‹ L'art de vérifier les dates ... t.118. L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monuments, depuis la naissance de NotreSeigneurChapitre 73 sur 132 · ROGER I · texte numérisé non relu

ROGER I

1072. ROGER I, dernier fils de Tancrède, né Pan io3i , était venu en Italie au plus tard en 104Ô. Maître de la Sicile , avec le secours de Robert , son frère , par la prise de Païenne et la conquête des autres places de cette île , qu'il fit dans les années suivantes, il y rétablit la religion chrétienne , et gouverna cet état avec beaucoup de sagesse. Non content du titre que Robert , son frère , lui avait cédé , il prend , l'an 1096 , celui de grand*comte de Calabre et de Sicile. Tout étant paisible dans son île , il marche, Pan 1098 , au secours de Richard il , son cousin , prince de Capoue , contre lequel cette ville s'était révoltée , et force les rebelles à rentrer dans le devoir : mais il oblige, en même tems , Richard , pour prix de ce service , à se reconnaître son vassal. La même année , le pape Urbain 11 se rend à Salerne, pour avoir une entrevue avec le comte Roger et le duc Roger , son neveu. Le comte était mécontent de ce que le pape , sans l'avoir consulté, avait nommé l'évêque Traina légat apostolique en Sicile. Pour Papaiser, Urbain déclare légats apostoliques, en cette ile, à perpétuité, le comte et ses successeurs , par une bulle donnée à Salerne le 3 des nones de juillet f indictiun VU (il faut VI ) , la IX e année du pontificat du seigneur Urbain. « C'est de là , dit Muratori , que tire son origine le » tribunal de la monarchie de Sicile, nom véritablement ex- » traordinaire; tribunal crue le cardinal Baronius a si vigou- » reusement attaqué dans le XI e . tome de son Histoire ecclé- » sias tique. » Mais il est à remarquer que Baronius 11e traite pas de supposée la bulle d'Urbain 11 ; il prétend seulement qu'elle n'est pas sortie des mains de ce pape telle qu'on la voit à la fin de l'histoire de Geoffroi Malaterra ; mais c'est ce qu'il ne prouve pas. Par cette bulle , Urbain accorde trois choses à Roger et à ses successeurs : i°. qu'il n'enverra point de légats en Sicile contre leur gré ; a p . qu'ils exerceront eux-mêmes l'autorité de \égM a laterc , dont il leur donne la mission ; 3". qu'ils n'enverront aux conciles convoqués par le pape , que lesévêques et les abbés qu'il leur plaira de choisir. Roger était en possession de ces droits depuis qu'il avait fait la conquête de la Sicile, et le pape ne fit que les lui confirmer par sa bulle , afin de l'engager . par là , à soumettre au saint siège les églises de cette île, oui dépendaient, auparavant, du patriarche de Constantinople. Ceci demande une explication. Originairement, la Sicile faisait partie des provinces suburbicaires , c'est-à-dire de

celles qui étaient soumises au préfet île home et sur lesquelles les papes exerçaient la juridiction métropolitaine. Mais lorsque Grégoire III, au huitième siècle, eut soustrait Rome à l'obéissance des empereurs grecs , le clergé de la Sicile , qui leur é'.ait demeuré fidèle, se mit sous la juridiction du patriarche de Constantinople, et y persista, malgré la réclamation de plusieurs papes. Ce fut dans cet état que Roger trouva l'église de Sicile, lorsqu'il prit possession de cette ile. Mais comme il était de son intérêt de détacher entièrement les Siciliens des Grecs, il rompit la communication entre cette église et celle de Constantinople , sans néanmoins soumettre la Sicile à celle, de Rome. Celle-ci ne recouvra sa juridiction que par le traité dont on vient de rendre compte et aux conditions qu'il exprime. L'an i ioï , . le comte Roger finit ses jours au mois de juillet , âgé de soixante ans. Il avait épousé , i°. Dfueiu , comme la nomme Geoffroi Malaterra ( Ordéric l'appelle Judith); 2 0 . Ehemburge ; 3°. Tan 1090, Adélaïde ou Adelicie, dite aussi Adèle , fille de Bonifarc I , marquis de Monlfcrrat , qu'il répudia après en avoir eu plusieurs enfants. ( Elle épousa, dans la suite, Kaudouin 1 , roi de Jérusalem). Du secon a lit. il eut deux fils , Geoffroi et Jourdain (morts en 1092) , avec quatre filles, dont l'ainée, Malhilde , épousa , l'an 100*0, Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse; la seconde, nommée Julilte ou linnne, fut demandée par Philippe I, roi de France. ; mais le mariage ayant été rompu, Enune épousa Guillaume VI, comte d'Auvergne ; la troisième , nommée aussi Malhilde , et par d'autres Yolande , épousa Conrad , fils aîné de l'empereur Henri IV ; la quatrième, dont on ignore le nom, devint, en 10^5 , femme de Coloman , roi de Hongrie. Du troisième lit , vinrent Simon ; Roger, qui suit; Mathildc , femme de Rainulfe, comte d'Alifè ; et Emme , mariée à Rodolfe Macchabée, comte de Montescaglioso. Robert I égala son frère Robert par sa valeur et par la gloire de ses exploits; mais il le surpassa par sa religion , sa clémence et sa libéralité. Il fonda plusieurs églises et plusieurs hôpitaux en Sicile. Simon, l'ainé des deux fils qui lui restaient, était destiné pour lui succéder; mais il mourut avant que les seigneurs normands eussent le tems de s'assembler et de le déclarer comte.

ROGER II, dit LE JEUNE.

