‹ L'art de vérifier les dates ... t.118. L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monuments, depuis la naissance de NotreSeigneurChapitre 2 sur 132 · L'ART · texte numérisé non relu

L'ART

DE

DES

DOGÈS DE GÊNES.

« L'état? de Gènes , dit M. de Brequignî , dans le plus haut

* point de sa puissance, contenait toute la Ligurie, et s'éten- » dait le long de la Méditerranée, depuis le Var jusqu'à la Ma-

* gra. L'île de Corse fut une des premières conquêtes des Génois. » Ils s'emparèrent aussi des îles de Chypre, de Métélin , de » Scio ; ils furent maîtres de Caffa et de Péra ; ils firent des » conquétete dans la Sardaignc et dans la Sicile ; mais ils n'ont » conservé de leurs anciennes possessions que la Ligurie ; n encore n'ont-ils pas aujourd'hui, dans la Ligurie, tout ce » qu'ils y ont autrefois possédé. Les comtés de Nice et de Maro t m les principautés d'Oneille et de Monaco, ne reconnaissent m plus leur domination ». (Revol. de Gênes , pré/,)

GÊNFS (en latin Genua y dite aussi Janua , et en italien Genooa ) . l'émule de Venise , comme Carthage le fut de Rome , «tait déjà florissante lorsque Magon , dans la quatorzième année' de la deuxième guerre punique, 2u5 avant Jésus-Christ, parut j XVlli. i

avec son armée, dans les mers de la Lignrte (i). Il serait difficile de débrouiller, dans l'obscurité de l'histoire, les vicissitudes qu'éprouva cette ville du tems des invasions des Barbares, comme aussi de savoir la forme qu'avait alors son gouvernement ; et si on voulait rapporter là-dessus les opinions des historiens modernes d'Italie, on risquerait de donner une fable plutôt qu'une histoire. Le Cafïaro, qui a écrit au treizième siècle, par autorité publique, les Annales de Gênes, ne les commence qu'à la 6n du onzième siècle. C'est par cet écrivain qu'on sait que la république de Gênes était anciennement administrée par des consuls , que leur charge ne durait que quatre ans, et qu'ils gouvernaient avec une autorité suprême.

L'an iioo, les Génois ayant équipé une flotte de vingt-huit galères et de six vaisseaux, pour aller au secours de la Terre- Sainte, mirent à la voile le i cr . août, et abordèrent au port de Lâodicée, où ils passèrent l'hiver. Le Caffaro entre clans un grand détail de leurs exploits dans cette expédition. Beaudouin, roi de Jérusalem, fut si content de leurs services, que, par reconnaissance, il leur accorda le tiers de quelques-unes des places qu'ils l'avaient aidé à conquérir , et un quartier dans quelques autres. La république conserve avec soin un acte si honorable, et ses principaux historiens n'ont pas manqué d'en faire mention, quoiqu'avec quelque différence. 11 est daté, selon les uns, du 22 avril 1 io5 ; et selon les autres, du a3 mai de la même année. (Ubert. Folietta.) Les Génois obtinrent des concessions à peu près semblables, de Boémond, prince d'Antioche.

L'an 11 19, le pape Calliste ayant soumis la Corse à l'église de Pise, érigée, l'année précédente, en métropole par Gelaze H, son prédécesseur (Pagi), les Génois, maîtres de cette île, qu'ils avaient enlevée, dès le neuvième siècle, aux Sarrasins , en prirent occasion de faire la guerre aux Pisans. Klle dura treize ans, et fut terminée, l'an 1 102, par le pape Iruiocent II, qui érigea l'église de Gênes en archevêché, par une bulle datée du 4 octobre n33, suivant le style pisan ( n'62 , suivant Père

(1) Le plus ancien monument où il soit mention de Gènes, est environ de ce même tems. C'est une sentence gravée sur une table de bronxe, et rendue, vers Tan 187 avant Jésus-Chriit , par deux commissaires nommés par le sénat de Rome , au sujet de quelques différents entre les Génois et leurs voisins , par rapport aux bornes respec<tives de leurs territoires. Ce monument fut déterré, en i5o7, dans la valle'e de Polsevera ; et le sénat de Gènes, l'ayant acheté , le fit placer dans l'église de Saint-Laurent, où on l'eue Uâ*» dans une muraille. (M. de JSrequigni.^

vulgaire), et lui attribua deux évêchés de la Corse, dont les trois autres restèrent à l'archevêque de Pise» (Pagi. )

L'an 1 145 , les Génois entreprirent la guerre contre les Sarrasins qui occupaient l'île de M inorque et les côtes d'Espagne. , Cette expédition fut heureuse : ils remportèrent sur ces- Infidèles de grands avantages, et relpurnèrent dans leur patrie 9 chargés de riches dépouilles.

