs seigneurs s'étant réunis pour le perdre , il fut informé du complot , et , les ayant fait arrêter , il les livra à la justice qui , par complaisance , nonseulement confisqua leurs biens , mais les condamna à mort par une sentence que l'empereur eut la faiblesse de confirmer. Zélé pour la secte de Foé ou des Hochang , ce prince employa pour rebâtir leurs temples des sommes immenses qui épuisèrent ses sujets.

A la Chine , le soin de transmettre à la postérité les événements de chaque règne n'était point abandonné à toute sorte d'écrivains; mais de tems immémorial il y avait un tribunal des historiens dont tous les membres étaient chargés de consigner le jugement qu'ils portaient de la vie et des actions de l'empereur régnant dans des mémoires qui ne doivent s'ouvrir qu'après l'extinction de sa dynastie. Tou-témour s'étant rendu , l'an i33i , dans la 9"^. lune , à ce tribunal, témoigna le désir qu'il avait de savoir ce qu'on avait écrit sur sa personne. La crainte ferma la bouche aux principaux officiers. Mais un subalterne osa représenter à l'empereur qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait violé le dépôt des mémoires de sa dynastie , et qu'il espérait que sa majesté ne serait pas là première à enfreindre la loi qui défendait d'y toucher. L'empereur n'insista pas, et loua la fermeté de cet officier et son exactitude à remplir son devoir. Il se mettait néanmoins lui-même peô en peine de mériter les suffrages du public , livré , comme il était , au plaisir et donnant toute sa confiance à Yen-témour qui n'était occ4ipé qu'à flatter ses goûts. Il fut en conséquence peu regretté , lorsqu'à la 8^. bine de l'an i332 , une courte maladie r'enlesj <]■' ce monde à l'âge de vingt-neuf ans, dans la quatrième année de son règne. Il avait épousé, avant de parvenir an trône, PuUtachéli, qu'il nomma impératrice. Cette princesse, dès la première année du règne de son époux , fit périr par jalousie l'impératrice , veuve de Hocbila , et reléguer Tolioan , son fils aîné , dans une île de la Corée.

L'an i33i , le premier jour de la onzième lune , 3o novembre, arriva une éclipse de soleil.

ILINTGHÉPAN, ou NING-TSONG.

i332. (9«. année Gin-chin, du LXiri». cycle.) Ilintchépa>"^

î4 CIlRONOi.GGfE HISTORIQUE

a«. fils lie Tcrapereur Hochila , ou Ning-tsong, jeune prince <)ue Tou-tëmour , son oncle , avait toujours considéré comuie (levant être son héritier, lui succéJa effectivement à l'âge de sept ans par le crédit de l'impératrice Poutachéli , et contre le gre du premier ministre Yeii-lemour. Mais peu de jours après son inauguration il tomba malade , et étant décédé à la 1 1^ lune de Tan io32, il dérangea p.ir-là toutes les mesures de l'impératrice. Sa mort fut de près suivie de celle de Yen-térnour, que l'excès de ses débauches avait avancée.

TOHOAN-TÉMOUR , ou CHUN-TI.

l332. (9^ année Gin~r.h'n ^ du LXlll''. cycle.) ToHOAN-TÉ- TviGUR , {ils aîné de Hochiîa , ayant été rappelé par l'impératrice Poutachéli, de l'une des îles de la Corée, où elle l'avait fait reléguer, fut proclamé empereur, sous le nom de Chun-ti, à l'âge de treize ans , dans la 6". lune de l'an i332, après avoir promis à cette princesse, que le trône, après lui, passerait au prince Yenliékoussé , son neveu , fils de l'empereur Tou-témour. La hauteur avec laquelle Peven , son premier ministre, fds du fameux général de ce nom , traitait ses égaux, et plus encore ses inférieurs, irrita Tankiché, son colli'j^ue , et fut la cause d'une guerre civile où ce dernier périt, l'an i335 , avec l'impératrice Peyaou qui le protégeait. L'audace de Peyen le rendant de jour en jour plus insupportable, ses propres parents se crurent obligés de faire ouvrir les yeux à l'empereur sur sa conduite. ïohoan-îémoiu' , ajqirenant qu'il empiétait sur son autorité jusqu'à faire mourir, à son ins^*, les personnes (pii avaient le malheur de lui déplaire, le relégua à Nan-ghantcliéou sans vouloir Tadmettre en sa présence av.nrit qu'il partit. -Peyen en conçut tant de chagrin qu il tomba malade en route et mourut à Long-hlng-y dans i.i province de Kiang-si. La disgrâce de ce ministre, mongou de naissance, n'éteignit pas dans le cœur des Chinois la haine que ses violences leur avaient inspirée contre sa nation, ni le désir d'en secouer le joug. L'entreprise très-dispendieuse que l'empereur fzt , en i36i , de creuser un nouveau lit au fleuve ilohang-ho, pour réparer les dommages qu'il avait causés aux peuples voisins, en rompant ses digues par une inondation, ht un nombre prodigieux de mécontents , et devint la source d'un soulèvement presque général qui ne finit que par l'expulsion des Mongous. On vit des partis courir dans les provinces, ravager les campagnes, conquérir les villes ; des pirates écumer les grand.s fleuves et les mers, enlever les vaisseaux marchands, se rendre maitrcs des ports et ruiner le coiiiriicrce ; des ambitieux prendre le titre

