COMTES DE COMMINGES
JjE pays de Comimnges était habité , du tems de Jules César, par les Commence , ramas de brigands que Pompée obligea de descendre des Pyrénées, d'où ils infestaient les provinces voisines d'Espagne , dans l'Aquitaine, et d'y fixer leur demeure. La ville qu'ils y fondèrent sur la Garonne fut d'abord appelée Liigdumim , nom commun à toutes les villes bâties sur des hauteurs , à quoi l'on ajouta Gowenarum , pour la distinguer par le peuple qui l'habitait. C'est aujourd'hui Saint-Bertrand.
Saint-Isidore , dans le ix'=. livre de ses origines , confond les Co wencc a\ec les Gascons; sentiment réfuté avec succès par Oihenart et le P. Pagi. Le Commingeois, borné au nord-est par le Languedoc, au sud par l' Aragon et la Catalogne , à l'est par les pays de Foix et de Conserans, à l'ouest par le Nébouzan , le pays des quatre vallées et l'Astarac , s'étend sur dix-huit lieues de longueur et quinze de largeur. Ce pays fut compris dans la Gascogne , comme il l'était dans la Novempopulanie lorsque cette province fut érigée en duché, On prétend qu'il eut des comtes particuliers dès le commencement du dixième siècle ; et en effet on trouve , avec le titre de comte , Asnavius en 900, C'est apparemment ce Loup-Aznaire que Frodoard qualifie eomte de Gascogne, et qui fut du nombre des seigneurs d'Aquitaine et de Gothie qui vinrent faire hommage au roi Raoul , l'an g32, lorsque ce prince eut passé la Loire pour faire reconnaître son autorité dans cette partie delà France où jusqu'alors elle était méconnue. Le même auteur, dit qu'Aznaire , dans
cette rencontre, montait un cheval qui avait plus de cent ans,' et noanmois était encore vic;oureux. {Bout/, tom. VIIÎ, p. i88. ) Ar>aud parait avec la qualité de comte de Comminges en 944 et c).S6 ; vient après lui Roger 1"», qui sii^ca, en 980 , la charte de l'uuion de l'abbave de Pessan à cel!e de Simorre ( Gall. rhr. no. tom. I, pr. p. 168, col. i ) ; puis Raymond I^^ , en 997 , ensuite Amelius, Bernard 1". , fils de Raymond, Guillaume en 10 15 et loaS, Roger il en 1026 et io35, Arnaud II en 10G2 et 1070, Roger lli en 1074, Berkar» 11, fds de Raymond, en 1078 et 1100 ; mais il y a lieu de douter si tous ces comtes viennent de la jmême souche. On 3t plus de lumière sur la suite.
BERNARD III
Bernard III , fils de Roger, était comte de Comminges vers Tan 1120. C'est l'époque à-peu-près , suivant dom de Sainte- JMarlhe, d'une expédition luneste qu'il fit contre la ville de Conserans dont il prétendait avoir les deux tiers que l'évêque Pierre lui contestait. Ne pouvant réussir dans cette prétention par les voies de droit, il eut recoins à la violence. Dans le tems qu'on ne s'y attendait pas , il entra furtivement avec ses gens dans la ville, qu'il livra aux flammes, après en avoir fait prisonniers l'évcque et les habitants, et les avoir fait transporter avec leurs effets au village de ÎSaint-Gerons , qui lui appartenait. Conserans demeura désert l'espace de sept ans, jusqu'à ce que l'évèfjue eût accordé , malgré son chapitre , au comte ce qui faisait le sujet de leur querelle. Bernard jouit tranquillement de son usurpation pendant environ vingt ans. Mais, ayant été mortellement blessé, l'an ii5o, dans un comhat donné près de Saint-Gaudens , il se.nlit des remords qui le déterminèrent à restituer à l'évêque ce qu'il avait envahi sur lui , et à réparer les dommages qu'il avait causés à la ville et aux habitants de Conserruis. ( G«//. Chr. Nu. tom. I , p. 185 , col. 2. ) Il fut inhumé à l'abbaye de Bonnefons , et on le croit fondateur de celle de Feuillans , ce qui est fort douteux. Diaz de INIurf.t, sa femme, d.inie de Z^iuret et de Samarau , dans le. Toidousain , lui donna Dodon , qui suit ; Bernarde , mariée à Roger l". , comte de Caicassonne , et d'autres enfants.
DODON.
