‹ L'art de vérifier les dates ... t.118. L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monuments, depuis la naissance de NotreSeigneurChapitre 76 sur 132 · HENRI I · texte numérisé non relu

HENRI I

xiq4- Henri I, empereur, sixième du nom, est couronné roi de Sicile à Palerme , dans le mois d'octobre. Le 26 décembre suivant, l'impératrice Constance , sa femme , à l'âge d'environ quarante-huit ans, accouche le jour de saint Etienne à Jesi, dans lannarche d'Ancône, d'un fils nommé Frédéric. (Rich ardus à S. Germano.) Les écrivains allemands de ce tems mettent la naissance de ce prince en 1195, parce qu'ils commencent l'année à Noël. Henri manque aux belles promesses qu'il avait faites à ses nouveaux sujets , et leur retranche même les privilèges dont ils jouissaient sous ses prédécesseurs. Le jour Je Noè'l , il tient un parlement solennel du royaume à Palerme, dans lequel il fait lire des lettres (qu'on croit de son invention), contenant le récit d'une conjuration

de plusieurs barons du royaume formée contre lui. D'après cette lecture , il fait arrêter nombre de prélats , de comtes, de nobles et les fait emprisonner; il n'épargne pas même, dans cette proscription , la reine Sibylle et son fils Guillaume : bien différent du roi Tancrède , qui avait renvoyé la reine Constance à son époux après l'avoir faite prisonnière. Quelques-uns des barons arrêtés eurent les yeux crevés, d'autres furent pendus, d'autres brûlés vifs, et le reste fut conduit en Allemagne. Non content de faire éprouver sa fureur aux vivants , il l'exerça même sur les morts , en faisant ouvrir les sépulcres du roi Tancrède et de son fils Hoger pour leur arracher la couronne royale qu'ils avaient chacun sur leur tête. Les garants de ces horreurs sont Otton de Saint-Biaise, Jean de Ceccan , le pape Innocent III , dans une de ses lettres. Après avoir satisfait ainsi sa haine contre Tancrède et ses partisans, Henri passe en Pouille , où il tient un grand parlement des barons. Irène, veuve du jeune roi Roger, fils de Tancrède , se trouvait alors à la cour de Sicile. Philippe, frère de l'empereur, charmé de ses grâces, la jugeant propre a lui apporter des droits impor-» tants , comme fille d'un empereur grec , lui donna sa main du consentement de Henri , qui lui fit don alors du duché du Toscane et des biens de la comtesse Mathilde. Après la clôture du parlement, Henri envoie l'impératrice sa femme, en Sicile, et prend la route de l'Allemagne, emportant des richesses immenses qu'il avait tirées des misérables Siciliens et du palais royal de Païenne. Reperil , dit Arnould de Lu bec k (liv. II, c. 20), thesauros abscondùos et omnem lapidum prc-. tiosorum et gemmarum gloriam , ita ut , oneratis centum sexaginta somariis auro et argento , lapidibus pretiosis et vestibus sericis, gloriosè ad terram suam redienU Belle gloire , dit Muratori , acquise par tant de parjures, par tant d'ingratitudes et de barbarie, et accompagnée d'une haine incroyable qu'il laissait de sa personne en Sicile. Outre une quantité de barons qu'il emmenait prisonniers et divers otages qu'il avait tirés des différentes villes, entre lesquels était l'archevêque de Salerne, il traînait encore avec lui l'infortunée reine Sibylle et ses trois filles, qu'il relégua dans des monastères, et son fils Guillaume , qu'il fit enfermer dans une forteresse du pays des Grisons , sous bonne garde. Arrivé en Allemagne, l'an 1196, Henri fit crever les yeux à tous ces innocents otages , n'exceptant que l'arche- . vêque de Salerne. Tandis qu'il y était encore , il fut vivement sollicité par le pape Célestin 111 de porter du secours à la Terre-Sainte dont les besoins étaient pressants. Henri déféra d'autant plus volontiers aux semonces du pontife, qu'il espérait j)0nvpir employer les croisés allemands pour réduire à leur