L'empereur Frédéric I étant venu, l'an n54> en Italie, la république de Gênes envoya deux ambassadeurs pour le complimenter ; mais , à leur retour, on se pressa dans la ville de fortifier ses murailles du côté de la terre, afin de se mettre à couvert des dangers que l'armée impériale avait fait subir à quelques villes de Lombardie. Cette précaution ne fut pas vaine : Frédéric étant revenu en Italie Tan n55, voulut éprouver les Génois , et leur fit faire de vives instances pour obtenir d'eux , par forme de tribut, quelque somme d'argent. Elles furent rejetées, et , pour soutenir ce refus, les Génois ordonnèrent à tous leurs sujets de prendre les armes , et de mettre en état de défense tous les cnâteaux de leur territoire. Frédéric , trop faible alors pour attaquer la république , dissimula cet affront , et repassa les Alpes.

L'an i hSS , il reparut en Italie avec de plus grandes forces % et s'approcha de Gènes dans le tems que la •circonvallation des murs n'était pas encore achevée. La république, pour éviter l'orage qui la menaçait , acheta la paix , en payant à l'empereur douze cents marcs d'argent , et obtint de fui qu'elle serait conservéedans ses droits et possessions sous la protection de l'empire. Ce prince, l'an 1162, médita la conquête de la Sicile; mais, n'ayant point de vaisseaux , il fit avec la république une confédération dont les conditions portaient que les Génois s'engageaient à l'aider de toutes leurs forces maritimes dans cette entreprise , et que Frédéric , devenu possesseur de l'île , serait obligé de céder a la république , en pleine souveraineté , la ville de Syracuse, avec une portion de la vallée de Noto; de permettre aux Génois le commerce libre dans toutes les villes maritimes de la Sicile, et de leur accorder d'autres privilèges, mentionnés dans l'acte de la convention , qui n'eut point lies par la faute de Frédéric. •

Cette même année 1 162 , nouvelle guerre des Génois contre les Pisans. Une querelle survenue entre les marchands de l'une et de l'autre république en fut l'occasion. Après quelques hoslités, l'empereur les engage à conclure une trêve. La Sardaigne^ depuis l'expulsion des Sarrasins, était partagée en quatre justices , sous autant de chefs qui gouvernaient chacun avec une autorité absolue leur déparlement. Lan 1164, les juges de

4 CHRONO^OCIB HISTORIQUE

Toire et de, Cagliari ayant à se plaindre de quelque insulte <pe leur avait' faite Barason, juge d'Arboréa ou d'Oristagno, s'unirent apx Pi sans pour lui faire la guerre. Barason, ne se trouvant pas en forces pour lui résister, se recommande aux Génois, les priant d 7 ernployer leur crédit auprès de l'empereur Frédéric 1, pour lui obtenir le titre de roi de Sardaigne. Gagnés par les rnargnifiques promesses qu*il leur fit , les Génois- le conduisent à Pavie, où Frédéric çtait alors. Ce prince avait besoin d'argent. Quatre mille marcs, Que Barason lui offrit , le décidèrent en sa faveur ; et , le S août de la même année , l'empereur le couronna roi dans l'église de Saint-Syre de Pavie. Mais le beau de l'affaire , dit Muratori , c'est que lorsqu'il fallut payer , le nouveau roi se trouva sans le sou. Frédéric , pressé de repasser les monts , voulait l'emmener prisonnier en Allemagne ; mais Barason fit tant auprès des Génois , qu'ils avancèrent la somme. Ce fut le même embarras pour lui, quand il fut question de rembourser. Jl.es Génois, qui ne se payaient pas de paroles, voyant qu'il n'avait rien de plus à donner, ternirent en prison. Taudis qu'il y était , les Pisans et les autres juges ravagèrent à leur aise le département d'Arboréa. Les premiers firent plus ; après le départ de l'empereur , ils lui députèrent Ugution , l'un de leur* consuls, qui manœuvra si bien auprès de ce prince , qu'il reçut de lui , au nom de ses commettants , l'investiture de la Sar-» daigne. Les Génois , qui roroptaient se mettre aux droits de Barason, pour s'indemniser de leurs avances , apprirent celte nouvelle avec un extrême dépit.