1101. Roger II, né l'an 1097 , de Roger I et d'Adélaïde-, est proclamé comte de Sicile et duc de Calabrc dans le patientent ou l'assemblée des états-généraux, pour régner, jusqu'à sa majorité r sous la régence de sa mère , princesse , dit Murât 01 i s

304 COROîîOLOniE HISTORIQUE

qui joignait à beaucoup de hauteur une grande soif du bîefc d 'autrui. Le gouvernement d'Adélaïde excita des séditions. Pour contenir les factieux, elle fait venir, Tan no3, le prince Robert , second fils de Robert 1, duc de Bourgogne , lui donne une de ses nièces ( Ordéric Vital dit une de ses filles ) en mariage , et l'associe au gouvernement. Robert exerça son emploi pendant dix ans avec beaucoup de prudence, de valeur et de capacité. Mais lorsqu'Adélaïde vit son fils en état de prendre en main le timon de l'état , craignant que Robert ne refusât de s'en dessaisir, elle le fit empoisonner. (Ordéric Vital, p. 898,) L'an 1 1 1 3 , elle part de Sicile avec des richesses immenses, pour aller épouser Baudouin , roi de Jérusalem» qui avait ré -

Ïmdié sa première femme pour faire ce nouveau mariage , dont 'intérêt était l'unique mobile. Baudouin , s'étant depuis repenti d'avoir fait divorce avec sa première femme , fit vœu de îa reprendre , répudia Adélaïde à son tour , et la renvoya eh Sicile , sans lui Tendre néanmoins les trésors qu'elle avait apportés. Le chagrin emporta, l'an 1 1 18 , cette princesse. Roger établit, la même année, à Palerme , une chapelle royale , 0Ç1 il déclare que nul autre que lui-même, ou ceux qui lui succéderont, ne pourront faire aucun acte de juridiction (soit civile, soit ecclésiastique) , et prononça anathème contre ceux qui oseraient le tenter. L'an 1121 , il profite d'un voyage que Guillaume, duc delà Pouille, son cousin, fait à Constanti- nople , pour entreprendre de le dépouiller 11 assiège le château de Nicéphore ,' dans ce dessein; sur quoi le cardinal Hugues vient , de la part du pape Calliste II ,• lui faire des remonr trances touchant l'injustice de son procédé; mais il -n'est point écouté. Le pape se reqd lui-même en Pouille, avec sa cour, et se trouve mal de ce voyage. Une maladie épidémique lui enlève les meilleurs de ses cardinaux, et entr'autres, le cardinal Hugues. Lui-même est attaqué de cette maladie. Roger l'étant vend voir, obtient, en cédant à ses prières, tout ce que lui-même demande à ce pontife. L'année suivante, Guillaume, duc de la Pouille , ayant besoin du secours de Roger pour réduire Jourdain , comte d'Ariano , qui s'était révolté, lui cède-,

Ï>our obtenir ce service , la moitié du duché de Calabre , avec a moitié de la ville de Palerme qui lui appartenait. Le duc Guillaume étant mort, l'an 1127, Roger passe à Salerne , avec sept galères, et vient à bout, après dix jours de pourparler, d'engager l'archevêque et les habitants à le reconnaître, sous certaines conditions , pour duc de Pouille et de Calabre. L'exemple des Salerni tains fut suivi par ceux d'Amalfi , Je Troja, de Melie, et. des autres contrées de la Pouille. Mais la nouvelle des succès de Roger étant parvenue à Rome , le pape

DES COMTES DE SICILE. 3o5

Honoré II et toute sa cour en furent vivement alarmés , tant parce qu'ils prétendaient que la Pouille était un fief dévolu au saint siège , que par la crainte de l'agrandissement d'un prince qui , joignant à la Sicile la Pouille et la Calabre , serait en état de faire la loi à Rome. Pour arrêter ses progrès, Honoré passe a Bénévent , et de là à Troja, dont les habitants lui font serment d'obéissance. Le comte Roger lavait prévenu par une ambassade chargée de riches présents, pour lui demander l'investiture du duché de Pouille et de Calibre. Mais le pontife la refusa , comptant mettre tout le duché sous le domaine immédiat du saint siège , ou plutôt en investir Boémond II, prince de Tarente et d'Antioche , qui , comme neveu de Robert Guiscard , y avait plus de droit que Roger. Celui-ci , voyant qu'il ne pouvait rien gagner sur l'esprit d'Honoré, donne ordre à ses officiers de commencer les hostilités contre Bénévent. Le pape s'y étant transporté , fulmine une excommunication contre le comte ; ce qui détache de son parti Rainulfe , comte d'Alife , qui se jette dans celui du pape. Une seconde ambassade , envoyée par Roger au pape , pour l'engager à lui accorder le duché, ayant été aussi inutile que la première, il passe de Saierne en Sicile , pour y rassembler une armée capable de lui faire avoir, par ta force, ce qu'il ne pouvait obtenir par les prières. Au commencement de l'année suivante , Honoré , se trouvant à Capoue , engage plusieurs seigneurs qui s'y étaient rendus, à se liguer contre le comte Roger en faveur de l'église romaine. Ce prince, au mois de mars, repasse le détroit avec une puissante armée, prend Tarente, Otrante , Brindcs, et vient se poster sur les bords du fleuve Rrendano, en présence de l'armée pontificale , qui , n'osant l'attaquer , se dissipe peu à neu par les désertions. Le pape alors , cherchant à mettre son honneur à couvert , fait proposer secrètement au comte de lui donner l'investiture qu'il désirait : mais il exige qu'il vienne la recevoir à Bénévent. Roger, qui était dans la défiance, veut qu'elle lui soit donnée hors de la ville, dont il s'approche, pour cet efFet, avec un bon corps de troupes. Le pape veut bien user de condescendance, et, étant sorti de Bénévent le 2a août, il a, sur le pont, avec Roger une entrevue, dans laquelle U lui donne l'investiture du duché de Pouille et de Calabre et de celui de Naples.

Roger, l'an 1129, oblige Robert II, prince de Capoue, à se reconnaître son vassal. 1/année suivante , il embrasse le parti do l'antipape Anaclet , son beau-frère. Celui-ci, par une bulle du 27 septembre , lui donne le titre de roi de Sicile, avec la suzeraineté sur la principauté de Capoue et le duché de Naples. A Noël de la ^ôm^ année, Roger se fait couronner dans Pa-