DES EMPEREURS DE L\ CHINE. l5

<î'empereur clans les pays dont ils s'étaient emparés. Ce qu'il y eut de plus fâcheux, c'est ipie la JiscuiJe se mit parmi les ministres et les généraux île Cliun li , et facilita par là les progrès des rebelles. Le ministre Toto lut celui qui servit Chun-ll avec le plus de sagesse et de désintéressement. Mais , s'étant fait don'ier Hama pour collègue, il n'éprouva de sa part que de l'ingratitude. Hama voyant l'empereur décidé pour les vains amusements et la volupté, ne s'occupa qu'à Oatter ses goûts; et, s'étant rendu maître de son esprit, il parvint, l'an i354, à faire exiler Toto, comme un censeur incommode, avec Yésien- Témour, son frère. Non moins habile à la tète des armées que dans le cabinet, Toto venait de remporter, sur le rebelle Tchang-tsé-tching, une victoire qui avait fait rentrer trois villes considérables sous l'obéissance des Mongous. Hama , craignant le retour de Toto, vint à bout de le faire périr Tannée suivante. K'avant plus alors de concurrent à redouter, il rougit de l'état où il avait réduit l'empire, en plongeant Chun-ti dans des débauches qui l'avaient rendu slupide au pomt de ne pouvoir don[ïer aucune attention aux affaires du gouvernement. Chargé, par-là, de la haine publique qu'il ne pouvait se dissimuler, il se mit en tête, pour la détourner, de détrôner Tempereur et de mettre à sa place le-prince-hérilier , son fds, qui joignait, à beaucoup d'es|)rit , de la prudence et un grand discernement. Dans un entretien secret qu'il eut à ce sujet a\ec Toulon , son pore, il fut entendu de sa sœur, femme de Toulon-Témour, compagnon des débauches de l'empereur. Ce monarque , instruit du mystère par son favori , voulut d'abord faire mourir Hama et Suésué , son frère , comme les mandarins l'en sollicitaient. Mais, étant revenu à des sentiments plus doux, il se contenta de les envoyer en exil. Celte espèce de grâce fut sans efiet. Avant leur départ on les fit étrangler l'un et 1 autre.

Tchu-yuen-tchang, qui, de simple lama, était parvenu aux premiers grades militaires, s'opposait alors, avec succès , aux progrès des rebelles, et préparait en même tems l'établissement d'une nouvelle dynastie sur la ruine de celle des Mongous. /.a modération avec laquelle il usait de ses victoires, et sa clémence envers les vaincus , lui souRiirent sans violence un grand nombre de provinces, l'outes celles du Nord se rangèrent d'ellesmêmes sous ses lois. Chun-ti voyait cependant d'un tell indif- A'rent la chute de sa dynastie s'accélérer. I.ieou-fou-tong, chef du parti des Bonnets rouges dans h; Ho-nun, lui donna pour rival, en i355, Han-lin-eul. qu'il fit reconnaître empereur des Sono, sous le nom de Ming-ouang. Celui-ci, qui se prétendait issu de l'empereur Hoeï-t.song, établit sa cour à Po-tchéoii du ilo-nan, et se mainLlal, iiia'jjié la mésintelligence qui

