JACQUES
1285. Jacques, second fils de Pierre , prend le litre de roi de Sicile après la mort de son père, qui Je son vivant l'avait fait reconnaître héritier du royaume. 11 est couronné le 2 février 1286, à Palerme., dans une assemblée des états du pays. Le 3 mai suivant, il est excommunié, pour la seconde fois, par le pape Honoré IV, avec les rvêques qui lavaient couronné.
L'an 1289, Jacques, mécontent dû traité fait Tannée précédente entre le roi Alfonse , son frère, et le roi d'Angleterre, pour la délivrance de Clïarles U , son rival , prend les armes pour faire valoir ses prétentions lésées. Etant venu à Reggio dans la Calabre , le i5 mai, avec son armée navale , il se rendit maître , à laide de Roger de Loria , son amirante , Je plusieurs
places de cette province , et l'eût conquise toute entière sans le comte d'Artois , qui accourut , avec des troupes bien aguerries, pour arrêter le progrès de ses armes. Villani ( liv. VII , c. i33 ) dit que ce comte , ayant assiégé Cantazaro, mit en déroute les troupes que Loria avait envoyées au secours de la place, et fit prisonnier sur elles deux cents cavaliers catalans. Jacques s'étant ensuite embarqué , vint se présenter devant Gaëte , sur la promesse que les habitants lui avaient faite de se donner à lui dès qu'il paraîtrait. Mais s'étant amusé dans sa course à visiter les îles de Procida, de Capaci , d'Ischia , il trouva à son arrivée les esprits des Gaëtans cnangés à son égard. Voulant emporter de force ce qu'il ne pouvait obtenir de gré , il mit le siège devant la place. Mais elle fut vaillamment défendue par le roi Charles et le comte d'Avellino, qui, peu de jours après, virent arriver à leurs secours le comte d'Artois avec une nombreuse armée rassemblée dans la Pouille et dans les états de l'église. Celui qui avait formé le siège se vit assiégé lui-même par des troupes d'autant plus animées , qu'elles croyaient mériter, dans cette guerre , l'indulgence de la croisade. Cependant Gaè'te, à la longue, semblait devoir tomber au pouvoir des Siciliens, si le roi d'Angleterre n'eût interposé sa médiation auprès du pape Nicolas IV, pour l'engager à ménager une trêve entre les deux puissancestoelligérantes.Un cardinal-légat,envoyé par ce pontife, réussit à leur faire conclure une trêve de deux ans , sans y comprendre néanmoins la Calabre. Le roi Charles fut le premier à décamper , et deux jours après , le roi Jacques s'embarqua , le 3o août 1289 , pour Messine. Celle trêve déplut fort au comte d'Artois et aux barons français , qui reprirent , fort indignés , la route de France.
Enfin, l'an 1291 , la paix fut conclue entre Alfonse , roi d'Aragon , et le roi Charles , à Aix en Provence , avec l'assistance de deux cardinaux-légats et des ambassadeurs d'Aragon. Par la capitulation telle que la rapporte Barthélemi de Ncocastro, il fut arrêté que toute guerre de la part des rois de France et de Naples contre l'Aragon cesserait , et que les otages, donnés par la dernière trêve, seraient rendus; que Charles de Valois renoncerait à toutes ses prétentions au royaume d'Aragon ; qu'Alfonse ne donnerait aucun secours direct ni indirect à la Sicile. Et pour obtenir du comte de Valois la renonciation qu'on lui demandait , le roi Charles lui donna en mariage sa fille Marguerite avec les comtés d'Anjou et du Maine pour sa dot. Mais la mort du roi Alfonse , arrivée le 18 juin 1291 , fit évanouir ce traité. A la nouvelle de cet événement, le roi de Sicile quitta la Calabre où il faisait des conquêtes, et se rendit a Messine, d'où il fit voile pour la Catalogne , après avoir nom XV1U. à*
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Â5o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
son vicaire en Sicile, Frédéric, son frère puîné, avec la reine Constance , sa mère.