ao6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

lermc, qu'il avait choisie pour capitale de ses états. Ce prince ^ non content du titre de roi de, Sicile, prit encore celui de roi d'Italie , comme on le voit par des chartes datées de n33 et de ii^7, qui commencent ainsi : Ego Rogerius D. G. Siciiiœ et Italiœ rex. Sergius, duc de N api es , Tan ii3i , informé du don qu'Anaclet avait fait à Roger de la souveraineté de son duché, vient, de lui-même, lui faire hommage à Salerne , dans la crainte d'y être forcé par la voie des armes. Roger, la même année, établit dans ses étals la dignité d'archimandrite, c est-à-dire d'abbé général , et réserve à lui seul et à ses successeurs le droit de confirmer l'élection que les moines en feraient avec sa permission. L'an ii3a, il fait la conquête de Bari , dont il envoie le prince Grimoald prisonnier en Sicile. Il va faire ensuite le siège de Nocéra : mais le prince de Capoue , avec lequel il s'était brouillé , étant venu au secours de la place, lui livre bataille et le met en déroute le 24 juillet, sur les bords du Sarno. Cet échec ranime le courage de ses ennemis qui reprennent les armes contre luL Mais, sans se déconcerter, il va faire le dégât sur le territoire de Bénévent; après quoi, il passe le détroit au mois de décembre , pour rassembler de nouvelles forces capables de réduire les rebelles. Revenu de Sicile en Italie, l'an n33, le roi Roger soumet plusieurs barons et plusieurs villes de la Pouille, que le pape Innocent II cl l'empereur Lothaire avaient engagés à se révolter* Après avoir forcé . Rainulfe, comte d'Alife, à venir lui demander la paix, il entre, l'an n34, dans la principauté de Capoue. Les habitants de la capitale , voyant qu'il s'approchait de leurs murs , sortent en procession au-devant de lui , le conduisent à la cathédrale, en chantant des hymnes et des cantiques , et lui jurent fidélité.

Roger, l'an 11 34» es * attaqué en Sicile d'une maladie dangereuse qui fit craindre pour ses jours. Elle durait encore l'année suivante, lorsque la reine Alberie, sa femme, princesse pieuse et charitable , tomba malade elle-même et fut emportée en peu de jours. Le chagrin que causa cette perte à son éootix fut tel , qu il s'enferma pendant assez long-tems , sans se laisser voir qu'à ses plus intimes amis : le bruit courut qu'il n'existait plus, et que, par politique , on cachait sa mort. Dès que la nouvelle en arrive à Pise, le prince de Capoue obtient de cette republique huit mille hommes et vingt navires, avec lesquels il arrive à Naples au mois d'avril. Le duc Sergius et les Napolitains arborent aussitôt l'étendard de la révolte. Le comte Rainulfe en fait de même , et son exemple entraîne la ville d'Averse t qui rappelle aussitôt son ancien comte, le prince de Capoue, quoique plusieurs assurassent que Roger était en vie. Les Pisans étaient disposés à marcher tout de suite à Capoue , dans l'espe-

DES COMTES DÉ SICILE* 20i

rancc d en faire aisément la conquête, s'ils n'eus$ent appris que Warin , chancelier du roi , commandait une forte garnison dans cette ville. Warin , lui-même , après avoir envoyé sous bonne garde à Salernr ceux dont les intentions lui étaient suspectes , se met en marche pour aller au-devant des ennemis , et campe sur les bords du Cnîano. Comme il n'arrivait absolument personne de Sicile , on n'en n'était que plus persuadé de la mort du roi, lorsque, le 5 juin , on le voit, avec le plus grand étonnement , débarquer à Salerne , et donner ses ordres pour rassembler ses forces. Le premier objet de Sa vengeance fut la ville d'Averse dont les habitants, à son approche , s enfuirent à Naples avec le comte ftainulfe. Roger abandonne la ville au pillage et la brûle , après quoi , il ravage les environs de Naples^ tandis que Warin , envoyé dans les terres du comte Rainulfe , se rend maître d'Alife et de San-Angelo. La résistance que font Sainte- Agathe et Cajazzo , oblige Roger de les assiéger f et la réduction en fut aisée. Etant retourné de là , faire des nos» lilités sur le territoire de Naples, il ne croit pas cependant devoir se fatiguer à faire le siège de cette ville qui lui parait trop difficile à prendre, et se retire après avoir ordonné de rebâtir Averse et Cucolo dont les garnisons seraient propres à inquiéter les Napolitains. Sollicités vivement par le pape Innocent II, qui s'était retiré chez eux , les Pisans font partir vingt vaisseaux ♦chargés de gens de guerre pour arrêter les progrès de Roger. A mal fi se trouvait alors sans troupes , parce que Roger en avait employé la jeunesse, partie sur ses vaisseaux, partie dans son armée de terre. Ce fut un motif pour les Pisans d'attaquer un matin cette ville, qu'ils emportèrent d'emblée, et d'où ils emportèrent un butin considérable qu'ils chargèrent sur leurs vaisseaux (i). Ils font le même traitement à la Scala et à d'au-

(i) « On a long-tems soutenu, dit M. Pfeffel , que le fameux ci- » geste, qu'on voit aujourd'hui à Florence , avait fait partie du butin >» que les Pisans rapportèrent de cette expédition, et qu'il fallut dater » de là l'introduction du droit romain dans les écoles de jurisprudence. » Mais il est aujourd htii démontre' que cette pre'tendue découvtrfe >• des Pandectesà Amalfi , n'est qu'une fable ; et que , bien loin que » le droit romain ait commencé sous Lothaire II à se répandre, nous * savons, par les fastes de l'université de Botaene , que la comtesse » Mathilde l'avait déjà fait enseigner publiquement ; que le pape Ni— w colas II rapporte des passages entiers des lois de Justioien , dans le » Decrctum , pour expliquer la manière de compter les degrés de pa- > rente; que l'empereur Otton III a cite' les instituts daus deux de ses » chartes , et que Cbarlemague a permis aux Italiens de vivre U&9 » romand. »

ûoS CHRONOLOGIE HISTORIQUE

très places. Le roi , qu'on informe de ce ravage , accourt d'Averse , et trouvant que les ennemis assiègent la Frai la, il les attaque et les met en fuite après leur avoir tué quinze cents hommes, au nombre desquels était un consul. Ceux qui échappent se sauvent , emportant tout leur butin. Roger s'étant de là transporté à Bénévent , y investit, par l'étendard, son troisième fils f Anfuse ou Alfonse, de la principauté de Capoue, et déclare comte de Matera , son gendre Adam, il met ordre aux affaires de la Pouille, crée chevaliers, le jour de Noël, son fils aîné Roger, duc de Pouille , et son second fils Tancrède, prince de Bari, puis se rembarque l'an 1106, pour la Sicile. ( Saint-Marc. )

