GASTON IV
1088. Gaston IV, fils de Centule IV et de Gisle, sa première femme , fut reconnu vicomte de Béarn, préférablement à ses frères du second lit, malgré là dissolution du mariage de ses père et mère, prononcée par le pape Grégoire Vil. C'était alors Urbain II, moins^ rigide que Grégoire, qui tenait le saint siège. A son avènement il jura , suivant la coutume de ses
f)rédecesseurs , l'observation du for, ou des privilèges de Moras, qui était alors la capitale de Béarn. Il était déjà ir.arié avec Talese, fille de Sanche, comte en Aragon, laquelle fit le nic-ine serment avec lui. Gaston n'avait pas renoncé à la conquête de la vicomte de Soûle , quoique cette entreprise eût coulé la vie à son aïeul. Le seigneur de ce pays lui ayant refusé l'hommage, il prit de là occasion de lui faire la guerre, et réussit à le dépouiller, vers Tan 1090 , de sa vicomte. La croisade ayant ete publiée 1 an ioy5, Gaston prit parti pour celle ex[)cdilioii, et se mit en iTiarche pour la Terre-Sainte, lan 1096, ûvec le comte de Toulouse, non comme vassal, ainsi que Yignier l'avance , mais comme ami. Il fut un des seigneurs qui acquircut le plus de gloire dans cette expédition. Les historiens coDltiiipoiaiiis des croisades ont tellement défiguré son surnom, qu'on a peine à le reconnaître. C'est Gastusde Badeis ^ Burdeîs ou Buidcis dans Albert d'Aix ; Gaston de Beheri dans Robert du Mont ; Gastus de Buirts , et Gastus de Bcurt dans un manuscrit de Besli ; Gastu de Beaido dans Bavmond d'Agiles. Guillaume de Tyr le piend même C|uêlqueio:A pour le comte de Beziers. i.a valeur ne lut pas la seule viîrtu que Gaston fit éclater
ar.4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
dans celle expédition. A la prise de Jérusalem , Tancrède et lui se signalèrent par un trait d'humanité que l'histoire doit d'.iutant moins oublier, qu'il fut peut-être unique dans cette horrible scène. Tandis que les croisés poursuivaient , l'épée à la main , les Musulmans jusque dans le temple de Salomon, où ils s'étaient jetés en foule, ces deux princes y entrèrent ensemble, ne respirant comme les autres vainqueurs que le carnage et la mort. Mais attendris par les cris d'une troupe de ces malheureux qui étaient montés au haut de l'édifice , ils leur accordèrent la vie , et leur donnèrent leurs bannières pour leur servir de sauve-garde. Il est vrai que cette protection leur fut inutile; car, le lendemain, des chrétiens étant venus dans le temple pour remercier Dieu de leur victoire , firent mainbasse sur les Infidèles qu'ils y rencontrèrent, croyant sans doute que 1 holocauste de la ville ne serait pas complet s'ils n'y ajoutaient ces infortunées victimes. Au mois de septembre 109g, Gaston reprit la route de France avec le duc de Normandie et le comte de t'iandre. A son retour, il conseilla à l'évêque de Lescar d'établir la vie régulière dans sa cathédrale; ce qui fut exécuté l'an i loi.
L'ancienne inimitié des malsons de Béarn et de Dax se renouvela. Tan I (04, à l'occasion d'Arnaud-Raymond , archidiacre de Dax et parent de Gaston , que Navarre , vicomte de Dax , avait em[)risonné, puis rançonné fortement en lui rendant la liberté. Gaston prit les armes pour venger loutrage fait à son parent. Le succès répondit à la justice de sa cause : il tua Navarre dans un combat , et conquit toute sa vicomte. I^es parents de JNavarre , dans leur désespoir, mirent à mort l'archidiacre Arnaud-Raymond. Gaston , 1 an 1 1 i4i marcha au secours d'Aï— fonse, roi d'Aragon, qui faisait le siège de Saragosse , défendue par les Maures. iMais celte expédition réussit mal , et les Chrétiens furent obligés de lever le siège. Il fut repris l'an 11 18, et la place, réduite aux abois, se rendit le 18 décembre de la même année. Gaston et les siens se distinguèrent à ce second siège comme au premier. Pour sa récompense, il reçut d'Alfonse le titre de seigneur de Saragosse, et de premier rincombre , ou pair d'Aragon. Mais dans le vrai il ne fut maître à Saragosse que des quartiers qui avaient été occupés par les Chrétiens sous les Maures. Gaston continua la guerre contre les Maures , auxquels il enleva Tarragone , Calatayub et d'autres places. De retour à Morlas, l'an 1122, il eut l'honneur d'y recevoir le roi d'Aragon. Dans les années 112^, iia5, 1128, 1129 et 11.^0, on le volt encore en Jîspagne occupé à combattre les Maures.. (]ette dernière année fut le terme de ses exploits et de sa vie. Tandis que le roi d'Aragon était devant Rayonne , dont il