GASTON IV
i436. Gaston IV, né l'an i423, reçoit, le lendemain de la mort de Jean , son père, c'est-à-dire le 5 mai, l'hommage et le serment de fidélité des états de Foix. L'an i44^') l^ 2 avril, il rend lui-même hommage au roi dans Toulouse, des comtés de Foix et de Bigorre et de ses autres domaines. Le roi lui demanda alors pourquoi il se qualifiait comte par la grâce de Dieu , et lui donne un délai pour produire ses titres. Cette qualification, qui n'était originairement qu'un témoignage de reconnaissance envers Dieu, était devenue alors une marque de souveraineté. Le comte de Foix donna , en cette occasion , au roi la satisfaction qu'il désirait , en renonçant à une formule qui lui faisait ombrage. Le comte d'Armagnac, qui l'employait de même dans ses titres, sommé pareillement de l'abandonner, ne montra pas la même docilité. Arrêté pour ce sujet et pour d'autres bien plus graves et remis entre les mains de la justice, pour instruire son procès , il trouva dans le comte de Foix un solliciteur ardent et d'autant plus généreux, que les deux jnaisons vivaient depuis long - tems dans une inimitié qui
toES COBtTES DE ^-OIX. 449
Semblait exclure toute réconciliation, (^^o/. Jean IV, tomU ^'Armagnac.)
L'an i447 ^ I^ sfi décembre, Gaston achète de Pierre de Tinniôres la vicomte de Narbonne ; acciiiisition , dans laquelle ïl fut maintenu contre ceux qui la lui contestaient, par arrêt du parlement de Toulouse du 6 mai i44^- Etabli, l'an i45o, lieutenant- général pour le roi de France, il met le siège devant la ville de Mauléon, dans le comté de Soûle, occupée
Ear les Anglais. Jean 11 , roi de Navarre, puis d'Aragon, son eau-père, à la garde duquel les Anglais avaient confié celte place , vient le trouver pour le détourner de cette entreprise, îl répond, qu'il n'y renoncera pas, s'il n'est combattu et oaiiicu ; ajoutant que son beau-père peut, en toute autre occasion, compter sur ses services , excepté ce qui louche ie fait et l'honneur de la couronne de France. Jean se retire, les assiégés capi^ tulent , et le comte prend possession de la place au nom du roi de France. L'an i45i , après la réduction de Dax et de plusieurs châteaux voisins, il investit, au commencement d'août, avec le comte de Dunois , la ville de Bayonne, qu il assiège ensuite dans les formes, et dont il se rend maître par capitulation , le 2.S du même mois. En reconnaissance de l'heureux succès de ce siège , le dernier qui restât à faire pour chasser entièrement les Anglais de la Guienne , Gaston fil présent à l'église de /a couverture de son coursier, qui était de drap d'or y prisée quatre cents écus , pour faire des chapes. Le chanfrein et le poitrail de cet animal étaieiit encore d un plus grand prix, selon Froissart, qui les estime à quinze mille écus d'or.
L'an 1455, le beau-père de Gaston le déclare son successeur au royaume de Navarre , après avoir déshérité le prince de Viane, son fils. Les ambassadeurs de Ladislas, roi de Hongrie et de Bohème étant venus, au mois de décembre 14^7, demander en mariage, pour leur maître, madame Madeleine de France, fille du roi Charles \T1 , eurent leur audience aux Montils, près de Tours, où ce monarque était alors, et le comte de Foix avec lui. On leur fit tous les honneurs possibles, et on leur donna de belles fêtes. Gaston , particulièrement, chargé de les tfaiter au nom du roi, leur donna entr'autres, et à ses propres frais, un banquet superbe, dans lequel, suivant Jean Chartier, il y avait une quantité immense de viandes les plus délicates et des vins les plus exquis. A l'entremets il y eut des danses de morisques et des mystères; ce repas coûta ^u comte de Foix dix-huit cents livres. On était sur le point de livrer la princesse aux ambassadeurs , lorsqu'on apprit, avec grande douleur , la mort funeste du jeune prince , arrivée le :^6 décembre. Les fêtes alors furent couvcrlies en cérémonies IX. 57
4aÔ CHRONOLOGIE HISTORIQUE
funèbres. Ce qui est à remarquer, c'est que le comte de Foîx^ qui avait été chargé de faire tant d'honneurs aux ambassadeur^ pour la demande qu'ils étaient venus faire de la princesse Madeleine, l'obtint ensuite pour son fds aîné. H ne manquait au comte de Foix , pour égaler les plus grands du royaume, que la dignité de pair ; Charles VII la lui conféra par lettres du 6 aotit 1^58. Il servit le roi Louis XI avec le même zèle (ju'il avait montré pour son père. Louis le nomme capitaine-général des trotipes qu'il envoyait au secours de Jean, roi d'Aragon et de Navarre , contre les Catalans rebelles, appuyés par le roi de Castille. Il s'empara du lioussillon , et obtint du roi , pour récompense de ses services, l'an i4ti3, ce comté avec celui de Cerdagne, ou plu'ôt les droits que Louis XI y avait comme tngagiste du roi d'Aragon.