L'empereur Lothaire , étant passé , Tan 1 i3j t dans la Pouille, enlève à Roeer une partie de ce duché, dont Henri, duc de Bavière , aidé par les Pisans , par Robert , prince de Capoue f par Rainulfe, comte d'Alife , et par Sergius , duc de Nanles ? achève la conquête. Il ne reste plus à Roger que la ville de Salerne. Le 18 juillet , les confédérés commencent le siège de cette ville. Les assiégés se défendent vigoureusement : mais le pape et l'empereur, étant survenus , entament un traité avec les Salernitains , qui leur accordent l'entrée et la seigneurie de leur ville. La garnison se retire dans la citadelle, ou tour majeure , qui ne fut point prise , par la mésintelligence des confédérés. Le pape et l'empereur, après avoir passé la fête de l'Assomption à Salerne, se rendent à Avellino, où, dans le mois de septembre , ils investissent du duché de la Pouille , Rainulfe, comte d'Alife, qui avait montré le plus de valeur et d'intelligence dans cette guerre. On vit , dans la cérémonie , le pontife et l'empereur tenir chacun d une main l'étendard , seul expédient qu'on imagina pour conserver le droit que chacun prétendait avoir de donner cette investiture. (Otto Frising. , Chron. , 1. VII , c. 20. ) Le roi Roger était cependant en Sicile , occupé à rassembler des troupes, et attendant , pourrecouvrer ce qu'il avait perdu , le départ de l'empereur et de sa formidable armée , qu'il prévoyait sagement ne devoir pas être éloigné. Sa prévoyance ne fut pas vaine. Lothaire quitte la Pouille pour se rendre à Rome , et de là retourner en Allemagne. Roger aussitôt passe la mer avec son armée , et reprend Salerne, Capoue et plusieurs autres places, avec autant de facilité qu'elles lui avaient été enlevées. Sergius, duc de Naples, voyant cette révolution , ne tarda pas à venir lui demander pardon. Roger l'oblige à combattre sous ses drapeaux. 11 n'en fut pas de même du nouveau duc de la Pouille. Résolu de mourir plutôt que de céder au roi , son ennemi , il compose, des troupes que l'empereur lui avaient bissées et de celles

Dts *ôï* ta sictLË. 369

du pays , «me armée considérable , avec laquelle il va camper en présence de Roger. Saint Bernard s'entremet pour taire là f>aix entre les deux princes : il échoue dans sa négociation et ae retire. La bataille se livre près de Ragnano, le 3o octobre , secundo, àit stantis mensù octôkrts. Roger est battu , et ne doit son salât qu'à la vitesse de son cheval. Rainulfe profite de sà victoire pour s'emparer de diverses places. Le roi de Sicile 9 étant revenu, Tannée suivante , avec de nouvelles forces, arrêté les progrès de Riinulfe , et rentre dans une partie des places dont il s'était rendu maître. L'an ii3o,, après la mort de Rainulfe, arrivée le 3o a\ T ril , le roi Roger, et son fils Roger , qu'il avait fait duc de la Pouillé , s'étant mis en campagne , chacun à la tête d'une armée, continuent de soumettre les villeî rebelles, et échouent det'ant quelques-unes. Le pape Innocent, qui avait excommunié le père au concile de Latran, s'étant rendu, avec quelques troupes à San-Germano, le roi de Sipile s'approche de lui à soft invitation, et lui envoie des ambassadeurs p<fjr traiter de la paix. On négocie là-dessus pendant huit jours. Mais comme Innocent voulait absolument qu'on rétablît le prince Robert dans Capoue , et que le roi se refusait absolument à cette demande, on se sépara sans rien conclure, et les hostilités recommencèrent. Le pape , ne se voyant pas en sûreté à San-Germano , sort de cette ville po:ir se retirer en un lieu plus sûr ; mais il tombe avec sa suite, le 21 (d'autres disent le 10) juillet 1 i3i) , dans une embuscade que le jeune duc Roger lui avait tendue. Ses troupes sont battues et cherchent leur saint dans la faite. Le pape, fait prisonnier, se voit exposé au mépris et aux railleries du soldat vainqueur. On le conduisit au roi avec Aimeri, son chancelier, un grand nombre de cardinaux et d'autres personnes de marque. Ses riches équipages furent pillés, et sa caisse militaire , bien fournie , ne fut point épargnée ; en tin mot le seul Robert , prince de Capoue , eut le bonheur d'échapper en fuyant. « Voilà , dît Giaùnone , à quelles fâ- » cheuses situations les papes se sont exposés toutes les fois » qu'ifs ont voulu prendre les armes contre nos princes ; et tel » est le fruit amer qu'ils ont toujours retiré, lorsque, sortant » de leur place , ils ont voulu , comme princes du monde, se » donner en spectacle à la tête des armées, se couvrir d'un » caserne au lieu d'une tiare , et endosser la cuirasse en place

» de l étole et du rochet Les Normands, maîtres de la per-

» sonne d'Innocent, ne se montrèrent pas moins religieux en- » vers le saint siège qu'ils le furent lorsqu'ils arrêtèrent le pape » Léon IX. Roger eût pu se prévaloir des droits que donne la » victoire, et traiter ce pape en prisonnier, ainsi qu'il l'aurait m fait àr l'égard de tout .prince sécolier; mais ne connaissant XVIII. a;