L'an n65, la guerre se rallume entre les deux républiques. Les Pisans surprennent, le ai août , la ville d'Albeoga , dans l'état de Gênes , la pillent et la brûlent. Les Génois, pour se venger, attaquent la Hotte pisane dans la mer de Provence» La nuit sépare les combattants sans aucun succès marqué ; mais une tempête submergea les vaisseaux des Pisans à leur retour. L'empereur interposa vainement sa médiation , pour les amener à un traité de paix. La Sardaigne, que les Génois revendiquaient sur les Pisans, faisait une pierre d'achoppement qu il n'était pas aisé de lever. Les premiers consentaient à partager cette île, que les seconds prétendaient leur appartenir eu entier. La guerre continua pendant six années. Enfin, l'an 117^ l'empereur vint à bout de la terminer par une sentence arbitrale, qui adjugeait aux Génois deux des quatre contrées de la Sardaigne , savoir , celles de Cagliari et d'Oi istagni , et le reste aux Pisans. (Caffari, Annal. Genuens , liv. 3.)

L'an 1190, le gouvernement change à Gênes. Les consuls sont abolis et remplacés par un podestat annuel , qui devait être étranger, pour empêcher les brigues et les factions de*

citoyens. 11$ sont rétablis Tannée suivante ; mais les dissen-» «ions et les querelles qui agitaient la république les obligent d'abdiquer en 1194. On élit un podestat étranger, qui rétablit le calme. La même année, les Génois envoient une flotte en Sicile , pour aider l'empereur Henri VI à soumettre cette île* Les Pisans , venus pareillement au secours de Henri , s'élant rencontrés à Messine avec les Génois , les attaquent , pillent leurs magasins et font prisonniers tous ceux qui tombent entre leurs mains. Les Génois, qui étaient restés à leurs bords, se vengent sur la flotte des Pisans, dont ils enlèvent treize vais*» seaux, et mettent aux fers tous ceux qui s'y trouvent. Marquard, sénéchal de l'empereur, apaise ce tumulte, en faisant consentir les parties à se rendre mutuellement ce qu'elles s'étaient pris. Le traité, fidèlement exécuté par les Génois, Pest très- mal par les Pisans; ce qui cause au podestat de Gênes, Ubert d'Olivano, un chagrin dont il meurt. A cette disgrâce s'en joint une autre. L'empereur, loin de reconnaître les services que les Génois |ui avaient rendus , les prive des privilèges et des possessions qu'ils avaient en Sicile. L'an 12.01 , Gênes revient aux consuls; mais ce ne fut pas pour long-tems, et dès l'année suivante , on élut un podestat. » Ce fut , disent les annales de Gènes , le »> seigneur Ghifridotto Graselto , très-noble citoyen de Milan. m Ce personnage, ajoutent -elles , fut orné de beaucoup de » vertus; car il affermit beaucoup de choses par sa connaissance » des lois et par sa prudence. Plein de probité, d'honneur et »> de courage, il régla heureusement la cité de Gênes durant » tout le tems de sa podastie , et procura d'heureux succès i m la république... Or il arriva que vers l'octave de Pâques, le » seigneur Ghifridotto Ghiraldo Visconti, podestat de Pise, * et d'autres personnages nobles de Gênes et de Pise, s'assem- » blèrent par la médiation de Boniface , marquis de Montai ferrât, el du comte Aldobrandin, à Nice , pour traiter de la » paix et de l'accommodement à faire entre les deux cités; mai* *» parce que les Pisans parlèrent de beaucoup de choses et spé- 1» étalement du château de Bonifacio , qu'ils répétaient , ils ne » mirent s'accorder ». Bientôt après de nouvelles querelles s'élevèrent entre eux.

L'an iao4* les Pisans. à la faveur des troubles qui régnaient en Sicile, s'étant emparés de Syracuse, cette conquêie excita la jalousie des Génois , qui pensèrent aussitôt à les cm dépouiller. Ils se liguèrent, pour cet effet, avec Henri, duc de Malte ; et ayant joint leurs vaisseaux aux siens, ils arrivèrent, le 6 août, devant Syracuse, qu'ils emportèrent d'assaut au bout de sept jours. On ut un grand carnage des Pisans qui se trou— vèrent dans la place , el l'on y rétablit 1 evêque , qu'ils avaient

6 CHRONOLOGIE HTSTORIOt'K

chassé avec ses Jeux frères. Les Génois gardèrent potrr eu* Syracuse, ou , selon d'autres, ils la donnèrent en fief a un de leurs concitoyens. Les deux républiques conclurent, l'an iaio, une trêve de trois ans , par la médiation de Pierre , comte de Célano. L'an 1216, décret de la république de Gênes , qui exclut les citoyens de la magistrature, et confie à des étrangers du voisinage l'administration de la justice. La guerre , qui durait depuis quatorze ans entre les Génois et les Vénitiens , sans aucun exploit mémorable de part ni d'autre, fut terminée, l'an 1218 , par un traité de paix.