I i5o. DoDON , fils et successeur de Bernard III , après avoir gouverné le comté de Comminges l'espace de trente et un ans, se in religieux cistercien k Feuillans en 1 18 1. De N. de Toulouse,
DES COMTES DE COMMINGES; 27g
sœur et non fille de Raymond V, comte de Toulouse, nommée Laurence par le P. Anselme, iilaissa Bernard, qui suit; Pvogr, comte de Pailhas , duquel on fait descendre les vicomtes de Conserans, et Arnaud , seigneur de Dalmazan , pays qui anciennement faisait partie du comté de Foix , et qui était entré dans la maison de Comminges par quelque alliance avec celle de Foix. ( Vaissèle , tom. III , p. 74- )
BERNAPvD IV,
1181. Bernard IV, fils et successeur de Dodon , débuta par faire revivre les prétentions de Bernard lil , son aïeul, sur la ville de Conserans. il employa pour les faire valoir les mêmes moyens dont celui-ci avait usé, c'est-à-dire la violence. Ayant soudoyé des bandes de routiers, il entra dans la ville d\>ù il chassa l'évoque Auger et les chanoines ; après quoi il alla piller leurs châteaux et les autres fonds qui leur appartenaient. Deux successeurs d'Auger,mort en 1190, Arnaud et Laurent , éprouvèrent, l'un après l'autre, les mêmes vexations de la part de Bernard. Nous voyons qu'en i iga Laurent engagea son château de ïortose au chevalier de Tersne pour défendre son église contre le comte de Comminges. Celui-ci néanmoins continua de jouir de son usurpation juscju'aux conquêtes des croisés dans le pa\s. Alors , intimidé par Simon de Montfort , leur chef, il consentit à s'en rapporter au jugement des évêques de Tarbes et de Comminges, délégués pour terminer ses différents avec l'évéque de Conserans. Les commissaires, par leur sentence rendue le jeudi avant Noël de l'an 1206, donnèrent gain de cause à leur confrère , déclarant que la ville de Conserans lui appartenait sans partage ; à quoi le comte Bernard se soumit. ( Gall. Lhr. no, tom. I, col. 1129 et prob. p. i85, col. 2.) Bernard épousa, dans le mois de décembre 1197 ' Marie , fille de Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, et .veuve de Baral , vicomte de Marseille. Ce mariage se fit du vivant de deux femmes, que Bernard avait alors, dont la première était Béatrix III, comtesse de Bigorre, qu'il avait répudiée sans aucune forme de procès, après en avoir eu une fille; et la deuxième, Comtors , fille d'Arnaud-Guillaume de la Barthe, de laquelle il se fit séparer au mois de novembre 11977 pour cause de parenté. La même année, il eut avec l\aymond-Boger, comte de Foix, une gucne qui dura six ans. ( Voy. les comtes de Foix. ) L'an 121 1 , vo\ant Raymond VI , comte de Toulouse , son cousin, prêt à se (jiiiser dépouiller par Simon de Montfort, il l'engage à défendre ses états, et lui prête son secours. On le rencontre dans toutes
ûSo CHROKOtOGlE HISTORIQUE
les expéditions de ce prince. L'an 1212, Simon de Moritforf entre à main armée dans le Comniingeois, prend Saint-Gaudens<( et reçoit les soumissions du pays. Bernard est défait , Tan i2i.S^ en combattant pour le comte de Toulouse, à la bataille de Muret, donnée le 12 septembre, contre les croisés, i/an 3214, Lernardet lecomle deToulouse abjurent à Narbotme entre les mains du cardinal Pierre de Bénevent , toute doctrine contraire à celle de Téglise romaine. Bernard se rendit Tannée suivante avec les comtes de Toulouse et de Foix au concile de Latran : ils y demandèrent la restitution des terres que les croisés leur avaient enlevées ; mais ils ne reçurent que des réponses vagues, qui rendirent leur voyage inutile. Lan 1218 , Bernard aide le comte de Toulouse à défendre sa capitale , contre Simon de Montfort. Après la mort de ce dernier , arrivée le 2.5 juin de la même année , Bernard recouvra une partie de ses domaines. L'an 1219, il commanda le corps de bataille de l'armée des Toulousains , à la journée de Basiége , où ceux-ci remportèrent la victoire sur les croisés. Bernard mourut au mois de février 1226 ( n. st.), et fut inhumé à Montsavez , ce qui rend fort suspect ce qu'avancent des modernes , qu'il mourut religieux à Bolbonne. De sa première femme , il laissa Pétronille , mariée à Gaston VI , comte de Béarn , puis à Gui , lils de Simon de Monfort ; et de la seconde , Bernard , qui suit , et deux autres enfants. De la troisième, qui, s'etant séparée de lui , épousa , l'an 1204, Pierre, roi d'Aragon , il eut , suivant Guillaume de Puylaurent , deuxfdles, Mathilde et Perrone ou Pétronille, dont l'aînée fut mariée à Sanche de Barca , et la seconde à Centule II , comte d'Astarae.
BERNARD V
1226. Bernard V, fds de Bernard IV, lui succéda, l'an 1226 , dans la partie du Commingeois, que les croisés n'avaient pu lui enle%er. Au mois d'août de la même année , s'étant rendu au camp d'Avignon , il fit sa paix avec le roi Louis VH! et le légat , après avoir déclaré par écrit qu'il se soumettait entièrement à la volonté du monarque, lui avoir fait bommage-lige de tous les domaines qu'il voudrait bien lui laisser, et avoir promis de l'aider contre tous ses ennemis, nommément contre le comte de Toulouse. L'an 1241 , Bernard meurt subitement à Lantar, le 29 novembre, en dînant. De Cécile, fille de Raymond-Roger, comte de Foix, son épouse , il laissa Bernard, qui suit, et Arnaud-Roger, qui fut évèque dt Toulouse. Cécile lui donna aussi plusieurs filles, entre autres Mascarose^
fomiBC de Henri II, comle de Kodez. Stéphanie de Bigorre , sa seconde femme , le (it père de Petronille , femme de Sanche- Nugnès, comte de Koussillon et de Cerdagne. ( Yoy. les comtes de Bigarre. )
BERNARD YI.