t6 chroîhOLogie historique

régnait parmi les Song, l'espace de cinq ans. Mais le général mongou 1 chahan-Témour étant venu l'assiéger dans Caï-fongfou , dont il s'était emparé , ruina son parti en forçant la place, et laissa à peine le lems à ce faux empereur de s'évader pour ne plus reparaître. La cour de Pé-king ne profita point de cet avantage pour rétablir son autorité. Elle était pleine d'intrigues et d'intérêts particuliers qui ne lui permettaient pas de s'occuper du bien général de l'état. Le prince-héritier, conformément aux vues de l'impératrice Kl, sa mère, se donnait de grands mouvements pour engager le ministre Taï-ping à faire renoncer Chun-ti au trône en sa faveur. Ne pouvant le gagner, ilfit des tentatives pour le perdre. Mais les grands prirent le parti du ministre, et le justifièrent. Taï-ping, néanmoins, las de se voir exposé journellement aux ressorts que l'intrigue faisait jouer, prit le parti de la retraite à la deuxième lune de l'an i^C.o. L'autorité , après lui, passa entre les mains de trois scélérats (jui , Tie pensant qu'à s'enrichir, achevèrent de perdre l'état en laissant ignorera Chun-ti , leur maître , tout ce qui se passait. Les différents partis des Chinois n'étaient pas les seuls qui travaillaient à enlever l'empire aux Mongous. Ceux-ci, au lieu d'éteindre leurs haines particulières et de se réunir contre leurs ennemis communs, s'armèrent les uns contre les autres, et se firent une guerre ouverte. Toute la ressource de l'empereur était dans la valeur et l'habileté du général Tchahan-Témour, déjà célèbre par plusieurs victoires qu'il avait remportées sur ics rebelles. Ayant fait rentrer, l'an i.HCi, le Ho-nan sous Tojjéissance des Mongous, et soumis plusieurs vdles du Nord qui avaient secoué leur joug, il commençait à faire renaître dans sa nation l'espérance de conserver l'empire. De toute la profince de Chantong, il ne lui restait plus à réduire , au commencement de l'an i^fr/d, que la ville de Ytou , dont il alla luimême presser le siège entamé par un de ses détachements. Tienfong , qui avait excité la révolte du Chantong, dont il était gouverneur, vint en personne se joindre aux assiégeants, avec un corps de troupes , feignant d'avoir repris les intérêts de la cause commune. Mais le perfide , dont le camp était séparé de celui de Tchahan-Témour, l'ayant attiré dans sa tente, le fit lâchement assassiner, après quoi il se jeta dans la ville avec les siens. Koukou-Témour , fils adoptif de Tchahan-T(*mour, continua le siège ; et, ayant force la place, il immi)la aux mânes de son père l'auteur el Its complices de sa mort. Mais il ne rétablit point, par cet acte de justice, la concorde parmi les Mongous. Leurs dissensions s'accrurent, au contralie , depuis qu'ils ne voyaient plus à la tête de Tarmee impériale un général capable de leur en imposer. Ce qu'il y eut de plus déplorable

pour eux, c^est que le prince-héritier, au lieu d'employer son autorité pour éteindre le feu des dissensions, ne la fit servir <ju'à l'attiser.

Le fondateur des Ming se conduisait d'une manière bien différente. Mesuré dans toutes ses démarches, il faisait des con- (juêtes rapides, et d'autant plus solides, que les peuples qu'il s'attachait par sa clémence et ses bienfaits, s'empressaient de se mettre sous sa protection et lui demeuraient fidèles. Ses généraux, Su-ta et Tchang-yii-tchun, secondaient parfaitement ses vues. Ayant fait prisonnier, dans Ping-kiang, en i365,Tchangssé-tching , qui, depuis l'an i :i54 , se portait pour empereur des Mongous, et soutenait ce titre avec habileté , ils ne trouvèrent presque plus d'obstacles aux progrès de leurs armes. Il arriva l'année suivante, pour combler le malheur des Mongous, que le prince héritier, Ngaï-yuli-pata, s'étant brouillé avec le général Koukou-Témour , le fit dépouiller de tous ses emplois. Les villes qui étaient restées fidèles à l'empereur, ne voyant plus alors de chef capable de les défendre , ouvrirent leurs portes aux Ming dès qu'ils se présentèrent. La seule présence de leurs généraux ayant soumis, l'an i368, les provinces de Kouang-tong, de lio-nan et de Kouang-si , ils ne trouvèrent de résistance que dans la ville de Tong-tchéou , dans le Kiangnan , dont le gouverneur Pouyen-Témour se fit tuer en la défendant. Cette place n'étant qu'à quarante /j, ou environ quatre lieues de Pé-king, toute la cour fut dans les plus vives alarmes. Chun-ti, malgré les remontrances des ministres et des grands, s'obsiina à vouloir se retirer du côté du Nord avec le prince-hétier et la famille impériale. Il partit de Pé king, et le 20 de la huitième lune de l'an i368, les ennemis ayant attaqué une des portes de cette ville, s'en rendirent maîtres le lendemain. L'empereur avait pris sa route vers Chang-tou. Mais bientôt après son arrivée, il en sortit à l'approche des ennemis qui le poursuivaient , et se réfugia à Yng-tchang-fou. Ce fut sa dernièrne retraite. Il y mourut dans la quatrième lune de l'an i3yo, à l'âge de cinquante-deux ans. Ainsi finit la dynastie des Mongous ou Yuen, qui comptent, depuis Tchinkis-han , leur fondateur, jusqu'à la fin du règne de Chun-ti , cent soixante-deux ans de durée, et quatre-vingt-neuf seulement depuis l'extinction entière de la grande dynastie des SONG.

Eclipses du soleil arrivées sous ce règne.

L'an i334 , le premier jour de la quatrième lune , 4 mai. L'an 1 336 , le premier jour de la huitième lune , 6 septembre. L'an i33f3, le premier jour de la septième lune, et non pas de la huitième , 18 juillet.

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