La ville de Vintimiglia, qui s'était révoltée contre Gênes , est forcée de se rendre , Tan 1292 , après un long siège qu'elle soutint jusqu'à la dernière extrémité. Autre avantage que remporte, la même année, cette république outremer: les Génois et les Pisans qui se trouvaient à Saint- Jean-d' Acre , toujours acharnés les uns contre les autres , en viennent a une bataille, où les derniers eurent le dessous. La vengeance qu'ils tirèrent de leur defaile, fut de mettre le feu aux maisons des Génois; ce qui emporta la ruine de la plus grande partie de la ville. Gênes, cependant, fait de nouvelles acquisitions dans son voisinage. Excités par leur podestat, Lazare Ghirardin de Lucques, les Génois, l'an 1227, entreprennent de réduire Albenga et Savone, qui s'étaient soustraites à leur domination. Le siège de Savone fut poussé avec tant de vigueur, qu'en peu de jours toutes les fortifications extérieures , que les habitants avaient fait construire, furent emportées; alors elle fut obligée d'implorer la miséricorde des assiégeants. Le prince Amédée, fils de Thomas, comte de Savoie, qui était entré dans la place pour la défendre , prit la fuite en diligence avec ses Savoyards. Albenga fit moins de résistance, et demanda, dès qu'elle se vit assiégée , a capituler. Cette guerre étant terminée ,. les Milanais s'entremirent pour finir celle que les Alexandrins avaient suscitée aux Génois, en s'empara nt de Capriata, que ces derniers prétendaient leur appartenir. Les arbitres choisis ayant remis les Génois en possession de la place , les Alexandrins s'y jetèrent de fureur et la renversèrent de fond en comble. La paix, néanmoins, se fit, en 12^0, à l'avantage des Génois. Les Génois , avaient perdu, l'année précédente, la ville de Nice, dont Raymond Bérenger IV, comte de Provence, s'était rendu maître. Deux ambassadeurs de l'empereur Frédéric U; arrivent à Gênes, Tan 12&J, pour demander à la république le serment de fidélité. Les Génois envoient à ce prince une députation qui lui prête ce serment. Frédéric renvoie deux autres ambassadeurs pour demander l'hommage. Les Génois le refusent; et pour se mettre en état de défense contre l'empereur

en cas d'attaque , ils se liguent avec le pape Grégoire IX et la seigneurie Je Venise.

Les Génois, Tan 124 1 1 fournissent des vaisseaux pour transporter à Komc les prélats français que le pape avait appelés en celte ville pour le concile qui devait s'y tenir. L'empereur, prévoyant que cette assemblée aurait pour objet sa déposition, faisait tous ses efforts pour l'empé*crier. Une flotte , que les Siciliens et les Pisans lui avaient fournie, croisait dans la Méditerranée, afin d'arrêter les prélats sur leur passage. Elle rencontre, le 3 mai, celle des Génois à la hauteur de la petite île de Mélora, l'attaque et enlève tous ses vaisseaux, à l'exception de cinq qui prennent la fuite. Les prélats qui tombent entre les mains de l'ennemi , sont envoyés prisonniers en divers châteaux du royaume de Naples. Cette victoire plonge la cour de Rome dans le deuil et anime l'empereur à poursuivre sa vengeance contre les Génois, D'un côté , il envoie quarante galères dans la mer de Gênes; de l'autre, il fait marcher contre la république une armée de terre , composée de différents peuples de Lombardie. Les Génois, sans s'effrayer, opposent à ce double armement cinquante-deux vaisseaux et deux bonnes armées de terre, qui rendent inutiles les efforts de rempereur> Les Génois, les Florentins et les Lucquois, ayant fait une ligue , se mettent en marche, l'an 1240, contre les Pisans. La première attaque est livrée par les Lucquois , qui sont mis en déroute. Mais les Florentins étant venus à leur secours, défont à leur tour les Pisans, près du Serchio, et les poursuivent jusqu'à Pise, qui fut en danger. Les Génois, dans le même tems , enlèvent à ceux-ci le château d'ilice ; ce qui les oblige, vu leur faiblesse, à demander la paix. Ils l'obtiennent , moyennant la restitution de Motron aux Lucquois , la démolition -du château de Corvara , et l'abandon de celui de Massa au marquis Boniface Malcspina.

