COMTES OU DUCS DE GASCOGNE
X ous les anciens historiens qui ont traité des Gascons, avonsJ nous dit dans la préface du douzième tome du Recueil des historiens de France , p. xviij et suiv. , leur donnent l'Espagne pour première habitation. Mais une partie d'entre eux l'aVait abandonnée dès le premier siècle de l'église , et s'était transportée en-deçà des Pyrénées. Ce sont les Vassées que Pline compte parmi les peuples d'Aquitaine et qu'il place au voisinage des Tarusates, anciens habitants du pays de Tursan au diocèse d'Aire.
La carte géographique de l'ancienne Gaule , dressée par M. le Bœuf et D. Bouquet, place les Gascons dans le pays deJ-aliourd , appelé depuis le pays des Basques. Soit que le pays fut désert lorsqu'ils y entrèrent , soit qu'ils en aient chassé les anciens habitants , ou qu'ils les aient asservis , ils ont toujours conservé les mœurs qu'ils y avaient apportées, de même que leur ancien idiome , sans autre changement que celui de quelques lettres de leur nom ; ce qui a fait qu'ils ont été appelés successivement Vassei, Vasci^ Vascones ^ Basci , Bascidi ^ d'où s'est formé le nom de Basques qui leur est resté. Le nom du pays a souffert les mêmes changements. Ce fut d'abord Vascitania ^ ensuite Vasonia ^ Gasconia , enfin le pays des Basques. Celui de pays de Labourd est emprunté de la ville frontière du côté de l'Aquitaine , qui s'appelle aujourd'hui Bayonne, Transplantés en-deçà des Pyrénées, les Gascons ne se montrèrent pas plus, dociles que leurs compatriotes qu'ils laissèrent au-delà de ces monts. C'était um peuple idolâtre de sa liberté et incapable de
subir aucun joug. Il est même douteux s'ils subirent jamais celui (les Romains. Ce (ju'll y a de certain , c'est que les empereurs tenaicut une garnison dans la ville de Laboiird , et proba- Llemcnl c'était pour les tenir en respect et s'opposer à leurs incursions dans la Novempbpulanie. Tri/junus rohortis No^empopulanicc Lapurdo. ( JS'o/ù. dignit. Imper. ) Quoi cpi'il en soit de cette conjecture, les Gascons ne voulurent recevoir la loi ni des rois de France , ni des rois d'Epagne. Ce fnt en vain que le roi Cbilp( r.c essaya de les réduire sous sa domination. Le duc iBladasle , dit Grégoire de Tours, étant allé ( par ordre de Chil-' pérlc) en Gascogne ^ y perdit lapins grande partie de son armée. Ce revers, suivant D. Ruinard, est de l'an 58i. Fiers de leur victoire , les Gascons portèrent le fer et le feu dans la Novem-' populanle qu'ils ravagèrent d'un bout à l'autre. Leduc Âustrovalde , envoyé pour venger lîladaste , n'eut pas un meilleur succès que lui dans les différentes attaques qu'il livra aux Gascons. Mais la fortune se lassa enfin de les favoriser, et leur fit sentir les effets de son inconstance. Les deux frères, Tblerri, roi de Jîourgogne , et Théodebert , roi d'Astrasle, ayant réuni leurs forces contre eux, vinrent à bout, l'an 602 , de dompter cette orgueilleuse nation et de l'ajouter à l'empire français. Pour la contenir, ils lui donnèrent pour commandant , après l'avoir assujettie à un tribut, le duc Génlalis, dont le gouvernement satisfit également les vainqueurs et les vaincus. C'est lui que l'on compte pour le premier duc de Gascogne. Aighin , qu'on lui donne pour successeur, n'est connu (|ue par le trait suivant qu'on lit dans Frédégalre. Cette année (62(1), dit-il, Pallade et Sidoc , 50.7 Jils , évêtiue d 'Eause , sont condamnés a l 'exil sur l'accusation de ré\>olle intentée contre eux par le duc Aighin. Mais fut-il réellement duc de Gascogne ou seulement commissaire royal de ce pays? (double interprétation dont est susceptible le texte de Frédégalre.) C'est sur quoi nous nous abstenons de prononcer. Nous en disons autant de Génlalis. Ce qui est plus certain , c'est que les Gascons toujours renfermés dans le pays des Basques, avaient pour duc, en 62?^, Amand, époux d'Arnantla, fille de Serenus, gouverneur d'Aquitaine et père de Gisèle , mariée à Carlbert, qui , l'an 63o, par traité fait avec le roi Dagobert , son frère, obtint le royaume d'Aquitaine ou de Toulouse. Amand eut besoin du secours du roi, son gendre,