Jacques , successeur d'Alfonse , son frère , au royaume d'Aragon , pour avoir la paix avec les rois de France et de Naples, consent, Tan 1295 , à céder ses droits sur la Sicile à Charles de Valois, et à prendre pour épouse , Blanche , fille de ce prince, quoiqu'il fût déjà fiancé à la fille du roi de Castille. La nouvelle de cet accord étant parvenue en Sicile , y répandit la consternation. La reine Constance et Frédéric , son fils , envoyèrent des ambassadeurs au roi Jacques, en Catalogne , pour l'engager à le rompre. Mais ce monarque fut sourd à leurs remontrances. Frédéric , son frère , se montra également ferme dans le parti qu'il avait pris. Appelé par le pape Boniface VIII , il vint ae Sicile, accompagné des gens de Procida et de Roger de Loria , le trouver à Vcletri. Le pontife épuisa vainement son éloquence et les plus belles promesses pour le gagner. Le jeune pWnce lui répondit qu'il ne pouvait se démettre de ses droits sur la Sicile sans avoir consulté les peuples de cette île, Boniface, sur cette réponse , envoya sur les lieux Jean de Calamandrano , son homme de confiance , qui n'oublia rien pour seconder les vues du pape. Mais il lui fut répondu que s'il ne sortait promptement de l'île , sa vie n'était pas en sûreté : tant était grande^chez les Siciliens la haine des Français et la crainte de retomber sous leur joug. Calamandrano n'eut alors rien de plus pressé que de s'en retourner. ( Voy. Dan Jayme 11 , roi d'Aragon. )
FREDERIC I , ou IL
1296. Frédéric II , frère de Jacques, roi d'Aragon , est élu, roi de Sicile , le i5 janvier, par les Siciliens, qui n'eurent aucun égard au traité fait entre Charles II et le roi d'Aragon. Le a5 mars suivant , jour de Pâques , il est couronné dans la cathédrale de Palerme, Peu de tems après, il fait, avec Roger de Loria , une descente en Calabre , où il prend Sqùillazzo et d'autres places. Le pape Boniface VIII ayant appris le couronnement de Frédéric^-déploie contre lui tout l'appareil des peines spirituelles et temporelles.
Le roi d'Aragon s'étant rendu , l'an 1298, à Rome , y fut comblé de bénédictions et chargé d'or par Boniface VIII , après quoi il prit la route de Naples, pour concerter avec le roi Charles, son beau-père , les moyens de soumettre la Sicile à çe dernier. Mais pour ne pas surprendre Frédéric , son frère f il le fit exhorter secrètement de renoncer aux conquêtes qu'il avait faites en Calabre , lui faisant espérer par-là un accord avantageux pour la Sicile. Les semonces d'Alfonse n'ayant pro-
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duU aucun effet , il réunit ses forces à celles du roi Charles ; et de cette combinaison , il se forma une puissante armée navale , dont le commandement fut donné à Roger de Loria, que le roi Jacques lui-même accompagna. Le débarquement s'étant fait sur la fin d'août 1299 » en Sicile , l'armée emporta sans peine Melazzo et quelques autres places. Mais Syracuse , dont Koger (it ensuite le siège , fut vaillamment défendue par Jean de Clermont. L'amiraïUe ayant envoyé son neveu , Jean de Loria , avec vingt galères , pour conduire des vivres au château de Patti , assiégé dans le même tems par les Siciliens , les Messinois , avec seize galères , attaquèrent ce convoi , dont il n'échappa que quatre bâtiments , le reste ayant été pris et conduit à Messine, avec le commandant. Ce revers, joint à la perte d'un grand nombre de soldats , que les maladies et divers assauts donnés inutilement à Syracuse, avaient enlevés, détermina le roi d'Aragon à lever le siège et à reprendre la route de Napies. Arrivé à Melazzo , il y rencontra II rédéric , son frère , auquel il fit des instances pour ravoir ses galères avec Jean de Loria , promettant de ne plus remettre les pieds en Sicile. Mais le conseil du jeune prince fut d'avis de ne rien accorder , et cet avis prévalut Les Siciliens firent bien pis ; pour se venger de l'amirante qui les avait abandonnés, ils firent trancher la tête à son neveu , Jean de Loria , et à Jacques de la Roche , comme à des rebelles envers le roi Frédéric.