Le peuple de Gênes s'étant soulevé, l'an 1^57, contre la noblesse, qui ne lui donnait aucune part dans le gouvernement, s^asscmble en tumnltc dans l'église de Saint-Syrus , et y proclame sur-le-champ capitaine du peuple, Guillaume Boccanégra. Le lendemain , on choisit trente-deux personnes du corps du peuple pour servir de conseillers au nouveau chef, à qui l'on force le podestat de prêter serment d'obéissance ; et quelques jours après, on décide, dans un grand conseil, que le pouvoir du capitaine du peuple durerait dix ans.

Les Vénitiens et les Génois, qui possédaient chacun un tiers de la ville d'Acre, se brouillèrent, l'an is58, pour une querelle, <]<* deux parliculiers de l'une et de l'autre. na<ion. On en vient à une guerre ouverte. Venise s'étant liguée avec les Pisans et

9 CVnOKOLOÂIE HISTORIQUE

les Provençaux, envoie mie (loi te considérable au secours des siens. Gènes en fait partir une à-peu- près égale de son côté. Lès deux armées navales s 'étant rencontrées, le 24 j uu1 1 à la vue du port d'Acre , se livrèrent un combat furieux , qui se termina par la déroute des Génois, à qui les Vénitiens enlevèrent vingt-cinq galères. Les vaincus virent bien qu'après cette perle, il fallait quitter la partie. Ils sortirent d'Acre, et le9 Vénitiens ruinèrent leurs maisons, leurs magasins et leurs forts. Le pape Alexandre IV, considérant combien de pareils événements nuisaient aux affaires des Chrétiens en Syrie, interposa son autorité pour réconcilier Venise , Pise et Gênes , et réussit à leur faire conclure un traité de paixj mais les esprits demeurèrent toujours aigris , et la guerre , plutôt suspendue que terminée, n'attendait, pour renaître, que le plus léger prétexte.

Les nobles de Gênes, irrités de la conduite fastueuse et despotique de Boccanégra , se soulèvent , l'an 12H2, contre lui, et le forcent de se démettre. Alors on rétablit le podestat, et la charge de capitaine du peuple est supprimée. La guerre avait déjà recommencé entre les Vénitiens et les Génois. Dès l'année précédente, ceux-ci avaient fart avec l'empereur Michel Paléologue, avant qu'il reprit Constantinople sur les Francs, un traité par lequel ils s'obligeaient à lui fournir une flotte, pour l'opposer aux Vénitiens, ses ennemis. Michel, par reconnaissance, leur céda le faubourg de Péra à Constantinople , mais après en avoir fait détruire les fortifications, afin qu'ils ne pussent s'y maintenir en cas de rébellion. Le pape Urbain IV, instruit de cette manœuvre des Génois , les excommunie ; mais ils n'en continuent pas moins de faire tout te mal qu'ils peuvent aux* Vénitiens. (Voy. Vernse.) L'interdit de Gènes fut levé, Tan 1268/ par le pape Clément IV, qui s'attendait à ramerier par là cette ville à des sentiments de paix : il se trompa; cette grâce ne fît point Cesser les hostilités. En vain les ambassadeurs des rois de Fiance et de Sicile se rendirent, avec le légat , à Gênes, pour engager la république à se réconcilier avec Venise , afin que les deux peuples pussent concourir au siiccès de la nouvelle croisade que saint Louis méditait. Les Génois, loin de les écouter, armèrent vingt- cinq galères, arec lesquelles, étant arrivés devant Acre, ils prirent la tour des Mouches et assiégèrent le port. Mais pendant un voyage que Luchet Grimaldi , leur amiral , fit h Tyr , pour conclure une ligue avec Philippe de Monlfort, seigneur Je cette place, la flotte des Vénitiens étant survenue au port d'Acre , donna la chasse aux vaisseau* génois, après en avoir enlevé cinq. Gênes, cependant, ne laissa pas de fournir un secours constuérabU d'hommes et de vatsH

presqt

pani. Pour surcroît d'infortune, ce qu'on put recueillir du naufrage , fut confisqué par Le roi de Sicile, Charles 1, malgré les remontrances des Génois. Ce prince avide leur allégua la coutume qui adjugeait aux souverains les débris des vaisseaux! qui échouaient sur leurs côtes , et les lois données par ses prédécesseurs à ce sujet. Les Génois, humiliés par cette perte , conclurent enfin, Tan 1270, la paix pour cinq ans, a\ec les Vénitiens, par la médiation du pape et de Philippe le Hardi t roi de France ; mais à la guerre extérieure succédèrent les* troubles domestiques.