SXO CHRONOLOGIE HISTORIQUE

» point la subtile distinction de deux personnages dans un mém6 » pape, il ne considéra dans Innocent que la qualité de vicaire » de Jésus-Christ, lui rendit et lui fit rendre tous les honneurs » dus à ce sublime rang , et lui envoya des ambassadeurs pour » lui demander pardon et le supplier de se réconcilier avec lui. » Innocent , plus touché de la générosité de Roger que de l'état m où il se trouvait, entre avec empressement, de son côté, » dans les mêmes dispositions. Au .bout de quatre jours ( le » 25 juillet, fête de saint Jacques), la paix tut conclue près » de Bénévent. Le pape annula toutes les excommunications » lancées contre le roi Roger et ses adhérents. Ce prince et » son fils allèrent ensuite se mettre à ses pieds et le reconnaître » pour légitime pape ; lui prêtèrent serment de fidélité sur les » saints évangiles, tant pour lui que pour les pontifes romains, » ses successeurs, légitimement élus. Ils se reconnurent en j» même tems ses hommes liges; promirent de lui payer le cens » annuel de six cents schifati^ et de lui rendre Bénévent. Le » pape, en échange, remit dans les mains de Roger un éten- » dard, suivant la pratique de cestems-là, et l'investit ainsi » du royaume de Sicile , du duché de la Pouillc et de la prinw cipauté de Canoue ; le reconnut pour roi et lui confirma tous » les honneurs Jus à ce rang. » il n'est point parlé, dans la bulle expédiée à ce sujet, du duché de Naples , quoique le pape Honorius 11 en eût donné l'investiture à Roger. Ce prince accompagne Innocenta Bénévent, où les Napolitains viennent se soumettre au premier, et lui demander pour duc son fils Alfonse; ce qui leur est accordé. Roger , après cela , prend congé du pape , et conduit son armée vers Troja , ville rebelle de ce qu'on a nommée la Capitanate , dont les habitants ne tardèrent pas à se rendre. Mais ceux-ci l'ayant supplié d'entrer dans la ville, il répond qu'il n'y mettra pas les pieds tant que le traître (c'est ainsi qu'il qualiûait Rainulfe, leur feu duc,) restera

Sarmi eux. Ce fut donc une nécessité bien cruelle pour eux de é terrer le cadavre infect de Rainulfe , qu'ils regrettaient pour la plupart : mais quelques-uns de ses ennemis, l'ayant attaché avec une corde par le cou, le traînèrent par les rues, après quoi ils le jetèrent dans les fossés ; vengeance horrible , dit Muratori , détestée de tout le monde , et du jeune duc Roger lui-même, qui , étant venu trouver le roi, son père, obtint y à force de prières, la permission de faire accorder la sépulture à Rainulfe. Ce monarque, cependant, après cela, n'entra point dans Troja ; mais il conduisit son armée , au mois d'août, devant Bari , dans le dessein d'assiéger cette place et de la détruire après s'en être rendu maître. Le pape Innocent, plaignant le sort des habitants , leur envoya 1 évêque d Ostie pour

les exhorter à céder à la force, plutôt que de s'exposer à orr châtiment rigoureux. Mais , loin d'écouter ce prélat , ils lut refusèrent l'entrée de leur ville, bien résolus de se défendre jusqu'à L'extrémité. Le pape, alors, s'achemina vers Home, où il lit son entrée après le a septembre. Il y fut reçu avec de grandes démonstrations de joie, au milieu desquelles les Romains tentèrent de l'engager à rompre le traité de paix qu'il avait fait avec le roi Roger, comme ayant été extorqué par la violence,' Mais le sage pontife , après l'épreuve qu'il avait faite de leur valeur, dans sa dernière dérouie, se refusa entièrement à leurs conseils.

Le roi Roger continuait cependant avec ardeur le siège de Bari. Les tours de bois et les pierriers qu'il employa pour battre la place, détruisirent une grande partie de ses mois et de ses fortifications, avec un grand nombre de ses palais. A ce désastre se joignit la famine , qui mit le comble à la désolation ; la disette des vivres devint si grande, qu'on s'y vit réduit à se contenter d'un peu de pain , et à manger de la chair de cheval. Enfin, la place n'étant plus tenable, il fallut penser 4 la rendre. Le roi se montra moins difficile sur les articles de la capitulation qu'on aurait dû l'espérer. La tranquillité' paraissait rétablie dans la ville , lorsqu'un soldat de Roger vint se présentera lui, demandant justice contre Hiacinle, prince de Bari , pour lui avoir fait crever un œil. Cette plainte mit en fureur le roi, qui ayant- déclaré la capitulation rompue,, nomma des juges de Troja , de Trani et de Bari , pour instruire le procès d'tiiacinte. D'après le jugement qui fut rendu , le roi fit pendre Hiacinte avec dix de ses conseillers, crever les yeux à dix autres, et, outre cela, fit emprisonner et dépouiller de leurs biens, plusieurs des meilleurs citoyens. Si c'est avec justice et de bonne foi, dit Muratori, Dieu le sait. Gela fait , le roi Roger passa , sur la fin d'octobre , à Salerne , et, pendant le séjour qu'il y fit, U rendit plusieurs sentences de confiscation et de bannissement contre ceux qui avaient pris les armes contre lui , après quoi il s'embarqua , le 5 novembre, pour Païenne.

L'an i»44» le pape Lucius II fait, avec Roger , un traité par lequel il lui permet de porter la verge , l'anneau , la dalraatique , la mître , et les sandales , qui sont les marques de la dignité et du pouvoir ecclésiastique. ( Oilo Frising. ) Cette grâce doit être regardée comme une confirmation du droit de légation accordé au père de ce prince , par le pape Urbain 11.

Roger, Tan 1x46 , tourne ses armes contre Manuel , empereur dis Grecs, qui répétait la Sicile, la Fouille, la Calabre et la principauté de Capoue, comme des usurpations faites

s.ur l'emoire d'Orient. Les généraux de Boger prennent Corfar, pillent Céphalonie, le Négrepont , Corintbe, Athènes, et s'en reviennent chargés dun immense butin. Mais la meilleure proie qu'ils en rapportent, ce fut un grand nombre d'ouvriers en soie , que Roger accueillit favorablement , et avec le secours desquels il établit des manufactures d'étoffes de saie en Sicile, OÙ elles n'étaient point connues non plus que dans les autres pays, excepté la Grèce et l'Espagne. (Busching met en n3o, çette expédition de ftoger , après son retour, dit -il, de la Terre-Sainte, où il n'alla jamais. ) Koger, incapable de repos et toujours avide de conquêtes, envoya, Tannée suivante y une flotte, sous la conduite du général Georges, contre Tripoli d'Afrique, le nid des corsaires. JUa ville est prise, et un grand nombre de ses habitants sont faits prisonniers pour être amenés en Sicile. Vers le même tems , il publie une constitution , portaut que toutes les églises de son royaume, et particulièrement les églises vacantes, sont en sa main et sous sa protection : Ornnes Mrc/esias regpi nostri % et spécialiser ipsas quœ pastçribus caretit , in manu et protecUone n&slra tkabemus.