1241. Bernard VI, fds et successeur de Bernard V, fit hommage , le 4 décembre 1241, à Raymond VII, comte de Toulouse, pour le château de Muret , et autres fiefs qu'il possédait au comté de Toulouse. L'année suivante, il fut excommunié, le 21 juillet , avec ce même comte et d'autres seigneurs, comme fauteur des hérétiques (albigeois), par l'archevêque de Nar— bonne. Après la paix dé Lorris , il prêta serment de fidélité, l'an i24'^ , au roi saint Louis, entre les maiiis de ses commissaires. L'année suivante, au mois de novembre, il se reconnut vassal du comle de Toulouse , pour ce qu'il possédait aux diocèses de Conserans et de Comminges , quoique de tems immémorial, est-il dit dans l'acte . lui et ses prédécesseurs eussent tenu le tout en franc-alleu. L'an i25j, il confia , dans le mois de novembre , à Roger IV, comte de Foix,la garde de la ville de Saint-Gérons et du pays de INébouzan, jusqu'à ce v^u' Arnaud d'Espagne, fils de Roger de Comminges et de Raymonde d'Aspel, son vassal, à qui ce pays appartenait , eût atteint Tàge de vingtcinq ans. Gaston VII , vicomte de Réarn , qui avait des prétentions sur le même pays , au nom de Mathe , sa femm-e, le lui engagea l'année suivante. ( Vaissète , tom. lU , pag. 5o3. ) L'an 1294 i, V. st. ) se voyant cassé de vieillesse et hors d'état de gouverner son comté, il en fit don entre-vifs à sor» fils aîné, le dimanche avant l'Annonciation ( 21 mars. ) Il vécut encore près de dix-huit ans depuis cette donation , et mourut à Busette le i5 juillet i3i2. Il avait épousé, i". Thérèse , dont on ignore la maison ; 2°. L \ure , fille de Philippe de Montfort , seigneur de Castres en Languedoc, et comte de Squillace au royaume de Kaples. De ce dernier mariage il eut Bernard qui suit; Pierre- Raymond , qui a continué la postérité ; Gui , seigneur de Figeac : Jean-Raymond premier archevêque de Toulouse, par bulle du 25 juin 1^17, puis cardinal; deux autres fils, et trois filles. Cécile, l'aînée, fut mariée à Jacques P^ d'Aragon, comte d'Urgel ; Eleonore , la seconde, épousa Gaston II, comte de Foix ; et Bérengère fut mariée à Géraud d'Aure , vicomte de J^arboust , tige de la maison de Gramont.
BERNARD VU
1295. Bernard VII, succéda, l'an i2q5 , à Bernard VI . IX. 56
2^a CHKONOLOGIE HISTOUlQUE
son père, en vcrlu du don qu'il lui avait fait du comté de Cornmirij^es. L'an long , ëlant a Paris au mois de mai, il obtient du roi Philippe le Bel des lettres qui lui accordaient la permission de donner en parlage à ses fils puînés une partie des fiefs qu'il tenait de sa majesté. (/îfc. de Culb. p. G-, fol. 4^^^. ) Il y a d'autres exemples de pareilles concessions accordées par nos rois à leurs vassaux, d'où quelques feudisles infèrent cjuc les possesseurs des fiefs n'en étaient que les usufruitiers, et ne pouvaient en disposer en faveur de leurs puînés, ni d'autres personnes, excepté leurs aînés , sans l'agrément du roi : sentiment contraire à l'opinion générale fondée sur les lois et les usages constants du royaume depuis la patrlmonialité des grands fiefs , établie sous Charles le Chauve, l^'an i6i6, Bernard fut créé chevalier avec Pierre-Raymond, son frère, par le roi Philippe le Bel le jour de la Pentecôte. H mourut l'an io35, laissant de Mathe dk l'Ile-Jourdain, sa troisième femme, un fils posthume, qui lui succéda, et cinq filles, entr'autres Cécile, mariée à Amanien , comte d'Astarac , La quatrième, nommée Jeanne, fut alliée à Pierre-Raymond 11, son cousin. Le comte Bernard VII, avait épousé en premières noces Capsuflle, sœur de Bernard Vl, comte d'Armagnac, et en secondes, Mahguerite » fille et héritière de Baymond Vil, vicomte de Turenne, dont il eut Marguerite, fiancée à Renaud , sire de Pons, morte avant U mariage. ( Yoyez les vicomtes de Turenne. )
JEAN
i335. Jean, fils posthume de Bernard VIî , lui succéda au comté de Commlnges et à la vicomte de Turenne, sous la tutelle de Malhe , sa mère. Il mourut en loSg.