Le 28 octobre 1270, les Doria et les Spinota, deux familles" très- puissant es à Gênes , après avoir rassemblé leurs amis et leurs partisans , prennent les armes contre les Grimaldi et les Fiesques, leurs émules, et s'emparent du palais du podestat, qui les protégeait. Celui-ci se réfugie dans l'hôtel de Fiesque , où , ayant été poursuivi , il est pris et congédié , après avoir reçu les honoraires qui lui étaient du* pour son année de Service. Le même jour , on proclame capitaines de la liberté

génoise, Obert S pin o la et Conrad JDoria, avec un pouvoir absolu. Ils se déclarèrent Gibelins, c'est-à-dire du parti de l'empereur, et il n'y eut aucun lieu dans l'état de la république, qui ne reconnût leur autorité ; ce qui rétablit le calme dans Gênes. (Muratori )

Les Fiesques et les autres familles chassées de Gênes par les Doria et les Spinota , obtiennent , l'an 1272, de Charles I, roi de Sicile, du secours pour rentrer dans leur patrie, après avoir promis à ce prince de faire tous leurs efforts pour y établir sa domination. Plusieurs villes de Lombard le s'étant jointes à eux y ils font, pendant quatre ans, le dégât sur les terres de la république. La paix se fait enfin, l'an 1276, entre le roi de Sicile et les Génois, par la médiation du pape Innocent V, et les exilés sont rappelés. ( Cafjaro Annal. Genuens, liv. 9.)

Obert Doria gagne , le 6 août 1284, près de Pile de Moléra, une grande bataille navale sur les Pisans, qui, depuis 1277, avaient recommencé la guerre contre les Génois. Les deux républiques font la paix le tS août 1268 ; mais elle fut de peu. de durée. On reprit les ; armes de part et d'autre en 1 290 , et les fortifications du port de Pise furent fort endommagées par les Génois.

L'an 1291 , Spinola et Doria se démettent de la charge de capitaines, le 28 octobre, pour calmer les murmures que les Fiesques avaient exckés contre la longue durée de leur couver-* XV 111. 2

*0 CHRONÔLOGIE HISTORIQUE

nement. On tient une assemblée, dans laquelle il est réglé que chaque année on créera un capitaine , dont les officiers seront tirés par moitié de la noblesse et du peuple; et l'on continue de créer, comme à l'ordinaire, un podestat étranger et subordonné au capitaine..

La guerre, Tan 1293, se rallume entre Venise et Gênes. Il ne tint qu'à la première de l'éviter. Elle s'était formalisée de la prise de quatre de ses galères , faite par sept galères génoises. Le sénat de Gênes désavouant cet acte d'hostilité , fait au préjudice de la trêve établie entre les deux puissances y envoya des députés à la seigneurie pour lui offrir toutes les satisfactions qu'elle pouvait désirer. Ces offres furent rejetées , et l'on eut lieu de s'en repentir. Pendant six ans que dura la guerre , les Génois eurent presque toujours l'avantage, et ruinèrent la marine de leurs ennemis. ( Voy. Venise. ) Cette guerre étrangère n'étouffa point, dans Gênes, les dissensions domestiques. Elles éclatèrent de nouveau et avec plus de fureur que jamais, au commencement de l'an 1296. Les Griroaldi et les Fiesques, à la tête des Guelfes , attaquèrent les Doria et les Spinola. On en vint aux mains : le parti gibelin eut l'avantage ; les Guelfes furent chassés , et l'on créa capitaines du peuple, Conrad Doria , qui l'avait été précédemment, et Conrad Spinola, (ils d'Obert Spinola, qui avait aussi rempli cette dignité. Ce furent les seuls chefs de l'état, et il ny eut point de podestat étranger.

La paix est signée, l'an 1299, avec ^ es Vénitiens : elle l'est aussi, dans la' même année, avec les Pisans. Les Doria et les Spinola se démettent alors du gouvernement , et l'on reprend l'usage de choisir parmi les étrangers un podestat et un capitaine du peuple.

L'an i3ob, les Gibelins se divisent entre eux, et le plus grand nombre se réunit aux Guelfes pour abaisser les Spinola , dont le grand crédit commençait à donner de l'ombrage. On se bat dans la ville le jour des Rois jusqu'à la nuit. Les Spinola sont vainqueurs et obligent leurs ennemis de sortir de Gênes. Le lendemain , Obizzon Spinola est fait capitaine du peuple avec un pouvoir illimité. On lui donne pour associé Barnabe Doria , et on laisse subsister les vains noms de podestat et tfahbé du peuple- Cette dernière dignité avait été imaginée , dès l'an 1270, pour leurer le peuple, en lui nommant un chef, à qui Ton avait accordé palais, honneurs, revenus, et tout, hors le pouvoir. L'an 1807 , les Guelfes sont rappelés à Gênes. Obizzon Spinola les chasse de nouveau l'an 1^09, fait déposer solennellement son collègue Barnabé Doria , après l'avoir enfermé la yeille dans le palais de l'abbé du peuple, et réussit à se faù? 1 • - -

DES DOGES DE G^NES. Ti'

déclarer seul gouverneur de Gênes pour toute sa vie. Mais à peine conserva-t-il un an cette dignité.