L'empereur Manuel avait toujours à cœur la perte de Corfou et des autres places que Roger lui .avait enlevées. Ligué avec la république de Venise, il en obtint une (lotte considérable, qui , s étant jointe à la sienne, vint se présenter devant Corfou, dont il entreprit le siège en personne, Tan 1 1 49- -Georges, ainir.il de, Sicile , envoyé par Roger au secours de rite , ne se sentant pas assez fort avec soixante- dix vaisseaux qu'il avait , pour combattre la Motte grecque qui couvrait tonte la mer , va mettre le feu aux faubourgs de Constautiuople. Il lire une flèche enflammée contre le palais de L'empereur pour loi insulter , et emporte des fruits <k ses jardins. ( Chr. mss. Hibl. S. Oerm. n°. 444* ) En cenenant , il rencontre une partie de la flotte de Manuel, qui emmenait k#oi de France, Louis le Jeune, , qu'elle avait pris avec ses vaisseaux sur les c4tes d'Asie, comme ij retournait de son expédition de la 'lerre- Sainte. U food sur les Grecs,, les bat, et délivre le monarque. Que les historiens français modernes , dit Muraiori „ dissimulent cette aventure d'un de leurs rois , cela peut passer ; mais qu'ils osent la nier formelle me ni , c'est ce dont je me vois pas de raisons suffisantes , puisque nous avons d'anciens historiens d'un crédit assez grandi pour la garantir. Louis fut amené dans la Basilicate, à- Pontcnza , où était le roi Uoger, qui lui lit. un magnifique accueil, et lui donna une escorte pour le conduire jusque sur les frontières de ses états. Cependant , Manuel pressait si vivement le siège de, Coribu , qu'il obligea le gouverneur à. capiudec Ce=L of licier, craignant 1»

HE8 ROIS DE SICILE. 2lâ

ressentiment Je Roger, se donna aux Grecs, et ne voulut plus retourner en Sicile. Le dessein de Manuel , après s'être rendu maître de.Çorfou, était daller attaquer la Sicile. Mais une violente tempête qui submergea une partie de ses vaisseaux , jointe aux approches de l'hiver, l'obligea de renoncera cette entreprise. Kogcr avait toujours l'œil sur l'Afrique. L'an 1 102, il profite des dissensions qui s'étaient élevées entre les rois de ce pays, pour y faire de nouvelles conquêtes. Il en tit effectivement quelques-unes ; mais la mort ne lui donna pas le loisir de les pousser aussi loin qu'il se le proposait. L'an 1 1 i r , il ûuil ses jvvurs, suivant l'opinion la plus vraisemblable, le 26 février, à l'âge de cinquante-huit ans; prince illustre par une infinité de grandes actions: il était, dit Muratori, dune haute stature , avait le corps bien fourni et le visage terrible, comme un lion; il était sage, prudent, rusé; plus enclin à l'épargne qu'à la dépense ; fier en public , doux et affable dans le particulier; libéral envers ceux qui le servaient fidèlement ; sévère jusqu'à la cruauté à l'égard de ceux qui lui manquaient de fidélité; plus craint de ses sujets qu'il n'en était aimé. Il avait fait graver ce vers sur son épée et sur son sceau :

A palus et Calaber, Siculas mi lu servit et Afer.

Ce prince fut inhume dans la cathédrale de Palerme , où Pon voit cette épitaphe gravée sur son tombeau, composée vers la fin du seizième siècle, ainsi que celles des rois suivants tte Sicile, par le chanoine Parcito :

Si fus fus ho mines , si régna et stcmmntu ludunt ,

Kon icgum et recti sic norma Rogcrius èstis.

Est lusus rcùus corroie a engnomine natu.t „ M ,

VUtuturn hic splcndorsiius est, diademaaue regum.

YixUaan. 5ç>, regni *4; obiit m 54.

(Ces vers n'ont ai correction ni clarW; )

Roger aimait les sciences et protégeait les savants. Sbérit Aldrisi , mahoméfan , avait fabriqué pour lui un globe terrestre d'argent , du pouls de huit cents marcs, sup lequel il avait grave tous les pays connus pour lors. Roger avait eu successivement trois K'imnes; i°. l'an 1120, AlBEIUIî, fille, non pas d'Afonse VI , roi de Cas tille et de Léon , comme l'avancent des modernes sans fondement, mais de Pierre de Léon, père de l'antipape Anaclct , ainsi que l'atteste, pag. 8q8 , Orderic Vital (elle mourut le .S février et fu *

et fut inhumée à Païenne); 3". StliYi.LK, hlle de Hugues II, duc de Bourgogne; 3fc l'an u 5i , BÉvrtux., fille de Guithier , comte de Uëthel

il 4 CHIUWÔLOGÏH HISTORIQUE

en Champagne. Du premier lit, il eut Roger, duc de la Pouiîle^ mort en 1 149 ; Tancrède , décédé avant 1 144 î Anfuse ou AIfonse, fait par son père, prince de Capoue en n35, duc de Naples en 1189, et mort le 10 octobre 11 54» Guillaume, ' qui suit ; Henri , mort enfant. Du deuxième lit , sortit Constance, femme de l'empereur Henri VI ; le troisième lit fut stérile. Le roi Roger eut de plus trois bâtards, un 61s et deux filles. Le fils, nommé Simon, eut, par le testament de son père, la principauté de Tarentc, que le roi Guillaume lui retira pour lui donner en échange le comté de Policastro. Clémence, l'aînée des filles, épousa Hugues, comte de Molise ; la seconde fut mariée avec Henri , frère naturel de Marguerite t femme du roi Guillaume 1. (Burigni. )

Les diplômes du roi Roger sont datés des années du monde, suivant 1ère de Constantinople. Celui qu*il donna, l'an u3o t finit ainsi : E*yç*Ç>* o r? «■«p* rv xçt/jcvç tjftZr iroXti Mirnrry /**ri JAttte» ho) 9. if tS f7/K**» T F«yi#i«r i* Xptrf* t£ 0i*> ivrt feff , xttfjcttos Tn\ <ë rSf Xçtf}t*rmt fiotjêôri Scriptum a potentiel nostra in urhe Messana , mense Muio , indicU VIII , anno 6638. -J- Roge~ rius* in Christo Domino pius, potens rex , et Christianorum adjutor. On voit aussi par là que Roger prenait le titre de roi avant de l'avoir reçu d'Anaclet.