Le roi d'Aragon passa l'hiver à Napies ; et pendant cette saison , le roi Frédéric recouvra plusieurs châteaux , qui , les uns volontairement , les autres de force , avaient arboré les bannières du roi , son frère. ( Nkol. Spécial. , liv. IV, c. 40
Le peu de succès de la campagne précédente ne manqua pas d'exciter les mumures à Napies contre le roi d'Aragon , qu on accusa de favoriser, sous main {Je roi , son frère. Pour détruire ces faux bruits , et manifester sa loyauté envers le pape et le roi Charles, il rassembla le plus qu'il lui fut possible de navires et de soldats, avec lesquels il fit voile vers la Sicile, an mois de juin 1299, accompagné de Robert , duc de Calabre, et Phhlippe, prince de Tarente. Frédénc elles Siciliens, enflés de leurs derniers succès , ne daignèrent pas les attendre , et croyant devoir les prévenir, ils firent voile vers Napies, comme se tenant assurés. de la victoire. Les deux flottes s'étant rencontrées près du cap Orlando , on en vint, le 4 juillet , à une sanglante bataille , où les Siciliens combattirent en désespérés. Mais la valeur et l'habileté de Roger de Loria le firent triom-
Î)her de leurs efforts. On fait monter leur perte à seize mille îommes et vingt-deux galères. Le roi Frédéric n'échappa dans sa galère qu'à lorce de rames, et l'on prétend qu'il n eût ten*
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qu'au roi , son frère , de le faire prisonnier; mais que , par oit retour d'amour fraternel, il crul devoir le laisser aller. Dans ce combat, il périt un grand nombre d'apulicns et de catalans. Le roi d'Aragon étant passé depuis en Ca labre , y trouva des troupes nombreuses que le roi Charles y avait fait assembler , et les ayant embarquées sur dix galères, il les conduisit en Sicile. Ce fut de-là qu'il fit savoir à Robert /duc de Calabre, et à Philippe, prince de Tarente, ses cousins, que ses affaires le rappelaient en Catalogne, et que, voyant la Sicile hors d'état de résister aux forces qu'on lui opposait , son bon cœur ne lui permettait pas d'être témoin de la ruine de son frère, et moins encore d'en être l'auteur ; que dans celle disposition , il leur laissait la gloire d'achever celte conquête. Il alla porter ensuite à Naples les mêmes excuses an roi Charles, qui , selon les uns , les reçut en bon père , et s'obligea de lui rembourser les frais de cet armement ; mais selon d'autres, il fut vu de très-mauvais œil du£i, son beau-père , qui* le croyait d'intelligence avec son frère, de manière que se voyant désagréable aux Français et maudit des Siciliens, il prit à la fin le parti d'abandonner l'Italie. La chronique de Forli dit que le principal motif de sa retraite fut de n'avoir pas reçu les grandes sommes que le pape lui avait promises. Le départ du roi d'Aragon éleva le courage du roi , son frère. Mais le duc de Calabre ne laissa pas d'enlever à celui-ci plusieurs places en Sicile , dont la principale fut Clermont. S'étant présenté ensuite sous les murs de Corlone , avec son armée, il y gagna des traîtres qui lui remirent celte ville sans effusion de sang. Un grand nombre de la vallée de Koto levèrent aussi l'étendard de la révolte; et la fortune sem* Liait avoir entièrement abandonné Frédéric , lorsqu'elle lui donna subitement un gage oje son retour. Le duc de Calabre avait envoyé, avec un corps troupes de terre, assisté de quelques galères , le prince de trente , son frère , dans la vallée de Mazara , pour y faire des conquêtes. Frédéric, qui s'était porté dans le château de Saint-Jean pour veiller sur les mouvements des ennemis, avec les forces qu'il avait nu réunir, vint à sa rencontre dans la plaine de Formicara , et lui livra bataille avec un tel succès, que le prince frappé et désarçonné, fut en danger d'être tué par les Catalans, pour lui faire expier la mort de Conradin. Mais Frédéric étant accouru à tems , le tira de leurs mains et le fit conduire en prison avec le reste des vaincus qui avaient pu échaper au carnage. Ce revers des Français fui suivi d'un autre. Parmi les prisonniers, il s'en trouva un qui fit espérer aux barons du duc de Calabre qu'il les mettrait en possession du fort château de Gallérano. Les voilà aussitôt qui galoppent en foule pour saisir la proie ; mais c'était une
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duperie. Blase d'Alagon , capitaine de Frédéric , les ayant surpris, les fil tous prisonniers.