Doria s'étant échappé de sa prison , se sauve à Sassello, où it est joint par quantité de génois de la faction des Guelfes , et s'avance à leur tête , le 10 juin i3io , vers Gênes. Spinola vient à sa rencontre avec une armée de dix mille hommes de pied et de cinq cents chevaux. Ils se livrent à quatre milles de Gênes, une longue et sanglante bataille où la victoire se déclare pour les Guelfes. De retour à Gênes , les vainqueurs saccagent et détruisent les maisons de Spinola et de ses principaux adhérents, les condamnent à l'exil et confisquent leurs biens; puis, sans convoquer le peuple et de leur propre autorité, créent un conseil composé de dix personnes , pour gouverner l'état jusqu'au premier juillet suivant. Ce terme expiré , le gouvernement est confié à douze personnes, dont six sont tirées du peuple , et six du corps des nobles.

L'an i3n , l'empereur Henri VIT passant par Gênes, en? allant se faire couronner à Rome, y rétablit la paix autant qu'il est en lui. Les Génois , par reconnaissance , se soumettent à ce prince pour vingt ans; mais il meurt le 24 août i3io. Les troubles renaissent à Gênes après sa mort. Les Spinola et les Doria recommencent à se faire la guerre. L'an i3i4 » on crée un conseil de vingt-quatre, le podestat à la tête. Ce conseil dure jusqu'en i3iy. Alors Charles de Fiesque et Gaspard Grimaldi se font nommer capitaines du peuple le 10 décembre.

Les Spinola et les Doria s'étant réunis contre les Guelfes , viennent mettre le siège devant Gênes le 25 mars t3i8. Robert y roi de Naples, vient au secours des assiégés , qui le reconnaissent pour dix ans chef de l'état. Le 24 février i3io, , il fait unesortie sur les assiégeants , nui les oblige à lever le siège. Robert s'en retourne, et le 27 juillet suivant, les Gibelins recommencent à assiéger Gênes par mer et par terre. Ce nouveau siège fut beaucoup plus long et plus meurtrier que le premier; il ne finit que le 17 février 1022, par une sortie que les assiégé* firent avec tant de succès , qu ils obligèrent les assiégeants à prendre la fuite., après leur avoir tué beaucoup de monde et fait un plus grand nombre de prisonniers.

Le roi Rotert étant revenu à G£nes , le 2a avril 1 324 1 avecson fils, on lui prolonge son administration pour six ans. Ce prince, l'an i33i , rétablit la paix entre les deux partis, qui , d'une commune voix, consentent à être gouvernés comme auparavant par un vicaire qu'il nommerait.

. L'an i335 , le 4 février , les Gibelins , que le vicaire cherchait à rabaisser, se révoltent et le chassent avec la plupart des

la CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Guelfes. On crée deux capitaines pour deux ans , et ensuite pour trois , avec un podestat et un abbé du peuple,

Nouvelle révolution , Tan i33o, , à Gênes. Les capitaines s'étant attribué la nomination de l'abbé du peuple, le peuple veut le nommer lui même. On s'assemble pour cet effet le a3 septembre; mais sur les remontrances de quelques particuliers, au lieu d'un abbé, Ton veut un doge, et l'on nomme , pour cette dignité , Simon Boccanégra. Dans la même assemblée , on forme un conseil au nouveau doge , on exclut les Guelfes du gouvernement, et on ordonne même à quelques-uns des Doria et des Spinola de sortir tic la ville. Ainsi , dit M. de Brequigni , le gouvernement fut transmis des nobles au peuple , et livré tout entier au parti gibelin.

L'an i34i , le doge ayant obligé le marquis de Final , Georgeg de Cavretto , qui avait fait des courses sur les terres de la répu-> blique , à venir lui faire excuse en personne, le contine dans une .prison obscure, où l'infortuné marquis remet à l'état de Gènes tout ce qu'il possède , dans l'espérance de recouvrer sa liberté ; mais cet abandon ne peut fléchir le doge , qui ne le tire de cette prison que pour l'enfermer dans une cage de fer qu'il avait fait faire exprès.