L'indépendance avec laquelle Roger se comportait envers la cour de Rome, ne lui permit pas cependant de donner atteinte à l'usage très-ancien ou étaient les papes d'obliger les évêques élus en Sicile, de se rendre à Rome pour y recevoir la consécration de leurs mains ; usage qui s'est toujours maintenu chez les rois normands. Ce fut sous le règne de ce prince que des marchands siciliens apportèrent de l'Asie des cannes à sucre , qu'ils plantèrent dans leur pays. Elles y réussirent et s'y multiplièrent. De là le sucre fut transplanté dans les provinces méridionales de l'Espagne , d'où l'on en porta aux Canaries , aux îles de Madère, et enGn dans le Nouveau-Monde. (Robertson, Vie de Charles-Quint , Introd. p. 3i5 , in -4". )

GUILLAUME I , dit LE MAUVAIS.

11 54. Guillaume I, fils du roi Roger et d'Albérie, déclaré duc de Naples et prince de Capoue, en 1 1 44 ? après la mort d'Alfonse , son frère , associé à son père dans la royauté , et cburonné à Palerme depuis deux ans et dix mois, lui succède dans tous ses états. Mais le pape Adrien IV refuse de le reconnaître pour roi , et ne lui donne que la qualité de seigneur ' de Sicile dans ses lettres, Ouillaume s'en offense, et chasse

le légat Henri que le pape lui avait envoyé. Adrien j pour se venger , excite l'empereur Frédéric 1 à porter la guerre dans la Fouille , et engage lès mécontents et les exilés à prendre les armes contre Guillaume. Robert de Lorotello , cousin de Guillaume, se met à leur tête. Us traitent avec Manuel Cornnène, empereur des Grecs. Ce prince leur envoie de l'argent, et fait partir, sous la conduite de Jean l'Ange, une (lotte qui s'empare de Blindes et de la plupart des autres places maritimes , tandis que Robert , prince dépouillé de Capoue , rentre dans ses états , et que les autres conjurés s'emparent des villes et des châteaux qui sont à leur bienséance. Guillaume se trouve réduit, en n55, à Salerne, Troja, Naples, Melfe, Amalfi, Sorrento et quelques autres places. Le 27 septembre de la même année , le pape s'étant transporté à San-Germano pour animer la révolte, y reçoit les hommages et le serment de fidélité des barons. Guillaume, durant cet orage, restait en Sicile, retenu par une maladie, d'autres disent par Maron, son amiral , qui s'entendait avec les rebelles. 11 passe enfin la mer en 11 56, avec une puissante armée , remporte une grande victoire , au mois de mai , sur les Grecs et les barons , punit sévèrement ceux de ces derniers qui tombent entre ses mains , et fait rentrer en peu de tems toute la Pouille sous son obéissance. Le pape alors lui fait demander la paix. Elle est conclue à Bénévent dans le mois de juin de fa même année , après de vifs débats sur les conditions. Guillaume reçoit ensuite du pape l 1 investiture de ses 'états, en s'obligeant £ lui faire hommage et à lui payer un cens annuel.

Une (lotte* nouvelle que l'empereur Manuel envoya , Tan 11 58, sur les côtes de Sicile, est battue avec une perte considérable , par Etienne , frère de l'amiral Maron. ( Ni ce tas , in tiist. ) Ce dernier , toujours gouvernant l'esprit du roi Guillaume , ne cessait d'irriter les Siciliens contre son maître et contre lui-même par l'atrocité de sa conduite. On conspire contre lui , et enfin il est tué , la veille de la Saint-Martin , par Mathieu Bonello , l'un des principaux barons. Guillaume, ouvrant les yeux sur la perfidie de son favori , laisse sa mort impunie. Mais , l'année suivante , Bonello , voyant Guillaume incapable de gouverner , forme une conjuration pour le déposer et mettre Roger, son fils, à sa place. Les conjurés enfoncent le palais, s'assurent de la personne de Guillaume, et proclament roi son fils. Mais le peuple s'étant partagé à ce sujet % ct le clergé s'étant déclaré pour Guillaume , ce prince est relâché. Son fils Roger reçut, dans cette émeute, un coup de (lèche dont il mourut quelque tems après. D'autres prétendent qu'un coup de pied que lui donna son père , en voyant qu'il était

2lS CHROÎÎOLOGÏÉ HISTORIQUE

f>roclamé roi , fut la cause de sa mort. Les conjurés , redoutant a vengeance de Guillaume , mettent toute l'île en combustion! Plusieurs d'entre eux passent dans la Pouitle , dont ils font loulever la plupart des villes.

L'an 1162 , Guillaume triomphe des conjurés et recouvré tout ce qu'ils lui avaient enlevé. Ce prince meurt do la dysen-* terie, l'an 11 66, le 7 mai , septimo die in/rantis mensù roa/7, dit Romuald de Salerne. La chronique du Mont-Cassin met sa mort aux ides , c'est-à-dire au i5 du même mois. On prétend qu'il n'était âgé que de quarante -six ans. Il avait épousé, l'an 1 i5o , Marguerite, fille de Garcie-Ramire , roi de Navarre ( morte le i er . janvier dont il laissa Guil-

laume, qui suit, et Henri, prince de Ca noue. La confiance aveugle de Guillaume ! en ses ministres et ses favoris , son avarice et sa cruauté , furent cause de toutes les révoltes qui s'élevèrent sous son régne , et ont rendu sa mémoire odieuse à la postérité. La reine, sa femme, craignant que, si Von annonçait subitement sa mort àux Palermitains , cette nouvelle n'oc* tasionât quelques mouvements dangereux, prit le parti de faire porter secrètement son corps dans l'intérieur du palais , et d'ordonner qu'on continuât d'agir comme s'il était encore vivant , jusqu'à l'arrivée des barons qui devaient assister au couronnement du nouveau roi. Ces ordres ayant été fidèlement exécutés , on publie , au b^ut de quelques jours , en mêmé tems , la mort du roi et l'avéneraent de son fils à la couronne : le corps fut ensuite porté, avec beaucoup 'de pompe, dans la chapelle de Saint-Pierre. On Iqi fit. pendant trois jours consé-* cutifs, de magnifiques funérailles , auxquelles assistèrent tous les barons et Tes prélats qui se trouvèrent à Païenne. Par là suite des teras i le corps fut transporté dans l'église de Montréal^ qui fut bâtie par les ordres du roi , son fils. La reine veuve lui érigea nn superbe tombeau de porphyre , qui subsiste en^ core , mais sans inscription.