passage les Siciliens oui s'étaient nouvellement soulevés. IL part lui-même vers la fin de juillet pour aller compléter sa vengeance en Sicile. Arrivé après les fêtes de Noël dans la Pouille, il se saisit des chefs des conjurés , fait attacher avec des clous une couronne sur la tête de celui qu'ils avaient élu pour roi, condamne les autres à divers supplices, et accorde une amnistie, en pleine diète , à la multitude. ( Arnold. Lubec. ) La même année ( 1 197 ), ce prince barbare meurt à Messine , le 28 septembre , suivant la plus commune opinion. L'abbé d'Usperg justifie l'impératrice Constance de l'accusation dont plusieurs la chargeaient d'avoir contribué à la mort de son mari. Muratori a publié (tom. III , Rerum i/a/.) , le testament de Henri VI. Ce prince y ordonne, i*\ que Frédéric, son fils, reconnaîtra tenir du pape en fief le royaume de Sicile , et qu'au défaut d'héritiers de sa femme et de son fils, ce royaume retournera au saint siège ; 2 P . que si le pape confirme à Frédéric, son fils , la dignité impériale, celui-ci lui restituera les terres allodiales de la comtesse Mathilde; 3°. qu'il recevra du seigneur pape le duché de Ravenne avec la marche d ? Ancône, lesquels, au cas que Frédéric meurt sans héritiers, seront réversibles à l'église romaine. La nouvelle de la mort de Henri remplit de joie ses sujets de Sicile et d'Italie, qui lui avaient donné le surnom de Cyclope. Le pape prit lui-même part à l'allégresse commune , suivant Jean de Ceccan :

Omni a eu m papa gaudent de morte tyranni.

Mors necat , et candi gaudent de morte sepulti , y/pu /us f et Calabér , Siculus Tuscusque , Ligurque.

( Chron. Fosre-nov». ) FRÉDÉRIC,

1197. Frédéric, appelé d'abord Frédéric-Roger, fils de l'empereur Henri VI et de l'impératrice Constance, succède à • 6on père dans le royaume de Sicile et ses dépendances , dans sa troisième année, sous la tutelle de sa mère. Le pape Célestin III, lorsqu'on lui demanda l'investiture , fit des difficultés qui ne purent être aplanies que par dixmarcs d'argent qu'on lui donna, et autant aux cardinaux; encore obligea-t-on l'impératrice d'affirmer, avec serment, que Frédéric était né d'elle et de Henri VI , parce que les soupçons qu'on ayait eus sur sa naissance avaient obtenu quelque créance à Rome. Le 27 novembre (et non pas le 5 décembre, comme le marque Giannone), 1198, cette princesse meurt à Palerme, après avoir nommé, par son testament, le pape Innocent 111 régent du royaume,

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pendant la minorité de son iils (1). L'éducation de Frédéric est confiée à. L'archevêque de Païenne. La reine Sibylle, veuve de Tancrède, s'échappe de sa prison d'Allemagne avec ses filles, et passe en France. Ce fut là qu'elle maria l'aînée, nommée Alberie ou Albitiie, à Gautier de Brienne, frère de Jean de Brienne, roi de Jérusalem. Jean de Ceccan dit que le prince, son fils, était mort alors; ce qui est douteux, attendu qu'Otton de Saint-Biaise raconte que ce prince, ayant été fait eunuque et renfermé dans un château du pays des Grisons par Henri VI , parvint à l'âge viril. Marcuald ou Marquard, duc de la Romagne, que l'impératrice avait obligé de sortir du royaume de Sicile avec tous les Allemands, y rentre après la mort de cette princesse* et dispute au pape la qualité de régent. Innocent III l'excommunie, et fait marcher des troupes contre lui, sous le commandement de Gautier de Brienne. Marcuald fait des progrès en Pouille , et de là passe en Sicile , où il fait la conquête de plusieurs places avec une facilité qui l'enhardit à former le siège de Palerme. Mais il trouva les assiégés trèsdéterminés à se bien défendre. Le pape Innocent 111 avait déjà fait passer en Sicile le maréchal Jacques , son cousin , avec le cardinal de Saint- Laurent, à la tête de deux cents chevaux

Sour défendre cette île. Le secours étant arrivé heureusement à Lessine, fut renforcé par tous les gens de guerre qui étaient attachés au parti de Frédéric. Cette armée se croyant en force pour attaquer celle qui assiégeait Palerme , s'avança vers la place. Le rusé Marcuald , voyant approcher l'ennemi , commença à faire des propositions pour la paix , et fut sur le point de la conclure. Mais en observant ensuite que le pape avait absolument défendu d'en venir à aucun accord avec un homme qui avait si évidemment tant de fois manqué à sa parole , on prît la résolution d'en venir à une bataille. Elle se donna au mois de juillet de l'an 1200, dans la plaine qui sépare Montréal de Palerme, et finit par la défaite entière de Marcuald, qui perdit dans l'action un grand nombre des siens avec ses équipages, où l'on retrouva le testament de l'empereur Henri VI. Le comte Gentil étant ensuite sorti de Palerme avec sa garnison , tomba