Boccanégra, le a3 décembre 1 344 > $ e démet du dogat qu'il avait rempli cinq ans avec honneur , et se retire à Pise. 11 comp» tait , par sa démission et sa retraite , satisfaire les exilés qui el aient en armes aux portes de Gên^s ; il se trompa. Les propositions de paix qu'on fit faire à ces mécontenls furent rejetees ; ils voulaient dominer à Gênes. Le peuple aussitôt prend le

r i d élire un nouveau doge. L'élection qui fut faite le jour Nocl de la même année , tomba sur Jean de Murta , citoyen paisible, sage et prudent.

L'an i345 , Luchin Visconli, seigneur de Milan , choisi pour arbitre , par les deux partis, fait la paix entre le peuple et les exilés , qui sont reçus dans Gênes , à l'exception d'un petit nombre.

Les Génois ayant débarqué, le 16 juin i346, dans l'île de Scio , se rendent maîtres du château, le 3 septembre: ils s'em~ parent ensuite de Foglia-la-Vieille et de Foglia- la-Neuve, et auraient fait de plus grands progrès , sans une révolte de la Chiourme.

Le doge Murta finit ses jours au commencement de janvier i35o f emportant , dans le tombeau , les regrets bien mériié9 des Génois. On élit à sa place, le 9 février, Jean de Vaeenti. La même année, nouvelle rupture entre les Vénitiens et les Qénois. Ceux-ci , maîtres de Cafta dans la Crimée , prêtent

DES DOGES DE GÊNES. l3

Paient interdire aux Vénitiens , la navigation sur la mer Noire? en conséquence, ils saisirent les vaisseaux de la seigneurie qu'ils rencontrèrent, et en confisquèrent les marchandises. Les Vénitiens , après avoir inutilement demandé satisfaction de celle insulte, arment en mer, attaquent, près d'Alcastro, la flot te génoise , lui enlèvent une partie de ses galères , et obligent les autres à se sauver à Scio.

La flotte génoise , sous le commandement de Paganin Doria > entre, l'an i35i , dans le golfe de Venise, au mois de juillet* et , après avoir ravagé plusieurs lieux , fait voile vèrs le Né^repont , dont elle assiège la capitale. La place , emportée d assaut , fut saccagée et livrée aux flammes.

La flotte vénitienne, combinée avec celle des Grecs et des Catalans, attaque, Tan i35a, la flotte génoise dans le détroit de Conslanlinople, le i3 février; après un combat très-opi-r niâtre et très-sanglant , les Génois restent vainqueurs , et emmènent huit cents prisonniers avec vingt-six galères. Irrités contre l'empereur Jean Cantacuzène , qui avait pris le parti de Venise , ils vont mettre le siège devant Conslanlinople , et obligent ce prince , le 6 mai , à demander la paix ; elle lui fut accordée , mais à condition qu'il chasserait de Constantin nople , à la honte du nom chrétien , les Vénitiens et les Catabus , leurs alliés.

' Antoine Grimaldi, nouvel amiral des Génois, est battu, le 29 août i353 , par les flottes réunies des Vénitiens et des Catalans, à la hauteur de Cagliari. Il perd trente galères et environ deux mille hommes , sans compter deux mille cinq cents prisonniers , du nombre desquels étaient plusieurs des principaux de Gênes. Les Génois furent d'autant plus consternés de cette défaite, qu'elle les mettait hors d'état de tenir la mer pour se procurer les vivres dont ils avaient un besoin extrême. Dans cette détresse , ils prirent le pa^i de se donner à Jean Visconti , archevêque et seigneur de Milan ; à quoi ils furent comme nécessités par la défense que le prélat avait faite de transporter du Milanez , des denrées dans l'état de Gênes. Le 10 octobre, Guillaume, marquis de Pallavicini, arrive à Gênes, prend possession de l'état au nom de l'archevêque de Milan , et y reste en qualité de gouverneur.

L'an i354, Paganin Doria, ayant repris le commandement de la flotte génoise , se met en course , d'abord contre les Catalans, ensuite contre les Vénitiens, dont il attaque inopiné-* ment la flotte , le 4 novembre , dans le port de Sapienza , près de Modon. La bravoure avec laquelle il ouvrit le combat* étonna si fort le Vénitiens , qu'ils se rendirent après unelégrre défense. On amena soixante-un bâtiments des ennemis à Gênes ,

l4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

avec cinq mille prisonniers , du nombre desquels était le gé«- 'néral Nicolas Fisani.

L'an i355, la paix se fait, le i er . juin, entre les Vénitiens et les Génois. Au mois de juin suivant, ces derniers se rendent maîtres , par trahison , jde Tripoli en Barbarie. Apres avoir fait sept mille prisonniers dans la place, et en avoir emporté pour un million huit cent mille livres d'effets , ils la vendent , pour cinquante mille doubles d'or, à un riche sarra- •in , et s'en reviennent triomphants à Gênes. -

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