riour faire rentrer dans le devoir les Gascons soulevés contre ui , et il réussit à les réduire après une grande victoire que Carlbert remporta sur eux au printems de l'an 63 1. Ce monarque étant mort la même année , et son fils Childéric l'ayant suivi de près au tombeau, le roi Dagobert, comme on l'a dit ci-devant, voulut enlever à Bogels et Bertrand , les deux autres fils
DES COMTES OU DUCS DE GASCOGNE. âSy
lie Caribcrt, riiéritage de leur père. Mais ils trouvèrent dans Amand , leur aïeul, un défenseur qui entraîna toute l'Aquitaine dans leur parti. Le référendaire Chandoind, envoyé dans le pays avec dix ducs à la tête d'une armée levée en Bourgogne , obligea les Gascons, trop faibles pour tenir la campagne, à se retrancher dans des lieux escarpés. Us n'y trouvèrent pas la sûreté qu'ils y étaient venus chercher. Chandoind les ayant poursuivis dans ces retraites , leur fit essuyer différents échecs ; mais ils eurent à la fin leur revanche. Le duc Arimbert , l'un des dix, traversant la vallée de Soûle sans précaution, ils le surprirent et le taillèrent en pièces avec sa troupe. Ce revers (disposa le référendaire à écouter les propositions de paix que les Gascons lui firent. En conséquence , Amand étant venu trouver, l'année suivante, le roi Dagobert à Clichi , avec les chefs de sa nation , débuta par lui demander pardon ; après quoi il obtint que l'Aquitaine serait abandonnée à ses petits-fils Boggis et Bertrand , pour en jouir sous sa garde et la trans^ mettre à leurs descendants avec le titre de duché. Le nom de Gascogne commença dès-lors à devenir commun à toute 1 Aquitaine , sans néanmoins que les Gascons se soient étendus audelà de la Garonne , ni même qu'ils se soient emparés de toute la Noverapopulanie (car la suite de l'histoire montre que longtems après la mort de Charibert ils étaient encore concentrés dans le pays des Basques ) ; mais la vraie raison de cette dénomination est que l'Aquitaine élail alors gouvernée par un duc gascon, comme tuteur de ses petits-fils qui en étaient les propriétaires. Llle continua d'être ainsi nommée sous les ducs Eudes, Hunaud ou Hunald et Waifre, parce que la Gascogne faisait partie de leur domaine , et qu'ils tiraient de là leur orl^ gine. Enfin, l'an 768, la Novempopulanie ayant été abandonnée au duc Loup , le pays compris entre les Pyrénées et la Garonne retint, à l'exclusion de tout autre, le nom de Gascogne, et l'Aquitaine recouvra celui qui lui était propre. C'est donc à cette époque que nous allons commencer l'abrégé chronologique deg ducs de Gascogne.
LOUP Ie^
7G8. Loup 1". , fils d'Hatton , à qui Hunald, son frère , duc d'Aquitaine, avait fait crever les yeux vers l'an 745, et de Tallrude, eut le gouvernement de Gascogne après la mort de ^Vaifre, dont il était beau-père et cousin. Charlemagne lui
donna ce du~''~ ' '" r c 1 ■ ^ i. • .
de la couron oncle , qui s'é
le livrera Charlemagne. Loup mourut environ l'an 774 1 n' laissant qu'une fille, Adèle, qui avait épousé le duc Waifre, 60|i cousin. Loup avait deux frères, leterius , ou Itier, comte d'Auvergne , et Artalgarius.