GUILLAUME II, dit LE BON.

xi66. Cuil.LAtME II , successeur de Guillaume I, son père, est couronné, au mois de juillet , à l'âge de douze ans, par Romuald , archevêque de Salerne , le siège de Paterme étant vacant , et commence à" régner sous la régence de sa mère, la reine Marguerite. Cette régence fut orageuse par les cabales qui se formèrent à la cour et les séditions qu'elles excitèrent. La reine , pour maintenir son autorité , fit venir de France Etienne du Perche, son cousin , et Robert IV , comte de Meulent y fit le premier chancelier du royaume , ët le nomma

Des roi* dé sicitE, a 17

4 l'archevêché de Palerme. Etienne avait amené avec lui plusieurs français de mérite, et en attira d'autres, du nombre desquels étaient le fameux Pierre de Blois , nui fut précepteur du jeune roi , et Hugues Foucaut, qui fut dans la suite abbé «le Saint-Denis, en France. C'est le mfme que Hugues Faleand, auteur d'une élégante histoire des troubles arrivés en Sicile, de son tems, qui lui a mérité le surnom de Tacite de la Sicile. Les éditeurs de cette histoire , par une méprise facile , ont tous lu , dans le titre , FcUcandus pour Fulcaudus , parce que les diflérentes éditions ont toutes été faites d'après un seul et même manuscrit. (V. Pétri B/esens. y Ep.i 16, et G ail. Chr., t. VI 1, n. 382. ) La faveur et la confiance que la reine accordait aux étrangers, ne servit qu'à irriter la jalousie des Siciliens. Après avoir attenté plusieurs fois en secret à la vie d' retienne , ils en vinrent, l'an 1 169, à une sédition ouverte dans Palerme. Etienne, pour sauver sa vie , fut obligé de renoncer à ses dignités et d'abandonner la Sicile. 11 s'embarqua pour la Syrie , où il mourut peu de tems après. L'an 1172, Guillaume écrit à Henri 11 , roi d'Angleterre , une lettre de consolation sur la révolte de ses enfants , dont ce prince avait fait des plaintes à tous les souverains de l'Europe. ( Roger de Hoveden. ) L'an n83, le pape Lucius 111 érige en archevêché l'abbaye de Montréal en Sicile , que les Bénédictins continuent de desservir. La bulle d'érection a pour caractères chronologiques les no~ ties, 5 de février de l'an de l'Incarnation 1182 , indiction I : «nais cette indiction , appartenant a Tan 11 83, prouve que la bulle est datée selon le calcul florentin. Cette même année * la • reine Marguerite, veuve de Guillaume 1 et mère de Guillaume li , termina ses jours a Palerme; princesse d'une grande capacité, dont les conseils eussent fait le bonheur du royaume, s'ils eussent été suivis par son époux, comme le prouva la conduite qu'elle tint dans sa régence sous le règne de son (ils. Elle fut inhumée à Montréal, à côté de ses deux fils Roger et Henri. ( Giannone. )

Alexis, neveu de l'empereur Manuel , s'étant réfugié , l'an 1 185 , en Sicile pour se soustraire à la persécution d'Andronic, Guillaume, excité par ce prince fugitif, arme par terre -et par mer pour faire des courses sur l'empire des Grecs. 11 donne le commandement de sa flotte à Tancrède, son cousin , et nomme les comtes Ardouin et Richard pour commander les troupes de terre. L'armée s'embarque le 1 1 juin , surprend Durazzo , ( le 24 et non le a5 ) du même mois , Thessalonique , dans le mois d'août suivant , prend d'autres places dans la Grèct* , et marchait droit a Constant inople lorsqu'elle apprit la mort d'Andronic. Isaac l'Ange, son successeur, envoya prompteraent une

xv m.

JïlS CUIVONOLOGIE HISTORIQUE

flotte avec une armée de terre pour arrêter les progrès des Sici~ liens. Les deux armées, s'étant rencontrées dans un lieu nommé Démctrice , en vinrent aux mains le 7 novembre, et la victoire se déclara pour les Grecs. Isaac recouvra bientôt après tout ce qu'il avait perdu ; et la flotte sicilienne s'en revint couverte de confusion. L'an 1 189 , le roi Guillaume finit ses jours le 16 novembre, à l'âge de trente-six ans. Il avait épousé, le i'ô février 1177, Jeanne, fille de. Henri II, roi d'Angleterre, dont il eut , l'an 1 181 , un fils , qui mourut peu de tems après sa naissance. Sa veuve , après sa mort , se remaria à Raymond VI , comte de Toulouse. Guillaume II , dit Richard de San— Germano, était la sûreté de ses allies , la terreur de ses ennemis, le soutien de ses peuples, le refuge des pauvres et des misérables. Sous son règne , les lois et la justfcc étaient en vigueur; chacun vivait content de son sort , partout régnaient la paix et la tranquillité.

Sous le règne de ce prince , près de la Chamasena , et non loin de Palerme , l'évoque de Lucera fit la découverte d'une inscription chaldéenne gravée sur une table de marbre blanc, dont Fazello , dans son histoire de Sicile , pag. 206, 207 , fait mention. Voici ce qu'elle porte , suivant la traduction qui en fut faite par ordre du roi en latin et en italien : Il n'y a pas d 'autre Dieu qu 'un Dieu. Il n'y a pas d 'autre pouvoir que le sien. Il n'y a pas d 'autre conquérant que ce même Dieu que nous ado* rons. Le commandant de cette tour est Saphu,fils d 'Eliphar , fils d 'Esau\ frère de Jacob, jils d 'Isaac, fils d 'Abraham. Le nom de la tour est Buych , et le nom de la tour qui est tout près est Pharat. Le même évéque de Lucera dit qu'il avait trouvé au même lieu divers fragments d'inscriptions dans les mêmes caractères, qui prouvent que Chamasena a été fondée par desChaldéens dans les premiers âges du monde. Celle que nous, venons de rapporter est aujourd'hui placée sur une des portes de cette ville. {A tour through Sicily and Maltha by William Beckfard. , tom. II, pag. aia- 21 3.)

Page 1