(1) Cette princesse fut inhumée dans l' église de Palerme , sous un tombeau de porphyre, à côte de celui de son mari. Si l'on s*en rapporte à son épitapfie , elle avait été religieuse, et, long-tems après ses vœux , dans un âge avancé , elle avait épousé l'empereur Henri : mais il est à remarquer , d'après Baronius , que cette inscription est l'ouvrage d'un chanoine de Palerme , nommé Roger Paruta , qui vivait long-tems après Constance , et ce chanoine était mal instruit de co .qui concernait cette princesse.

sur un corps de cinq cents pisans, posté dans la montagne voisine, dont il fit un grand massacre. (Richardi de S. Germa no, Chron.) Mais cette grande victoire ne procura point à la Sicile les avantages qu'elle semblait promettre. Marcuald eut l'adresse de rentrer en faveur à la cour de Palerme, en s'unissant à Gautier, nouvel archevêque de cette ville et grand chancelier de Sicile. Gautier, comte de Brienne, frère de Jean de Brienne, qui fut roi de Jérusalem, arriva deFrance, dans ces entrefaites, à Home, avec son épouse Alberie, fille aînée du roiTancrède, et Sibylle, mère de cette princesse, qui s'étaient échappées des prisons où elles étaient détenues en Allemagne. L'objet de son voyage était de réclamer, au nom de sa femme , le comté de Leccé et la principauté de Tarente , qui avaient été promis a sa belle-mère par l'empereur Henri VI , lorsqu'elle se rendit à lui. Innocent III lui fit un favorable accueil, ravi d'avoir, dans sa dépendance, un personnage de ce rang et de ce mérite, non-seulement pour l'opposer aux officiers teutoniques qui mal- menaient la Sicile et la Fouille , mais encore pour le faire monter plus haut qu'il ne comptait , au cas que Frédéric vînt à mourir dans son enfance. Le pape s'engagea donc à le mettre en possession des domaines qu'il répétait, après lui avoir fait promettre qu'il ne demanderait rien au-delà, et qu'il emploierait sa valeur à faire la guerre aux ennemis de Frédéric. Gautier, après cela , retourne en France, d'où il amène quelques troupes en petit nombre, mais bien choisies, avec lesquelles on le vit promptement reparaître à Rome. De là, il les conduit dans la terre de Labour, où il livre bataille au comte Diépold, près de Capoue, et le met en déroute, au grand étonnement des Capouans qui sortent de leurs murs pour piller le camp des Allemands. Il aide ensuite ie comte de Celano à faire la conquête du comté de Molise ; après quoi, étant passé dans la Pouille, il s'empare du château de Leccé et de plusieurs places de la principauté de Tarente.

Tandis que les armes du comte de Brienne prospéraient en deçà du Phare, le crédit de Marcuald allait toujours en croissant à la cour de Palerme. Il y devint si puissant , que toute la Sicile était en son pouvoir, a l'exception de Messine et d'art petit nombre d'autres places. Mais sa bonne fortune ne fut pas ♦ de longue durée. Etant attaqué de la pierre, il voulut subir l opération de la taille , oui n'était encore guère connue alors qu'en Italie (elle le fut bien plus tard en France ) : mais l'onëîration ayant été mal faite, il y succomba l'an 1201. [rtta Innocent III , n. 3a. )

Gautier de Brienne, l'an iao4* s'étant ligué avec Jacques, comte de Tricarico, et Hoger, comte de Chieti, fit la conquête de Terracine. Mais le comte Diépold étant veiui

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p?u de tems après l'assiéger dans cette place avec. lès Sakrnitains, il y reçut, dans une sortie, un coup de flèche qui lui fit perdre un œil. Les deux comtes qu'on vient de nommer vinrent cependant à bout de le tirer des mains de l'ennemi. C'est ce que raconte Richard de San-Germano, lequel ajoute que ce même Diépold fut ignominieusement chassé de Salerne par ces mêmes comtes. Gautier de Brienne portait la valeur jusqu'à la témérité. On lui avait souvent conseillé de se tenir plus sur ses gardes pour éviter la surprise. Sa réponse, dit Muratori , était celle d'un gascon. Des Allemands, disait-il, bien armés n'oseraient attaquer des Français sans armes, Diépold lui prouva bien le contraire. L'an i2o5, comme Gautier le tenait assiégé dans un château sur le Sarno r il vient d'un grand matin lui rendre une visite qui n'était pas celle d'un ami ; et l'ayant trouvé au lit avec ses gens, il en fil un grand carnage. Gautier, couvert de blessures, fui amené prisonnier dans la place, où peu de jours après il mourut. {Anna/es d'Italie, tom. VU, pag. 122-123.)