Gaston, s'étant joint, l'an i4B3, au sire d'Albret, vole au secours de la reine d'Aragon , assiégée dans Gironne par ses sujets rebelles, et la délivre. L'an 1471 ^ il entre dans les intérêts de Charles, duc de Guienne , contre le roi, son frère, et par là s'attire les armes de ce monarque. Mais la mort de Charles, arrivée le 21 mai de l'année suivante, dissipa son parti. Gaston ne survécut pas deux mois à ce prince , étant mort au commencement de juillet de la même année. Son corps fut inhumé dans l'église des Dominicains d'Ortez. Ce prince eut: une cour magnihque et vraiment royale. Il aimait surtout les joutes et les tournois , comme on le voit par les paroles suivantes, rapportées dans un écrit du tems. » L'an i456, au mois }> d'octobre , le comte Gaston et madame Alyéonor, sa femme , j) allèrent en pèlerinage à Notre-Dame de Montserrat et estoient » en sa compagnée bien trois cents chevaux; et après allèrent à 3) Barcelone , où estoit le roi don Jean de Navarre, Les tenants }> estoient le seigneur de Foix, le comte de Prades, le Maislre }> de Calatrave, fds du roi de Navarre, le comte de Palhas , » Philippe- Albert. Ledit seigneur de Foix feist plusieurs beaux » dons , et feist tost après donner les joustes à tous venants', et M lui-mesnie tint la table des joustes, et donna au mieulx » courant une lance estimée deux mille ducats, et deux dia- « mans, et iinablement ledit seigneur Gaston de Foix eut sur « tous les prys , et rompit quarante-^deux lances. » Il avait épousé, l'an 14^4, ElÉonoke, bile de Jean, roi d'Aragon et de Navarre , auquel elle succéda dans ce dernier royaume. ( Voy. Eléonore , reine de Nm^arre. ) Cette princesse lui donna quatre fils et cinq fdles. Gaston, l'ainé, vicomte de Castelbon, ]>rince de Viane, épousa, comme on l'a dit, Madeleine de France, le 7 mars i4tii (v. st.), et mourut à Libourne (et ^on pas à Pampelune), sur la fin de novembre de l'an 147^1
clans un tournoi que donna le duc de Guienne, son beau-frère,' laissant un fils, Françols-Phébus , qui fut roi de Nrvarre et comte de Foix, (Madeleine, mère de François-Phébus , mourut en 14^6.) Jean, le deuxième fils du comte Gaston, eut la vicomte de Narbonne et d^autres domaines ; Pierre , le troisième, après avoir été cordelier , comme son oncle , fut créé cardinal en 1^16, et finit ses jours en i49f> : Jacques, le dernier , mourut sans avoir été marié. Les filles du comte Gaston furent Marie, qui épousa, Tan 1460, Guillaume V, marquis de Montferrat; Jeanne, mariée, au mois d'août 1468; à Jean V , comte d'Armagnac ; Marguerite , qui épousa , l'an 1471 , François II , duc de Bretagne , et fut mère de la duchesse Anne; Catherine, alliée, en 1469, à Jean de Foix, comte de Caudale ; Eléonore , la cinquième , mourut fille. ( Voy. pour la suite des comtes de Foix , les rois de Navarre. )
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