L'année suivante, 1S00, les Florentins envoyèrent au duc de Calabre ua renfort considérable , sous la conduite du capitaine Renier de Buondelmonte. Nicolas Spécialis dit (liv. V, c. i'ô ) * ue les Toscans , arrivés à Catane , où le duc séjournait , s'y onnaient ouvertement pour des coupe-jarrets , et se vantaient d'y amener prisonnier le capitaine des Siciliens, Blase d'Alagon» Mais ces faiifaronades n'aboutirent qu'à les rendre l'objet de la risée des Français comme des Siciliens. Le mois d'août ne se passa pas qu'ils se dispersèrent, la plus grande partie d'entre eux ayant déserté.
Cette même année , les Siciliens éprouvèrent un terrible échec. Leur flotte x composée de vingt-sept galères, sous le commandement de Conrad Doria, s'était mise en coursé* pour butiner dans les rivières du royaume de N a pies, et parvint jusqu'à l'île de Ponza. Dans letrours de cette expédition , Roger de Loria avait pris la route de Naples , pour amener en Sicile , au duc de Calabre, un nouveau secours d'hommes et de vaisseaux. Informé du dégât que faisait l'armée sicilienne , il la suivit à la trace et l'atteignit. Loin de prendre la fuite, comme elle le pouvait, aux approches d'un si habile amiral , qui venait -à elle avec quarante-huit galères, elle n'hésita point de hasarder lin combat. H se donna le i4 juin et fut sanglant. Les Siciliens , vaincus et mis en fuite, ne purent sauver que sept galères; le teste fut pris avec Conrad Doria , Jean de Clermont et d'autres nobles. Robert , duc de Calabre , faisait alors, par mer, le siège de Messine, et la réduisait , par le manque de vivres , à l'extrémité. A ce malheur se joignit l'épidémie, qui fit beaucoup de ravage. La ville, malgré cela, était résolue de perdre ce qui lui restait d'âmes vivantes, plutôt que de se rendre aux Français , tant était grande l'horreur qu'elle avait de cette nation ! Frédéric, prince d'un grand courage et d'un sens égal , ne manqua pas, dans celte calamité, de porter des vivres plusieurs fois, en personne , aux assiégés et de faire transporter ailleurs les
Îiauvres réduits aux os et à la peau. Cela dura jusqu'à ce que 'épidémie ayant pénétré dans le camp du duc Bobert, l'obligea de lever le siège. Alors la duchesse Yolande, femme du duc et sœur du roi Frédéric , s'étant entremise pour obtenir une trêve, réussit à la faire conclure dans une entrevue que le roi Frédéric et le duc Bobert eurent vis-à-vis de Syracuse.