L'an I2i5, Frédéric, couronné roi de Germanie pour la seconde fois, fait proclamer roi de Sicile Henri , son fils. 11 reçoit lui-même la couronne impériale à Rome, le 22 novembre 1220.

Jean de Brienne, roi de Jérusalem ♦ étant' venu, l'an i22.3 t en Italie, l'empereur Frédéric 11 épouse, ou plutôt fiance, Yolande, sa fille, dans une grande assemblée convoquée, de concert avec lui par le pape Honoré III , a Ferrentino, dans la campagne de Rome. L'objet de cette alliance, qui fut consommée l'an 1225, à Brindcs, était d'acquérir, à Frédéric, dea droits sur le royaume de son beau-père. Et en effet, on le voit, dès cette même année 1225, ajouter à ses titres celui de roi de Jérusalem, et envoyer ses officiers prendre possession de cet état , dont la plus grande partie était entre les mains des Sarrasins. Cette entreprise se lit en dépit de Jean de Brienne, qui trouva fort mauvais que son gendre l'eût ainsi dépossédé. La concorde fut ainsi rompue entre Frédéric et son beau-père , qui dès-lors n'oublia rien pour lui nuire. Le pape Honoré 111 ^'intéressa vainement auprès de l'empereur, pour l'engager à 's'accommoder avec un prince dont l'alliance lui faisait honneur par ses talents, sa valeur et ses vertus. L'ambitieux et intéressé Frédéric ferma l'oreille à toutes les semonces du pontife, qui, touché de compassion pour le roi dépouillé, lui donna le gouverna** ment de plusieurs terres de l'église romaine , dont Raynaldi donne le dénombrement. C'était le pays qui embrassait Aqua— peiidente, Monteco, Montalle, Civita - Vecchia, Corneto f XVIII. 29

a2 6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Perugîa # Orvîelto ? Todi, Bagnarea, Viterbe, Narni , Toscanella, Orta, Amelia et quelques autres terres et cités.

L'an 1229* tandis que Frédéric est à la Terre-Sainte , Jean tle Brienne, avec les troupes que Grégoire IX lui fournit t entre au mois de mars dans la Fouille, où il fait la conquête de plusieurs places; de-là, il arrive à Gaëte , qu'il oblige à lui ouvrir ses portes , et dont il rase le château que Frédéric avait nouvellement fait élever à grands frais. Mais Frédéric, arrivé la même année en Pouille , reprit à peu près tout ce que son beau-nère lui avait enlevé. Les hostilités, tantôt ouvertes, tantôt sourdes, continuent entre le pontife et l empereur. Grégoire soulève contre Frédéric les villes de Lombardie; et l'an i23o, f il renouvelle, le 2+ mars, l'excommunication dont il l'avait frappé dix ans auparavant. Ce fut alors qu'il ordonna d'ajouter, à la fin de chaque heure canoniale, l'antienne sahe Htfiina, comme il se pratique encore aujourd'hui suivant le rit romain, pour attirer la protection de la mère de Dieu sur le saint siège t contre Frédéric. (Sponde.) Ce prince mourut de la dysenterie, lé i3 décembre 12.S0, à Castello di Fiorentino, dans la Capitanate. (Voyez Frédéric //, empereur.) « On croit assez géné- » ralement , dit M. Pfeffel, que la boussole était déjà connue » du tems de Frédéric II, et que ce prince profita de cette » découverte pour envoyer des vaisseaux jusqu'aux Indes. Il 1» serait difficile, ajoute-t-il , de déterminer précisément les » lieux que ces vaisseaux napolitains ont fréquentés : tout ce a» qu'on sait, c'est qu'ils faisaient des voyages de très-longs » cours , et qu'ils revenaient au bout de deux ou trois ans » d'absence, avec des cargaisons inestimables en or et en mar- » chandises du plus haut prix. De-là vinrent à Frédéric 11 des » richesses immenses qu'il prodigua dans ses guerres , et dont t> il disposa par son testament »».

Frédéric avait fait rédiger en ordre, par son chancelier Pierre des Vignes, les constitutions du royaume de Sicile, et en avait ajouté de très-sages à celles des pnnces normands. Naples lui fut redevable d'une partie de sa grandeur. Il y fonda une université, où il rassembla les étudiants de ses états. 11 rendit fameuse l'école de Salerne pour la médecine.

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