Boniface VIII avait toujours en vue d'enlever la Sicile à FVédéric ; dans ce dessein , il appela Charles de Valois , frère de Philippe le Bel, roi de France, en Italie, sous les plus magnifiques promesses. Ce n'était pas seulement la Sicile qu'tt
lui faisait espérer , mais encore l'empire de Constantinoplé f comme dû à l'époux de Catherine de Courtenai , petite— fill« de Baudouin , empereur titulaire de ce pays. Charles de Valois , ainsi alléché, ayant donc passé les monts , fut reçu sur la route et magnifiquement traité à Mode ne , par Azzon, marquis d'Est, qui lui prêta une somme assez considérable. Le pape t auquel il baisa les pieds ensuite à Ànagni , le créa comte de la Romagne , capitaine du patrimoine de Saint-Pierre et seigneur de la marche d'Ancône. La première commission que Boniface lui donna fut de pacifier la ville de Florence que les factions déchiraient. Y étant entré le jour de la Toussaint i3oi, il en demanda la seigneurie et la garde , promettant avec serment de la maintenir dans un bon et paisible état. Mais il ne tint rien de ce qu'il avait promis ; et s'étant^déclaré pour la faction des noirs contre celle des blancs , il augmenta par là les troubles dont Florence était agitée. Etant parti au mois d'avril i3oa , chargé de la malédiction du peuple, il se rendit à Naples, où u trouva prêt un grand armement dans lequel il s'embarqua pour la Sicile avec Robert, duc de Calabre, et Raymond-Bérenger, son frère. Dès qu'il eut fait sa descente dans l'île, il se rendit maître, par trahison , de quelques places, et en assiégea d'autres sans succès, tandis que Frédéric harcelait son armée par des courses et lui coupait les vivres. Et bien en prit à celui-ci d'user de cette sorte de guerre, incapable, comme il l'était par son peu de forces , de faire tête à l'ennemi ; secondé par la mortalité qui se mit parmi les chevaux de l'armée de Charles de Valois , il le réduisit au point de rechercher luimême la paix , du consentement de Kobert , duc de Calabre^ Les trois princes s'étant abouchés, il fut convenu entre eux que Frédéric épouserait Eléonore , troisième fille du roi Charles , et retiendrait sa vie durant , le royaume de Sicile, à condition qu'après sa mort, ce royaume reviendrait au roi Charles ou à ses descendants , et que les prisonniers faits sur Frédéric lui seraient, rendus : au moyen de quoi , Frédéric rendit au roi Charles les places qu'il avait conquises sur lui en Calabre. Ainsi fut terminée , pour le moment , la grande affaire de la Sicile. Les politiques ne manquèrent pas de gloser sur cette pacification , disant que Charles de V alois était venu à Florence pour y remettre la paix , et ou 'il l'avait laissée en guerre ; et qu 'étant arrivé en Sicile pour y faire la guerre , il s 'en 'était retourné après avoir fait une paix honteuse* Un an s'écoula sans que Boniface VI II voulût approuver le traité dont on vient de parler. Mais enfin il y acquiesça, moyennant un cens annuel de quinze mille florins d'or que Frédéric s'obligea de payer au saint siège. Frédéric, alors, (lu consenteraeul du roi Charles, commença à prcmlre
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le titre de roi deTrinacrie, au lieu de celui de roi de Sicile, et célébra ses noces avec Eléonore, fille de ce dernier, à Messine , dans le mois de mai i3oa. Mais après la mort de l'empereur Henri Vil , arrivée Tan i3i3, Frédéric abandonna le titre de roi deTrinacrie, et reprit celui de roi de Sicile, au mois d'août i3i4- La guerre recommença alors entre lui et le roi de Naples. Ce dernier ayant entrepris le siège de Trapani, éprouva une si grande résistance , qu'il passa devant cette place le reste de la campagne, et qu'à la fin il ne se trouva pas plus avancé qu'au commencement. L'hiver étant venu , les Napolitains n'avaient point d'endroit où se mettre à l'abri de la pluie ; les vivres leur manquaient , et la maladie, suite nécessaire de ces malheurs, se mit dans leur armée. Le roi Frédéric, instruit du mauvais état où se trouvaient ses ennemis , résolut de les attaquer en mé*me tems par terre et par mer. 11 ordonna à sa flotte, composée de soixante-cinq vaisseaux, et commandée par Jean de Clermont , de sortir de Messine, et d'aller chercher à Palerme de nouveaux soldats. L'armée de terre descendit en même tems du mont Saint- Julien. Le roi Robert , quoiqu'il se défendit de son mieux, commençait à perdre l'espérance, lorsqu'un événement inattendu vint le tirer d'affaire ; un vent du midi sétant levé subitement, excita une si grande tempête, que les matelots , pour la plus grande partie, se croyant à la veille de périr , se sauvèrent à terre , et que l'on se crut obligé de ramener les vaisseaux à Palerme pour les empêcher de se briser. Cette tempête ne fut pas moins funeste au roi Robert ; elle lui submergea plusieurs vaisseaux avec un grand nombre de matelots et quelques personnes de marque. Dans cette extrémité, les deux rois, par le conseil de Ferdinand , fils du roi de Majorque, signèrent, le 17 décembre , une trêve sur la durée de laquelle les historiens ne sont pas d'accord ; mais il paraît que, dans l'intention de Frédéric, elle ne devait durer que jusqu'au printems suivant. Un des principaux articles exprimés dans ce traité, portait que Robert évacuerait la Sicile. En conséquence, il revint à Naples dans le mois de février.
La trêve étant expirée, Frédéric alla f.iire le siège de Castelbmare. Le roi Robert envoya une (lotte de trente-deux vaisseaux au secours des assiégés : mais la place était déjà prise et détruite lorsque ce secours arriva ; la même flot le étant revenue peu de tems après, sous les ordres du comte de Squillazzo, assiégea sans succès Marsale. Forcé de se retirer, le général napolitain parcourut la Sicile le fer et le feu à la main. Mais ayant appris qu'il se faisait un grand armement à Messine, il reprit la route de Naples.
Le pape Jean XXII, désirant ardemment d'établir la paix
2^6 CHRONOLOGIE HISTORIQÙE
^ntre les deux rois, fît partir pour la Sicile deux légats, qui furent bien accueillis par le roi Frédéric. En expliquant les Ordres dont ils étaient chargés, ils lui dirent clairement que l'intention du pape était que le détroit servit de borne aux deux royaumes ; et qu'en attendant qu'on pût conclure un traité de paix, les deux rois fissent une trêve de trois ans, jusqu'à Noël i320. Frédéric n'acquiesça pas sans une extrême répugnance à cette proposition qui l'obligeait de se dessaisir des places qu'il avait en Italie. Mais la crainte de l'excommunication pour sa personne et de l'interdit pour toute la Sicile, dont le menaçaient les légats , l'obligea de consigner entre leurs mains les places qu'ils redemandaient pour être remises au roi de Naples; ce qui fut exécuté le 24 j uin iSiy. Frédéric n'attendit pas l'expiration de la trêve pour recommencer les hostilités. L'argent lui manquant, il fit main basse sur les revenus ecclésiastiques; et par là il irrita le pape , qui jeta sur la Sicile un interdit dont la durée fut depuis i32i jusqu'en i336\ Malgré ce châtiment, Frédéric avait su tellement gagner les cœurs de ses sujets , qu'ils le prièrent d'associer au trône, Pierre , son fils aîné. Frédéric y ayant consenti , le jeune prince fut couronné à Palerme, le jour de Pâques 19 avril de l'an 1S21. Ce couronnement rendant la paix impossible, les deux rois se préparèrent à la guerre. Charles , duc de Calabre, fils aîné du roi Kobert , étant monté sur une flotte de cent treize galères , va faire une descente du côté de Palerme , dont il forme le siège après avoir ruiné les environs. Mais, au bout de vingt-cinq jours, il est obligé d'abandonner celte entreprise, qui n'avançait pas au gré du roi , son père. ( Burigni. ) Les deux royaumes de Naples et de Sicile furent toujours depuis en état de guerre jusqu'à la mort de Frédéric, arrivée le 25 juin i33y , près de Palerme, tandis qu'il se faisait transporter malade à Catane : prince , dit Muratori , d'un grand sens et d'une égale valeur, qui sut, pendant un si grand nombre d'années , maintenir sur sajête ta couronne de Sicile contre les efforts obstinés du roi Robert. D'ElÉonoiie, fille du roi Charles 11, qu'il avait épousée dans le mois de mai i3ô2, à Messine , il eut Pierre , qui suit ; Roger-Mainfroi ; Guillaume, tnort le 22 août i338 ; Jean,, qui fut régent pendant là minorité du roi Louis , son neveu ; Constance , femme de Henri , roi de Chypre; Elisabeth, mariée, en i3*8, à Etienne, second fils de l'empereur l ouis de Bavière ; Catherine , abbesse des Cla- Tistes, à Messine; et Marguerite, religieuse. Après la mort de Frédéric , la reine Eléonore , sa veuve , se fit religieuse de l'ordre de Saint-François, et finit ses jours le 9 août 1 44^* C'est Frédéric qui , le premier, a employé les armoiries que
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porte encore présentement (1785) le royaume de Sicile, à quatre pals de gueules ; flanque d'argent , à deux 'aigles de sable. (Burigni. )